PHYSIOLOGIE
L'Iode.
| Age | Ingestion recommandée d'iode en µg/Kg/jour | Limite supérieure |
| prématurés | 30 | 100 |
| enfants < 6 mois | 15 | 150 |
| enfants 6 - 12 mois | 7 | 140 |
| enfants 1- 10 ans | 3 | 50 |
| adultes | 2 (~ 150 µg/j pour un adulte) | 30 |
Teneur des aliments (en µg d'iode / Kg).
| Aiglefin 3180, huile de saumon 2450, morue 1460, langoustes 1300, coquillages 780, saumon 340, sardine 280, épinards 200, cresson 180, lard 100, ufs 90, seigle 70, pain 60, beurre 60, fromages 50, porc 45, pomme terre 45, lait de vache 35, buf et mouton 30, riz 20, tomates 20, pommes et poires 15. |
A l'équilibre, le dosage de l'excrétion de l'iode urinaire de 24 heures reflète
l'exposition à l'iode.
La fréquence des goitres et des carcinomes folliculaires est inversement proportionnelle
à l'excrétion d'iode d'une population. Dans le monde, une personne sur cinq manque
d'iode.
La prise excessive d'iode bloque la synthèse des hormones thyroïdiennes (effet
Wolf-Chaikoff). Une hypothyroïdie provoquée par un excès d'iode sera accompagnée d'une
excrétion d'iode urinaire augmentée et d'un 123I uptake abaissé.
L'excès d'apport d'iode alimentaire favorise le carcinome papillaire et favoriserait les
pathologies auto-immunes.
La synthèse des hormones thyroïdiennes.
La sécrétion des hormones thyroïdiennes.
Le transport et la conversion des hormones
thyroïdiennes.
Dans le sang, 70 % des T4 et T3 sont transportés liés à des protéines porteuses
: principalement la thyroxin binding globulin (TBG), une petite fraction est liée
à l'albumine et à la transthyrétine (pré albumine).
80 % de la T3 provient de la conversion périphérique de la T4. La T4 peut être
considérée comme un réservoir de pro-hormone.
Trois types de 5'-monodésiodases (métallo protéines à sélénium) convertissent la T4
:
type I : hépatique et rénale assure 40% de conversion (celle ci est bloquée par
le propylthyouracile et dans le syndrome thyroïdien du malade).
Type II : pour l'usage local du tissu nerveux, de l'hypophyse, du tissu adipeux
brun, du placenta.
Type III : produit de la reverse T3 métaboliquement inactive.
L'action de la T3.
Régulations.
La thyrotropin releasing hormone (TRH) hypothalamique stimule la synthèse et
l'excrétion de la TSH par l'antéhypophyse. La TSH stimule la cellule folliculaire
thyroïdienne qui libère de la T4, de la T3 et de la thyroglobuline. La T3 et la T4
assurent un rétrocontrôle négatif en inhibant la synthèse et la sécrétion de
TRH et de TSH.
La variation circadienne de TSH est faible : pic en fin de soirée, baisse de ~50 % en
début d'après-midi.
Il n'y a pas de variation de T3 et T4 (gros réservoir fixé sur la TBG).
La TSH n'est pas affectée par les saisons, l'exercice, la posture, le sexe ni la race.
La réponse de la TSH au TRH est propre à chaque individu et proportionnelle à son pic
nocturne.
La concentration de FT4 varie très peu chez un même individu.
Or les valeurs de référence des laboratoires se rapportent à la population en
général. Il serait préférable de suivre chaque patient par rapport à lui-même et non
par rapport à la population.
| Chaque personne a un point fixe (set point) de FT4 autour duquel toute variation de la FT4 entraînera une riposte logarithmique de TSH. |
Cette notion est à la base de la stratégie qui consistera à suivre la TSH pour évaluer le status thyroïdien.
Le Dosage de
Thyroxin Binding Globulin TBG
(ou l'intérêt des HORMONES LIBRES)
70 % de la T3 et de la T4 circulent liées à la TBG (synthétisée par le foie) qui
est leur principale protéine porteuse. Les hormones thyroïdiennes ainsi liées ne sont
pas métaboliquement actives. Elles constituent un réservoir d'hormones.
Un grand nombre de conditions peuvent modifier la concentration de TBG et donc
proportionnellement la quantité de T4 et T3 qui y sont fixées rendant ainsi difficile
l'interprétation d'un résultat de T4 et T3 totales.
