Cahier Didactique
Objets surréalistes avez vous donc une âme ?
Le merveilleux est toujours beau, n'importe quel merveilleux est beau, il n'y a que le merveilleux qui soit beau.
André Breton
FICHE TECHNIQUE
"Objets surréalistes, avez-vous donc une âme ?"
FRANCE - 2002 - 52'
Réalisation : Jean- Paul Fargier
Image : Jean-Michel Gautreau
Montage : Sandra Paugam
Son : Alain Philipon
Documentation : Marie Guilloux
Voix : Nini Crépon, Diane Niederman
Musique : Pascal Gomelade
Co-Production : Cineteve, France 5, Centre Georges Pompidou
Des yeux qui se ferment à l'aide d'une fermeture éclair, le combiné d'un téléphone remplacé par un homard, un livre ayant séjourné dans la mer, un corps composé de toutes sortes de tiroirs, un fer à repasser piqué de clous, une roue ovale... Mais à quel monde étrange appartiennent ces objets détournés de leur vocation première ?
Au monde étrange et fascinant d'un collectif de poètes, peintres, photographes, cinéastes qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, ont délibérément perdu la raison pour mieux réinventer le monde : à celui du surréalisme.
Les atrocités du conflit, qu'ils ont vécu et qui les a tant meurtris, les ont poussés à vouloir "changer la vie", à édifier un univers fondamentalement différent, tout à la fois composé de rêve et de poésie.
Le surréalisme ou la révolution du réel ?
Un documentaire passionnant qui se présente lui-même comme un objet décliné, comme un catalogue composé de différentes sections : le merveilleux, l'objet médium, l'écriture automatique, le rêve éveillé, le jeu de l'humour et du hasard, les scientifiques, le cabinet de curiosités, l'image-objet, la caverne d'A(ndré)li B(reton)aba, l'objet envahissant, l'objet-femme, la dialectique, la fin de l'histoire, le jugement originel.
Comme l'explique le réalisateur du documentaire, Jean-Paul Fargier, le mouvement était avant tout "l'explosion de rage de jeunes gens en colère qui criaient leur dégoût de la guerre, leur soif de liberté et leur désir d'inventer des formes inouïes, capables de [...] reconstruire le monde et de faire la révolution aux côtés des opprimés".
Dès lors, tout est pour eux prétexte à l'émerveillement. Un objet trouvé au hasard d'une promenade ou déniché au marché aux puces ; un objet associé à un autre, de façon totalement incongrue, ou encore un objet que l'on détourne de son essence pour le transformer en une chose insolite... Les surréalistes traquent le merveilleux qui se cache dans la vie de tous les jours pour magnifier le tout et le rien et l'objet trouvé peut même influencer un destin, être le signe révélateur d'une décision à prendre.
Et c'est ainsi qu'une autre réalité s'impose, plus belle, supérieure. Simple question de regard... Eluard, Soupault, Magritte, Max Ernst et tous les autres ont su la révéler. Le merveilleux se transforme alors pour eux en credo.
Quelques mots du film :
"Pour les surréalistes, les objets possèdent une puissance énorme de rayonnement, ce sont des médiums : ils transmettent des messages à qui sait les entendre mais des messages écrit par qui ? Par quel Dieu ?"
"L'objet surréaliste numéro un est l'objet trouvé, toutes sortes de choses, des racines aux formes bizarres, des objets usuels déformés par un accident, une catastrophe."
"Le cabinet de curiosités (chambre des merveilles) peut être considéré comme l'ancêtre possible de l'exposition surréaliste d'objets de Raton de 1931 organisée par André Breton. Le cabinet de curiosités rassemble des objets qui offrent une vision du monde dans toute son ampleur."
"Après la guerre, le surréalisme ne sera plus que le fantôme de lui-même, mais ses idées feront leur chemin à travers d'autres mouvements artistiques : ni l'action painting, ni le pop art, ni fluxus, ni le nouveau réalisme, ni l'hyperréalisme, ni l'arte povera n'auraient fleuri comme ils l'ont fait si leurs acteurs n'avaient tété au biberon le lait de l'écriture automatique, le vin du rêve éveillé, l'eau claire du ready-made et le sang de l'objet roi."
