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Pilule du Lendemain  /  la pilule du Lendemain chez soi ?   / 
L'IVG Chirurgical  /  L'IVG Médical



Grossesses des Adolescentes
Temps forts du Rapport du Pr M.UZAN

Le Rapport complet du Pr Uzan ; Grossesses des Adolescentes


Buts
Introduction
Nombre d' IVG
Psychologie de
l'Adolescente enceinte

Contraception au
moment de l' I.V.G

Gratuité
Conditions de
réalisation de l' I.V.G

Conclusions et Propositions

L'autorisation parentale en France
Violences physiques ou sexuelles
Grossesses chez les Adolescentes
Contraception des Adolescentes



Buts

"Le but était de trouver des pistes conduisant à des solutions préventives à la survenue d'une grossesse bien trop précoce, mais également le mode de diffusion de l'information, trouver des passerelles entre le monde des professionnels de santé, de l'éducation et des adolescents, de créer un maillage éducatif et sanitaire assurant une meilleure prévention et permettant de rétablir parfois ces adolescentes dans des liens affectifs."



Introduction

"Chez les très jeunes femmes avant 18 ans, l'interruption volontaire de grossesse (I.V.G.) est l'issue de plus d'une grossesse sur deux.
Si l'on admet de nos jours que les maternités à l'adolescence sont en majorité non désirées, certaines sont même subies par la force et la violence.
Cependant, certaines sont voulues pour des motivations très variées : désir de prouver sa féminité, désir d'exister, désir de maternité, désir de se reproduire, désir de prouver son indépendance enfin parfois hélas désir de lancer une cri d'alarme, un signal de détresse qui peut générer soit un suicide, soit une grossesse."


Nombre d'IVG chez les Adolescents (12 à 18 ans)

"Le pourcentage d'I.V.G. chez les adolescentes est de 3% sur l'ensemble du territoire français, de 5% en Seine St-Denis, dans certains centres de planning, ils sont plus élevés jusqu'à 1O % de l'activité globale (Hôpital DELAFONTAINE - St Denis).
Dans le monde, 10 % des 50 millions d'avortements provoqués chaque année concernent des adolescentes âgées de 15 à 19 ans.
Les taux d'I.V.G. dans les pays développés s'échelonnent de 0,42 % aux Pays-Bas (c'est le taux le plus bas) à 4,57 % aux Etats-Unis (surtout aux dépens de la population noire américaine).
Il faut d'emblée noter que dans tous les pays développés où une contraception efficace est aisément accessible et disponible, de même qu'une éducation sexuelle diffusée de façon appropriée, le taux d'I.V.G. des mineures diminue."




Contraception au moment de l'I.V.G

"Il est admis que les oublis de pilule sont responsables de 8 à 10 % des demandes d'I.V.G. dans les centres de planning parisiens.
Ces chiffres éloquents montrent qu'il parait urgent de développer le parent pauvre de la contraception qui est la contraception du lendemain ou contraception d'urgence, qui peut être utilisée dès les 72 heures qui suivent le rapport. Il s'agit d'une technique simple et extrêmement efficace (de l'ordre de 85 à 90 %) et très peu onéreuse. Chez les patientes multipares la pose du stérilet jusqu'à 5 jours après le rapport est très efficace. Cette technique simple est elle aussi très peu employée. Voici deux mesures simples qui pourraient (rapporter gros) diminuer de façon drastique le nombre d'I.V.G. En dehors des oestroprogestatifs, la contraception urgente pourrait être assurée par le RU 486 (Mifégyne) à la dose de 600mg.Son efficacité est plus grande quelque soit le moment du cycle."
    Chez les Adolescents :

  • aucune contraception ( 71 % ) : Il s'agit souvent d'adolescentes qui ont déjà eu une contraception et qui l'ont arrêtée.
  • +- 4% démarraient une grossesse après oubli de pilule
  • 18% avaient une grossesse après échec de préservatif (échec, c'est à dire mauvaise utilisation, voire souvent pas mis).