Causes de diminution de TBG: congénitale basse ou absente (X linked), la posture
(couchée), les pertes protéiques, la malnutrition, l'insuffisance hépatique, le
syndrome néphrotique, les maladies chroniques, le traitement par androgènes.
Causes d'augmentation de TBG: les oestrogènes (contraception), la grossesse, le
Tamoxifène, l'hépatite aiguë, la méthadone, l'héroïne, le clofibrate (Atromidin).
Par ailleurs, il peut y avoir un déplacement par compétition entre les
hormones thyroïdiennes et des médicaments pour la fixation à la TBG (Salicylates,
Phénytoïne, Carbamazepine).
La mesure directe des fractions libres de T3 (FT3) et T4 (FT4), indépendantes de toutes
les causes de variation de la concentration de TBG et des hormones totales, apportera une
information directement utilisable.
Le dosage de TBG peut garder un intérêt comme reflet d'oestrogénisation du
patient (au même titre que d'autres protéines porteuses: SHBG, CBG).
Le dosage de
LA THYROXINE LIBRE (FT4)
Un résultat de FT4 doit être comparé à celui de TSH. Dans les affections primaires de la thyroïde, la TSH doit toujours monter ou baisser (de façon logarithmique) quand la FT4 baisse ou monte (de façon linéaire).Cette relation inverse peut faire défaut dans las cas suivants:
A court terme:
Une TSH basse a pour origine une perturbation hypophysaire
L'équilibre n'est pas encore atteint
A long terme:
Toutes les techniques FT4 dosent également un peu de T4 totale (idéalement ce biais doit rester <5%).
Le dosage de
LA TRIIODOTHYRONINE LIBRE (FT3)
Tyrotoxicose à T3 (TSH basse, FT4 normale) d'un nodule toxique.
Monitoring du traitement substitutif à la lévoT4: le mieux est de suivre la TSH pour autant qu'il n'y ait pas de pathologie hypophysaire sous-jacente ou une fonction pituitaire inhibée par une longue hyperthyroïdie. Dans ces cas, il faut suivre la FT3. Le dosage de FT4 est moins utile.
Evaluation de la toxicité par l'amiodarone (vide infra): 3% des patients
deviennent hyperthyroïdiens, par deux mécanismes: hyperthyroïdie induite par l'iode et
toxicité directe. Si la FT4 est augmentée mais la FT3 reste normale: le patient ne
progressera pas vers l'hyperthyroïdie. Au contraire, une augmentation de FT4 et de FT3
est une preuve de thyrotoxicité.
L'amiodarone peut provoquer également une hypothyroïdie par blocage de la conversion
périphérique de T4 en T3. La TSH sera élevée, la FT4 élevée, une FT3 basse sera la
preuve du bloc de conversion T4 -> T3.
La FT3 peut aider à prédire l'évolution des patients atteints de maladie de Graves sous traitement antithyroïdiens: un rapport FT3 / FT4 (ng/l) < 0.55 prédit la rémission; au contraire, la rechute est probable si le rapport est > 0.55.
Le dosage de
LA THYROGLOBULINE
La thyroglobuline (Tg) est synthétisée par les cellules folliculaires. Elle sert à
la fabrication de la T4 et de la T3 par clivage protéolytique.
La Tg est le reflet de la masse de tissu thyroïdien, de la dystrophie de ce
tissu, de sa stimulation et de sa destruction.
Elle est augmentée dans tous les cas d'hypersécrétion (sauf thyrotoxicose
facticia).
Son taux circulant sera en relation avec le volume et de la dystrophie d'un goitre
nodulaire
La thyroïdite subaiguë (de de Quervain: lésion granulomateuse avec destruction
des acini) provoque une très importante augmentation pendant le grossissement douloureux
de la thyroïde. Cette augmentation dure plusieurs mois. Le retour à la normale marque la
régénération du tissu thyroïdien.
Elle est un marqueur tumoral idéal après thyroïdectomie totale.
La thyroglobuline n'est pas un critère de malignité d'un nodule.
Attention.
Son dosage peut être perturbé par auto anticorps anti-thyroglobuline (TgAb).
Il n'y a pas de relation entre la concentration des TgAb et leur interférence dans le
dosage de la Tg.
