Cahier Didactique
L'Alhambra de Grenade
"La collection "Architectures" est consacrée aux réalisations les plus marquantes de l'architecture, de ses prémices jusqu'aux dernières créations des grands architectes d'aujourd'hui. Cette séance propose d'entrer dans la somptueuse Alhambra de Grenade et la Villa Barbaro à Maser."
L'Alhambra de Grenade
FRANCE - 2006 - 26'
Réalisateur : Frédéric Compain
Image : Andres Silvart
Montage : Alberto Yacellini
Prise de son : Harold Burgon
Musique : Pierre Lemarchand
Narration : François Marthouret
Partenaire : Musée du Louvre
Production : ARTE France, Architectures/Musée du Louvre/Les Films d'Ici
Située sur les premiers contreforts de la Sierra Nevada, en Andalousie, au sud de l'Espagne, se dresse l'Alhambra. Construite au 14e siècle par deux califes successifs, l'Alhambra est un ensemble de deux palais enserrés dans une forteresse plus ancienne qui date du 10e siècle et qui couronne un piton rocheux long de 700 mètres. Après sept siècles de pouvoir islamique en Espagne, ce palais est le dernier bastion arabe qui tomba aux mains des rois catholiques, en 1492. Cette longévité fit de Grenade, une ville où se sont concentrés les savoirs et les techniques des artisans les plus raffinés, un asile qui permit l'apogée de l'art musulman.
Charles Quint, petit-fils des monarques catholiques conquérants, ne souhaita pas anéantir l'architecture islamique. Les palais nasrides (les palais de l'Alhambra) seront gardés quasiment intacts par les vainqueurs. L'architecture Renaissance, massive et martiale, s'imbrique ainsi dans les palais islamiques légers et gracieux.
A l'Alhambra, l'architecte, le jardinier et le décorateur ne font qu'un. On a recours à la géométrie, aux mathématiques mais aussi à l'improvisation due au maniement virtuose de l'équerre et du compas. On cultive l'art des proportions, des volumes, des creux et des pleins.
L'édifice entier exalte sa propre gloire éphémère. Truffés d'allusions astronomiques, d'odes à Allah et au sultan, les poèmes de l'Alhambra gravés dans le stuc jouent des métaphores cosmiques et finalement célèbrent l'architecture elle-même.
Aujourd'hui, l'industrie culturelle s'en est emparée, pour en faire l'un de ses fleurons. L'Alhambra secret et mystérieux est, chaque jour, visité par 8000 personnes.
L'Alhambra est un des monuments majeurs de l'architecture islamique. C'est, avec la Grande Mosquée de Cordoue, le plus prestigieux témoin de la présence musulmane en Espagne du VIIIe au XVe siècles. Leurs caractères sont opposés : à la sobriété grandiose du monument religieux représentatif de la première architecture islamique de Cordoue, s'oppose l'exubérance de la dernière manière hispano-mauresque : celle-ci s'exprime, en effet, dans les palais des derniers souverains nasrides, alors en pleine décadence, et qui disparaîtront bientôt lors des derniers assauts de la Reconquista.
Cet ensemble fortifié se situe sur la colline de la Sabika, qui domine la plaine et la ville de Grenade, et qui fait face au quartier populaire et pittoresque de l'Albaicin. On y aperçoit, au loin, les sommets enneigés de la Sierra Nevada. Parmi ces bâtiments, se trouvent notamment le palais mauresque qui fait la gloire de l'Alhambra, ainsi que le palais renaissant de Charles Quint et une église édifiée à la place d'une mosquée.
Le nom vient de l'arabe, Qalat al Hamra c'est-à-dire "le château rouge". Si la colline de la Sabika est aménagée dès 1237 sous la direction de l'almohade Al-Ahmar, l'origine de l'Alhambra remonte à 1238 avec l'entrée, à Grenade, du premier souverain nasride, Mohammed ben Nazar. Son fils Mohammed II le fortifia. Le style nasride atteint son apogée au XIVe siècle sous les rois Youssouf Ier et Mohammed V al-Ghanî, qui font édifier les parties les plus prestigieuses entre 1333 et 1354. Chaque souverain reprenait le palais de son prédécesseur et en édifiait de nouvelles parties, le modifiant à sa guise : c'est la raison pour laquelle on parle de palais Nasrides, au pluriel.
Alors que, presque partout dans le monde musulman, les palais anciens ont disparu ou ne sont plus que des ruines, l'Alhambra possède encore deux groupes de palais du XIVe siècle. Les demeures bâties par les premiers souverains de la dynastie ont disparu et, au XVe siècle, les rois de Grenade n'ont pas eu &endash; fort heureusement &endash; les ressources nécessaires pour remplacer les palais que l'on admire aujourd'hui et pour encore longtemps.
