Cahier Didactique

BRUGES AU XVème SIECLE

Autour du haut beffroi debout dans sa fierté,
Le travail des métiers, en leur rumeur savante,
T'emplissait autrefois, ô Bruges la Vivante,
D'un orgueil qui battait au coeur de la Cité.

Les Bruges - Henri de Régnier - 1928

 

FICHE TECHNIQUE
Bruges au XVème siècle- 50' - 2001
Scénario et réalisation : Jean Loïc PORTRON
Images : Brigitte BARBIER et Jean Loïc Portron
Montage : Fabienne ALVAREZ-GIRO
Voix : Jean-Pierre CASSEL
Musique : Jean MALLET
Chargée de production : Nathalie COMBE-AMOUROUX
Coproduction Le MUSÉE du LOUVRE, Service culturel, Jean GALARD, Malika BERRI, PALETTE PRODUCTION, Producteur délégué, Paul SAADOUN

L'histoire de Bruges commence il y a 2000 ans environ. Le territoire de la ville était alors occupé par une colonie gallo-romaine. Ses habitants ne se contentaient pas de leurs cultures, ils faisaient aussi du commerce avec l'Angleterre et le reste de la Gaule. Vers 270, les Germains attaquèrent pour la première fois les plaines côtières flamandes. Les Romains y conservaient vraisemblablement encore des renforts militaires à la fin du IIIe siècle et pendant le IVe siècle. Il est donc fort probable que Bruges resta habitée pendant la période transitoire allant jusqu'à l'aube du Moyen Âge. Lorsque Saint Eloi vint propager le christianisme dans la région vers 650, Bruges jouait apparemment le rôle de capitale fortifiée de la zone côtière flamande.
Environ cent ans plus tard, Bruges se lança dans le commerce avec la Scandinavie. Son nom vient d'ailleurs du norvégien ancien « Bryggja », signifiant « quai ». Il apparaît dans des documents et sur des pièces de monnaie dès le milieu du IX
e siècle. En ce temps-là, Bruges possédait déjà un château fort (le Burg), qui permit à la ville d'échapper aux pillages des Normands. Ce qui explique que le commerce entre Bruges et la Scandinavie, le territoire des Normands, aura été maintenu.
Bruges servit donc très tôt de port international. Son centre commercial le plus ancien et le port datant du début du Moyen Âge furent accessibles à partir de la mer jusqu'aux alentours de 1050. Le second centre urbain situé en dehors du Burg se trouvait près de l'actuelle Steenstraat et de l'Oude Burg. C'est là que la ville se développa le plus jusqu'en 1100 environ. Les deux plus vieilles églises paroissiales de Bruges datant du IX
e siècle, à savoir l'église Notre-Dame et la cathédrale Saint-Sauveur, se dressent aux abords de ce quartier.
Au XI
e siècle, Bruges était devenu un centre d'affaires de niveau européen. Mais, durant cette période, le lien naturel de Bruges avec la mer s'enlisa. En 1134, une grande marée changea l'aspect de la zone côtière flamande. C'est alors qu'apparut un estuaire profond, le Zwin, qui allait jusqu'à la localité actuelle de Damme. Si la ville resta reliée à la mer par un canal venant du Zwin, elle dut néanmoins avoir recours à plusieurs avant-ports comme Damme et Sluis. C'est ainsi que Bruges put devenir, durant le Moyen Âge, le principal centre commercial de l'Europe du Nord-ouest. A cette époque, la Flandre était d'ailleurs l'une des zones les plus urbanisées d'Europe. Les draps et les tissus en laine de qualité supérieure étaient exportés dans toute l'Europe à partir de Bruges.
Du XIII
e au XVe siècles, Bruges comptait entre 40.000 et 45.000 habitants, c'est-à-dire deux fois plus que la population actuelle de la vieille ville. Au XIVe siècle, Bruges était devenue une riche ville portuaire.
Des marchands de l'Europe septentrionale et méridionale s'y rencontraient. Ils collaboraient avec des agents et des hôteliers brugeois pour leur commerce. Cette ville était le centre de production des draps flamands mais aussi de nombreux produits artisanaux. A cette époque, on trouvait déjà à Bruges de véritables banquiers d'origine brugeoise et italienne. Les marchands pouvaient y ouvrir un compte courant, transférer de gros montants, échanger des devises et même payer en billets.
