Cahier Didactique

Magritte

et

Papillons de nuit



Papillons de nuit

Lorsque le “magicien d'Ostende” rend hommage à Paul Delvaux, deux génies se rencontrent dans une magique symbiose.”


FICHE TECHNIQUE

Papillons de nuit

Belgique - 1998 - 8'


Réalisation : Raoul Servais

Scénario : Raoul Servais

Animation : Raoul Servais, Rudy Turkovics

Décors : Raoul Servais

Musique : Bo Spaenc

Producteur exécutif : Annemie Degryse

Production : Anagram avec le concours de la Communauté flamande, de l'Atelier AAA (Annecy) et de Channel Four (Londres)

LE FILM

Un papillon de nuit vient jouer les perturbateurs poétiques dans la salle d'attente d'une gare qui va vite se transformer en salle de bal. Grâce à sa magie, les demoiselles figées reprendront vie, durant quelques minutes, pour un dernier tour de piste.

Jeu de miroir, jeu sur le temps jusqu'au moment où le train déposera sur le quai son unique voyageur... Où sommes-nous ? Dans un tableau de Paul Delvaux, Petite place de gare. Un film hommage, une interpétation d'une toile d'une beauté époustouflante.


La Servaisgraphie


Papillons de nuit est le seul film a avoir été tourné intégralement en Servaisgraphie.”

Après avoir utilisé sa technique personnelle afin de réunir prise de vues réelles et animation, Raoul Servais invente un système qui permet de travailler plus rapidement et à moindre coût, la servaigraphie.

Les acteurs sont filmés sur pellicule noir et blanc dans un environnement parfaitement blanc, et les prises de vue 35mm sont analysées afin de prélecer les images utiles au procédé. Ces images, agrandies sur papier photo spécial transparent, sont ensuite introduites dans une machine produisant un négatif inversé, ce qui donne une image en positif sur des feuilles transparentes, très sensibles à l'enregistrement photographique. Ces feuilles sur lesquelles figurent les acteurs en tonalités grises, sont ensuite coloriées au verso et placées en superposition sur des décors peints pour être filmées image par image. Après Papillons de Nuit, Servais n'utilsa jamais plus la servaigraphie, le développement des technologies digitales ayant, entretemps, supplanté ce procédé.


UN PAPILLON RECOMPENSE

1998 : Grand Prix : Festival International du Film d'Animation - Annecy (Fr).

1998 : Prix de la Critique Internationale - Annecy (Fr).

1998: Palme d'Or : Festival Mondial du Court Métrage - Prix du Gouvernement Wallon et Prix Sabam - Huy (B).

1999 : Honorary Distinction : Festival International du Court Métrage - Drama (Grèce).


POUR EN SAVOIR PLUS

Fondation Paul Delvaux


Le musée porte le nom de l'artiste belge et possède la plus grande collection au monde d'oeuvres de Paul Delvaux. ainsi que des objets personnels, pinceaux, diplômes, photographies, bijoux....etc


Fondation Paul Delvaux

24, Paul Delvauxlaan,

8670 St Idesbald


Raoul Servais


A lire


Le magicien d’Ostende Engagement – défi – Reconnaissance de Johann Swinnen et Luc Deneulin – ASP (Academic and Scientific Publishers) – 2008 – 320 p – 40 €

Johan Swinnen et Luc Deneulin, deux historiens de l’art, ont eu la bonne idée d’éditer chez ASP ce livre de plus de 300 pages en trois langues et merveilleusement illustré.


Magritte – Le jour et la nuit

La peinture n'est pas un miroir qui reproduit les apparences du monde.”


René Magritte

FICHE TECHNIQUE

Magritte – Le jour et la nuit

BELGIQUE - 52’ - 2009


Réalisation : Henri de Gerlache

Scénario : Henri de Gerlache avec la collaboration de Martine D. Mergeay

Production : Alizé Production

Co-production : Alizé Production/ Arctic Productions / Fondation Magritte /ARTE/RTBF-UPDMJ

LE FILM

«Toute chose visible cache autre chose de visible » : le Magritte respectable, vêtu de son pardessus et coiffé de son chapeau boule, cache le Magritte hilare posant avec ses amis devant la Fleur en papier doré, lequel cache à son tour le jeune poseur, arborant avec morgue palette et pinceaux…

Henri de Gerlache, réalisateur de documentaire confirmé s’est plongé dans les archives, à la recherche de Magritte tentant de trouver quelques explications et liens entre l’œuvre et l’homme.

C’est par le biais d’un jeune acteur, Charlie Dupont, que cette enquête se déroule, à la fois intuitive et précise. Depuis toujours, Charlie rêve d’incarner le personnage de René Magritte. Né dans la même petite ville (Lessines) que le peintre, il s’en est toujours senti très proche et s’il accepte aujourd’hui de jouer son propre rôle «à la recherche» de Magritte c’est pour pouvoir, un jour, tenir au mieux le rôle de Magritte lui-même. 

