Cahier Didactique

L'Ermitage

 

Le musée de l'Ermitage, un des plus beaux et des plus importants musées du monde, occupe six magnifiques bâtiments situés le long de la Neva.

Les collections de l'Ermitage représentent plus de 3 millions de pièces.



FICHE TECHNIQUE
L'Ermitage
RUSSIE - 68' - 2004
 
Réalisation : Vladimir Ptaschenko
Scénario : Natalia Mikova et Maria Kalinina
Image : A. Degtiariov, A. Filippov et N. Volkov
Son : A. Dudariov et A. Alikou
Narration : Lonaïs Jaillais
Musiques : Bach, Haydn, Vivaldi...
Production : Le Musée de l'Ermitage

 

Le Palais d'Hiver de style baroque, fut construit par Rastrelli entre 1754-1764 à Saint-Pétersbourg à la demande d'Elizabeth Petrovna (fille de Pierre le Grand). La grande Catherine y fera ajouter le Petit Ermitage en 1771, puis le Grand Ermitage en 1787 pour y abriter ses collections. Viendront ensuite le Théâtre et le Nouvel Ermitage, entre 1839 et 1851. Nicolas Ier en fera un musée ouvert au public en 1852. Le musée actuel de l'Ermitage occupe l'ensemble de ces bâtiments.

LE FILM

Que peut-on dire sur l'Ermitage qui n'ait pas déjà été dit ? Le Musée de l'Ermitage abrite 2 700 000 oeuvres d'art dont 67 000 exposées dans 400 salles.

On dit qu'à raison d'une minute par oeuvre, il faudrait 8 années pour les voir toutes.

Voir des images, entendre des commentaires, lire des textes, ce n'est évidemment pas comparable à l'émotion qui doit saisir devant ce magnifique bâtiment et les merveilles qu'il abrite. C'est pourtant un peu le pari du réalisateur, Vladimir Ptaschenko. Le cinéma a l'avantage de pouvoir combiner commentaires et images en trois dimensions : c'est presque comme s'il l'on y était. Il s'agit donc ici d'une sorte de visite guidée. Visite didactique, certes, mais véritablement passionnante et qui finit par devenir un voyage géographique, historique, un voyage dans le temps. Nous passons de salles en salles, toujours éblouissantes, de la salle des malachites à la chapelle, de la bibliothèque gothique, à la salle dorée ou blanche, du boudoir à la salle framboise. Des portes s'ouvrent et se referment devant l'oeil curieux du spectateur, des portes qui cachent puis révèlent un délire de splendeurs : Velasquez, Bruegel, Poussin, Cranach, De Vinci....une curiosité, l'enfant mort sur un dauphin. La musique, un peu trop insistante, s'arrête enfin sur le tic-tac délicieux de l'horloge de James Cox. Moment inoubliable et privilégié : dans un jardin mécanique, un coq, un hibou, et surtout un paon exécutent des danses fantastiques... "Dans une ferme du Poitou, un coq aimait une pendule"...on peut enfin l'imaginer. Il y a des inspirations que l'on comprend bien tard !

Quelques mots du film :

"Toute la décoration a été conçue pour faire naître chez le spectateur le sentiment de la divinité du pouvoir tsariste".

"La collection française est considérée comme étant la plus complète, puisqu'elle représente presque tous les courants artistiques de la France du XV au XVIIIème siècle."

"L'escalier d'honneur du nouvel Ermitage est la clé du secret de ce bâtiment. Le musée a été conçu comme un temple de l'art, et son escalier est assimilé à celui qui menait à l'acropole d'Athènes."

"Ainsi à partir de plusieurs collections privées que plusieurs générations d'empereurs russes ont rassemblées dans les salles de la résidence de la capitale, est né le plus grand musée d'art de la Russie".

 

L'ERMITAGE - SON HISTOIRE

La naissance du musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg - XVIIIe siècle

Des oeuvres européennes font leur apparition en Russie durant le règne de Pierre le Grand (1695-1725) mais leur rassemblement systématique ne commençe que dans la seconde moitié du XVIIIème siècle sous le règne de Catherine II (1762-1796). Véritable amatrice d'art, elle met en place un remarquable réseau d'achat d'oeuvres à l'étranger qui fonctionne par l'intermédiaire de ces diplomates, ambassadeurs et indicateurs-spécialistes d'art.

Les premières acquisitions faites sous Catherine II devaient avant tout servir à la décoration des salles du grand Palais d'Hiver nouvellement construit. Mais bientôt, cette collection du palais cessa de jouer un rôle décoratif et devint, s'élargissant toujours, une véritable galerie d'art, jetant les bases du futur Musée de l'Ermitage.

