Cahier Didactique

Pieter Bruegel l’Ancien – Visionnaire de tous les temps



Quel autre peintre que Bruegel a posé sur l’homme un regard aussi lucide ? Bruegel est de toutes les lattitudes et de tous les temps.”


Bruegel, Roger Marijnissen


FICHE TECHNIQUE
Pieter Bruegel l’Ancien – Visionnaire de tous les temps

BELGIQUE - 50’ - 1990


Réalisation : Harold Van de Perre et Anton Stevens

Scénario : Harold van de Perre

Image : Wim Michiels

Commentaire : Marcel Dessogne et Claude Koener

Son : Geert Engels

Direction musicale : Herman Baeten

Coproduction : Vision-on-Art, Godfried Van de Perre, BRT Production

Production : Paradigma


LE FILM

Pierre Bruegel reste l'un des plus grands peintres romanciers de l'histoire. Il observa de très près les riches motifs de la vie qui se déployait autour de lui. Il dépeignait dans un style réaliste impitoyable sa vision de l'homme et du monde, des histoires de vie de village (Le combat entre carnaval et carême), de la vie des paysans (La danse des paysans, La moisson), de la ville (La tour de Babel), de la guerre (Margot l'enragée) et de la religion (La montée au calvaire). Les réalisateurs enquêtent sur les peintures de Bruegel et sur notre époque, en utilisant des photographies contemporaines. Ainsi, ils démontrent comment l'époque de Bruegel diffère peu de la nôtre - une image miroir qui ne peut laisser le spectateur insensible.


... la façon la plus révélatrice de regarder c'est de marcher, pas à pas, au coeur de ces vastes panoramas, un processus qui offre un esprit d'étude critique de toute oeuvre d'art. Les graphiques sont excellents, particulièrement quand ils sont utilisés dans les analyses. Par exemple, certaines parties d'une peinture s'estompent devant l'objectif, ou des tableaux sont divisés en graphiques pour en illustrer la composition. La Tour de Babel de Bruegel est comparée aux photos du Colisée à Rome (où Bruegel travailla) afin de comparer similarités et ressemblances ”...


Passionnant à la fois pour ceux qui ne possèdent pas de culture de l'art et pour les connaisseurs.

D’après the Rolland Collection


Quelques mots du film :


Dans l’histoire de l’art flamand, Bruegel se situe à mi-chemin entre le gothique tardif de van Eyck et le baroque de Rubens.”


Bruegel est-il un moralisateur hollandais ou un gouailleur flamand ? Un paysan ou un citadin ? Un humoriste ou un fataliste ? Un réaliste ou un visionnaire surréaliste ? Un maniériste ou un vitaliste ? Un humaniste ou un misanthrope ? Un libertain ou un socialiste pamphlétaire ? Un évangéliste fidèle ou un athée nihisliste ?”


C’est dans la mesure où il reflète l’esprit de son temps qu’un artiste est intéressant. Plus il transcende son monde, plus il devient un grand artiste. Son oeuvre se laisse alors facilement transposer dans notre époque. Dans le cas de Bruegel nous constatons fondamentalement que les oeuvres n’ont pas pris une ride.”


L'ARTISTE

La biographie de Pieter Bruegel l'ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses.


On sait que Bruegel est mort en 1569, dans la fleur de l'âge, entre 35 et 45 ans. Il pourrait être né entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Philippe II d'Espagne.


Selon Carel van Mander, il serait né près de Breda, mais les historiens modernes soupçonnent une confusion possible entre Breda, ville du Brabant septentrional, sur le territoire hollandais et l'actuelle Bree (ou Breede, Brida ou Breda en latin) dans le Limbourg campinois (Belgique).


La première date connue avec certitude est 1551, lorsque le nom de “Peeter Brueghels” apparaît dans les liggeren (registres) de la Guilde de Saint-Luc à Anvers où il a été reçu comme maître.Toujours selon Carel van Mander, il fut l'élève de Pieter Coecke van Ælst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fait un voyage en Italie, poussant jusqu'à Rome où il est possible qu'il ait travaillé avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d'Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple.


Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l'éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d'estampes. A partir de 1559, il simplifie son patronyme, signant ses œuvres Bruegel au lieu de Brueghel. À Anvers, il fréquente un cercle d'artistes et d'érudits humanistes notamment le mécène Nicolas Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres. Sa vie sociale déborde largement le milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux.