Depuis le cimetière de Schaerbeek jusqu’au village où Magritte naquit, en 1898, 68 ans de vie se  reconstruisent comme un collage mystérieux et très documenté, en hommage à l’artiste.

L’œuvre de Magritte est fascinante, l’homme Magritte est mystérieux, jouant sans arrêt sur une double personnalité, une double identité, celle connue du grand public à travers le personnage repris dans son œuvre, le fameux «homme au chapeau boule» et puis un autre Magritte, enfoui, qu’il hésitera toujours à dévoiler.

L'ARTISTE

Qu’il s’agisse de Mozart, de Michel-Ange, de Rodin, de Magritte, ce qui fait qu’un homme se place dans la sphère de la création, et, dans cette sphère, se révèle un génie, reste un phénomène mystérieux.

Dans le cas de Magritte, ce mystère est à la fois la forme et le sujet de l’œuvre.

La vie de Magritte est elle-même un mystère, ou plutôt son «histoire», marquée par quelques étapes décisives et habitée par un perpétuel bouillonnement mental.

René Magritte est né à Lessines le 21 novembre 1898. Son père, Léopold, était un commerçant qui mena toujours «des affaires» - du textile à la «cocoline» -, parfois dans la prospérité, parfois dans la précarité, entraînant sa famille dans ses multiples déménagements (Lessines, Châtelet, Gilly, Charleroi etc.). La mère de René, Regina Bertinchamps, modiste et ménagère, était issue d’une famille d’éleveurs et de bouchers réputés pour leur sens du travail et leur sérieux.

Deux autres fils naquirent de ce mariage : Raymond, en 1900, et Paul, en 1902.

L’enfance de Magritte est intimement liée à la vie «en bande» dont lui et ses frères formaient le noyau permanent.

Les trois Magritte étaient des diables de gamins fonctionnant à coup de cris de guerre, de surnoms et commettant d’innombrables farces à l’encontre de leurs voisins. René était plutôt un bon élève, même si ses notes eurent tendance à régulièrement décliner, déjà intéressé par la musique et la peinture et en cela encouragé, de même que ses frères, par ses parents. Jusqu’au moment où survint le drame : le 24 février 1912, après avoir quitté furtivement la maison en pleine nuit, Regina Bertinchamps, épouse Magritte, fut portée disparue ; elle fut retrouvée le 13 mars suivant, noyée dans

la Sambre. Elle avait quarante ans. La mort fut attribuée à la neurasthénie ce qui est plausible, en dépit d’autres raisons qui auraient pu intervenir, dont une vie conjugale assez triste. Les circonstances de la découverte du corps ont été reconstituées, mais on n’a pratiquement aucun témoignage direct de René Magritte sur cet événement, tout au plus une mention laconique dans l’une ou l’autre interview.

On observera qu’à partir de cette époque, le jeune René (il avait 13 ans à la mort de sa mère) s’est pratiquement formé seul, c’est-à-dire en dehors de tout circuit officiel, scolaire ou académique. Sa véritable école fut la vie en bande - encore -, fourmillant d’aventures, parfois créatives et souvent drôles, les longues stations au cimetière de Soignies, qui n’était nullement celui où était enterrée sa mère, mais le lieu où, lors de ses vacances, il retrouvait régulièrement un peintre venu de Bruxelles (identifié comme Léon Huygens) pour la beauté objective des lieux, et une petite fille avec laquelle il jouait parmi les tombes.

Lorsqu’il partit pour Bruxelles, en octobre 1915, il peignait depuis un an à peine et ce n’est pas son inscription (en élève libre) et sa réinscription, l’année suivante, à l’Académie des Beaux-Arts de la rue du Midi qui allait vraiment lui donner les clefs du «Bon exemple» (titre d’un de ses tableaux). Dans la classe de Constant Montald, il s’est quand même retrouvé aux côtés de Paul Delvaux, «le plus gentil et le moins doué du cours», selon un avis général,

partagé à l’époque par René.

En 1919, grâce à son condisciple Pierre-Louis Flouquet, René découvre les courants futuristes.

À la même époque, il retrouve l’amour de son adolescence, la belle Georgette Berger, qu’il épousera en 1921 et qui sera sa compagne et sa muse durant toute sa vie.

Après un passage en tant que graphiste aux usines de papiers peints Peeters-Lacroix - où il retrouve son ancien camarade d’Académie Victor Servranckx, coauteur du célèbre article L’Art pur : Défense de l’esthétique - René rencontre ceux avec lesquels il va désormais explorer de nouvelles formes d’art et de pensée, à travers le dadaïsme et le surréalisme : Marcel Lecomte, Camille Goemans, Paul Nougé.

En 1925, il parle d’une révélation, d’un choc de reconnaissance, à la vue d’une reproduction du Chant d’amour de Giorgio de Chirico, alors qu’il compte déjà des dizaines de tableaux à son actif.

En 1926, il peint Le Jockey perdu, qu’il considérera comme sa première véritable toile «surréaliste».