Si l'on compare ces chiffres à ceux de la population adulte consultant pour demande d'I.V.G., on voit qu'ils sont assez différents.
    Etude de Serfaty 95
  • aucune contraception = 20,4 %
  • pilule + stérilet = 11,2 % (bonne contraception)
  • autres méthodes : 68,4 % (aléatoire)
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Gratuité

"C'est là une mission importante du centre de planning. La contraception est prescrite aux mineures sur des formulaires spécifiques qui permettent l'obtention gratuite de pilule en pharmacie. Ceci est possible grâce à une convention passée avec le Conseil Général de Seine St-Denis qui prend en charge la contraception. Elle existe également dans les Yvelines (78). Ce type de convention devrait être généralisé. La prescription est possible sans autorisation des parents et la pilule est gratuite Ce suivi gynécologique est probablement plus aisé dans un centre de planning que dans un service de gynécologie-obstétrique. Cette mesure de gratuité devrait se généraliser partout en France. Elle est simple à obtenir. Elle est fonction de la volonté du Conseil Général qui passe convention avec la CPAM du département. Elle est incitative à la prise et à la poursuite de la contraception orale chez les adolescentes et les non assurées sociales."


Conditions de réalisation de l'I.V.G

"Les différentes pratiques sont exposées à la patiente en lui exposant les avantages et les inconvénients et il lui est laissé le choix du type de technique : médicamenteuse, anesthésie générale ou anesthésie locale. Dans notre unité de planning, les I.V.G. sont toujours réalisées en hôpital de jour.
    Sur notre série d'adolescentes :
  • 53 % des I.V.G. sont faites sous anesthésie générale et
  • 1 % sous anesthésie locale (en cas de récidive d'I.V.G. ou de multiparité car les conditions techniques s'y prêtent)
  • 46 % sont médicamenteuses (association RU 486 ou Mifégyne et Cytotec)."
Quelle que soit la technique utilisée, une consultation d'anesthésie est réalisée, un dépistage de sérologie HIV proposé.
Dès qu'une aspiration est réalisée, une antibioprophylaxie est faite (le traitement qui comprend 2 comprimés de Minocyne, est remis gratuitement à la patiente).
    Chez nous dans notre centre de planning (en Belgique)
  • nous n'avons le Ru ( Mifégyne ) que depuis le 10/07/2000
  • notre pratique avant l'utilisation de la pilule abortive était de plus de 90% sous anesthésie locale mais avec l'utilisation du cytotec pour pré-dilater le col ( ce qui a complètement changé le vécu instrumental de l'IVG )
  • Au 1/1/2002 la part des  IVG médicales est devenue prépondérante
Il est par ailleurs probable que les populations soient différentes, ce qui explique probablement cela.


 L'autorisation parentale en France

"L'autorisation parentale est probablement un des points de la loi Veil qui rencontre le plus de difficultés et sûrement le plus de distorsion. En effet, si la loi du 17.1.75, reprise et modifiée par la loi du 31.12.79 relative à l'I.V.G. a dépénalisé l'avortement non thérapeutique,
    celui-ci doit obéir à certaines règles :
  • toute femme majeure ou mineure peut interrompre sa grossesse, si cette interruption est faite avant la fin de la 10ème semaine(*) de grossesse
  • si elle est pratiquée par un médecin
  • et si elle est pratiquée dans un établissement privé ou public ayant reçu l'autorisation préalable de recevoir des femmes enceintes.
Mais une mineure célibataire qui veut interrompre sa grossesse doit obtenir le consentement de l'une des personnes qui exerce l'autorité parentale (père, mère ou tuteur). La mineure mariée en est donc dispensée mais le concubinage ne peut être assimilé au mariage.
    En effet en France :
  • le mariage émancipe le mineur mais la maternité ne l'émancipe pas
  • la mineure célibataire peut seule avoir le droit de reconnaître son enfant (et donc de donner sa filiation) et d'exercer son autorité parentale, par contre elle reste soumise à l'autorité de ses parents.
  • L'adolescente jouit pour elle-même d'un statut de mineure, et comme parent, elle dispose à l'égard de son enfant des droits et obligations d'un parent majeur
.Ce consentement parental doit être fait par écrit. Certains centres exigent la présence des parents pour la signature du consentement en utilisant les règles appliquées à tout acte chirurgical : toute intervention sur un mineur doit être autorisée par le parent responsable et présent. Ceci a pu être considéré comme une mesure dissuasive."
(*) Depuis peu 12 semaines au lieu de 10


