Cahier Didactique
Jackson Pollock

Août 1949 : le mensuel Life Magazine titrait : « Jackson Pollock est-il le plus important des peintres vivants aux Etats-Unis ? »
FICHE TECHNIQUE
Jackson Pollock - USA – 10'
Réalisation : Paul Falkenberg, Hans Namuth
Voix : Jackson Pollock
Musique : Morton Feldman
Production : Museum at Large New York
LE FILM
Dix minutes où l'on voit Pollock au travail. Sans commentaire extérieur. Il parle de ce qu'il fait, mais ce n'est pas un grand bavard. On le voit donc face à sa toile, posée par terre, entouré de ses pots de peinture, faire son « dripping ». Il y a l'intense concentration, puis la rapidité et la sûreté du geste, la maîtrise inspirée. Il exécute aussi une œuvre sur verre, fait un assemblage de tôle découpée. Un document beau et simple qui se situe au moment de l'acte créateur. Il y a des plans très justes de son corps au travail, de son visage habité, tendu, de ses godillots arrosés de taches de couleur.
Jacqueline Aubenas in Catalogue du Centre du Film sur l'Art
L'ARTISTE
D'origine polonaise, Paul Jackson Pollock naît en 1912 à Cody, dans le Wyoming, aux Etats-Unis. Au cours de son enfance et de son adolescence, il développe des facultés stupéfiantes pour la sculpture et la peinture. Cette période de son existence est néanmoins marquée par la poliomyélite, qui l'affaiblira régulièrement au cours de sa vie.
En 1929, il part étudier à New-York, au sein de The Art Student League. Il suit en particulier les cours du peintre Thomas Hart Benton, figure de proue du mouvement Régionaliste américain. On retrouve ainsi l'influence de ce mouvement dans les premières œuvres de Jackson Pollock. Au cours de ses études, il découvre également le travail des muralistes mexicains José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros. Leurs techniques expérimentales, alliant de larges supports à l'utilisation de la peinture industrielle aura un incroyable impact sur le travail de Jackson Pollock.
Souffrant d'alcoolisme et de dépression, il commence une thérapie avec un élève de Carl Gustav Jung, qui l'encourage à analyser ses peintures afin de découvrir les clés de son inconscient. Cette introspection l'amène à s'intéresser au mouvement surréaliste européen, qui tente, à travers la technique de l'automatisme, de mettre en œuvre l'inconscient : il s'agit en fait de laisser sa main vagabonder sur la toile au fil de ses pensées les plus profondes.
Jackson Pollock associe alors cette technique à la représentation de sculptures des premières nations américaines, s'inspirant des anciennes pratiques chamanistes et célébrant l'homme et la nature. The She-Wolf est en particulier une des premières œuvres nées de cette inspiration. En 1944, il épouse Lee Krasner, une artiste-peintre de renom, influencée par le mouvement de l'Expressionnisme abstrait et dont les œuvres ne seront réellement reconnues qu'après la mort de son mari.
Le style personnel de Jackson Pollock n'émerge réellement qu'à partir de 1947, lorsqu'il ouvre un grand atelier à Long Island. En fait d'atelier, il s'agit d'une vaste usine désaffectée. C'est cependant dans ce lieu que Jackson Pollock va créer ses œuvres les plus marquantes et mettre au point la technique du « dripping." Sans doute influencé par son environnement, il utilise de multiples outils, du traditionnel pinceau au couteau en passant par des baguettes de bois et travaille beaucoup sur la texture de la peinture industrielle, à laquelle il ajoute du sable, du verre concassé et d'autres matériaux parfois difficilement identifiables. Ses toiles, posées à même le sol, sont immenses, même s'il ne garde généralement que quelques mètres carrés de ses œuvres.
Sa technique de peinture a contribué à sa renommée : effectuant une sorte de danse autour de la toile, il projette de la peinture au gré de son inconscient, réalisant de singulières arabesques dans lesquelles le thème des yeux, issu des totems indiens, est récurrent. Jackson Pollock abandonne ainsi toutes les conventions construites autour d'un motif central au profit de l'« Action Painting ». Lorsqu'on lui demande quel sens il donne à son œuvre, il répond « The painting has a life of its own. I try to let it come through » qui pourrait se traduire : « La peinture a une vie propre. J'essaie de la laisser s'exprimer. » Cette période sera une des plus productives de sa vie. Malgré la reconnaissance de son travail, Jackson Pollock est poursuivi par ses anciens démons. Sa productivité s'en ressent.
En 1956, il meurt dans un accident de voiture, ce qui contribue à forger sa légende. Désigné comme le plus grand peintre américain dans les années 60, Jackson Pollock est aujourd'hui beaucoup plus décrié. On ne peut cependant remettre en cause la force de son œuvre et l'originalité de son style.