En mars 1919, trois jeunes poètes, André Breton, Louis Aragon et Philippe Soupault lancent une nouvelle revue "Littérature" dans laquelle paraît le premier texte surréaliste : "Les Champs magnétiques". Ces jeunes gens ont en commun le culte d'Apollinaire et sont pénétrés de "l'esprit nouveau". Ils ont participé à la rédaction de "Sic" et "Nord-Sud", revues novatrices par l'originalité de la typographie et l'importance qu'elles accordent aux arts plastiques.
Les valeurs traditionnelles de l'art et de la littérature se trouvent brusquement contestées par ces jeunes artistes en quête d'autre chose... André Breton, qui admire l'humour nihiliste de Jacques Vaché, est en relations épistolaires avec Tristan Tzara qui apparaît très vite comme le chef de file d'un mouvement littéraire nouveau, nommé par dérision "Dadaïsme", mouvement en révolte ouverte contre l'hypocrisie de toutes les valeurs qui ont conduit aux massacres de 1914 - 1918.
Une révolte similaire anime au même moment à New-York deux jeunes peintres : Francis Picabia et Marcel Duchamp, qui remettent en cause les principes traditionnels de la peinture et de la sculpture...Ils se rallient au Dadaïsme. A la fin de la guerre, tous se retrouvent à Paris. En 1920 arrive Tristan Tzara, accueilli dans l'enthousiasme : rencontre "explosive"... Paris devient le centre d'un mouvement de contestation sans précédent : durant deux années, scandales, manifestes, provocations se succèdent...Y participent les peintres et sculpteurs dadaïstes, dont Hans Arp et l'artiste américain Man Ray, déjà connu pour ses photographies; aux trois fondateurs de "Littérature" se joignent très vite les poètes Paul Eluard, Benjamin Péret et Robert Desnos.
Tout ce groupe d'artistes cherche à tourner en dérision les valeurs traditionnelles sur lesquelles repose la société, art y compris.
Très vite toutefois ce nihilisme à tous crins ne satisfait pas pleinement les amis d'André Breton qui conduisent une recherche plus constructive. Déjà, en 1919, Breton et Soupault avaient rédigé conjointement "Les Champs magnétiques" suivant le procédé de l'écriture automatique : cette méthode, utilisée par les psychiatres freudiens pour libérer le contenu de l'inconscient, avait été signalée à l'attention de Breton alors qu'il effectuait ses études de médecine.
On décide d'appliquer cette technique à l'écriture et on constate très vite que le langage issu des profondeurs inconscientes de l'être est d'une richesse métaphorique incomparable.
D'autres modes d'accès à l'inconscient sont explorés : étude des rêves, des états hypnotiques etc.
L'enthousiasme que suscite la richesse des possibilités entrevues n'est pas partagé par Tristan Tzara. Le désaccord aboutit à une rupture en 1922; le numéro 2 de "Littérature" contient cette injonction de Breton : "lâchez Dada". La nouvelle orientation du groupe va très vite être définie : André Breton en est le principal théoricien, avec Benjamin Péret, Philippe Soupault, ainsi que les peintres Picabia et Max Ernst. Ce dernier immortalise le petit noyau des fondateurs dans son célèbre tableau "AU RENDEZ-VOUS DES AMIS".
Quelles sont donc les grandes options autour desquelles se réunissent ces artistes ?
Au coeur du mouvement la révolte - héritée du Dadaïsme - conserve une place prépondérante : remise en question de la toute-puissance de la raison et de la logique traditionnelle... que viennent du reste d'égratigner les contenus de l'enseignement freudien et les théories d'Einstein ! On conteste aussi tous les tabous sociaux : religieux, moraux, sexuels...ainsi que l'art qui en est le reflet. A la différence du Dadaïsme, toutefois, on mène une recherche constructive : il s'agit de s'employer à faire émerger les forces comprimées ou occultées par la raison et les tabous : imagination, intuition, désir... L'art devient une aventure intérieure dont la finalité est la libération des capacités "poétiques" de l'être humain ( le terme de "poésie" désignant ici l'ensemble des facultés opprimées ). Dans son "Manifeste du Surréalisme", paru en 1924, Breton définit en ces termes la démarche de son mouvement : "(...) automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ( ... ) Le surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui..."