La première collection d'oeuvres d'art fut achetée en Europe en 1764 (date considérée comme celle de la naissance du Musée) et réunie au Palais d'Hiver. Le marchand berlinois Gotzkowsky, céda un ensemble de 225 toiles où figuraient principalement des oeuvres hollandaises et flamandes. Grâce à elles, le palais pouvait déjà concurrencer les pinacothèques les plus renommées.

A cette époque, de nombreuses collections privées furent mises en vente par les représentants de la noblesse et de la haute société pour cause d'endettement. Catherine II, elle, n'hésitait pas à payer le prix fort dès qu'elle apprenait que telle ou telle collection était disponible.

La croissance de cette collection fut extrêmement rapide. Le premier catalogue imprimé qui vit le jour dix ans après la fondation de l'Ermitage enregistrait 2080 tableaux, et une décennie plus tard le chiffre s'élevait à 2568. Il ne s'agissait pas là d'une réunion composite de pièces de prix ou d'objets de curiosité, mais d'une galerie soigneusement choisie et contenant déjà certains chefs-d'oeuvre.

En France, la vieille aristocratie quittait la scène historique et mettait en vente les trésors accumulés pendant des siècles. Les représentants de la cour de Russie purent ainsi acquérir quelques oeuvres de prix. C'est ainsi que fut acheté le Petit garçon au chien, chef-d'oeuvre de Murillo. C'est aussi à Paris que fut acquis le Retour de l'enfant prodigue de Rembrandt, pièce tout simplement inestimable.

A cette période, ce ne fut pas tant l'entrée d'oeuvres isolées, quoique de la plus haute qualité, que celle de collections entières réunies par de véritables connaisseurs, qui fut propice à l'enrichissement rapide du fond de peinture de l'Ermitage.

Une importante acquisition eut lieu en 1769 lors de l'achat à Dresde de la collection du comte de Brühl. L'histoire de cette collection fut l'une des plus grandes acquisitions pour le Musée de l'Ermitage. Elle comprenait, entre autres, quatre toiles de Rembrandt, quatre de Jacob van Ruysdael et deux de Rubens. Elle permit d'ouvrir les expositions hollandaises et flamandes à l'Ermitage. Les  autres écoles y étaient représentées par quelques toiles au nombre desquelles figuraient des chefs-d'oeuvre tels que Mécène présentant les Arts à Auguste de Tiepolo et la Proposition embarrassante de Watteau. La collection Brühl renfermait aussi un excellent ensemble de dessins : 1076 feuilles de maîtres anciens et modernes. Ces feuilles s'ajoutèrent aux 6000 dessins faisant partie de la collection Cobenzl achetée à Bruxelles en 1768, et constituèrent le noyau du cabinet des dessins du département de l'Art d'Europe occidentale.

Mais l'achat le plus considérable eut lieu en 1772 : celui de la collection Crozat, l'une des plus riches galeries parisiennes. Elle contenait plusieurs chefs-d'oeuvre parmi lesquels Judith de Giorgione, une Pietà de Véronèse, Bacchus de Rubens, Scène dans une taverne de Brouwer, Danaé de Rembrandt et bien d'autres encore. La collection Crozat enrichit également les expositions flamandes et hollandaises de sept toiles de Rembrandt, huit de Rubens et de remarquables portraits de Van Dyck; elle améliora aussi la qualité de l'exposition italienne par l'apport de tableaux de Raphaël, de Tintoreto et de Fetti. Elle permit enfin de mettre sur pied une exposition de peinture française avec des toiles de Poussin, Le Nain, Mignard, Watteau et Chardin.

En 1779 l'Ermitage enregistra l'entrée de l'importante collection anglaise provenant de Houghton Hall qui comprenait 198 toiles. Cette vente mécontenta l'opinion anglaise et donna même lieu à une interpellation au parlement mais rien ne put l'empêcher.

La prestigieuse chronique de la fondation de la galerie de l'Ermitage eut aussi des acteurs de marque... En effet, Catherine II avait réussi à trouver ses conseillers parmi les spécialistes d'art les plus réputés du XVIIIe siècle : le philosophe et critique d'art Denis Diderot, l'écrivain Melchior Grimm, le sculpteur Etienne Maurice Falconet, le collectionneur Tronchin, l'ambassadeur russe à La Haye et à Paris, le prince Golitsyne. C'est notamment sur l'initiative de ce dernier, et par l'entremise de Diderot et Tronchin que fut acquise la collection Crozat. C'est aussi grâce à Golitsyne que l'Ermitage reçut la collection Cobenzl, de même que certains tableaux de la collection de Jean de Jullienne.

