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« Des classes par connaissances »

Photo Renaud Callebaut.

Mensa Youth Fondation est la seule association destinée aux enfants surdoués en Belgique francophone (1). Pour en faire partie, il faut avoir un QI minimum de 130. Mensa regroupe 92 jeunes membres actifs et programme des activités culturelles, scientifiques ou ludiques (camps de vacances). Notre but, explique André Jacquet, président de l'assocciation, est d'aider les enfants surdoués mais aussi leurs parents. Pour dédramatiser les choses. On présente trop souvent ces enfants comme en état de quasi suicide ou en décrochage scolaire perpétuel.

Ont-ils besoin de se retrouver entre eux ?

Un QI de 100 entre facilement en contact avec 68 % de la population. Un QI de 130 n'a plus de relations aisées avec 16 % de la population. Et un QI de 145 (il y en a parmi les jeunes « menseans ») avec 2 % de la population. Les enfants surdoués ont donc plus de difficultés à rencontrer des jeunes qui partagent leurs intérêts.

Justement, quels sont leurs points communs ?

Ils sont surtout intéressés par des problèmes « non classiques » : astrologie, civilisations anciennes... Ils ne trouvent pas d'intérêt dans les conversations normales entre élèves - sur les Pokémon, pour caricaturer. Ils demandent surtout de se retrouver entre eux sans être jugés. En classe, ils sont considérés comme le paresseux, la « grosse tête » ou l'« intello ». Nous visons une sorte de resociabilisation...

Vous conseillez aux enfants de ne pas dire à l'école qu'ils sont surdoués. Pourquoi ?

Parce que cela pose souvent des problèmes. La probabilité d'être rejeté par l'enseignant est forte. Par ailleurs, l'école risque de mettre la pression sur l'enfant ou au contraire de s'en désintéresser, même si ses résultats scolaires baissent, sous prétexte qu'avec un QI pareil, on ne va pas le forcer à travailler. Beaucoup de centres PMS ne veulent pas non plus entendre parler des tests de QI qu'ils jugent élitistes. Sur le fond, je ne peux pas leur donner tort.

Faut-il des écoles pour surdoués ?

Ce type d'école me laisse sceptique et me fait peur. Un gosse de 8 ans resterait dix années dans ce milieu privilégié socialement et surtout intellectuellement. Pendant tout le temps où se forme sa personnalité, il croira que le monde ressemble à ceux qu'il côtoie chaque jour. A 18 ans, il aura les plus grandes difficultés à s'intégrer dans la société. Je crains une dérive vers un « ghetto ». Ça ne veut pas dire que l'école ne doit pas plus soutenir les enfants surdoués.

Comment ?

En s'organisant non plus sur douze années avec une homogénéisation des âges mais sur dix années divisées en trois trimestres actifs, soit trente périodes. Pour passer d'un module à l'autre, on passerait un examen sur chaque matière. Avec tous les trois mois un bilan global de l'enfant. Les plus brillants pourraient réussir les modules sur toutes les matières en 10 ans. Les autres en 11, 12 ou 14 ans. Il n'y aurait plus de redoublements, ce qui serait moins traumatisant. On aurait des classes homogènes en connaissances - non plus en âge. C'est déjà le cas dans le secondaire. Combien de classes ne comptent-elles pas d'élèves de 17 ans obligés, à cause des redoublements, de travailler avec des élèves de 14 ans ? (M. Vdm.)

(1) Mensa, 13 rue de Mazy, 5030 Gembloux, 081-61.05.63 ou aja.chambard@village.uinet.be/

Le Soir du vendredi 15 mars 2002
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002

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