Bruges fut toutefois régulièrement agitée par des troubles au cours du Moyen Âge. Les différences de revenus entre les classes populaires (les « artisans ») et les commerçants-entrepreneurs (les « patriciens ») étaient énormes et il y avait une importante classe moyenne. Les violentes insurrections comme celles de 1280 et de 1436-1438 furent brutalement réprimées. Lors de la révolte de 1302, la classe populaire choisit de prendre parti pour le comte de Flandre contre le roi de France et la classe dominante. Cette lutte, dans laquelle Bruges joua un rôle de premier plan, se termina par la victoire des artisans et du comte de Flandre lors de la bataille des Éperons d'Or, le 11 juillet 1302. Cette date historique est aujourd'hui celle de la fête de la Communauté flamande de Belgique.
Le XIV
e siècle, qui fut pour Bruges et la Flandre une période de crises, d'insurrections, d'épidémies, d'agitation politique et de guerres, se termina par la fusion dynastique de la Flandre et de la Bourgogne. L'époque bourguignonne de Bruges débuta en 1384. Pendant un siècle, la ville resta le principal centre d'affaires international au nord des Alpes. L'industrie drapière fut progressivement remplacée par les produits de luxe, les services bancaires et l'artisanat. La cour bourguignonne procura un pouvoir d'achat considérable à la population locale. Celui-ci fut renforcé par les marchands étrangers et leurs contacts internationaux allant du Portugal à la Pologne. La ville connut une prospérité croissante et sa richesse et son luxe impressionnaient les voyageurs. L'art et la culture s'épanouirent mieux que jamais. Cette période prospère toucha à sa fin lors de la mort de Marie de Bourgogne en 1482. A cause de l'insurrection contre son mari Maximilien d'Autriche, Bruges fut victime, pendant dix ans, d'une instabilité politique et de violence militaire. La richesse locale disparut de la ville en même temps que la cour bourguignonne et les marchands internationaux. Même si Bruges put se redresser quelque peu au XVIe siècle, elle avait définitivement perdu sa première place en faveur d'Anvers. Bruges resta toutefois un centre régional important entretenant une multitude de contacts commerciaux avec l'étranger et possédant un secteur artistique florissant. La scission des Pays-Bas, qui fut définitive à partir de 1584, entraîna le déclin de la ville.
Vers 1600, Bruges était une ville de province, dotée d'une fonction maritime modeste. Les Brugeois conservèrent néanmoins leur sens du commerce aux XVII
e et XVIIIe siècles et la vie commerçante garda sa nature internationale.
Les armateurs et les marchands brugeois continuaient à faire du commerce avec l'empire espagnol, l'Angleterre et les Indes occidentales et orientales. Bruges resta passive durant la période révolutionnaire de 1789 à 1830. La première révolution industrielle la toucha à peine. Vers 1850, Bruges était la ville la plus pauvre du pays. La bourgeoisie parlait français tandis que la population illettrée ne connaissait que le dialecte local. La vie publique était entièrement francisée jusqu'en 1885. Guido Gezelle (1830-1899), le plus grand poète néerlandophone du XIX
e siècle, était pourtant Brugeois. Bruges dut sa célébrité dans la littérature européenne au roman « Bruges la Morte » de Georges Rodenbach (1892), qui la décrit comme une ville endormie et morte mais mystérieuse.

Office du Tourisme de Bruges

 

A des heures et sans que tel souffle l'émeuve
Toute la vétusté presque couleur encens
Comme furtive d'elle et visible je sens
Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve

Flotte ou semble par soi n'apporter une preuve
Sinon d'épandre pour baume antique le temps
Nous immémoriaux quelques uns si contents
Sur la soudaineté de notre amitié neuve

Ô très chers rencontrés en le jamais banal
Bruges multipliant l'aube au défunt canal
Avec la promenade éparse de maint cygne

Quand solennellement cette cité m'apprit
Lesquels entre ses fils un autre vol désigne
A prompte irradier ainsi qu'aile l'esprit

Remémoration d'amis belges (1893)

 

Stéphane Mallarmé a écrit ce poème en hommage aux poètes belges du cercle Excelsior de Bruges, un poème d'amitié mais aussi un hommage à la ville de Bruges dont Georges Rodenbach venait de faire l'héroïne de son roman, Bruges-la-Morte (1892).