Que Magritte se soit ensuite établi à Paris - ou plutôt dans les environs, à Perreux-sur-Marne - s’inscrit dans la logique surréaliste dominante, c’est-à-dire française.

Mais entre les Belges et les Français, on sait que traîne un malentendu fondamental,

celui des mots, dont l’essence est très différente selon qu’on soit né d’un côté de Quiévrain ou de l’autre. Action véritable pour les Français, commentaire accessoire (quoique utile) pour les Belges.

On observera que le séjour en France mit l’artiste en contact avec les mouvements de gauche et le parti communiste (il adhérera au parti communiste belge à partir de 1945).

Arrivés à Paris, en 1927, René et Georgette revinrent définitivement à Bruxelles en 1930.

À partir de là, la vie de Magritte fut relativement linéaire, à l’exception de son œuvre elle-même, toujours stupéfiante à la fois de nouveauté et de fidélité à son auteur.

Un événement, pourtant, en 1948, est à mettre en exergue : ce fut la fameuse et fugitive «Période vache», première exposition personnelle à Paris, pour laquelle, saisi d’une roborative envie de tout faire péter et encouragé par son ami

Louis Scutenaire, Magritte produisit en quelques jours et à gros traits, de quoi occuper les cimaises de la galerie du Faubourg, défrayer la critique parisienne et justifier de ne pas vendre un seul tableau. Ce fut un fiasco magnifique et sans lendemain.

Lire ou écouter Magritte - ses écrits et les documents audio et vidéo où il parle sont assez nombreux pour se faire une idée - laisse une impression paradoxale : Magritte s’exprime comme un sage, un philosophe, un savant. Sur la question des faits - où, quand, comment - et parfois de la «théorie», voire de la métaphysique, on le surprend à dire souvent la même chose (après sa mort, Georgette relaiera naïvement son discours). La manière est cohérente, les mots mesurés. Mais on distingue comme un tremblement, non pas de la voix, mais de l’être, toujours sur le qui-vive, plaçant une énergie perceptible dans une défense qui se révélera imparable.

Ainsi qu’on l’a évoqué à propos du mouvement surréaliste, la structure (ou plutôt non structure) intellectuelle et langagière de Magritte fut sa force, liée à la fois à des données objectives de son enfance et de sa jeunesse, et à une méfiance typiquement belge à l’égard des mots et de leur pouvoir de déviation de la pensée.

Les écrits et les interviews de Magritte - marqués par ces «tremblements» de l’être, ces légers décalages survenant dans un discours apparemment cadenassé - soulignent la profonde originalité de la pensée de Magritte, une pensée dont la véritable expression reste l’image, sans passer par les mots, voilà la révolution.


CITATIONS

Les titres des tableaux ne sont pas des explications et les tableaux ne sont pas des illustrations des titres”.

Tout ce que nous voyons cache quelque chose d’autre”.

Dans la mesure où mes tableaux sont valables, ils ne se prêtent pas à l'analyse”.

En 1915, j'essayais de retrouver la position qui me permettrait de voir le monde autrement que l'on voudrait me l'imposer. Je possédais quelque technique de l'art de peindre et, dans l'isolement, je fis des essais délibérément différents de tout ce que je connaissais en peinture. J'éprouvais les plaisirs de la liberté en peignant les images les moins conformistes…”

La technique, la pensée consciente ou inconsciente sont des manières de penser, prises pour la pensée elle-même”.

La pensée et le langage sont pour moi irréductibles à leurs fonctions, imaginant être engagés par la pensée et le langage dans une voie où les découvertes n'ont pas de limites”.

Le sérieux, pour moi, n'est vrai que lorsqu'il pense à notre mystère avec sérieux, c'est-à-dire sans la suffisance qui permet de songer à l'expliquer ou à le surmonter en le dépassant”.

L'image peinte est d'une part la description du monde visible modifié par une manière de penser, ou bien d'autre part, l'image peinte est la description du monde visible compris d'une manière spontanée”.


MUSEE MAGRITTE


Le Musée Magritte a ouvert ses portes le 2 juin 2009 dans un bâtiment de 2.500 m² appartenant aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Situé en plein coeur de Bruxelles, ce Musée, offre au regard du public les créations de l'artiste surréaliste appartenant aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et provenant principalement d'achats ainsi que des legs Irène Scutenaire-Hamoir et Georgette Magritte. De nombreux collectionneurs particuliers et des institutions publiques et privées se sont également joints au projet du Musée Magritte Museum par le prêt de leurs chefs-d'oeuvre.

Multidisciplinaire, cette collection est la plus riche au monde et comporte plus de 200 oeuvres composées d'huiles sur toile, de gouaches, de dessins, de sculptures et d'objets peints mais aussi d'affiches publicitaires, de partitions de musique, de photos vintage et de films réalisés par Magritte lui-même.

Le Musée Magritte Museum sera dans son domaine le centre de référence mondial pour la connaissance de l'artiste.



Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat

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