violences physiques ou sexuelles

Il est reconnu qu'un grand nombre d'I.V.G. fait suite à une grossesse obtenue dans le cadre de violences sexuelles (elle-même souvent dues à un membre proche). La violence envers les mineurs peut être diverse :
  • il peut s'agir de sévices à mineur qui correspondent à des coups, à des blessures, à des manques de soins ou d'alimentation
  • ou de violences sexuelles qui correspondent à des attentats à la pudeur ou à des viols.
Les abus sexuels constituent souvent des motifs de consultation, qu'il faut savoir dépister. Ces abus sont le plus souvent commis par des proches de l'enfant ou des familiers.
L'abus peut être révélé par l'adolescent lui-même, un parent ou un examen à minima du pédiatre (traumatisme des organes génitaux externes).
Ailleurs, il s'agit de troubles fonctionnels, céphalées, vertiges, malaises, douleurs abdominales ou troubles du comportement (anorexie, boulimie, paroles impudiques).
Malheureusement parfois c'est une tentative de suicide, une fugue, la demande d'I.V.G. ou un diagnostic plus ou moins tardif de grossesse. Enfin, il peut s'agir d'infections génitales, de vulvites ou vulvovaginites.Les signalements pour attentats à la pudeur augmentent régulièrement et en leur sein les mineurs représentent plus de la moitié. De même, les affaires de viol concernent dans 45 à 50 % des cas des mineurs.Enfin, il est important d'avoir présent à l'esprit que selon les évaluations des spécialistes, 10 % seulement des abus sexuels sur mineurs sont signalés aux autorités judiciaires.



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grossesses poursuivies chez les adolescentes

On admet qu'en France les adolescentes représentent 5 % des femmes enceintes, 3 % avortent et 2 % poursuivent leur grossesse.
Les grossesses sont peu ou pas suivies, la conséquence première est le taux de prématurité qui s'en suit : Accouchement < à 37 SA = 11 %, alors que le taux national est de 5,9 %.. En résumé, ces grossesses (2 % environ des grossesses suivies au service de gynécologie-obstétrique) sont vues tardivement ou pas du tout, 82 % sont des primipares, 58 % ne sont pas assurées sociales, deux fois plus d'accouchements prématurés mais à peine plus de retards de croissance intra-utérins.



Contraception des Adolescentes

Toute mineure qui se présente dans un centre de planning peut accéder à une prescription de contraception sans autorisation parentale, mais également la délivrance d'une ordonnance lui permettant d'avoir la remise gratuite de pilule en pharmacie, à condition que soit passée une convention entre le département et la CPAM. Une adolescente qui démarre dans la vie sexuelle et/ou amoureuse se trouve confrontée à une double contrainte : celle de la prévention de la grossesse par la pilule et celle de la prévention des MST par l'usage du préservatif. Ces deux contraintes peuvent entraîner une double résistance. Il faut signaler également chez la jeune adolescente les craintes et la contrainte que constitue pour elle la démarche d'une consultation pour première contraception, l'angoisse que constitue l'éventualité d'un premier examen gynécologique enfin la gêne d'affronter un questionnement sur son activité sexuelle ou sur d'éventuelles infections génitales. Ce premier contact avec le médecin prescripteur devrait aboutir à une mise en confiance par un interrogatoire court sur les cycles et leur durée, n'omettant pourtant pas d'évaluer la consommation de tabac, les antécédents familiaux, la prise de médicaments. L'examen clinique peut pour une 1ère consultation se contenter d'une pesée, d'une prise de la pression artérielle, d'une évaluation de la taille. L'acné et l'hirsutisme sont repérables à l'inspection du visage. Un examen gynécologique et biologique plus complet peuvent être faits à un second examen, quand un climat de confiance se sera instauré. Surtout cette 1ère demande de contraception constitue le moment idéal pour expliquer la notion de contraception d'urgence (quelque soit l'enseignement reçu à l'école ou au collège ou lors de campagnes d'information), certaines notions demeurent obscures et cette consultation pourra apporter un éclairage nouveau sur la conduite sexuelle. Le discours devra informer sans effrayer sur les risques du tabac et les MST afin de ne pas avoir pour effet d'éloigner l'adolescente du monde médical. Il faudra de plus en plus développer des consultations de gynécologie pour adolescentes faites par un personnel accoutumé à l'abord clinique et psychologique de ces jeunes patientes.
MST : La prévalence des infections à chlamydiae trachomatis chez les adolescents est de 9 à 15 % chez les garçons et de 10 à 25 % chez les filles.
Par ailleurs, 2 % des adolescentes seraient porteuses de papillomavirus. Le Sida atteint 0,4 % des 15 à 20 ans (Sida déclarés). La période d'incubation étant de 7 à 9 ans en moyenne, on peut estimer que la prévalence de la séropositivité est plus élevée.
Malgré l'absence d'études officielles, les extrapolations montrent que 4 à 5000 adolescents seraient séropositifs (15 à 19 ans). Par manque d'informations, ils consultent plus tardivement que les adultes. Il en résulte une propagation importante des infections sexuelles et un risque accru de complications. On a pu calculer que les jeunes filles de 15 ans présentent 10 fois plus de risque de développer un syndrome inflammatoire pelvien après une MST qu'une femme de 24 ans.
Sur le plan clinique, les adolescentes ont la particularité d'être pauci- symptomatiques. Ainsi 70 à 80 % des infections à Chlamydiae Trachomatis sont asymptomatiques : ce qui compromet la précocité thérapeutique et aggrave le risque de complications. Les centres de planification et d'éducation familiale agréés proposent un dépistage gratuit et anonyme des infections chlamydiennes aux mineures et aux non assurés sociaux. Par rapport à une population adulte où 70 % des femmes et 65 % des hommes qui ont eu des partenaires infectés vont consulter ; dans ces mêmes circonstances 20 % seulement des adolescentes et 15 % des adolescents voient un médecin.
Il faut enseigner les premiers symptômes d'une MST, le fonctionnement du cycle menstruel et le mécanisme de la contraception orale, donner l'information sur la contraception d'urgence (ou contraception du lendemain) et l'usage et la place du préservatif.
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Psychologie de l'Adolescente enceinte

