
Des vacances, une rencontre sur un marché
villageois là-haut, sur les cols entre l'Alsace et les Vosges. Voilà en
quelques mots, l'origine de notre jumelage.
C'est une Confrérie de producteurs:
ils ont le contact avec la clientèle
Nous sommes une Confrérie d'amateurs:
nous enseignons le vin de fruits
Nous étions faits pour nous rencontrer
Un jumelage européen. Voyage de 12 Vinificateurs amateurs.
Vendredi
10 mai 2002, 14h, départ pour Senones. Réception du véhicule, un minibus, par
Michel. Impressionnant mais finalement confortable, et jeunot de surcroît : 40
km au compteur. " Et voyez, il n'a pas une griffe" nous claironne le
loueur.
Bref, à nous de le roder, oh! Rassurez-vous, nous ne sommes pas des cow-boys.
Après une courte ballade dans les tréfonds de Wavre, nous nous élançons pour
Luxembourg ; il fait beau.
Arrêt à la deuxième pompe, la plus occupée .On repart, à nous la France.
Arrêt casse-croûte peu après. Le véhicule répond normalement .Le trafic est
fluide, on est dans les temps. Cela discute dans le fourgon. Soudain un témoin
rouge s'allume brièvement. "Dans cette zone, là." Un coup d'œil
dans le manuel justifie sa couleur, causes possibles : liquide de freins,
liquide de refroidissement, température trop élevée .Les
remèdes se résument à "arrêt immédiat". Une seconde alerte
nous permet d'affiner notre jugement: économie sur le remplissage du liquide de
refroidissement, un litre d'eau supplémentaire fera taire le témoin dès le
lendemain.
La pluie nous accueille peu avant Senones. Les nuages bloqués par la chaîne
des Vosges se délestent avant leurs vacances en Alsace. A l'entrée de la
ville, nous admirons son blason rouge et ses deux poissons d'argent.

Arrivés,
nous rencontrons le premier jumeau, Jean-Louis, au rire franc et à la voix qui
porte. Installation au gîte rural, après une sévère côte étroite et louvoyante.
Le liquide de frein, en suffisance celui-là, nous amène à un restaurant tenu
par la joviale famille d'un ancien champion de fléchettes. Il y coule une bière
ambrée qui répand la joie dans les cœurs, la Doreleï. Un peu sucrée, prémices
d'un WE succulemment chargé. La soirée se termine à minuit après un marc de
derrière les fagots. Nous remontons au gîte. "Dites, vous êtes surs que
c'était par ici?"
Arrivés en haut, discussion sur l'heure de réveil du lendemain. On a un
programme chargé. Il faut partir vers 8h30, voir deux producteurs, manger
entre-temps, puis Michel doit donner une conférence sur le champagne de pomme
avant la cérémonie de jumelage prévue à 18h, enfin on se nous participerons
a un dîner où seront intronisés deux nouveaux confrères vosgiens.
Henri se propose de nous réveiller au clairon (demandez-lui de l'imiter quand
vous le verrez), chacun y va de son heure matinale.
Vient finalement le moment de se coucher et de se rendre compte pour certains
que les français ont des conceptions différentes des nôtres en matière de
draps de lits. Des Belges perdus devant leur sommier. Notre chambrée est la
plus peuplée, 4 humains, dont un ronfleur intermittent et un lève-tôt (le Prés.),
plus une chienne, munie d’un lourd collier en métal dont le bruit
concurrence les chaînes du squelette hantant le grenier du gîte.
Le lendemain, déguisé en réveil-matin humain le brave sergent Henri fait le
tour des chambrées. La cantine s'organise, nous découvrons les différents
modes de fonctionnement du micro onde avec la température réchauffe-brioche,
le grille pain etc...
Je découvre que c’est la chienne qui a mon drap de lit.
8h30 on part, l'ambiance est fébrile, la course commence.
Nous
allons voir une célébrité locale, Michel Moine. Plus de 10.000 bouteilles produites
par an, vendues au Lido, au Crillon à Paris et dans les 1ere classes de Japan
Airlines. Michel, malgré son succès a gardé la tête froide, et nous passons
avec lui de longues heures à l'écouter parler avec amour et humour de son travail.
Deux belges sympathiques, je précise, se sont joints à nous pour la visite.
Michel a commencé son exploitation il y a cinq ans lorsqu'il se laisse
convaincre par un vieux liégeois de lui racheter tous ses 3 plants de rhubarbe.
Ceux-ci sont rapatriés en France, l'aventure commence. Il en a 7000 pieds
actuellement.
Grâce à l'aide d'un institut de recherche à Epernais, Michel obtient chaque
année une analyse et un mélange sucre/eau qui rectifie son moût en densité
et en acidité. Cela lui permet de garder une qualité égale d'année en année.
Je laisse à notre président le soin de détailler dans un prochain article les
techniques utilisées par ce Moine. La gamme se compose de 6 produits différents,
allant du vin classique au mousseux, appelé poétiquement du Perlé.
