Né à Reims en 1651, Jean-Baptiste de la Salle appartient
à la génération qui suit celle de Saint-Vincent de Paul et de Bossuet.
L'époque est difficile pour la vie religieuse : une déclaration royale
veut interdire à partir de 1669 la fondation de nouvelles congrégations
; déjà apparaissent les prémisses de l'esprit des lumières au nom duquel
nombre de gens s'attacheront à une pensée rationnelle hostile aux dogmes
et à l'Église. Tout cela n'empêche pas la charnière des XVIIe
et XVIIIe siècles de voir fleurir bien des fondations significatives,
spécialement consacrées à l'enseignement ou aux missions populaires. Parmi
elles, l'oeuvre de Jean-Baptiste de la Salle se détache comme particulièrement
originale et novatrice. 
| Un jeune prêtre généreux, soucieux de l'instruction des pauvres Issu d'une famille de la bourgeoisie, Jean-Baptiste se destine très tôt au clergé. Condisciple de Fénelon au séminaire Saint-Sulpice, il hérite de son cousin une charge de chanoine à Reims. Sensibilisé dès le séminaire au sort des enfants laissés sans instruction, le jeune chanoine offre de subvenir aux besoins de deux ou trois jeunes gens qui veulent bien consentir à aller instruire les enfants pauvres. Puis, peu à peu, il s'engage plus avant. Il installe chez lui ces instituteurs; il les forme et leur inculque les vertus qu'il estime nécessaires à leur mission. |
Le créateur d'écoles, fondateur des Frères des Ecoles Chrétiennes Sa première école est ouverte à Reims en 1679. Puis il en fonde d'autres dans la même ville, à Rethel et dans diverses localités champenoises. Malgré ses réticences, il cède à des demandes pressantes et accepte l'ouverture de nouvelles écoles à Paris et à Rouen... Pour assurer la formation des maîtres, coordonner leurs efforts et leur donner l'appui d'une structure bien organisée, est créée en 1684 la congrégation des Frères des écoles chrétiennes. Très exigeant envers les maîtres, auxquels il demande un total dévouement à leur tâche. Jean-Baptiste de la Salle l'est encore plus envers lui-même. "Je ne suis pas en droit de leur tenir langage de la perfection, de leur parler de la pauvreté, dit-il, si je ne suis pauvre moi-même ... ni de l'abandon à la Providence si j'ai des ressources assurées contre la misère" et il distribue toute sa fortune aux pauvres puis résigne sa prébende. |
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Un pédagogue novateur L'oeuvre de Jean-Baptiste de la Salle est novatrice à plusieurs titres : l'enseignement en groupes remplace le préceptorat. Il est fait en français et non plus en latin, d'où le sobriquet de "frères ignorantins" donné aux enseignants par les adversaires de cette méthode; mais cela permet de donner aux écoles un caractère réellement populaire, d'autant que leur fréquentation est gratuite. Ainsi est créée la première forme des écoles primaires françaises et des écoles normales d'instituteurs. Jean-Baptiste de la Salle va plus loin en mettant également sur pied des écoles professionnelles, c'est-à-dire un premier enseignement technique à Paris en 1669. Il crée à Saint-Yon, en 1705 une maison de rééducation de jeunes délinquants... Soucieux non seulement de la forme mais aussi du fond, Jean-Baptiste de la Salle rédige plusieurs ouvrages à l'usage des maîtres ou des élèves : "Conduite des écoles", "Traité de la civilité chrétienne", Manuel du chrétien", "Méditations sur l'emploi de l'école". Il prône une pédagogie différenciée, adaptée aux aptitudes et aux goûts de chacun et préconise à cette fin la rédaction de fiches individuelles. Ainsi lit-on en 1706, sur celle du jeune François de Térieux, âgé de huit ans et demi : "Vient à l'école depuis deux ans ; est au 3e ordre d'écriture depuis janvier dernier. Il est d'un esprit remuant; il a peu de piété et point de modestie dans l'église et dans les prières, à moins qu'on ne veille sur lui, mais par légèreté : il a assez de bonne volonté, il le faut gagner et engager à bien faire" De la sorte, apparaît le but principal de l'école: faire vivre en chrétien et contracter de bonnes habitudes par la piété, la discipline et la régularité. L'éducation concerne aussi le corps : "Il ne faut laisser ni ordure ni crasse sur sa tête", dit Jean-Baptiste, "on doit regarder la netteté du corps comme une marque de la pureté de l'âme" |
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| Un
éducateur chrétien
Par dessus tout, c'est l'orientation vers Dieu qui commande l'ensemble. "Votre profession, dit-il aux maîtres, ne consiste pas à apprendre à vos élèves uniquement des choses qui ne leur sont utiles que pour le monde, mais à en faire de véritables chrétiens ... Il leur servirait de peu d'avoir reçu le baptême s'ils ne vivaient véritablement selon l'esprit du christianisme" et encore : "Votre foi doit être en vous comme une ardente lumière qui vous guide partout et toujours et brille aux yeux de tous ceux que vous instruisez"... Inlassablement, Jean-Baptiste de la Salle demande à ses disciples que leur activité, dans tous ses détails, soit l'irradiation de leur foi. Par ses paroles, par la contagion de son courage et l'exemple de sa foi, Jean-Baptiste de la Salle réussit à éveiller, chez les maîtres qu'il suit et assiste, l'estime de leur fonction, pourtant souvent ingrate, et même à l'auréoler de véritable grandeur. Quant aux élèves, ils ne sont plus traités de "petits babouins" comme le fait La Fontaine dans sa fable, mais de fils de Dieu. |
Un
saint
La spiritualité de Jean-Baptiste de la Salle, éclectique dans ses sources, est tout entière orientée vers l'éducation et la perfection par un total don de soi qu'il mit lui-même en pratique. Pieux jusqu'au mysticisme et à l'ascétisme, il trouva dans le recours à Dieu le courage de poursuivre son oeuvre malgré les innombrables obstacles dressés devant lui par tous ceux dont il dérangeait les habitudes : sa propre famille, les maîtres particuliers, des magistrats et nombre de clercs ... Il fut jusqu'à sa mort en butte aux attaques obstinées d'ennemis d'autant plus acharnés à sa perte qu'ils ne pouvaient manquer de constater le rayonnement du fondateur des Frères des écoles chrétiennes, Mais il ne perdit pas confiance et ne glissa jamais de la souffrance à l'amertume, parce qu'il puisait son énergie dans la présence divine. Un bref du pape Pie XII, en date du 15 Mai 1950, proclame Saint Jean-Baptiste de la Salle patron de tous les éducateurs de l'enfance. |