La galerie de l'Ermitage entra en contact direct avec des artistes travaillant à cette époque, ce qui lui permit d'ajouter des toiles modernes à ses expositions. Ainsi entrèrent des travaux d'artistes de la seconde moitié du XVIIIe siècle comme Chardin, François Boucher, Louis-Michel Vanloo, Joseph-Marie Vien, etc...

L'Ermitage au XIXe siècle

Le XIXe siècle a commencé par quelques acquisitions célèbres. En 1808, F. Labensky, directeur de la galerie de 1797 à 1849, acheta à Paris une collection dans laquelle figuraient le Jeune homme jouant du luth de Caravage ainsi que des toiles de maîtres hollandais et français.

Fait surprenant, la collection italienne de l'Ermitage fut considérablement enrichie grâce aux achats faits à Paris en 1810-1811 par l'intermédiaire de Vivant Denon, directeur du Louvre.

Mais l'événement le plus marquant dans l'histoire du musée au cours du premier quart du XIXe siècle, fut l'achat de la collection du château de Malmaison ayant appartenu à l'impératrice Joséphine. Cette collection apporta 118 toiles de maîtres hollandais, flamands et français de même que quelques sculptures françaises de l'époque napoléonienne.

En 1814, à Amsterdam, fut acquise la collection du banquier anglais Coesveit, ensemble dont la qualité était déterminée par une grande quantité de toiles espagnoles des XVIe et XVIIe siècles, époque que jusque-là seuls quelques tableaux de Murillo représentaient à l'Ermitage. Le musée reçut ainsi des toiles de presque tous les grands maîtres espagnols.

En 1852, le tsar Nicolas Ier ajoute un édifice, plus tard baptisé le Nouvel Ermitage : il y transfère les collections principales et l'ouvre au public. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'agrandissement des  collections continue, mais à un rythme moins intense. C'est pourtant à cette époque que l'Ermitage acheta deux chefs d'oeuvre : en 1866, la Madone à l'Enfant de Léonard de Vinci, et en 1870, la Madone à l'Enfant, oeuvre précieuse du jeune Raphaël.

 

L'Ermitage au XXe siècle

Au début du XXe siècle la galerie de peinture de l'Ermitage fut dirigée par deux éminents historiens d'art russes, E. Liphart et D. Schmidt, qui firent d'excellentes acquisitions et dont l'intense activité muséologique ne manqua pas d'attirer l'attention de l'opinion publique. Les donations se firent plus fréquentes. Sur l'initiative de Liphart et de Schmidt, l'Ermitage entra en possession de la fameuse collection de l'explorateur et savant russe Semionov-Tianchanski, ensemble de 700 toiles de maîtres flamands et hollandais qui jouissait d'une grande renommée auprès des spécialistes de l'époque. Cette entrée fit de la section hollandaise de l'Ermitage l'une des plus riches au monde.

C'est à la personnalité de Liphart que l'Ermitage doit son second chef d'oeuvre de Léonard de Vinci, la Madone à la fleur. Ce tableau qui, au début du XIXe siècle, figurait dans la collection du marchand d'Arkhangelsk Sapojnikov, ne fut attribuée au grand maître et rattachée à sa première période qu'en 1908. Liphart dut dépenser beaucoup d'énergie pour vaincre les doutes concernant son authenticité et pour qu'elle fût achetée, en 1914.

Une nouvelle étape dans l'histoire du musée commence après 1917, année où le musée devient musée d'état. La collection d'art appliqué se voit considérablement augmentée grâce à la nationalisation et l'entrée de pièces provenant des palais de Tsarskoïe-Selo et des hôtels de la noblesse.

Parmi les entrées enregistrées par la section de sculpture d'Europe occidentale après 1917, citons la collection Farsetti avec ses sculptures sur bois allemandes et néerlandaises des XVe et XVIe siècles et ses bronzes français et italiens.

Le grand mérite de l'Ermitage fut d'ouvrir une exposition de peinture (organisée d'après un principe chronologique et concentrée sur les étapes essentielles de l'histoire de l'art d'Europe occidentale) donnant une image complète de toutes les grandes écoles nationales, et cela par des oeuvres de la plus haute qualité illustrant tous les genres.

Hormis quelques rares exceptions, le Musée de l'Ermitage possède des oeuvres de tous les grands peintres de France. En ce qui concerne les XVIIe et XVIIIe siècles, cette collection peut être comparée à celle du Louvre.