Il faut interpréter avec prudence un résultat de Tg en présence de Tg Ab.
La Tg sécrétée par un cancer peut avoir une immunoréactivité différente de la Tg
normale; ce qui la rend indosable (faux négatif).
Le dosage de
LA T.S.H.
En l'absence d'atteinte hypophysaire, la TSH réagit de façon logarithmique à toute
déviation des hormones thyroïdiennes de part et d'autre d'un point fixe (set point)
propre à chaque individu.
La TSH renseignera plus précocement et de façon plus sensible sur le status métabolique
du patient que la mesure des FT4 et FT3.
L'amélioration de la sensibilité des dosages de TSH (seuil de détection à 0.1, puis
0.01, puis 0.001 mUI/l) a pour but de mieux distinguer les sujets euthyroïdiens à TSH
basse des patients thyrotoxiques.
Cet abaissement permet également de mieux contrôler la suppression totale de sécrétion
de TSH quand on souhaite inhiber toute stimulation d'un cancer thyroïdien par un
traitement hormonal.
Mais, il faut garder à l'esprit que ces techniques peuvent être moins fiables aux
extrémités de leur zone de mesure.
La détermination du status thyroïdien au moyen du dosage de la TSH implique
l'intégrité de l'hyophyse mais également que les boucles de contrôle et
rétrocontrôle soient à l'équilibre.
Il faut 2 à 3 semaines pour inhiber la TSH par l'administration de lévoT4 (temps de
déplétion).
Il faut ~1 mois pour redoser TSH (temps de synthèse) après le début d'un traitement
d'hyperthyroïdie par antithyroïdiens.
Le dosage des
AUTO-ANTICORPS
TPOAb: la peroxydase microsomiale est
l'antigène contre lequel sont dirigés les anticorps anti-microsomes.
Pour garantir la spécificié du dosage, il est préférable d'utiliser de la Thyroide
PerOxydase pure pour rechercher les anticorps plutôt qu'une préparation de microsomes
humains qui risque d'être contaminée par de la thyroglobuline.
TgAb: anticorps dirigés contre la thyroglobuline.
TRAb: anticorps qui se fixent sur le récepteur de
la TSH. Les techniques de dosage ne distinguent pas les anticorps qui stimulent le
récepteur mimant la TSH (les plus fréquents) de ceux qui le bloquent (rares).
Ces autoanticorps sont la marque d'une atteinte auto-immune, le plus souvent
insidieuse d'évolution en deux phases, une thyrotoxicose (inflammatoire) suivie
d'hypothyroïdie (atrophique).
La femme est plus souvent atteinte (6 femmes pour 1 homme), la prévalence augmente
avec l'âge (post ménopause), les HLA B8, Dr3 et Dr5 sont souvent présents.
D'autres maladies auto-immunes sont fréquemment associées (anémie de Biermer,
insuffisance surrénalienne, diabète de type I, hypoparathyroïdisme, syndrome de
Sjögren, vitiligo).
Ces auto anticorps ont une utilité diagnostique et prédictive.
La découverte de TPOAb et/ou TgAb signale le risque de voir le patient développer une
thyroïdite chronique silencieuse qui évoluera vers l'atrophie et hypothyroïdie (myxoedème
idiopathique).
Il faut rechercher une thyroïdite du post-partum chez les femmes présentant des
TPOAb et/ou TgAb avant ou pendant leur grossesse.
En général, la mesure des TPOAb suffit pour suivre les patients (ou les familles de patients) avec auto-immunité thyroïdienne.
Une thyroïdite de Hashimoto est hautement probable chez une patiente
présentant un goitre ferme et de hauts taux de TPOAb et/ou TgAb.
La thyroïdite de Hashimoto prédispose au développement d'un goitre chez les patients
traités au Lithium: 10 à 20 % d'entre-eux ont un accroissement de TSH. Cette
augmentation répond bien au traitement par la T4.
La présence de TRAb chez un hyperthyroïdien avec goitre est la marque de la maladie
de Graves même sans les autres signes extra thyroïdiens (exophtalmie et le rare
myxoedème prétibial) ni d'autres anticorps (ni TPOAb, ni TgAb). Elle est le seul signe
chez 15 % des patients atteints de maladie de Graves.
Le risque de maladie de Graves néonatale est proportionnel au taux des TRAb chez la mère
pendant la grossesse.