"Il existe semble-t'il 3 types de comportements qui peuvent conduire l'adolescente à débuter une grossesse :

1- tout d'abord celui de la très jeune femme mariée ou vivant en couple. Il s'agit pour la quasi-totalité des cas de femmes étrangères chez qui le mariage précoce est culturel. Il s'agit d'un jeune couple "installé" qui a le désir légitime d'enfant, c'est un projet de couple au sein d'une structure familiale. La grossesse est intégrée dans un schéma précis, il s'agit d'un projet de grossesse conçu autour d'un désir d'enfant identique à celui que l'on va retrouver plus tard chez les couples plus âgés. Dans ces cas, le suivi de la grossesse est normal, l'enfant est attendu et accueilli de façon rigoureusement identique à celle des autres couples. Le nouveau né est pris en charge et souvent allaité. Le comportement de la jeune mère est comparable à celui des autres mères.
  

2- Ailleurs, il s'agit d'une jeune adolescente scolarisée ou étudiante, vivant chez ses parents et chez qui survient une grossesse accidentelle.

Dans ce cas de figure, la grossesse survient par naïveté ou par ignorance, parfois par inaptitude à utiliser des moyens contraceptifs. Parfois, le projet est d'échapper à une scolarité peu valorisante, parfois à un milieu familial perturbé. Dans ces cas, l'adolescente est souvent prise en charge par la famille, sans être rejetée et la décision de poursuite de la grossesse est prise en concertation avec les parents. Cette grossesse peut évoluer vers une I.V.G. du fait de problèmes financiers (chômage, pauvreté) ou de problèmes de comportements psychologiques (l'adolescente ayant parfois un comportement irresponsable lié à une débilité légère). Parfois le diagnostic de grossesse est tardif, il s'agit en quelque sorte d'un ratage d'I.V.G. et la grossesse va évoluer jusqu'à terme avec un suivi souvent tardif et chaotique. Le compagnon est souvent absent ou en fuite. Le nouveau né est souvent accueilli au foyer des parents, pas forcément bien intégré car il va venir aggraver la précarité familiale.
  

3- Enfin, et de loin, la situation la plus préoccupante est celle de l'adolescente en grande difficulté, en échec scolaire et professionnel, en rupture avec la famille. La grossesse correspond à un coup de "gueule" comme un raccourci à une problématique psychologique, sociale et sanitaire.


La grossesse est parfois vécue comme un projet permettant d'obtenir une fonction sociale, de réussir, de se valoriser, de bénéficier d'un support familial et social accru et de prestations d'aide sociale.

La grossesse donne un statut social et procure un revenu mensuel de parent isolé qui s'élève à 3900 Frs par mois avant la naissance. A la naissance du bébé et jusqu'à ce que celui-ci ait 3 ans ce revenu est de 4900 Frs par mois.