En 1562, il s'installe à Bruxelles (où l'on peut toujours voir sa maison de la rue Haute) et c'est à l'église Notre Dame de la Chapelle qu'il épouse, en 1563, la fille de son maître Pieter Coecke van Ælst.


En 1564, naît le premier de ses fils, Pieter Bruegel le Jeune, dit Bruegel d'Enfer. La situation politique et religieuse en Flandre se dégrade. En 1567, le Duc d'Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c'est l'année même de l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan, dit Bruegel de Velours. Il semble certain que Bruegel l'Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres.


Il meurt en 1569 et est enseveli à Notre Dame de la Chapelle à Bruxelles

La peinture de Bruegel est généralement présentée en trois périodes : les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif ; le cycle des mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature, et les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d'un paysage qui n'est plus qu'un fond.


Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs ou avec le goût italien de ce XVIe siècle. En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l'art des Primitifs flamands et s'affranchit de celui des Italiens. L'unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les “genres mineurs” en font un artiste inclassable dans l'histoire de l'art. Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier primitif et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s'ouvre à la découverte de l'homme et du monde.

Cependant, l'œuvre de Bosch veut inspirer une terreur dévote, totalement absente de celle de Bruegel. Pour l'un, le monde n'est qu'un rêve de Dieu ou une tromperie du Diable; la Nature est une tentation nuisible. Pour l'autre, l'action humaine prend au contraire toute sa valeur : joies ou défis au destin, l'homme doit tenter l'aventure malgré les menaces.


Contrairement aux peintres de la Renaissance, Bruegel n'a pas représenté de nu, et ne s'est que fort peu intéressé au portrait. Ses personnages ronds sont très éloignés de la glorification des corps bien proportionnés. Dans ses tableaux dominés par la vie populaire, le peintre montre des paysans tels qu'ils sont dans leurs activités et divertissements. Pour la première fois dans l'histoire de la peinture, la classe rurale est humanisée dans une vision objective.

Même les scènes bibliques de Bruegel se situent pour la plupart dans un village, et la description de la place publique qui fourmille de monde prend plus de place que le thème (voir le Dénombrement de Bethléem). Au XVIe siècle, en effet, la rue et la place étaient des lieux de rendez-vous et de divertissements : jeux d'hiver, carnaval, procession et kermesse, danses ou rites campagnards, tout était prétexte aux réjouissances.


Pour les stoïciens, le monde est une construction bien ordonnée dans laquelle l'homme occupe une place précise et accepte son destin. Cette conception s'exprime dans la série Les Mois qui montre l’union profonde des êtres vivants soumis aux cycles naturels. En revanche, dans d'autres toiles, Bruegel semble craindre l'orgueil et la rébellion de l'homme contre l'ordre de la création. La joie peut cohabiter avec le danger si l'homme se soumet à la fatalité et s'intègre dans la symphonie des éléments naturels.


ILS ONT ECRIT


C'était un homme tranquille, sage, et discret; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries”.

van Mander


Je défie qu'on explique le capharnaüm diabolique et drôlatique de “Brueghel le Drôle” autrement que par une espèce de grâce spéciale et satanique. Au mot grâce spéciale substituez, si vous voulez, le mot folie, ou hallucination ; mais le mystère restera presque aussi noir. La collection de toutes ces pièces répand une contagion; les cocasseries de Brueghel le Drôle donnent le vertige. Comment une intelligence humaine a-t-elle pu contenir tant de diableries et de merveilles, engendrer et décrire tant d'effrayantes absurdités ?”

Charles Baudelaire


POUR EN SAVOIR PLUS

A voir dans notre musée


Notre musée possède un important ensemble de tableaux de Pierre Bruegel l'Ancien, parmi lesquels le célèbre Dénombrement de Bethléem. D'autres créations du maître sont encore représentées par des copies de son fils, Pierre le Jeune, dont l'imposant Combat de Carnaval et Carême, acquis en 1999.


A lire


Bruegel, P. Francastel, Ed. Hazan, Paris, 1995

Bruegel, A. Wied, Gallimard Electa, Paris, 1997

Pieter Bruegel l'Ancien, Kundhistorisches Museum, Vienne, 1999

La Renaissance dans les pays du Nord, C. Harbison, Flammarion, Paris, 1995




Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat

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