Postérité
Après le règne des Nasrides, malgré le désir des Rois Catholiques d'effacer les traces de l'Islam des territoires entièrement reconquis par les chrétiens après la chute de Grenade en 1492, le palais mauresque était tellement superbe qu'il fut épargné et servit de résidence royale lorsque la cour passait à Grenade.
L'ensemble tomba ensuite en désuétude, ne faisant l'objet de restaurations qu'à l'occasion de séjours royaux.
L'Alhambra étant, dès lors, un des grands événements historiques, les pillards y firent leur apparition.
Les jardins sont à présent entretenus grâce au Patronato de La Alhambra, qui gère l'ensemble du monument et permet la visite à 8000 personnes par jour.
La gazelle est le symbole de l'Alhambra, elle est assimilable à un emblème d'héraldique depuis l'exploitation touristique du site. Cette image correspond à la version stylisée d'un vase décoratif retrouvée parmi les objets de l'Alhambra; l'original se trouve dans le musée du palais de Charles Quint.
L'Alhambra ! L'Alhambra ! Palais que les Génies
Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies,
Forteresse aux créneaux festonnés et croulants
Où l'on entend la nuit de magiques syllabes
Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes,
Sème les murs de trèfles blancs !"
Victor Hugo
"La lune, en se levant, répandit sa clarté douteuse dans les sanctuaires abandonnés, et dans les parvis déserts de l'Alhambra. Ses blancs rayons dessinaient sur le gazon des parterres, sur les murs des salles, la dentelle d'une architecture aérienne, les cintres des cloîtres, l'ombre mobile des eaux jaillissantes, l'ombre mobile des eaux jaillissantes, et celle des arbustes balancés par le zéphyr".
François-René de Chateaubriand
"Félicité ! félicité ! Cri des pierres, âme de l'Alhambra, ce mot que l'homme s'étonne de prononcer jaillit ici avec une force indomptable dans le marbre et dans l'émail, les ruines, les chapiteaux, les voûtes vous renvoient l'accent d'allégresse parti d'une poitrine heureuse, et l'Alhambra semble fait pour éterniser le cri de joie de la Terre et du Ciel dans l'Eden d'Andalousie."
Edgar Quinet
Les Contes de l'Alhambra de Washington Irving. Récit d'un voyageur américain aisé du XIXe siècle qui décrit l'Espagne et ses habitants ainsi que les légendes orales transmises à propos de l'Alhambra.
Les aventures du dernier Abencérage de François René de Chateaubriand. Grenade : 1526. Aben-Hamet, dernier descendant de l'illustre lignée des Abencérage, revenu sur la terre de ses ancêtres, s'éprend follement de la noble et chrétienne Blanca. Tragédie héroïque du renoncement et de la fatalité, ce flamboyant roman de l'amour fou est aussi une quête initiatique dans les salles de l'Alhambra.
La Villa Barbaro par Palladio et décorée par Véronèse à Maser

"Dans le village de Maser, se trouve un des plus grands chefs-d'oeuvre de l'architecture italienne, déclaré Patrimoine de l'Humanité par l'Unesco : la Villa Barbaro".
FICHE TECHNIQUE
La Villa Barbaro par Palladio et décorée par Véronèse à Maser
France - 26' - 2006
Réalisation : Stan Neumann
Images : Richard Coppans
Montage : Stan Neumann et Louise Decelle
Commentaire : François Marthouret
Co-Production : Musée du Louvre, Arte France et Les Films d'Ici
Aux environs de 1560, à Maser, les frères Barbaro, une des plus grandes familles de Venise, demandent à l'architecte Andrea Palladio de leur construire une maison de campagne et au peintre Paolo Véronèse d'en décorer les murs. L'ancien tailleur de pierre, Andrea Palladio, est l'architecte favori de la noblesse vénitienne pour laquelle il invente un nouveau type de résidence rurale, moitié palais, moitié ferme qu'on appellera la villa. La villa palladienne est une révolution. Pour la première fois "la grande architecture" se préoccupe de fonctions et d'habitat, cherchant à lier le beau et l'utile, la colonne de temple et la grange, au nom d'une nouvelle ambition architecturale et une nouvelle conception de la beauté. A travers la trentaine de villas qu'il construit entre 1550 et 1580, Andrea Palladio jette les bases de tout ce qui est ordonné et géométrique dans l'architecture occidentale. En contrepoint de la démarche rationnelle de Palladio, les fresques de Véronèse qui décorent la Villa Barbaro sont un trompe l'oeil illusionniste unique en son genre, qui s'amuse à ouvrir partout des portes et des fenêtres imaginaires et fait dialoguer l'architecture réelle avec l'architecture peinte.