Cette démarche s'appuie sur les expériences collectives menées par les peintres et les poètes du mouvement, qui mettent en lumière le langage souterrain de l'inconscient.
L'analyse de ce "sous-texte" met en évidence son pouvoir libérateur : l'image qui, selon la définition du poète Pierre Reverdy, permet "le rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées", réconcilie le conscient et l'inconscient. Imagination, désir, goût du merveilleux peuvent être intégrés à la vie quotidienne : l'homme réunifié est enfin libre !
Si le langage est le premier outil des Surréalistes, les autres arts n'en sont pas moins conviés à l'exploration des secrets de l'Esprit : les méthodes restent à mettre en place...
Le "Manifeste du Surréalisme" expose les valeurs fondamentales du mouvement.
Elles feront l'objet d'approfondissements ultérieurs : on pourra mettre l'accent sur l'une ou l'autre selon les nécessités de l'heure...mais André Breton veillera toujours à leur maintien absolu, quel qu'en soit le prix à payer ( exclusions etc.). Il représente en quelque sorte le "pilier" de ce mouvement et l'évolution des groupes successifs qui gravitent autour de lui se confond avec celle du Surréalisme.
De 1924 à 1929, le groupe initial ( sans Picabia qui prend ses distances à la publication du "Manifeste") s'élargit grâce à de multiples adhésions. La rencontre en 1924 entre Breton et le peintre André Masson amène la participation d'écrivains tels que Michel Leiris et Antonin Artaud, et, peu après, celle de Joan Miro ( ce dernier présentera Salvador Dali à Breton en 1928 ).Yves Tanguy, peintre également, rejoint le groupe après sa rencontre avec Robert Desnos. Quant à René Magritte il adhérera au groupe de 1927 à 1930, lors de son séjour à Paris.
Deux autres peintres, en relation avec le groupe, seront considérés comme des "initiateurs" : Pablo Picasso qui "chasse dans les environs" (selon l'expression de André Breton ), et Giorgio de Chirico, dont les toiles empreintes d'onirisme ont inspiré Max Ernst et profondément marqué Yves Tanguy et René Magritte.
Ce groupe aux personnalités fortes et diverses doit sa cohésion à son adhésion sans restriction aux principes de base du Surréalisme mais aussi à la discipline de groupe instaurée par André Breton... discipline peu appréciée par certains!
Un "Bureau de recherches surréalistes" est ouvert pour recueillir les récits et témoignages du public : rêves, coïncidences etc. La revue "Littérature" fait place à "La Révolution Surréaliste", dans laquelle on relate les expériences collectives du groupe : on y trouve des réflexions sur l'amour, l'humour, des enquêtes aussi ( ainsi : "Le suicide est-il une solution ?"). Les lecteurs sont invités à dépasser nombre d'interdits.
Plus que jamais les membres du groupe pratiquent l'écriture automatique, l'analyse des rêves, le langage parlé sous hypnose. Les "jeux" collectifs occupent également une place importante : le "cadavre exquis" par exemple ( composition sur papier plié d'une phrase ou d'un dessin par plusieurs participants qui ignorent ce que les autres ont inscrit ).
Eluard évoque ces séances dans "Donner à voir"(1939 ) : "( ... ) C'était à qui trouverait plus de charme, plus d'unité, plus d'audace à cette poésie déterminée collectivement ( ... ).
Nous jouions avec les images et il n'y avait pas de perdants. Chacun voulait que son voisin gagnât et toujours davantage pour tout donner à son voisin..."Moments de fête, de partage qui ont lieu tantôt au domicile de l'un tantôt à celui de l'autre: rue Fontaine, chez Breton; à l'atelier de la Cité des Fusains, où habitent Ernst, Eluard, Hans Arp et Miro...A partir de 1925, après l'adhésion au mouvement de Jacques Prévert et Raymond Queneau, des soirées inoubliables auront lieu chez Marcel Duhamel, rue du Château. Quelques scandales ponctuent cette période.
Les pérégrinations dans Paris représentent aussi des occasions d'échanges, notamment sur la notion de "hasard objectif", lieu de rencontre entre les désirs (conscients ou non ) et la réalité du quotidien. Le groupe partage aussi l'amour du cinéma ; leurs fréquentations des salles est tout à fait singulière : ils entrent, sortent, sans s'occuper de l'intrigue, mais ramènent une provision d'images qui enrichit leur création. Le cinéma leur paraît particulièrement apte à transcrire rêves et désirs; ils écrivent des scénarios, font paraître des articles critiques. Man Ray réalise le film "Etoile de mer" ( scénario de Desnos ), mais les films de Luis Buñuel ("Un chien andalou", "L'âge d'or") sont presque les seuls témoignages de ce qu'auraient pu être les réalisations surréalistes.
En 1925, on pose le problème : la peinture surréaliste est-elle possible ? La réponse va bien sûr venir des peintres eux-mêmes. Cette même année, Max Ernst découvre un procédé qui est une sorte de transposition en peinture de l'écriture automatique : le frottage. Il développe également la technique du collage qui, faisant coexister à l'intérieur d'une même toile des éléments étrangers les uns aux autres, suscite des rapprochements inattendus, analogues aux métaphores poétiques. André Masson et Miro, avec leur technique de projection de colle ( ou d'autres matériaux ) inventent des procédés originaux. Tanguy, Arp, Ray, Magritte, chacun, à sa manière, participe à l'élaboration de la peinture surréaliste.
Dans son ouvrage critique "Le Surréalisme et la Peinture" ( 1928 ), André Breton donne en exemple ces pionniers et précise que le peintre doit avant tout choisir "un modèle purement intérieur".
La méthode "paranoïaque - critique" de Dali - culture de ses fantasmes - confirme avec éloquence l'existence d'une peinture surréaliste.
C'est une période extrêmement féconde pour tous les arts... pour ne citer que quelques productions littéraires: "Le Paysan de Paris"( Aragon, 1926 ); "Nadja" ( Breton, 1928 ); "La liberté ou l'amour" ( Desnos, 1927 ); "Capitale de la Douleur", "L'amour la poésie" ( Eluard, successivement : 1926 et 1929 ).
Les écrivains préfacent les catalogues de nombreuses expositions qui témoignent de la vitalité des arts plastiques. Une exposition collective a lieu dès 1925 : "Le Carnaval d'Arlequin" ( Miro, 1924 ), "Les Quatre Eléments" ( Masson, 1923 ) et "La femme 100 têtes" ( Ernst, 1927)...quelques titres parmi beaucoup d'autres. Si Paris est le foyer du Surréalisme, d'autres groupes se constituent : en Yougoslavie, en Belgique, en Suède...et même au Japon ! C'est le début d'une internationalisation du mouvement ( qui ne fera que s'accroître car il est en pleine expansion ).
Les préoccupations politiques, cependant, vont peu à peu créer des dissensions au sein du groupe : les Surréalistes sont attirés par la transformation sociale que propose le Marxisme; la dialectique leur semble par ailleurs une méthode appropriée pour dépasser les contradictions ( rappelons - nous que ceci est une des finalités du mouvement surréaliste : réunifier l'homme, le réconcilier avec lui-même). Un dialogue s'instaure avec les Communistes. Aragon, Breton, Péret, Eluard adhèrent au parti. Breton n'y reste pas : l'embrigadement intellectuel lui semble aussi incompatible avec le Surréalisme qu'un désintérêt pour toute mutation de société... exercice difficile que cette tentative d'harmonisation entre des polarités contraires, et qui entraîne des ruptures douloureuses au sein du groupe : Artaud, Soupault, puis Masson et Desnos sont ainsi exclus.
"Le Second Manifeste du Surréalisme" qui paraît dans la revue fin 1929 est une sévère mise au point : refus des compromissions commerciales, de la soumission de l'art à un parti... Ce texte donne aussi une définition plus approfondie de la mission du Surréalisme : celle-ci consiste à débusquer "un certain point de l'esprit" d'où toutes les contradictions seraient résolues. Les moyens proposés sont l'utilisation de la dialectique et la confrontation du Surréalisme avec l'ésotérisme.
