Bernissart et les Iguanodons

Bernissart est un lieu connu des paléontologues du monde entier.
En effet, c'est dans cette ancienne petite ville minière située à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Mons (province de Hainaut, Belgique) très près de la frontière française, que fut mis à jour ce site exceptionnel où l'on trouva près d'une trentaine d'Iguanodons !

Histoire d'une découverte....

  

Crâne d'Iguanodon Bernissartensis C'est à la Fosse Sainte-Barbe que des mineurs découvrirent ce qu'ils croyaient d'abord être un tronc d'arbre fossile rempli d'or ! Cela se passait fin mars 1878. C'est en creusant une galerie que Jules Créteur découvrit des ossements d'Iguanodons dans un "cran " - appellation locale qui désigne un puits formé par un effondrement naturel et rempli de dépôts argileux, ici, traversant les veines de charbon - à la profondeur de 322 mètres.  

Ces ossements, vieux de 125 millions d'années, étaient remplis de pyrite, un minéral de couleur jaune, assez souvent confondu avec l'or par les non-spécialistes, ce qui explique cette méprise.

Un poisson d'avril ?

    Le directeur de la mine, G. Fagès, pensa que ce pouvait-être des ossements et non du bois pétrifié. On fit appel au célèbre ingénieur des mines L.F. Cornet qui, craignant un "poisson d'avril" ne vint sur place que le 8 du mois ! Le Musée de Bruxelles fut averti par télégramme le 12 avril. Divers fragments furent remontés à la surface, où - hélas - ils se fendaient et tombaient presque en morceaux.
Le préparateur du Musée de Bruxelles L. De Pauw arrivé lui aussi sur les lieux connaissait un procédé spécial pour conserver ces os et proposa d'organiser les fouilles
à condition que les fossiles soient offerts au musée de Bruxelles
Les habitants de Bernissart se sentirent spoliés par cette décision, mais il faut bien reconnaître que les moyens mis en oeuvre pour la conservation de ces squelettes dépassaient les capacités financières de la commune. Une chanson en patois wallon " La complainte de l'Iguanodon " retrace avec humour ces péripéties....

Une mine...d'Iguanodons

Toutes les autorisations obtenues, les travaux purent commencer. C'est L. De Pauw qui dirigea les premières fouilles, assisté de 9 mineurs. Ils travaillaient au fond de cinq heures et demi à midi et demi. On établissait un plan, puis on enrobait les morceaux dans le plâtre. 
  

Iguanodon bernissartensis Chaque squelette était divisé en plusieurs blocs numérotés. Le 22 octobre 1878, suite à des mouvements de terrain, l'eau envahit la galerie et l'on dut abandonner provisoirement les fouilles. On avait extrait cinq squelettes.
Les fouilles reprirent en mai 1879. Les squelettes de quatorze Iguanodons, deux crocodiles et deux tortues étaient mis à jour !
En 1881, une nouvelle galerie horizontale fut creusée à -356 mètres en travers du " cran ". Trois squelettes y furent trouvés. Trois mètres plus bas, les mineurs retrouvèrent le terrain houiller, il était dès lors inutile de continuer les fouilles.

Les fossiles remontés - plus de six cents blocs, d'un poids total de 130 tonnes - allaient maintenant devoir être assemblés à Bruxelles.
Les allemands tentèrent en 1916 de reprendre les fouilles pour leur Musée de Berlin, ils mirent en demeure la direction de la mine de creuser une nouvelle galerie à l'endroit de la découverte des premiers Iguanodons. Les travaux furent très lents, entrecoupés de nombreuses "pannes"  provoquées par nos mineurs qui n'aimaient pas travailler pour l'occupant. Ils n'aboutirent jamais.... Fin 1918 l'occupant quittait notre pays sans emporter un seul fragment d'Iguanodon.
    Après la première guerre, on envisagea de reprendre les fouilles, mais les coûts estimés - un million de francs de l'époque - firent abandonner cette idée. Le plan fut définitivement "mis aux oubliettes" en 1921.
Définitivement ?
Voire... il n'y a pas très longtemps, plusieurs projets en vue de retrouver d'autres squelettes virent le jour. Mais ceci fera l'objet d'un autre article.

Christian Moriamé

Dernière modification :28 nov. 2000