Il s'agit souvent d'adolescentes en manque d'affection et qui ont un projet d'enfant dans le but de fonder la famille qu'elles n'ont jamais eue, d'avoir un parent proche qui les aimera. Elles gardent le bébé pour créer "quelque chose" : cette grossesse constitue une stratégie réactionnelle. Il s'agit de trouver une place et un rôle, un objectif et une raison d'être : le suicide ou la grossesse.

Ce sont les grossesses souvent non suivies, parfois découvertes au dernier moment, aboutissant parfois à des accouchements dans des lieux tout à fait insolites (toilettes des collèges, squats ou alors à domicile). Tout au long de la grossesse, les adolescentes vont avoir des comportements à risque, fumant en excès, se droguant, utilisant des somnifères. Il s'agit d'une sorte auto pénalisation, d'un souhait d'autodestruction dans un contexte de déni d'enfant.

Ces adolescentes sont souvent totalement isolées après la naissance, elles sont souvent incapables d'élever leur enfant, car trop immature pour cette fonction : les maltraitances sont beaucoup plus fréquentes, les morts subites du nourrisson et les morts dans la petite enfance par infections sont multipliées par cinq chez ces enfants d'adolescentes.

On peut résumer la situation de la façon suivante : la venue au monde d'un bébé issu d'une mère encore enfant bouscule les repères habituels, elle est le reflet d'une absence ou d'une perte des identifications, c'est la perte de la référence au groupe d'âge.

La maternité constitue un passage au cours duquel la fille devient mère. Ce passage se fait plus ou moins bien, ou ne se fait pas du tout.

Désirer un enfant signifie devenir parent (mère comme sa mère) et parfois triompher de sa propre mère. Ce désir d'enfant peut être différent du désir de grossesse.

La grossesse peut être une finalité en soi et conduire alors à une demande d'I.V.G..

La grossesse mettra souvent l'adolescente à l'abri de toute approche sexuelle : il s'agit d'être mère pour ne pas être femme.

Il est possible à la lumière d'une expérience de tout un groupe travaillant depuis de nombreuses années au contact des adolescentes enceintes de dégager un certain nombre de points communs à toutes ces situations qui en font toute la gravité, de cette spirale infernale dont il est difficile de sortir.

La grossesse chez l'adolescente aboutit presque inéluctablement à :

UNE MARGINALISATION : il y a rupture de l'ordre initiatique : ce n'est pas le moment dans la tête et le corps.

UNE DESCOLARISATION : il y a éviction scolaire de l'adolescente enceinte : le projet scolaire (s'il existait) est interrompu mettant souvent fin à tout projet professionnel lui même assez précaire.

UN REJET de la famille. Cette grossesse aboutit à une exclusion, car c'est une étape qui a été brûlée, un passage qui est cassé.

C'est parfois vécu comme un DESIR D'EMANCIPATION, une entrée fracassante dans le monde des adultes pour ne rien faire comme les autres.

C'est parfois souhaité comme un PASSAGE INITIATIQUE, un rituel avec ses côtés barbares, pour être admise dans LE CLAN.

Ce peut être vécu comme un RATAGE, un mauvais départ : ce n'est pas le PERE IDEAL, que l'on souhaitait pour son enfant.

Enfin, ce peut être LE CYCLE INFERNAL de la REPETITION de la grossesse de la mère, qui était, elle aussi très jeune, de la maltraitance subie dans sa propre enfance ; c'est "l'inconscient calculateur" qui revient à la date anniversaire.

La CONTRACEPTION permet de vivre de façon plus adaptée l'étape de l'adolescence, elle permet de laisser le temps au temps.

LA GROSSESSE DE L'ADOLESCENTE ABOUTIT SOUVENT A UNE ADOLESCENCE AVORTEE.

Il serait regrettable de gâcher "la plus délicate des transitions, l'adolescence, ce commencement d'une femme dans la fin d'un enfant".
V. HUGO





Conclusions et Propositions
A l’hôpital Jean Verdier, près de 2% des grossesses et plus de 5% des interruptions volontaires de grossesse concernent des mineures.


Les chiffres nationaux actuellement disponibles sont pour ces deux événements respectivement de 2 et 3%.

C’est donc près de 10000 adolescentes qui sont concernées chaque année par ce problème.