Catalogue des Films d'Ici
Pour les patriciens de la ville de Venise, le retour à la terre ferme faisait partie d'un projet de vie nouveau qui trouve son origine dans la mode de "la pastorale". Dès la fin du XVe siècle, ils firent assécher les terrains, pour y disposer des maisons d'été, dans un cadre naturel.
L'architecte Andrea Palladio a ainsi édifié plus de vingt villas et une dizaine de palais pour les grandes familles de Vénétie, dont la Villa Barbaro (1550), construite pour les frères Marcantonio, ambassadeur de la République de Venise et Daniele Barbaro. Parmi ses réalisations, on trouve la villa Cornaro à Piombino Dese (1551-1553), la villa Serego à Santa Sofia di Pedemonte (1552-1559), la villa Badoer à Fratta Polesine (vers 1556), la villa Foscari à Malcontenta di Mira (commencée aux environs de 1558) et la villa Almerico-Valmarana, mieux connue sous le nom de la "Rotonde".
Exploitation agricole, la Villa Barbaro est une illustration parfaite du style de Palladio : la partie centrale est prolongée par deux ailes symétriques à arcades, qui abritaient le bétail et le matériel agricole. La façade est agrémentée de colonnes et de statues. L'intérieur reflète une belle complicité entre l'architecte Palladio et Paolo Véronèse qui la décora de fresques et de trompe-l'oeil.
Deux ans après la fin des travaux, en 1560, Véronèse est appelé pour la décoration. Il modifie la façade et orne de fresques et de trompe-l'oeil les six salles de réception de la résidence. Alessandro Vittoria réalisera les décorations en stuc.
Quatre siècles plus tard, la Villa Barbaro est toujours une exploitation agricole produisant du vin blanc.
Inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco, elle est ouverte au public toute l'année et ses propriétaires ont aménagé des chambres d'hôtes dans les dépendances.
Les décorations murales
Paolo Caliari est né en 1528 à Vérone, ce qui lui vaudra le surnom de Véronèse. Il s'initie à la peinture dans sa jeunesse et s'approprie les éléments de la tradition picturale locale, qui constitueront une composante fondamentale de son style. Il part chercher fortune à Venise en 1553, qu'il ne quittera quasiment jamais plus jusqu'à sa mort, en 1588. L'oeuvre de Véronèse, caractérisée par la composition fondée sur les personnages, associe un travail sur la couleur tout autant que sur le dessin. Il donne un aspect décoratif et ornemental à ses sujets.
Le décor est conçu sur un double registre : le monde mythologique avec les dieux de l'Olympe et le paysage idéalisé, avec des représentations bucoliques et des allégories. Pour la Villa Barbaro, Véronèse s'est inspiré des écrits de Vitruve. Il illustre le dialogue entre l'architecture et la peinture. Pour la Villa Barbaro, Véronèse exécuta des paysages, en adoptant le point de vue que l'on aurait depuis l'étage noble de la villa si, par hasard, les murs de la salle s'ouvraient sur la campagne des alentours. Par endroits, dans les couloirs, les parois se transforment en portes d'où sortent, comme par aventure, une fillette ou un jeune page, grandeur nature, s'adressant aux visiteurs. Partout, l'espace architectural est mis au défi, et se poursuit illusoirement dans les peintures.
Ces décorations font entrer le spectateur dans l'oeuvre d'art.
"On choisira [É] un lieu commode pour la maison et, autant qu'il sera possible, au milieu des terres qui en dépendront, afin que le maître puisse avoir l'oeil plus facilement sur les environs de son héritage et que le fermier ait moins de peine à conduire tous les revenus au logis du maître".
Palladio
"Nous les peintres... prenons des libertés que prennent les poètes et les fous."
Véronèse
"Le décor de l'église de San Sebastiano marque le sommet de l'activité de jeunesse de Paolo et la maturation de son art, par lequel le peintre insère avec aisance le nouvel illusionnisme dans une scénographie majestueuse, créant le grand style qui permet l'épanouissement de l'âge d'or vénitien."
Jean Habert
"Le peintre profane que pouvait être Paolo Véronèse (mythologique, allégorique, littéraire, idéologique, lyrique ou portraitiste...) traverse lui aussi les aléas de la politique et la tension religieuse de son époque, il en capture l'essence et y verse les humeurs et les sucs abondants et ambrés."
Giandomenico Romanelli
A lire
Les Quatre Livres de l'architecture (I Quattro Libri dell'Architettura) d'Andrea Palladio : traité d'architecture, publié à Venise en 1570 en quatre sections dites "livres".
L'ouvrage contient les projets que Palladio veut faire connaître, par la théorie et la pratique, la pureté et la simplicité de l'architecture classique et est illustré des propres dessins d'Andrea Palladio.
Véronèse de Morena Costantini - Gallimard - Paris - 2004
Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat