Cahier Didactique

Van Eyck - L'agneau mystique

"L'art flamand aux racines solidement ancrées dans son sol

s'élève jusqu'au ciel."



FICHE TECHNIQUE
Van Eyck - L'agneau mystique.
Le mystère de la beauté
BELGIQUE - 55' - 1989
Réalisation : Anton Stevens
Scénario : Harold van de Perre et Anton Stevens
Image : Michel Van Laer
Son : Kris Laureys
Montage : Bert Vandensande
Narration : Marcel Dossogne et Claude Koener
Musiques : Georges De Decker
Production : BRT

Harold van de Perre et Anton Stevens ont consacré trois films d'art à l'oeuvre de Jan van Eyck, Brueghel et Rubens. Ces films, réalisés pour la télévision, ont raflé une foule de prix à l'étranger.

Ce dernier a obtenu le prix du meilleur documentaire sur l'histoire de l'art au Festival International du Film sur l'Art de l'UNESCO à Paris, ainsi que le prix URTI au Festival International de la Télévision de Monte-Carlo en 1990. Le jury fit la louange de la qualité de la réalisation, du rythme et de l'approche contemplative de ce travail, et l'a considéré comme référence télévisuelle.

LE FILM

La beauté dans tout son mystère

Ce documentaire traite exclusivement du polyptyque de L'Adoration de l'agneau mystique, chef-d'oeuvre des frères Van Eyck qui se trouve à Gand, dans la Cathédrale St Bavon.

Ce document didactique, magistralement servi par le texte poétique d'Harold van de Perre, nous fait entrer de plein pied dans les détails d'une oeuvre considérée comme un inventaire pictural de l'homme et de sa vision du monde. Divisé en trois parties, le film évoque dans la première, de façon simple mais précise, le contexte social et culturel de l'époque avant de nous conduire dans les méandres de ce polyptyque qui semble ne jamais connaître de fin.

Dans la deuxième partie, l'énumération non exhaustive des détails nous permet d'appréhender l'oeuvre du point de vu du théologien, de l'architecte, du botaniste, de l'historien ou pourquoi pas de l'artisan. De la nature morte à l'art du portrait, des paysages multicolores au poème symbolique, c'est un monde dense et abondant qui s'ouvre sous nos yeux étonnés.

La troisième partie nous propose une petite ballade du côté de Bruegel, Roublev, Giotto qui offre quelques comparaisons de structures voire de textures, comparaisons qui nous permettent de mieux comprendre le traitement de mêmes thèmes à travers diverses époques.

On le voit, le réalisateur ne s'arrête pas à la simple iconographie, à la simple contemplation. Leur interprétation personnelle ne cesse de souligner la continuité de l'histoire de l'art.Transportés par la vitalité flamboyante de l'oeuvre, ils tentent d'explorer le mystère de la beauté.

 

Quelques mots du film :

"Les pélerins qui ont parcouru le monde entier prétendent quelquefois que c'est le plus bel ensemble pictural qu'ils aient pu contempler sur terre."

"C'est le point d'orgue d'une grande messe solennelle dans une cathédrale aux proportions immenses, bondée de fidèles qui se détacheraient un instant surnaturellement du sol.(...) Il élève les coeurs. Il ne nous emmène pas vraiment au paradis terrestre, mais plutôt dans le nouveau paradis, près du Seigneur"

"Pour le théologien, autant que pour l'historien de l'art, ce polyptyque est comme une cathédrale emplie de mystère concernant la représentation et l'iconologie des personnages, des groupes, des cités et des textes de la symbolique et de la signification alchimique".

"Van Eyck construit, Bruegel sème, Rubens tresse."

"Le monde supérieur a, un instant, touché la terre, et à ce moment, l'éternité a ôté son voile. On reste béat d'admiration. Ce mystère surpasse toute parole, c'est la raison pour laquelle il ne s'exprime que par un autre mystère qui a pour nom beauté."

L'OEUVRE

Polyptyque de l'Adoration de l'Agneau mystique (frères Van Eyck), Retable réalisé par les frères Hubert et Jan Van Eyck, achevé en 1432.

Huile sur toile (350 X 223 et 350 X 461)

Cathédrale Saint-Bavon, Gand.

Le Polyptyque de l'Adoration de l'Agneau mystique marque la naissance de la révolution artistique flamande. Véritable chef-d'oeuvre de la peinture des Primitifs flamands, il a immédiatement connu une renommée européenne et suscité l'admiration de nombreux artistes de renom. Ce Polyptyque est une commande de Jocodus Vijd, marguillier1 de l'église Saint-Jean de Gand. L'oeuvre, dont la réalisation est à l'origine confiée à Hubert Van Eyck, est achevée par Jan Van Eyck après la mort de son frère (1426). Constitué de dix panneaux de bois de chêne, il a été placé, le 6 mai 1432, sur l'autel de la chapelle du commanditaire, dans l'église Saint-Jean (devenue depuis la cathédrale Saint-Bavon). Dispersés au fil du temps, voire perdus comme c'est le cas de la prédelle2, les différents panneaux ont été réunis dans la seconde partie du xxe siècle et ornent, de nouveau, l'édifice gantois.