Des TPOAb et TgAb accompagnent le plus souvent les TRAb dans Graves. Un taux élevé de
ces TPOAb et TgAb indiquent une plus grande probabilité de développer une hypothyroïdie
après le traitement.
La diminution des taux d'anticorps par le traitement aux antithyroïdiens n'est pas un bon
reflet de efficacité de celui-ci.
Les anticorps anti-thyroglobuline (TgAb) ont une prévalence de positivité qui est
toujours inférieure aux TPOAb pour toutes les pathologies thyroïdiennes auto-immunes.
Ils trouvent leur utilité dans les 10 à 15 % de thyroïdites où ils sont le seul
marqueur positif.
Par leur interférence avec le dosage de la thyroglobuline, la présence des TgAb doit faire interpréter les résultats de thyroglobuline avec prudence.
Le Dosage de
L'IODURIE de 24 heures
L'élimination de l'iode se fait par l'urine selon un rythme circadien (excrétion plus
basse le matin).
A l'équilibre, l'iode urinaire de 24 heures reflète exactement l'ingestion.
La population belge manque d'iode. L'iodurie moyenne des écoliers n'est que de 80 µg/l
et la prévalence des goitres est de 5.7 %. Les filles à 12 ans ont une excrétion
moyenne de 59 µg/l et une prévalence de goitres de 18 %.
La confirmation d'un déficit iodé peut être recherchée en cas de goitre inexpliqué
par une autre cause (auto-immunité, pharmacologique
). Le patient qui suit un
régime désodé s'expose au risque de carence.
L'indication principale du dosage est la recherche d'une saturation par l'iode de
la thyroïde : hypothyroïdie par excès d'iode (souvent iatrogène), absence de captation
du radio-iode à la scintigraphie ou en prévision d'une radiothérapie à l'131I.
Attention aux
PROBLEMES TECHNIQUES
Tous les dosages relatifs à l'exploration thyroïdienne utilisent une étape
immunologique.
Un anticorps (souvent issu de plasmocytes de souris) dirigé contre le constituant à
doser assure la spécificité.
La présence dans le sérum du patient d'anticorps hétérophiles dirigés contre
les immunoglobulines de souris n'est pas exceptionnelle. En interférant avec le réactif
lui-même, les résultats peuvent être complètement aberrants.
Cette origine peut être suspectée quand ces aberrations sont reproductibles dans le
temps, chez un patient déterminé, et affectent plusieurs dosages différents ayant en
commun le réactif d'origine murine (LH, FSH, Prolactine, hCG...). Le dosage effectué
avec un autre réactif (polyclonal de lapin par exemple) rend un résultat exact.
Le dosage direct des fractions libres FT3 et FT4 est à éviter dans un sérum ayant une composition protéique extrême (myélome, ascite, grands brûlés, pertes protéiques rénales, dysalbuminémie familiale).
Le laboratoire s'assurera de l'utilisation d'une technique de dosage de la thyroglobuline peu affectée par les auto anticorps anti-thyroglobuline.
Des auto anticorps anti-T3 et T4 sont assez fréquents (1.8 % de la population); ils
interfèrent rarement dans les dosages de FT3 et FT4.
Des auto anticorps anti-TSH peuvent rarement apparaître dans la maladie de Graves, dans
le syndrome de la selle turcique vide et dans les tumeurs pituitaires. Ils ne stimulent
pas le récepteur à TSH.
Les techniques "ultrasensibles" de TSH ont permis d'abaisser continuellement le seuil de détection parfois au détriment de la reproductibilité des valeurs basses. Les signaux très faibles de ces dosages sont plus facilement sujets aux perturbations provoquées par des auto- ou hétéro-anticorps et par la contamination au niveau des automates de laboratoire du sérum précédent sur le suivant (carry over).
Le patient se présente avec une
INSUFFISANCE THYROIDIENNE
Prévalence.
7.5 % des femmes et 2.8 % des hommes ont une TSH augmentée.
Au delà de 60 ans, les chiffres montent à 12 % des femmes et 4 % des hommes.
Etiologies.
Les altérations primaires de la thyroïde sont les plus fréquentes.
Il y a développement d'un goitre si la cause est une infiltration
lympho-monocytaire (thyroïdite) ou bien une stimulation (le plus souvent
compensatoire à un déficit de synthèse)
Il n'y a pas de goitre si la cause est une destruction de la glande.