Une loi de 1840 interdit en effet aux Français d'utiliser la dénomination
"vin de fruits". La difficulté se trouve contournée par divers
artifices: "boisson fermentée à base de" remplace le mot "vin
de" d'où gros gaspillage de lettres, ou bien "petits crus" car
il n'est pas question d'oser s'appeler "cru", ni même "grand
cru" quand on ne travaille pas le raisin, fusse la qualité de votre
breuvage 100 fois supérieure à de l'infâme piquette.
Le temps de visite s'écoule comme un long fleuve tranquille (de vin de
rhubarbe), jusqu'à ce que nous finissions par manger le casse croûte dans la
cave même du propriétaire. Les conducteurs se sacrifiant (un petit peu) une
première fois pour laisser déguster à leur aise le reste de la compagnie.
« Mettez-vous le bien dans l’armoire ! » nous conseille
le moine Raspoutine.
Après des achats express, il nous faut à nouveau nous enfuir.
Les plus chanceux ont quand même pu admirer la broyeuse à rhubarbe fabriquée
par Michel Moine. Les activités de Michel comme la pomme de terre et les
endives continuent à occuper 66% de son temps.
Re-dédale de nationales françaises, on aura aussi vu du pays,
jusque chez Bernard Lemaire qui sort miraculeusement d’un gros ennui de
santé. Le vin conserve, c’est bien connu.
Découverte
d’un autre producteur, à plus petite échelle mais à mi-temps tout de même. Ici
nous touchons vraiment méthode de production typique des petits crus vosgiens.
Du sucre en quantité, des levures sauvages et de l’eau. Bernard, à part la fabrication
d’une accidentelle mais néanmoins décourageante mélasse de pissenlits (une maladie
issue sans doute d’un même champ a transformé son moût en gelée en 1 jour !),
produit quelques milliers de bouteilles d’excellentes variétés de vins (de fruits :).
C’est reparti pour le trio, visite, dégustation, achats. Ils vont bien
ensembles, on ne s’en lasse pas. Bernard vinifie dans des fûts en plastique,
on se sent plus chez nous.
Il possède aussi un verger. Eden aux mille saveurs, où croît l’arbre généreux
que les locaux appellent « Gumi ». Conquis par le vin produit avec
ses fruits rouges, tels des
naturalistes découvrant un nouveau monde, nous emportons un spécimen dans le
but de le transplanter. De retour en Belgique, Guy Riez et notre Grand-Maître
vont de concert trouver la dénomination exacte du Goumi. Commande en vue en
automne chez le seul fournisseur belge. Mais déjà il faut repartir, vite tous
en voiture. Michel va donner son cours, donc par solidarité, nous courrons
aussi.
Public intéressé et sympathique, mais moins nombreux que ce à quoi
personnellement, je m’attendais. Exposé sur une matière connue, mais réordonnée
d’une manière originale.
De plus dans l’assistance, était présente une personne qui ne buvait pas de
vin, scandale ! « Allons cher confrère,
soyons tolérants »…
Après la conférence, nous avons 30 minutes de répit ; juste le temps
pour notre palais de se remémorer une bonne Doreleï avec les fidèles avant
que la cérémonie de jumelage ne commence. N’empêche, cette entracte
bibitive fut intéressante dans l’exercice de reconstitution de l’après-midi
d’un indigène pittoresque. Ah ! les chiens facilitent les rencontres.
Belle salle que celle de la mairie de Senones. Aussi bien décorée intérieurement
que rehaussée par la présence de personnages officiels de la commune et du département.
J’aperçois des verres sur les tables ; bonne nouvelle.
La cérémonie de jumelage était parfaite, la presse mitraillait, les discours
fusaient tout cela devant une assistance costumée.
Le costume de la confrérie de Senones ayant servi de modèle à notre tenue de
confrère, le rapprochement n’en est que plus fort et il s’en dégage une
douce harmonie.
La
cérémonie se poursuit avec une lecture simultanée de l’acte de jumelage et une
séance de signatures. Jean-Louis nous remet à presque tous un livre de recettes
du terroir ainsi qu’une vidéo d’un son et lumière. Michel, trop occupé à donner
le livre de la ville d’Ottignies au maire,
est de la revue…
Christian Staphe, bras droit de Jean-Louis mitraille à qui mieux mieux, même
à genoux. C'est d'avoir une foi pareille.
Après avoir tant parlé, il faut étancher sa soif. Nouvelle séance de dégustation.
Chaque confrérie goûte avec plaisir les produits de l’autre. Tiens, revoilà
la madame qui ne boit pas de vin, elle fait partie des élus et nous distribue
de délicieuses brioches. Nous faisons connaissance avec deux autres confréries,
la première, en habits nobles du XVIIIème, promouvant un pâté au
lard en chausson. La seconde représentée par un homme en cape saumon, défendant
des produits à base de saumon et par extension le saumon lui-même (ou
l’inverse), plus communément appelé « le Saumon ».
Il nous est donné à boire de très bons vins. Inspiré par Dionysos, Michel
confraternise avec un jumeau qui se fait membre, bref l’ambiance est à la fête.
Finalement, nous fermons la salle, sur un mélange.
3 mousquetaires ottintois (les mêmes) vont
faire passer tout cela à coté, avec une Doreleï. Second interlude
bibitif, encore plus enrichissant que le premier, on commence à nous connaître.