Leur survenue dans un contexte de violences sexuelles semble augmenter. Si l’on ne dispose pas des chiffres (locaux ou nationaux) de grossesses faisant suite à des violences sexuelles, on peut procéder par analogie. Le nombre de viols sur mineurs a doublé en 6 ans ; cette constatation des Urgences Médico-Judiciaires de l’hôpital Jean Verdier repose sur deux chiffres : 273 viols de mineures en 1995 contre 135 en 1990.
Rappelons enfin que les chiffres qui viennent d’être cités correspondent aux violences ayant donné lieu à une plainte. En particulier en ce qui concerne les sévices, il est probable que ce nombre soit sous évalué (pour certains, ce chiffre ne traduirait que 10% de la réalité).
Si l’on considère le chiffre des sévices sur mineures (qui n’inclut pas les viols), on observe un phénomène encore plus marqué puisque le nombre de plaintes enregistrées à Jean Verdier a été multiplié par 8 sur la même période passant de 42 à 350.
Ces grossesses pour la plupart non désirées (et aboutissant à des I.V.G. sur lesquelles nous reviendrons), témoignent d’une grande méconnaissance de la contraception et des circuits d’accès à cette contraception, en particulier en cas de nécessité d’une contraception urgente post-coïtale.

Il faut toutefois noter que la proportion d'I.V.G. varie selon l’âge, passant de 86% à 12 ans à 50% à 17 ans.

La méconnaissance de la contraception peut s’exprimer par quelques chiffres : 60% des premiers rapports ont lieu en France sans contraception préalable, 72% des adolescentes venues consulter pour I.V.G. à Jean Verdier, n’avaient jamais utilisé de contraception, 22% en utilisait une de façon épisodique et aléatoire, et seulement 6% des I.V.G. correspondaient à des échecs de contraception .

Signalons que si la campagne pour l’utilisation des préservatifs a abouti à un relatif succès pour le message "préservatifs-sida", le message "contraception" n’a pas été identifié par les adolescents. Il paraît important à l’avenir, tout en maintenant #146;information concernant l’importance du préservatif en matière de prévention du Sida, d’y adjoindre le notion de contraception efficace, en particulier en cas d’oubli ou d’échec du préservatif. (contraception d’urgence).

Notons qu’aux Pays Bas, une campagne auprès des jeunes insistant sur l’importance de l’association Préservatif + Pilule a abouti au chiffre mondial le plus bas de grossesses chez les adolescentes, combiné à un chiffre très élevé d’utilisation du préservatif pour la prévention du Sida et des maladies sexuellement transmissibles en général.
Il faut mettre en place une campagne d’informations concernant la contraception, non seulement au plan national (Radio (Ado FM) Télévision (M6), tam-tam, minitel etc…), mais en multipliant localement les sources et les modalités d’accès à l’information, en particulier pour ce qui concerne la contraception urgente. Toutes les modalités de diffusion de cette information (affiches dans les établissements scolaires, les centres d’information, les maisons des jeunes, et de façon générale tous les lieux fréquentés par les adolescentes) doivent être mise en jeu.
Cette information doit être pratique, renvoyant éventuellement les jeunes sur les centres de planning.
Lorsque la grossesse survenue malgré tout est non désirée, la réalisation d’une interruption volontaire de grossesse pose encore de nombreux problèmes. En particulier, la législation actuelle imposant l’accord parental pour les mineurs, et surtout la signature d’un des parents pour l’obtention de cet accord pose des problèmes difficiles à résoudre. Si certains résolvent cette question en demandant simplement à l’adolescente de rapporter une autorisation signée des parents (ce qui aboutit dans la majorité des cas au fait que l’adolescente signe elle même cette autorisation !), il serait logique de prévoir des solutions institutionnelles.
Au delà de 15 ans,la situation pourrait être considérée comme totalement différente et impliquer plus largement le libre arbitre de l'adolescente. La notion de majorité sanitaire à 16 ans (plus précoce que la majorité légale) doit faire l’objet d’une étude de pertinence.
* Lorsqu’il s’agit d’une grossesse survenue après viol (qu’elle soit ou non au delà du délai de 12 semaines) la notion d’interruption médicale de grossesse (pour des raisons évidentes de détresse psychologique) est souvent retenue. Elle est parfois difficile à obtenir car seul un psychiatre (lui même expert) est habilité à donner l’autorisation ’interruption médicale de grossesse


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Le Rapport complet du Pr Uzan ; Grossesses des Adolescentes :
Indispensable (+-60 pages)







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