Le Traitement des Problèmes Sexuels en Planning Familial

Le Domaine du désir sexuel

Une dame de 26 ans vient consulter dans un centre. Elle est envoyée par son médecin.
Elle explique que son ami menace de mettre fin à leur relation de façon imminente. La raison qu'il invoque est l'absence chronique de relations sexuelles. Elle affirme qu'elle aime son compagnon mais qu'elle n'éprouve pas de désir sexuel. Il menace de la quitter.

Si j'ai choisi cet exemple c'est pour illustrer à quel point il convient d'être attentif à ne pas s'attaquer à un problème qui n'a pas été explicité comme tel par un(e) patient(e).
Certaines questions soulevées par les consultants relèvent purement de leur éthique personnelle. Bien entendu certaines normes de la société peuvent influencer le thérapeute au point de le pousser à traiter un problème sous l'angle de normes en vigueur voire des usages.
On sait cependant que les normes et les usages changent en fonction des époques. Ainsi a-t-on tendance depuis les années soixante à croire que la jouissance sexuelle est devenue indispensable au bonheur de tout un chacun. Tout en ne contestant pas que cela peut y contribuer grandement cela pose cependant certaines questions liées au traitement psychothérapeutiques de certaines demandes.

A l'examen de l'exemple cité plus haut il apparaît que faire l'amour ne fait pas partie, du moins pour le moment, des préoccupations de la patiente.


  

ll arrive qu'en traitant un problème autre que cette question sexuelle qui préoccupe son mari les relations sexuelles deviennent plus fréquentes sinon plus intenses.
Au fond ce qui détermine le succès de la thérapie c'est la marge de manoeuvre vis à vis du regard ( la conception, l'idée subjective ) que le consultant porte sur les choses.

Il se peut que ce qui est réellement vécu comme problème par la patiente est en fait le harcèlement sexuel dont elle fait l'objet et qu'elle voudrait voir cesser. Il se peut aussi que ce soit la peur de perdre son partenaire.




Nous sommes là dans un domaine qui peut relever du paradoxe de la communication.
Les relations sexuelles ayant été refusées dans des conditions de stress, par exemple après une dispute cela favorise les spéculations à propos des causes probables. Par exemple : « c'est dû à l'éducation stricte, c'est parce que tu ne m'aimes plus, parce que tu travailles trop, parce que tes parents , ton éducation, les événements de ton passé ...etc. »
Il va alors s'ensuivre une chaîne de croyances qui va se renforcer d'elle-même au point de se chroniciser avec un risque de polarisation de type : «  c'est moi le problème, tu refuses de me faire plaisir, je suis incapable de me contrôler, le problème vient de moi ...etc « .
Les partenaires en viennent à s'accuser ou à accuser l'autre d'être le ou la responsable du "problème" . Il est éminemment difficile de montrer à ces partenaires que le problème existe dans une interaction entre eux. Eux qui depuis parfois longtemps ont tout tenté pour que le problème prenne fin alors que c'est peut-être les moyens mis en oeuvre pour en venir à bout qui maintiennent le problème.

Comme on le voit, la voie est toute tracée pour que la personne " responsable du problème" aille consulter pour un problème construit à propos de croyances qui se sont elles-mêmes auto-validées.

S'il est difficile, pour les partenaires, de voir qu'il s'agit d'un problème d'interaction entre eux, c'est peut-être lié au fait qu'il y a des choses à perdre s'il se résout. En d'autres termes, qu'il soit bon ou mauvais, il existe un équilibre. En changer nécessite une mobilisation qui peut s'avérer dérangeante. Je voudrais citer, à titre d'exemple, le cas d'une dame ayant vécu un viol à la fin de la puberté.
Elle s'est mariée et pendant toute la période qui a précédé le moment où elle a consulté c'est-à-dire lorsqu'elle eut atteint plus de 50 ans les rapports sexuels relevaient du harcèlement sexuel et de la torture tant cela la dégoûtait.
Un événement de sa vie va la pousser à régler cette difficulté un peu par accident.
Nous sommes ici en présence du même type de problème que cité ci-dessus à savoir qu'il s'agit d'une dame qui n'a jamais vu son manque de désir sexuel comme un problème mais bien le comportement de son mari en réaction à sa difficulté. Parmi les réactions on peut citer diverses tentatives de persuasion suivi de représailles sous forme de désertions et violences diverses, parfois sous l'emprise de la boisson. Cette femme a très mal vécu le harcèlement sexuel de son mari ainsi que sa désertion . Ils étaient d'accords sur au moins une chose, puisqu'il était indéniable que la dame avait vécu un drame dans sa vie, tout venait de là.
Nous pensons pourtant que l'interaction maintient et aggrave le problème.

C'est une situation incestueuse qu'elle va découvrir dans sa famille qui va déclencher tout un processus qui à terme va s'avérer thérapeutique.
Via un service social elle fut orientée vers une institution à même de lui assurer un suivi thérapeutique. Via un service d'aide aux victimes, elle fut orientée vers une prise en charge thérapeutique. Elle fut traitée par hypnose pour un SPT ou NPT (Syndrôme Post Traumatique). Cela va déclencher la disparition des symptômes de frigidité, dans ce cas-ci peur et dégoût des relations sexuelles.

On aurait en tout état de cause pu penser que cela ravirait le mari de voir sa femme découvrir le plaisir sexuel. Il en a été tout autrement puisque cela l'a au contraire à la fois choqué et irrité. Il ne supportait tout simplement pas les avances de son épouse. Il n'a pas compris ce qui lui arrivait. Une hypothèse serait que la dame ayant retrouvé confiance en elle, et retrouvé la maîtrise du refoulé, ait modifié l'interaction entre elle et son mari, rompant brusquement les équilibres établis depuis fort longtemps. Au moins 30 ans.




Une fois de plus on peut supposer que l'on se trouve devant un système de croyances auto-validant puisque la dame a vécu un viol et qu'à cause de cela il n'y aurait en quelque sorte plus d'espoir de changement. Elle serait condamnée à être craintive dans ses rapports à autrui et à être dégoûtée des relations sexuelles. Ce qui sera vécu comme une fatalité immuable. Pourtant une découverte accidentelle viendra déranger la vie de cette dame ( et de sa famille ) qui était loin de se douter que cet événement viendrait bouleverser pas mal de certitudes..





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© Paul Waterkeyn - Conseiller Conjugal - Thérapie brève systémique -