Quoi de plus normal que de s'adresser à un Planning familial pour s'informer sur la sexualité ?
Il s'agit là, bien entendu, de la mission la plus élémentaire du Planning familial, historiquement et sociologiquement.

Comment le Planning familial est-il devenu central dans les problèmes dits "sexologiques" ?

Il convient peut-êre de se replacer dans le contexte des années 60 qui virent apparaître des moyens contraceptifs comme la pilule qui allait révolutionner les relations hommes /femmes. Il en va de même pour la sexualité et la sexologie. La "liberté sexuelle" va s'inscrire dans la mentalité des gens.

Paradoxalement, cela va révéler toute une problématique autour de la jouissance : impuissance, anorgasmie, éjaculation précoce, frigidité, dyspareunie.

Cela pourrait se traduire par :
"Comment jouir de ma liberté de jouir ?" ce qui va favoriser l'apparition de la sexologie. A savoir une science de la faculté de jouir, de la liberté de jouir ... Bien entendu, on peut comprendre qu'il en soit ainsi.


  

Le petit monde du Planning familial va êre rapidement confronté à un autre paradoxe :
traiter le sexe s'avère insuffisant - voire inutile - tant il est évident que le sexuel n'est que le symptôme d'un dysfonctionnement à d'autres niveaux.

Il convient cependant de distinguer en sexologie les problèmes organiques et ceux qui sont d'origine psychologique. Avant de traiter un problème sexuel d'origine psychologique, il vaut mieux s'assurer que tout problème organique a été écarté.

Pourtant, le Planning familial reste un lieu privilégié pour ce genre de problèmes. C'est parfois le seul biais possible pour une personne d'exprimer son malaise.

Quoi de plus naturel que de s'adresser à un Planning familial. Avec son caractère dépsychiatrisé , son accès est relativement aisé. La pluridisciplinarité permet de mieux réfléchir à un recadrage du symptôme "sexe".

L'intérêt d'un label sexologique est qu'il permet à certaines personnes d'exprimer un malaise par le biais d'une plainte sexuelle qui semble pour elle le seul biais possible. Son langage, sa dialectique interne l'y poussent. Mis à part les désordres organiques, je pense qu'il convient d'êre prudent quant au traitement.



Cette prudence permet à notre équipe d'éviter ce que l'on pourrait qualifier de passage à l'acte lorsque l'on tente avec le patient d'éliminer un symptôme comme l'impuissance, l'éjaculation précoce, la frigidité, l'anorgasmie, qui serait plutôt une solution, par rapport à une difficulté plus complexe et plus difficile à élaborer.

Je pense à toute personne ayant subi une effraction ( refoulée ou non ) dans cette sphère sexuelle comme, par exemple, dans le domaine du viol ou de l'inceste. Toute tentative pour activer ou aider au developpement sexuel peut être revécu comme un nouveau viol.


En outre, il est évident qu'il est souvent plus facile de s'accuser d'un problème sexuel plutôt que de conceptualiser la possibilité sous-jacente d'un autre malaise.

A titre d'exemple, je voudrais citer le cas d'un homme et d'une femme : lui souffrait d'un problème d'éjaculation précoce et elle se plaignait de frigidité. La demande de s'en tenir au symptôme "sexe" est très forte de part et d'autre.
L'idée est venue de pousser les partenaires à s'en tenir à leur demande vis-à-vis de l'autre. A savoir : l'épouse demande que son mari cesse de la harceler et l'époux souhaite que son épouse soit plus demandeuse en matière sexuelle. Il fut demandé à l'épouse de cesser toute compromission vis-à-vis de son mari, c'est-à-dire de cesser de céder à ses avances. Au mari, il serait demandé de cesser de harceler sa femme.

Il a fallu faire face à l'anxiété du mari qui, privé de son jeu habituel, perdait ses repères. Il se mit donc à réfléchir à son anxiété de manière plus globale.
Le fait de traiter son anxiété fit disparaître non seulement la pression qu'il faisait subir à sa femme mais également son éjaculation précoce et la frigidité de son épouse.

Il devint beaucoup plus détendu. Le couple eut alors à s'habituer à la paix trouvée.

On s'est trouvé alors devant une dynamique de couple qui se pose des questions moins centrées sur le sexe.


La sexualité est peut-êre la métaphore de la capacité interne de l'individu à gérer sa liberté individuelle mais aussi des limites internalisées : jusqu'où va la liberté de jouir.
Les affaires de ces dernières années ont montré à quel point la sexualité peut "déraper" au point de se confondre avec la criminalité ( viol, inceste, pédophilie ). La confusion et l'anxiété provoquent un mouvement de retour à des "limites" ( externes ) plus strictes ( législation, moralité, répression, etc..). Ceci est une réponse plus que partielle par rapport à un problème bien trop complexe pour trouver des solutions simples.


Le Planning familial est un lieu privilégié de la réflexion autour de la sexualité.
L'un des biais parmi d'autres est le volet animations/prévention qui permet d'aborder la sexualité comme quelque chose à "intégrer" par désamorçage des question anxiogènes. Le seul fait de pouvoir parler ou entendre parler les autres de certaines questions peut êre de nature à sortir de l'isolement.


Si, dans l'imaginaire des gens, le Planning familial est associé à la notion de sexualité, c'est peut-êre aussi parce que, dans la Charte de l' I.P.P.F.(1) cela fait partie des grandes options de base, à savoir le développement d'une sexualité épanouie, autant que responsable, par l'éducation sexuelle.

C'est dans cet esprit que l'on a émis l'idée, en accord avec l' I.P.P.F., de former ( notamment en sexologie ) des conseillers conjugaux susceptibles, par une formation appropriée qui inclut un savoir-être, de réfléchir et oeuvrer dans le sens développé ci-dessus.


(1) International Planned Parenthool Federation.





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