Corinne De Valerio
CITATIONS
« Un critique a écrit que mes tableaux n'avaient ni commencement ni fin. Il ne l'entendait pas comme un compliment, or c'en était un. C'était même un beau compliment. Seulement il ne le savait pas. »
« Regarder simplement un tableau donne du plaisir. C'est comme regarder des fleurs, on ne leur cherche pas un sens. »
« Regardez mon action ! »
« Quand je peins, je me sens vraiment vivant sur la toile, je sens mes testicules ballotter sur la peinture. »
« - Quand savez-vous que vous avez fini un tableau ? lui demande t-on un jour.
Et vous, quand savez-vous que vous avez fini de faire l'amour ? répond-il. »
POUR EN SAVOIR PLUS
En DVD
Pollock d'Ed Harris : l'acteur Ed Harris passe derrière la caméra pour adapter à l'écran le livre Jackson Pollock : An American Saga de Steven Naifeh.
Le film a été principalement tourné dans la résidence de l’artiste, à Long Island, et dans une reconstruction de son appartement de Greenwich Village.
« J’ai voulu éviter de réaliser un film psychanalytique. J’ai choisi un point de vue sobre sans effets spéciaux ou trucages cinématographiques, une histoire simple, d’une personnalité complexe qui ne s’imposait aucune limite. (...) Dès le moment où j’ai décidé de réaliser ce film, je me suis mis à peindre, confesse Harris. J’ai fait construire un atelier très spacieux pour pouvoir travailler les grands formats et pendant plus de quatre ans, j’ai suivi des cours de peinture pour savoir ce que ressentait Pollock ».
Potiers japonais à l'œuvre

“A la conquête de la plénitude, du silence et du secret”.
FICHE TECHNIQUE
Potiers japonais à l'œuvre
Canada - 28' - 1976
Réalisation : Marty Gross
Images : Keiji Ito
Son : Koji Ohta
Montage : Marty Gross
Production : Marty Gross
LE FILM
Un film lié aux gestes d'une profession, d'un artisanat qui impliquent un rapport fort avec la terre, l'eau, le feu, une sensualité des éléments. Au sud du Japon, il y a une tradition de potiers, un savoir-faire qui se transmet dans les familles. Le film ne prétend rien expliquer ou théoriser. Il montre les gestes traditionnels. Il n'y a pas de didactisme, simplement une circulation de la terre aux machines, aux tours, aux produits finis. On entre dans le quotidien d'une production : un apprenti est formé, un orage éclate. C'est beau, c'est simple. Il n'y a aucun commentaire et beaucoup de plans fixes. On ne tourne pas autour du pot.
Jacqueline Aubenas in Catalogue du Centre du Film sur l'Art
CITATIONS
"Symbole par excellence de la précarité des choses, la céramique tire certes de sa fragilité l'un de ses plus grands charmes. Elle convient à merveille à cette civilisation dont tout l'esprit est imprégné de nostalgie boudhique, tempéré de tendresse, au cœur fou parfois, mais toujours chaud, bien qu'abrité derrière le rempart protecteur des conventions sociales. C'est pourquoi ce qui s'épanouit à l'écart de cette inspiration, ce qui brille trop, ce qui tient encore à un faste renié par l'esthète cultivant le détachement des biens du siècle, n'appartient pas directement au monde japonais."
Vadime et Danielle Elisseeff in La civilisation japonaise
Derrière un pot d'azalées
une femme déchire des morues
séchées
Haïku de Bashô (1644 – 1694)
En guise de cadeau
dans un bol à riz
nage un beau poisson rouge
Haïku de Naïto (1847 -1926)
PARDON !
Sortant du four,
Les poteries apparaissent, toute habillées de cendres !
Pourtant, ces pots ont presque l'air de pleurer !
Devinant alors la cause de leur tristesse,
je leur demande pardon
De leur avoir donné cette forme,
Et d'avoir osé sceller celle-ci sous la forme du feu.
Je voudrais dire alors :
Pardon pour l'argile,
Pardon pour le four,
Pardon pour le bois et les forêts,
Pardon pour ces créations
Qui devront vivrent éternellement sous cet aspect !
Pardon ! Pardon !
Poème calligraphié par
Mme Yasunaga in Un potier français au Japon de Jean Tessier
Voyage d'un potier français au Japon. Il était une fois un samouraï... - Jean Tessier - Maisonneuve & Larose, 2000
Jean Tessier fut, en 1959, de concert avec le potier Maurice Crignon, à l'origine du " Mouvement du grès ", qui imprima durablement ses traits à la céramique française. Il développe depuis dix ans une activité artisanale et artistique incluant la calligraphie chinoise. Il a publié dans notre maison en 1993 Le Japon des potiers, ouvrage initiatique sur la vie des potiers au Japon, rapidement épuisé. Le récit de voyage qu'on découvre ici s'appuie sur un long séjour en 1995 et 1996. Il nous entraîne à la découverte du Japon des maîtres, dans toute la floraison des métiers préservés, parmi lesquels la céramique reste le premier des arts. Le Japon, pour un potier, c'est Vienne pour un musicien. Emaillé de la vision de jardins et de la senteur de l'encens des temples, près de villages de bois bruni, ce livre invite le lecteur occidental à s'inspirer dans son travail du rapport des potiers japonais à la spiritualité ancestrale.
Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat