Le Traitement des Problèmes Sexuels en Planning Familial

L'éjaculation précoce


Ce titre évocateur, s'il en est , provoque généralement dans l'imagination une série d'associations négatives quand cela n'est pas honteuses.
L'être humain aime à croire. Ceci dit sans connotations péjoratives le cerveau humain semble avoir une propension à globaliser et à catégoriser les informations qu'il reçoit.
On pourrait dire une rationnalisation. Aujourd'hui souvent l'éjaculation précoce évoquera tout de suite une série de représentations mentales plus négatives les unes que les autres. Elle sera synonyme de faiblesse, de défaut, de manque de contrôle, voire de maladie. On trouvera sûrement bientôt un gène de l'éjaculation précoce. Pourquoi pas.



  

Il faut cependant savoir que le contrôle de l'éjaculation est une chose tout à fait théorique car elle dépend du système nerveux autonome.
On peut alors se demander pourquoi certains hommes ont l'impression de " se contrôler " et que d'autres ne l'ont pas.
Il y a peut-être un début de réponse dans le chapitre qui suit.
Il s'agit d'un extrait du livre de Jay Haley " Stratégies en Psychothérapie " éd ERES relations Toulouse 1992.
( Jay Haley est des grands noms de Palo Alto qui ont contribué à l'élaboration des courants systémiques familiaux).


On peut utiliser les relations sexuelles comme "exemple modèle de conflit de relations conjugales".

Les faits d'inhibitions sexuelles, non seulement, reposent sur des culpabilisations apportées dans le mariage, mais aussi sont produits par la lutte de deux personnes pour définir leur relation.
Le plaisir de deux partenaires, dans une relation sexuelle, nécessite une coïncidence compliquée de réponses physiques appropriées de la part des individus et des réponses comportementales mutuelles qui provoquent des réponses physiques.
S'il y a conflit au sujet du genre de relation impliqué par l'acte sexuel ou au sujet de celui qui définit le genre de relation dont il s'agit, les réponses appropriées n'apparaissant pas.

Les réponses appropriées n'apparaissent pas... Voilà une phrase qui laisse rêveur quand on sait à quel point les relations sexuelles (et affectives) reposent sur le plan physiologique sur toute une série d'actions chimiques internes qui apparaissent dans un processus de réponses entre partenaires amoureux. On appelle cela des réponses en bio-feed-back ou boucles de rétroaction.

Ce que l'auteur a voulu dire, c'est que deux partenaires peuvent, en apparence être parfaitement d'accord et révéler, au travers des symptômes sexuels qui s'apparentent à des manquements un désaccord sur le type de relation qu'ils entretiennent.

Afin d'expliciter ce qui a été dit ci-dessus, voici la situation d'un homme qui se croyait atteint d'un mal incurable - l'éjaculation précoce -
Un changement d'attitude radical va signifier la fin d'un symptôme qu'il a toujours connu, même avec d'autres partenaires avant le mariage. Il a, en effet, toujours vécu ce phénomène sexuel. Il s'accuse lui-même d'être incapable de se contrôler. Il pense que si sa femme le trompe depuis quelque temps avec un autre homme, un vrai celui-là, c'est bien de sa faute.
Il faut dire qu'il a tout fait pour rendre sa femme heureuse. Elle n'a jamais du travailler car il a toujours largement contribué à financer le ménage. Ils ont eu un enfant dont l'épouse et lui-même se sont occupés. Lorsque sa femme a commencé à s'ennuyer il a acquis une société dans laquelle il a placé sa femme. Il ne comprend pas pourquoi sa femme parle de le quitter alors qu'il a toujours tout fait pour la rendre heureuse. La seule chose admet-il qu'il n'ait pas pu lui donner est un coït avec un bon contrôle de l'éjaculation. Cet homme déprime. Sa croyance le torture. Pour lui l'éjaculation précoce est la seule raison du départ de sa femme. Elle le quittera effectivement assez rapidement. Il va devoir faire le deuil de son départ avec ce doute insupportable dans la tête.
Le cap de la dépression ayant été plus ou moins franchi il rencontre une autre femme qui très rapidement va le "remettre à sa place car elle le trouve trop entreprenant. Je ne veux pas d'un baiseur lui dira-t-elle très brutalement". Il revient consulter à la suite de cet échec qu'il ne comprend pas. Il reste tenaillé par la peur du spectre de l'éjaculation précoce. Après de longues négociations avec le thérapeute dont il serait trop fastidieux de décrire le contenu il est convenu que le monsieur aurait une tâche à accomplir. Cette tâche ne pourrait souffrir d'aucune exception.
Après accord il fut convenu que désormais il s'engageait formellement à ne plus prendre aucune initiative auprès de la dame en question mais qu'il pourrait le cas échéant accepter qu'elle en prenne. Si tant est qu'elle le recontacte.

Lorsque ce patient revint à peu près un mois plus tard il est transfiguré. Il a à contre-coeur suivi les consignes du moins au début . A son grand étonnement la dame surprise de ne plus avoir depuis un certain temps de ses nouvelles le rappela. Elle prit plaisir à converser avec lui. Elle lui proposa même un rendez-vous cinéma. De plus en plus curieux de voir la suite des événements il respecta la tâche et il accepta la proposition sans sourciller. C'est ainsi qu'elle l'invita au restaurant et .... qu'elle organisa leur première soirée en tête à tête car il fallut en plus trouver un baby-sitting pour la fille du monsieur. Ce qu'elle fit.


Le témoignage de ce patient fut des plus troublant. Il n'eut en effet aucun symptôme d'éjaculation précoce. Après à peu près 20 années de stress continu il a enfin connu un détente qu'il n'imaginait pas un instant quelques mois plus tôt. Il a décidé de continuer à s'abstenir de prendre trop d'initiatives. Un an plus tard il n'y avait aucune trace de récidive et encore moins de crainte de voir réapparaître le symptôme .

A quoi pourrait-on attribuer la disparition de ce symptôme ?
Le thérapeute a simplement, dans le discours du patient, entendu la chose suivante : " Pour me sentir bien dans une relation ainsi que pour mériter l'amour de ma femme, je dois tout faire pour cela ".
C'est à ce système de croyance qu'il était fidèle en ramenant l'argent du ménage en " installant " sa femme dans une société qu'il aura fondée.
Le terrain sexuel devient alors celui sur lequel se joue ce qui ne peut être explicité, à savoir que prendre moins d'initiatives en laisserait un peu plus à sa femme mais risquait de rompre un équilibre qui fonctionnait depuis longtemps.
On retrouve très souvent ce genre d'équilibre entre partenaires qui connaissent le symptôme d'éjaculation trop rapide à leur goût.
Il y a, en même temps , une aversion ou une difficulté à aborder le type de relation qui les unit alors qu'un symptôme sexuel peut, lui, être dénoncé sans trop de crainte de rompre l'équilibre qui repose sur le symptôme. Amener cet homme à changer son attitude, à savoir laisser faire plutôt que de faire n'est évidemment pas chose simple. Au fond, il a peur et cette peur le pousse à faire de plus en plus " de la même chose " = contrôler/ maîtriser. Plus il tente de maîtriser et plus il échoue.

Très souvent, les partenaires de personnes présentant des symptômes sexuels ne sont pas souvent enclins à consulter car ils estiment que c'est l'autre qui a le problème. Nous pensons qu'il faut aussi pouvoir respecter cela et, éventuellement, travailler avec la personne qui se plaint du symptôme en prenant des précautions pour ne pas la brusquer. Même le fait de dire que le symptôme est peut-être la conséquence d'un problème à un autre niveau peut être mal pris. Il convient d'y aller doucement et de laisser l'initiative de changer quelque chose au patient , au risque de se retrouver dans les mêmes tentatives que lui.





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