La nouvelle revue "Le Surréalisme au service de la Révolution" rappelle que l'art authentique est révolutionnaire par essence : l'artiste, en effet, qui cherche à libérer son inconscient libère celui des autres et la transformation du langage tôt ou tard entraînera une mutation dans les structures de la société. Ces convictions, affirmées avec beaucoup de force, orientent les recherches du mouvement pendant les dix années qui vont suivre (Jusqu'en 1939 ). Un nouveau groupe se forme autour d'André Breton et de ses fidèles : René Char, Julien Gracq, Tristan Tzara - qui se rapproche maintenant des Surréalistes-, l'Anglaise Leonora Carrington...
Buñuel et Dali sont entrés récemment dans le cercle. Les adhésions les plus nombreuses viennent des peintres et sculpteurs étrangers attirés par le rayonnement du Paris de cette époque : Giacometti et Kurt Seligmann, Victor Brauner, Wolfgang Paalen, Jacques Herold ( Europe ). Viennent des Canaries Oscar Dominguez, du Chili Roberto Matta, de Cuba Wilfredo Lam (qui enthousiasme Picasso ); l'Américaine Kay Sage, peintre et poète, rejoint aussi le groupe ( elle deviendra l'épouse du peintre Tanguy ).
Tous ces artistes vont accomplir un travail considérable. En peinture,on utilise la technique de l'automatisme ( Ernst, Masson...).Dominguez invente la "décalcomanie sans objet préconçu" et crée des paysages fantastiques. Paalen interprète les traces laissées sur une surface par la flamme d'une bougie : c'est le "fumage". Victor Brauner se penche sur les métamorphoses de l'être; ses toiles expriment ses pressentiments : ainsi exécute-t-il en 1931 un "Autoportrait" qui préfigure l'accident qui le défigurera en 1938 .
L'unité d'esprit entre poètes et peintres est réaffirmée : Victor Brauner parle de "picto-poésie".
La revue "Minotaure" lancée en 1933 par Albert Skira devient l'organe officiel du Surréalisme : l'accent y est mis sur la recherche de l'insolite dans la démarche artistique.
De nombreux objets surréalistes ( liés au concept de désir, fruits des rêves, des fantasmes...) voient le jour et on crée des poèmes-objets. Une exposition collective de 1936 rassemblera les fruits de ces travaux.
Ernst poursuit ses romans-collages et Giacometti crée des sculptures-objets comme "L'objet invisible". Parmi les œuvres littéraires citons : "Les Vases communicants", "L'Amour Fou" ( Breton, successivement : 1932 et 1937 ), "La Vie Immédiate" et "Les Yeux fertiles" (Eluard, 1932 et 1936 ); de René Char paraît en 1934 "Le Marteau sans Maître". On pratique l'écriture collective, ainsi "Ralentir Travaux" ( de Breton, Char et Eluard, 1930 ).
A l'étranger, l'audience du Surréalisme s'accroît de plus en plus : de 1935 à 1938 Breton et Eluard y contribuent grandement, multipliant les conférences et veillant à maintenir la même ligne directrice dans les différents pays. En 1935 une Exposition Internationale a lieu à Prague et une autre à Tokyo en 1937.
A l'Exposition Internationale de Paris, en 1938, 14 pays sont représentés. Comme pour chacune des expositions, c'est le résultat d'un travail collectif. Cette année-là, l'atmosphère créée exprime l'angoisse des artistes qui pressentent le terrible cataclysme . ( Ils n'ont du reste cessé de se mobiliser durant les dix années précédentes- tracts, revues, articles, manifestations - pour tenter d'enrayer la montée du fascisme.)
Des divergences sur les actions à mener entraînent de nouvelles ruptures : Aragon est exclu en 1932 et, peu avant la guerre, Eluard prend ses distances avec le groupe.
Le manifeste rédigé par Trotski et Breton, chargé de mission au Mexique en 1938, révèle bien la position du Surréalisme; il se termine ainsi : "Ce que nous voulons : l'indépendance de l'art - pour la révolution. La révolution - pour la libération définitive de l'art."