Sont beaucoup plus rares: les hypothyroïdies secondaires à un trouble pituitaire ou
hypothalamique (tertiaire) ou encore la résistance des tissus périphériques aux
hormones thyroïdiennes.
Hypothyroïdies AVEC GOITRE
Infiltration
Compensatoire
Hypothyroïdies sans goitre
Radiothérapie 131I pour hyperthyroïdie ou cancer.
Ablation chirurgicale
Stade final (atrophique) de Hashimoto ou Graves.
Panhypopituitarisme ou déficit hypothalamique en TRH
Congénitale (1/4000 naissances): ce qui justifie le dépistage systématique par dosage
de la TSH néonatale.
Irradiation externe > 20 Gy.
Résistance périphérique aux hormones thyroïdiennes (autosomal dominant).
La distinction entre l'hypothyroïdie secondaire et tertiaire est plus difficile (FT3 et
FT4 sont basses mais la TSH est normale ou basse). Le test à la TRH peut orienter. Soit
l'injection de 200 µg de TRH ne provoque pas de réponse de TSH: origine pituitaire
(secondaire); soit la réponse de TSH est ample et retardée, origine hypothalamique.
Cette règle n'est malheureusement pas absolue.
Clinique.
Les hormones thyroïdiennes affectent des récepteurs nucléaires dans presque tous les
tissus et ont des effets répresseur ou activateur sur la transcription de plusieurs
gènes dans une même cellule. Ces récepteurs sont très nombreux dans l'antéhypophyse,
le foie, le coeur, le rein, le cerveau. Ils sont rares dans les gonades et le tissus
lymphatique.
Cette ubiquité et cette grande diversité de cibles expliquent la diversité des
symptômes:
| Signes | % des cas | Symptômes | % des cas |
| Peau sèche et rugueuse | 97 | Asthénie | 99 |
| dème des paupières | 90 | Somnolence | 97 |
| Diminution de la transpiration | 90 | Léthargie | 90 |
| Peau froide | 83 | Frilosité | 80 |
| dème de la face | 79 | Perte de mémoire | 86 |
| Chevelure rugueuse et fine | 76 | Constipation | 61 |
| Pâleur | 67 | Dyspnée | 55 |
| Augmentation de poids | 59 | Anorexie | 45 |
| Perte de cheveux | 57 | Nervosité | 35 |
| dème périphérique | 55 | Menométrorragies | 32 |
| Dysphonie | 52 | Perte de libido | 30 |
| Surdité | 30 | Douleur précordiale | 25 |
| Hypertension | 20 |
La peau peut être jaunâtre (dépôt de carotène), cardiomégalie et bradycardie, respiration lente avec augmentation de CO2, diminution du débit cardiaque, diminution de la filtration rénale et diminution de la clearance de l'eau libre. L'anémie peut avoir plusieurs causes : par diminution de consommation d'O2, ferriprive chez la femme ménorragique, mégaloblastique causée par l'auto-immunité (présence fréquente d'anticorps anti-muqueuse gastrique). Le patient peut également présenter des douleurs articulaires et musculaires, un syndrome du canal carpien fréquent, de la galactorrhée (si hyperprolactinémie), peu de fièvre, une diminution pouvoir bactéricide des neutrophiles avec augmentation du risque infectieux, une augmentation du résidu vésical (fréquence des infections urinaires), de l'hypercholestérolémie, une sensibilité aux hypoglycémies
Traitement.
50 µg de lévoT4 / j pour commencer (moins chez les personnes âgées), augmenter
toutes les 4 à 6 semaines jusqu'à ce que la TSH redevienne normale.
En général on atteint 100-200 µg/j (en moyenne 112 µg/j de
lévoT4 ou 1.6 µg/kg/j).
Normalement, l'absorption de T4 est de ~ 80% mais diminue avec l'âge. Le traitement à la
T4 peut être inefficace en cas de résection du grêle et de malabsorption.
82 % de la T3 circulante (active) provient de conversion de la lévoT4.
La chute de TSH peut traîner: il ne faut donc pas modifier le dosage ni doser la TSH plus
souvent que toutes les 4 à 6 semaines.
Sous traitement, la FT4 peut être légèrement supérieure à la normale sans être un
signe de surdosage.
Les hypothyroïdiens ont un taux de CPK qui peut rester élevé plusieurs mois après le
début du traitement.