Un événement d'une importance considérable fut l'apparition dans les salles du musée d'une exposition de tableaux de peintres d'Europe occidentale des XIXe - XXe siècles. Le musée fit l'acquisition des pièces de la galerie de N. Koucheliov-Bezborodko en 1922 par donation testamentaire qui contenait des oeuvres d'Eugène Delacroix, Paul Delaroche, Théodore Rousseau, Jean François Millet, Camille Corot, Ludwig Knaus, Andréas et Oswald Achonbach, etc.

Tous ces tableaux, ainsi que ceux décorant divers palais nationalisés, permirent de présenter une évolution assez complète de l'art européen du XIXe siècle. Le seul point faible de ces  acquisitions était l'absence de tableaux de peintres dont l'art est aujourd'hui considéré comme le plus brillant témoignage de la culture artistique du dernier tiers du XIXe - début du XXe siècle.

Mais cette lacune fut bientôt comblée par l'entrée des toiles des collections S. Chtchoukine et I. Morozov transférées en 1932 et 1948 du Musée de l'Art Occidental Moderne de Moscou. A présent, cette exposition d'art français est l'un des attraits du Musée de l'Ermitage. Elle renferme des toiles de Claude Monet, Auguste Renoir, onze tableaux de Paul Cézanne, des oeuvres de Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Maurice Denis, Albert Marquet, André Derain, Pablo Picasso, Matisse, Bonnard ...

En 1941, l'Allemagne nazie attaque l'Union soviétique. Deux millions d'oeuvres sont évacuées vers l'Oural pour les mettre en sécurité. Une partie des collections reste bloquée dans le musée pendant le siège de la ville, mais en sort intacte.

De nos jours les collections d'art d'Europe occidentale sont complétées par des acquisitions faites par la Commission d'Achats, ainsi que par les donations des collectionneurs, artistes et amateurs. A l'heure actuelle, la collection de sculpture s'élève à plus de deux mille pièces illustrant une période allant du Moyen Age jusqu'à nos jours. L'art d'Europe occidentale est représenté au Musée de l'Ermitage par des travaux qui méritent à juste titre tous les éloges que l'on se plaît à formuler au spectacle de véritables chefs-d'oeuvre qui sont la merveilleuse manifestation du génie spirituel de l'Humanité!

D'après Guennady
Professeur à l'Ecole des Beaux-arts de Moscou

POUR EN SAVOIR PLUS

Exposition

Du tsar à l'empereur. Moscou - Saint-Pétersbourg

Palais des Beaux-Arts du 11 octobre au 22 janvier

L'éloquence de quelque 300 oeuvres lève le voile sur une page d'histoire qui raconte comment, libérée du joug mongol, la Russie s'élève au rang de puissance internationale. Au milieu du XVIe siècle, Ivan le Terrible affirme son pouvoir en prenant le titre de tsar (Caesar) : il est le premier souverain moderne de la Russie. Après une période troublée, le calme revient avec l'élection de Michel Romanov, en 1613. Pierre le Grand monte sur le trône en 1682 et fonde Saint-Pétersbourg en 1703 ; l'intelligence de sa fille Élisabeth et le prestige de l'impératrice Catherine participent activement au rayonnement de la dynastie et du pays. L'évolution de la Russie féodale vers un état puissant, ouvert sur l'Europe, les rapports entre Moscou et Saint-Pétersbourg sont évoqués à la manière d'une grande fresque historique. Un ensemble exceptionnel d'icônes, de pièces d'orfèvrerie, de tissus, de tableaux et de sculptures sont prêtés par de nombreuses institutions dont le Musée du Kremlin, l'Ermitage, le Musée de Tsarkoïe Selo ou le Musée national de Novgorod.

A voir

L'Arche russe d'Alexandre Sokourov (2002)

Invisible pour ceux qui l'entourent, un réalisateur contemporain se retrouve comme par magie dans le musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg au début du XVIIIe siècle. Il y rencontre un cynique diplomate français du XIXe siècle. Les deux hommes deviennent complices au cours d'un extraordinaire voyage dans le temps, à travers le turbulent passé de la Russie, qui les conduit jusqu'à nos jours.

A lire

LA PEINTURE AU MUSEE DE L'ERMITAGE, Eisler Colin, Edition de La Martinière, 1999.

Cet ouvrage réunit 678 reproductions en couleurs des oeuvres conservées dans l'un des plus grands musées du monde. Ce livre offre donc une vision panoramique de la peinture européenne qui permet de l'appréhender dans son ensemble.

 

Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat

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