BRUGES, CAPITALE EUROPEENNE DE LA CULTURE 2002

Cette année, Bruges partage avec Salamanque le titre de « Capitale européenne de la Culture ». Le but des festivités est clair : plonger la Venise du Nord au coeur de l'Europe culturelle d'aujourd'hui. Parmi les cent-soixante événements sélectionnés pour l'occasion, trois expositions majeures bénéficient du soutien du Programme Culture 2000 de la Commission européenne. Après Rotterdam et Porto en 2001, Bruges et Salamanque ont obtenu cette année le titre de Capitales européennes de la Culture. Un double événement destiné à mettre en valeur le patrimoine culturel des deux villes, à condition qu'elles y instillent la dimension européenne qu'un tel titre réclame.
Ainsi Bruges la flamande, dont la réputation touristique n'est plus à faire, tentera d'aller au-delà de ses langoureux canaux et de son charme médiéval. À elle de montrer combien sa dimension culturelle, toutes disciplines confondues, s'affirme à la hauteur de ses richesses architecturales et historiques. Le chef-lieu de Flandre Occidentale déploiera donc durant dix mois quelques 160 événements musicaux, plastiques, scéniques et littéraires, disséminés en une cinquantaine de lieux différents.
Le 20 février dernier, l'inauguration du Concertgebouw, imposant complexe musical dessiné par les architectes belges Paul Robbrecht et Hilde Daem, avait lancé la saison de Bruges 2002, de manière informelle. Trois jours plus tard, l' « O-Journée - l'art dans tous les recoins de la ville », entamait officiellement une année pas comme les autres pour l'ancienne Venise du Nord. 2002 marque en effet également le 700
e anniversaire de la célèbre Bataille des Éperons d'Or, dans laquelle la ville joua un rôle de premier plan. Une victoire qui symbolise aujourd'hui à merveille l'émancipation culturelle de la Flandre et dont la date anniversaire correspond à celle de la fête officielle de la Communauté flamande de Belgique.
Soutenu par le programme Culture 2000 de la Commission européenne, les trois événements majeurs de la présente édition retiendront particulièrement l'attention, ne serait-ce que pour leur dimension européenne. L'exposition « Jan Van Eyck, de Vlaamse Primitieven en het Zuiden » révèle ainsi les passionnants échanges artistiques entre la Flandre, l'Espagne et l'Italie au XV
e et XVIe siècle. Au menu, des oeuvres de Van Eyck bien sûr mais également d'autres géants européens de la peinture tels que Hans Memling Petrus Christus Antonello da Messina, Giovanni Bellini, Barthélemy d'Eyck, Pedro Berruguete.
L''événement renoue quant à lui les fils qui liaient les anciennes villes hanséatiques et celles d'Europe méridionale, à une époque où Bruges s'affirmait comme plaque tournante du commerce international. Sur les quais, les petites places ou derrière les façades de l'ancien quartier marchand, l'occasion est donnée de redécouvrir le riche passé de la ville, éclairé par son dynamisme actuel. Enfin, l'exposition « Besloten Wereld, Open Boeken » rassemble une collection européenne de manuscrits et d'enluminures du XV
e et une exposition d'art contemporain. Dans les couloirs d'une majestueuse abbaye cistercienne, s'entrecroisent les questions universelles d'hier - la place de l'homme dans le monde - et les réponses formulées aujourd'hui par plusieurs plasticiens renommés. En action, et chacun dans leur discipline, les artistes José María Sicilia, David Claerbout,Giuseppe Penone, Ettore Spalletti, Michel Frère, Shirin Neshat. Outre les trois grandes expositions précitées, on retiendra également quelques événements phares de ce Bruges 2002. Les nouvelles créations des chorégraphes flamands Jan Fabre et Wim Vandekeybus, l'accueil du Wiener Symphoniker, la nouvelle création de la compagnie de danse Rosas, les rencontres littéraires internationales sur le « Mythe de l'Europe » etc, etc

Cahier didactique réalisé par Jean-François Questiaux

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