Le patient se présente avec une
THYROTOXICOSE
Définitions.
Thyrotoxicose = hypermétabolisme avec augmentation de FT4 et FT3 quelle que soit
la cause de cet excès d'hormones.
Hyperthyroïdisme = cas particulier de thyrotoxicose due à augmentation de
synthèse (et d'excrétion) d'hormones causée par la stimulation de la glande ou par
une sécrétion autonome (associées à une augmentation d'uptake 123I radioactif par la
glande thyroïde).
Les thyrotoxicoses sans hyperthyroïdisme sont dues à une augmentation de sécrétion
(sans augmentation de synthèse) provoquée par l'inflammation de la glande ou par l'ingestion
d'hormones thyroïdiennes (thyrotoxicose facticia). Ces deux conditions sont
associées à un faible uptake 123I radioactif.
Prévalence
: 20/1000 femmes, 1/1000 hommes.Etiologies des Thyrotoxicoses
70% sont des maladies de Graves, puis le goitre multinodulaire toxique, puis le nodule toxique unique, puis les thyroïdites (avant la phase atrophique), puis l'ingestion excessive d'hormones thyroïdiennes.
Etiologies des Hyperthyroïdies AVEC agents stimulants circulants.
Etiologies des Hyperthyroïdies sans agents stimulants circulants.
Thyrotoxicoses associées à un faible 123I uptake.
Des inflammations (destructions de la glande) entraînent un relargage augmenté d'hormones mais pas de synthèse augmentée. Une médication par antithyroïdiens qui inhibent la synthèse des hormones thyroïdiennes n'aurait, ici, aucune efficacité.
Les auto anticorps sont présents dans les thyrotoxicoses dues à une auto-immunité
(Graves, thyroïdite du post-partum, parfois brefs épisodes de thyrotoxicose dans
Hashimoto).
La thyroglobuline est toujours augmentée.
La relation TSH indosable / FT4 et FT3 élevées est respectée (majorité des cas).
La deuxième origine résulte d'une prise excessive de lévoT4 pour suppression
de goitres simples ou nodulaires, ou pour un traitement d'hypothyroïdie.
Un traitement à la lévoT4 à dose TSH-suppressive (< 0.01 mUI/l) est recherché en
postcure de cancer thyroïdien ou sur un terrain auto-immunitaire.
La relation TSH indosable / FT4 et FT3 élevées n'est PAS respectée (minorité des cas).
Tests divergents avant thérapie
Tests divergents pendant et après thérapie
Le patient se présente avec une
ALTERATION MORPHOLOGIQUE
GOITRE - NODULE(S) - CANCER
avec ou sans manifestation métabolique.
Prévalence.
Plus de 6% des femmes et 2 % des hommes ont un ou des nodule(s) palpables.
Aux ultrasons, 35 % des femmes ont des nodules.
Etiologies.
Dosages à réaliser.
Goitre diffus: la TSH permet de détecter toutes les causes
d'hypothyroïdisme et de thyrotoxicose.
Une auto-immunité sera révélée par des TPOAb (90 % des cas) et TgAb (70
%). Ces auto anticorps ont une utilité diagnostique. Le suivi de leur taux n'a pas de
valeur pronostique.
La FT4 est utile pour juger de l'importance d'une thyrotoxicose diagnostiquée par
une TSH basse.
Le rapport FT3 / FT4 est plus élevé dans la maladie de Graves que dans les autre
thyroïdites.
Un traitement substitutif à la lévoT4, sera suivi par le dosage de la TSH qu'il faut
ramener aux valeurs physiologique (~ 1 mUI/l). On peut éventuellement doser la FT3 pour
suivre la conversion de la lévoT4 administrée.
Le dosage de l'iodurie de 24 heures objectivera une déficience en apport iodé.
Nodule(s): la sécrétion de TSH sera supprimée par un nodule toxique.
Il faut rechercher un terrain auto-immun (dosage des TPOAb et TgAb). Les
thyroïdites auto-immunes peuvent se présenter comme un goitre asymétrique qui mime un
nodule. La TSH sera élevée si le patient est entré dans la phase hypothyroïdienne.
La thyroglobuline sera modérément élevée, simple preuve de la dystrophie (bénigne ou
maligne).
Certains nodules sécrètent principalement de la T3 (doser la FT3).