La vie de Senones nous est comptée par la maman du joueur de fléchettes.
Gentiment elle nous accepte dans son bar alors qu’elle fermait ; faisant
preuve de beaucoup d’égards, elle nous assure l’intimité. Senones est
jumelée avec 1 ville belge, Marchin, 1 allemande et 1 italienne. Pour une ville
de 3000 habitants, ce n’est pas mal. Maintenant voilà que les petits crus se
jumellent aussi.
Senones a connu une population plus importante lorsque la filature était en
activité. Mais comme partout, l’industrie a délaissé le village. Je vous
conseille sur le sujet la cassette du son et lumière qui nous a été remise,
vous y verrez Jean-Louis en pleine action. Elle témoigne aussi de l’activité
débordante du village.
Maintenant il est l’heure de passer à table. Mais avant, une ou deux cérémonies
entre jumeaux, remise d’une assiette en étain et intronisation de deux confrères.
Nous
avons mangé comme des rois, les mets étaient accompagnés de vins délicats, un
spectacle, porté par la dive bouteille des comédiens en tutu, a égayé notre
souper.
Nous nous étions répartis à différentes tables, au petit bonheur la chance.
J’ai pu mieux faire connaissance avec Francis, notre nouveau membre ainsi
qu’avec sa femme et un de leurs fils, puis de Christian et de sa femme puis
une autre jumelle, fille de
Jean-Louis.
Bon gré mal gré, il a fallu aller dormir vers les 2 heures.
On parlait d’aller visiter un producteur d’alcool le lendemain matin, avant
la cérémonie de 11h. Finalement au soulagement général, il nous fut donné
quartier libre.
En effet une dure journée nous attendait à nouveau.
Dimanche matin.
A 10h, vite , vite, nous arrivons au lieu de rendez vous. Une fanfare va nous
escorter jusqu’à la foire aux petits crus et produits du terroir. Signal de départ
de la saison touristique locale.
Nous traversons le village sur des airs de flon-flon ; quel honneur !
Arrivés à la place jouxtant l’abbaye, nous assistons à la remise des prix du
concours de vins de fruits organisé la semaine précédente. Nous sommes bien
placés : re-flashes. Aujourd’hui nous avons droit à la radio, la cérémonie
de la veille est déjà dans la gazette. 
Après les cérémonies, visite des stands et … dégustations. Nouveau
sacrifice des conducteurs, cette fois ci l’excuse est bonne. Il y a de tout,
de la groseille, du houx, de l’ortie, du GUMI, du pissenlit, de la fraise, une
dizaine de petits producteurs. Nous rencontrons Georges Briese qui fut le lien
qui permit ce jumelage.Dans la cour de l’abbaye se retrouvent les artisans et
autres producteurs de miel, formages, éleveurs de gallinacés…
On mange une dernière fois, des produits du terroir, le champion de fléchettes
s’occupe de nous personnellement. Encore merci pour tout.
Une petite visite digestive au producteur d’alcool ? Burp, non merci.
J’en ai assez.
Apres des adieux émouvants nous repartons vers la Belgique. Peugeot, le jeunot,
nous fait une autre crise de puberté : « -tiens, j’ai un bruit ».
On laisse tomber.Le voyage de retour se passe sans encombre, discussions à bâtons
rompus, sommeil réparateur, pompe bloquée au Luxembourg. Les deux heures gagnées
par un départ plus rapide sont perdues suite à un chantier fantôme sur la
E411. Merci Socogetra. On écoute du Malicorne.
Quel WEnd formidable.
Une question a commencé a trotter dans mon esprit dès le samedi soir,
et y « marathonait » le lendemain : comment allons nous
réussir à leur rendre la pareille ?

SENONES:
un palindrome naturel
Un palindrome est une phrase, un nombre, un message, qui, si l'on ne tient
compte ni des espaces ou apostrophes, ni des signes de ponctuation, peut être
lu de droite à gauche ou de gauche à droite en gardant le même sens ou plutôt
la même signification.
Et la marine va, papa, venir à Malte :
palindrome de lettres.
C'est
pas cher, seize francs la livre de tripes à la mode de Caen :
palindrome syllabique
Ici viendra Dieu quand tout sera néant :
palindrome de mots.
Jeanne en luge, Jules en nage :
palindrome phonétique° (°L. Etienne)
1367631
= 111 * 111 * 111 = 1367631 :
palindrome de chiffres
On dit qu'au Tibet les lamas devenaient fous à force de chercher des phrases édifiantes se lisant dans les deux sens ... et l'antiquité regorge de textes palindromiques ou anacycliques dans lesquels on peut travailler en rétrogradation sur les mots ou sur les lettres.
Le matériau de base est fourni par des mots qui sont des "palindromes naturels" (Ève, Noyon, Senones, Sées, Laval, sas, ressasser, tôt, têt, non, kayak, gag, 1991, 2002, 3993 ...) ou des mots qui peuvent constituer des paires palindromiques (Roma/Amor, trace/écart mon/nom, sec/ces, et/te, amuser/résuma, épate/étape, Alger/régla