S'appuyant, pour une grande part, sur le texte de l'Apocalypse de saint Jean l'Évangéliste, il traite de deux sujets bibliques distincts, selon que le retable est ouvert ou fermé.

L'Annonciation (polyptyque fermé)

Volets clos, le retable est constitué de huit panneaux peints (quatre par volet). Il a pour thème principal l'Annonciation. Le registre supérieur s'orne des figures des prophètes Zacharie et Michée (scènes extérieures) et de celles des sibylles d'Érythrée et de Cumes (scènes centrales). Le registre médian présente l'épisode de l'Annonciation de l'archange Gabriel à la Vierge Marie. Le registre inférieur dévoile, pour sa part, les représentations des commanditaires, Jodocus Vijd et son épouse Élisabeth Borluût, et de part et d'autre, Saint Jean-Baptiste et Saint Jean l'Évangéliste.

L'Adoration de l'Agneau mystique (polyptyque ouvert)

Une fois ouvert, le retable (constitué de dix panneaux) s'attache à mettre en valeur le thème de la Rédemption en rappelant le sacrifice du Christ, symbolisé par l'agneau, et sa résurrection. L'ensemble est surmonté de deux petites scènes en grisaille faisant référence à l'histoire de Caïn et Abel.

Dans le registre suivant, la Vierge Marie (à gauche) et saint Jean-Baptiste (à droite) prennent place de part et d'autre d'une imposante figuration de Dieu le Père. Autour de ces trois personnages monumentaux se tiennent deux groupes d'anges chanteurs et d'anges musiciens, ainsi que les figures d'Adam et Ève.

Le registre inférieur, occupé en son centre par la scène de l'Adoration de l'Agneau mystique, est encadré sur la gauche par les panneaux représentant les Juges intègres (copie du panneau volé en 1934) et les Chevaliers du Christ, et sur la droite par ceux montrant les saints Ermites et les saints Pèlerins.

Le symbolisme de l'Agneau

Le retable des frères Van Eyck dégage un profond sentiment de recueillement qui se lit sur le visage de chacun des protagonistes. Quatre groupes compacts de personnages entourent la scène centrale et guident l'oeil vers son point de plus haute intensité. Au coeur de l'ensemble s'impose, en effet, la figure de l'agneau blanc (symbole christique), dont le sang coule dans un calice. Il se tient directement en-dessous de la figure de Dieu, sur un autel comportant une inscription biblique : " Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. " (Évangile selon saint Jean, I, 29). L'animal est surmonté d'une colombe nimbée dont la lumière éclatante, qui baigne toute l'assemblée, exprime la Gloire de l'Église. Placés dans un même axe, la figure divine centrale (Dieu le Père), la Colombe (l'Esprit saint) et l'Agneau (Dieu le Fils) forment une étonnante Trinité verticale.

Porteuse d'une intense spiritualité, l'oeuvre doit notamment sa force à la très grande clarté de sa composition, ainsi qu'à la maîtrise de la perspective qui ordonne l'ensemble. Les frères Van Eyck y démontrent toute leur habileté à manier la technique, toute récente à l'époque, de la peinture à l'huile. Leur touche, légère et raffinée, permet de mettre en valeur une atmosphère translucide dans laquelle se déploie l'éclat des couleurs.

Le talent des deux frères s'exprime également au travers de la minutie du traitement des différentes matières (bois, pierres précieuses, etc.) ainsi que dans celui des détails du paysage. Une volonté affirmée de réalisme anime la main des artistes. Celle-ci est manifeste dans le traitement des visages et des grisailles, ainsi que dans la mise en scène particulièrement innovante des personnages d'Adam et Ève, représentés nus pour la première fois dans la peinture flamande.



1 Celui qui a le soin de tout ce qui regarde la fabrique et l'oeuvre d'une paroisse, ou les affaires d'une confrérie..

2 Partie inférieure d'un retable, developpée horizontalement, qui sert de support aux panneaux principaux. Elle peut être composée d'une seule planche en longueur, ou de plusieurs éléments.

POUR EN SAVOIR PLUS

A lire

Erwin Panofsky, Les Primitifs flamands, Hazan, Paris, 2003

M. J. Friedländer, De Van Eyck à Breughel, G. Monfort, Paris, 1985

C. Harbison, Jan Van Eyck, Reaktion Books, Londres, 1991

 

Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat

Accueil |