Carcinomes papillaire (le plus fréquent, 35 - 50 ans, favorisé par l'excès
d'iode) et folliculaire (> 50 ans, favorisé par le déficit en iode).
Une thyroglobuline très élevée en l'absence de processus inflammatoire
intra-thyroïdien est un indice relatif de malignité.
Après ablation ou radiothérapie le dosage de la thyroglobuline est capitale pour
détecter une récurrence et évaluer la masse de tissus thyroïdien restant. Elle est un
marqueur tumoral idéal après thyroïdectomie totale. Un traitement substitutif
insuffisant provoquera la libération de TSH qui stimulera le tissu thyroïdien (s'il en
reste) et une remontée de thyroglobuline. Cette stimulation par la TSH a été proposée
pour sensibiliser le test (arrêter le traitement substitutif, laisser monter la TSH et
mesurer la thyroglobuline).
Le dosage de la thyroglobuline a une sensibilité supérieure au scan à l'123I pour
détecter un cancer résiduel ou récidivant (88 % contre 55 %).
Certains tissus néoplasiques peuvent sécréter une thyroglobuline anormale qui
échappera aux dosages immunologiques ou avoir conservé la faculté de synthèse de la
thyroglobuline mais perdu celle de la sécréter (rare).
Des néoplasies très indifférenciées peuvent ne pas produire de thyroglobuline.
Les auto anticorps TgAb sont fréquents et peuvent perturber le dosage de la
thyroglobuline.
Le traitement substitutif à la lévoT4 devra être suppressif. Il faut administrer la plus petite dose de lévoT4 (à suivre par dosage de FT3 ou éventuellement FT4) qui maintiendra la TSH indosable (< 0.01 mUI/l) pendant 2 ans.
Carcinome médullaire (cellules parafolliculaires C). Une calcitonine
élevée est la preuve de l'origine médullaire. Le CEA et rarement l'ACTH peuvent être
également augmentés et servir de marqueurs tumoraux en post chirurgical. Le carcinome
médullaire peut faire partie des polyendocrinopathies familiales MEN 2a et 2b. Un taux
élevé de calcitonine et des signes cliniques (diarrhée, flush, prurit) seront
systématiquement recherchés dans la famille du patient. L'injection de pentagastrine
sensibilise le test (sensibilité 80 %).
Actuellement, il est possible de rechercher directement la mutation du RET
protooncogène dans la région péricentromérique du chromosome 10. Ce test est plus
sensible (90 %) et détecte déjà les stades précurseurs d'hyperplasie à cellules C.
Un nodule thyroïdien peut être causé par un adénome ou adénocarcinome
parathyroïdien: les dosages de la parathormone (PTH) et la calcémie font
partie de son exploration.
La calcémie devra être suivie en post chirurgical pour détecter une exérèse des
parathyroïdes.
La patiente est enceinte
THYROIDE ET GROSSESSE
Pendant la grossesse, l'apport alimentaire en iode (200 µg/j) ou le traitement
substitutif par la T4 doivent être augmentés.
Comme toutes les maladies auto-immunes, Hashimoto et Graves augmentent le taux de fausses
couches.
Les TPOAb sont souvent déjà présents avant la grossesse ou au 1° trimestre.
Ces TPOAb passent le placenta et peuvent avoir un effet bloquant sur la thyroïde foetale
et provoquer une hypothyroïdie néonatale. Ils devraient être recherchés avant tout
accouchement.
La thyroïdite du post-partum (thyroïdite lymphocytaire): survient au 2° - 3°
mois de 5 à 10 % des post-partum: tuméfaction modérée non douloureuse de la glande,
fatigue.
Après une phase de thyrotoxicose (par destruction du tissu folliculaire, libération de
T4 et T3) survient au 6° mois du post-partum une hypothyroïdie. Souvent, la phase de
thyrotoxicose est passée inaperçue.
< 10 % des femmes évoluent vers une hypothyroïdie permanente.
En cas de passé ou de maladie de Graves, il faut mesurer les anticorps anti-récepteur
TSH (TRAb) au dernier trimestre. Le risque de Graves néonatal (qui dure quelques
semaines) est proportionnel aux taux d'anticorps anti-récepteur TSH.
La maladie de Graves tend à rémission pendant la grossesse puis récidive en
post-partum.
Le patient présente une pathologie non thyroïdienne
Syndrome Thyroïdien du Malade
(Non Thyroidal Illness, NTI)
Les TSH, FT3 et FT4 sont basses chez 40 % des patients séjournant en unité de soins intensifs.
La prévalence des pathologies thyroïdiennes non reconnues doit, logiquement, être la
même dans la population hospitalisée pour cas aigüs et dans la population générale.
Il faut éviter deux erreurs: ne pas traiter une affection thyroïdienne non reconnue ni
traiter par erreur un patient dont les perturbations thyroïdiennes apparentes sont
secondaires à sa pathologie aiguë.
La relation inverse TSH / T4 n'est plus un guide fiable.
On n'est plus en état d'équilibre (la 1/2 vie de la TSH est de 1 heure, celle
de la T4 d'une semaine).
La maladie aiguë provoque une hypothyroïdie secondaire d'origine centrale: l'axe
hypophyse - surrénales est stimulé, les axes vers la thyroïde et les gonades sont
inhibés.
De plus, la désiodation de la T4 en T3 est bloquée (au profit de la formation de
reverse T3).
Les glucocorticoïdes (endogènes ou exogènes) inhibent la sécrétion de TSH.
Techniquement: l'héparine peut perturber le dosage de FT4 (fausse augmentation par
libération in vitro d'acides gras), et il peut survenir une dissociation entre
l'immunoréactivité et l'activité biologique da la TSH.
La TSH reste le meilleur indicateur si l'on accepte d'élargir les valeurs de
références qui passeront à 0.1- 12 mUI/l. Il faut garder à l'esprit que 4 % des
NTI ont une TSH < 0.1 mUI/l.
A la guérison, la TSH remontera avant la FT4 et pourra faire croire à une hypothyroïdie
primaire.
Sont surtout à surveiller les patients à haute prévalence d'affection thyroïdienne:
antécédents de maladie thyroïdienne, goitre, maladie auto-immune, trisomie 21,
irradiation tête et cou, exposition aux agents de contraste, amiodarone, dopamine,
glucocorticoïdes, lithium, alpha Interféron (10% des traités pour hépatite C traitées
font hypothyroïdie temporaire), Interleukin-2 (35% d'hypothyroïdies temporaires),
traumatisme crânien, hypothermie.
Il ne faut pas entreprendre un traitement sur base d'un seul dosage: l'anomalie doit être répétée.
Influence des
MEDICATIONS NON THYROIDIENNES
L'Amiodarone (un comprimé contient 75 mg d'iode) provoque 4 effets.
Une hypothyroïdie
Une thyrotoxicose
Le Lithium peut provoquer une hypothyroïdie et un goitre par son action
inhibant la sécrétion des T4 et T3. La TSH est augmentée chez 10 à 20 % des patients.
Un terrain auto-immunitaire (Hashimoto) favorise cet effet du Lithium.
Les glucocorticoïdes inhibent la sécrétion de TSH (basale ou après stimulation
au TRH) et diminuent la conversion de T4 en T3.
Les beta-blocants diminuent la conversion de la T4 en T3. Le propranolol (sans
activité sympathomimétique) sera utilisé en période de thyrotoxicose.
Les produits iodés (produits de contraste, désinfectants externes, expectorants)
provoquent soit une hypothyroïdie (par effet Wolf-Chaikoff, préférentiellement
chez des sujets correctement iodés et sur un terrain d'atrophie auto-immune), soit une hyperthyroïdie
(préférentiellement chez les sujets âgés recevant un apport iodé faible).
En Résumé...
1 On suivra la réaction de l'antéhypophyse (TSH) au status
thyroïdien en gardant à l'esprit que cette stratégie implique...
2 ...une hypophyse fonctionnelle
et que les rétrocontrôles soient à l'équilibre .
Un résultat qui reste incompréhensible malgré cette approche en deux temps fera
rechercher...
3 ...une interférence
technique.
Abbréviations utilisées
| TSH : thyrotropine hypophysaire | FT4 : thyroxine libre |
| FT3 : triiodothyronine libre | TRH : thyrotropin releasing hormone hypothalamique |
| TBG : thyroxin binding globulin | Tg : thyroglobuline |
| TPOAB : anticorps anti-peroxydase | |
| TRAb : anticorps anti-récepteur à la thyrotropine | TgAb : anticorps anti-thyroglobuline |