La seconde guerre mondiale disperse les Surréalistes. Contraints de s'exiler, certains se retrouvent à New York en 1941. Un groupe se reconstitue autour d'André Breton : Tanguy, Kay Sage, Matta, Carrington, Ernst, Duchamp, Masson et Man Ray.
Un des premiers effets de cette "implantation" est la diffusion du Surréalisme aux Etats-Unis, à la Martinique, après la rencontre de Césaire et Breton, et en Amérique Latine. C'est sur le sol américain que les positions surréalistes vont converger en une vaste synthèse. La revue "V V V", fondée en 1942, accorde une place aux recherches les plus récentes, surréalistes bien sûr, mais aussi sociologiques ethnologiques etc.
La rencontre de Breton avec Elisa, inspiratrice de "Arcane 17" (1947), sa découverte de l'art indien, tout cela - et bien d'autres éléments - va contribuer à la tentative d' élaboration d'une mythologie . Dans les "Prolégomènes à un troisième manifeste ou non", que publie la revue en 1942, Breton entrevoit une synthèse des grands archétypes de l'humanité , qui constituerait un mythe collectif puissant et libérateur.
De la fin de la guerre à sa mort, en 1966, Breton se consacrera à ce vaste projet. L'approfondissement des intuitions du Surréalisme, la recherche de "ses" manifestations dans les œuvres du passé ( celles qui ont échappé à l'emprise du rationalisme gréco-romain ), les diverses prises de position contre toutes tentatives d'oppression : autant de "matériaux" utilisables pour l'élaboration du Mythe . En 1947 l'Exposition Internationale de Paris est conçue comme un cycle d'épreuves rituelles. Un groupe de liaison - "Cause" - est créé pour recueillir les éléments du Mythe à travers le monde.
L'orientation vers l'ésotérisme, également, s'affirme de plus en plus (enseignement de René Alleau). Par ailleurs, les Surréalistes découvrent l'art gaulois et les légendes celtiques avec lesquels ils se sentent en affinité.
Les thèmes des différentes expositions mettent bien en évidence ces divers centres d'intérêts . En 1959, la thématique Eros insiste sur la place privilégiée de la femme, perçue comme une sorte de médium entre le réel et le surréel...( trois ans plus tôt, Benjamin Péret avait publié : "Anthologie de l'Amour Sublime".) La XIe Exposition Internationale de 1965, à Paris, est un hommage rendu au philosophe visionnaire Charles Fourier. Sur le thème de "L'Ecart Absolu", elle prône le maintien de l'esprit de révolte, seul capable de conquérir la liberté ( les Surréalistes ont toujours pris position contre tous les absolutismes et forces de réaction , quels qu'ils soient ).
La mort d'André Breton en 1966 met fin à l'aventure surréaliste... peut-être pas à ce rêve de grand Mythe libérateur auquel il avait consacré ses dernières forces, somme toute assez seul, très calomnié, tellement honnête cependant - comme peu - dans l'absolu de sa Quête.
Silvaine Arabo et M. Petit
Jean-Paul Fargier est né en 1944 à Aubenas. Ecrivain, vidéaste, professeur de cinéma et de vidéo (université Paris 8).
Il a publié un roman, Atteinte à la fiction de l'Etat (Gallimard, 1978), un pamphlet politique contre la nouvelle droite, Les bons à rien (éditions Les presses d'aujourd'hui, 1980), des essais sur Jean-Luc Godard (1974, Seghers) et Nam June Paik (1989, Art Press) et l'ouvrage collectif Où va la vidéo ? (Cahiers du cinéma, hors série,1986). Il collabore actuellement à Art Press, L'Infini, Trafic, Vertigo, Turbulences Vidéo.
Entre 1969 et 1997, il a réalisé une cinquantaine de films de télévision et des installations vidéo.
Littérature française : le XXe siècle (II), de Germaine Brée (Edit. Arthaud )
L'Art Surréaliste de Sarane Alexandrian (éditions Fernand Hazan)
Le Surréalisme de G. Durozoi et B. Lecherbonnier (éditions Larousse )
Histoire de l'Art de Hervé Loilier (Ellipses)
Cahier didactique réalisé par Sarah Pialeprat