du côté des femmes

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Mieux vaut être Belge que Belge

30/06/2004

Une étude réalisée par l'Observatoire du Marché du Travail publie un rapport sur la situation féminine, sans surprise. Malgré l'augmentation des jeunes diplômées, les femmes, indépendamment de leur âge et qualifications ont plus de mal à sortir du chômage. La ségrégation horizontale et verticale, toujours présente dans l'enseignement et les choix de carrière entraînent une sur-représentation des femmes dans les métiers dits spécifiquement féminins et une sous-représentation de celles-ci dans les postes à responsabilités et à haut salaire. D'autres infos et chiffres-clés

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Amnesty International - commission femmes

AILLEURS

VIOLENCES MALES

Cela se passe en Europe. La violence exercée contre les femmes par un partenaire de sexe masculin y atteint des dimensions hallucinantes. Au sein du foyer, les brutalités sont devenues, pour les Européennes de 16 à 44 ans, la première cause d'invalidité et de mortalité avant même les accidents de la route ou le cancer...

Européennes. Féminisme. L'Europe en marche arrière

Les organisations féministes européennes considèrent la constitution Giscard comme une régression pour les droits des femmes.

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Les Pénélopes
cybersolidaires


VIOLENCES MALES

LE MONDE DIPLOMATIQUE | JUILLET 2004

Cela se passe en Europe. La violence exercée contre les femmes par un partenaire de sexe masculin y atteint des dimensions hallucinantes. Au sein du foyer, les brutalités sont devenues, pour les Européennes de 16 à 44 ans, la première cause d'invalidité et de mortalité avant même les accidents de la route ou le cancer...


Selon les pays, entre le quart et la moitié des femmes sont victimes de sévices. Au Portugal, par exemple, 52,8 % des femmes déclarent avoir été l'objet de violences de la part de leur mari ou de leur concubin. En Allemagne, trois femmes sont assassinées tous les quatre jours par les hommes avec lesquels elles vivaient, soit près de 300 par an. Au Royaume-Uni, une femme est occise dans les mêmes circonstances tous les trois jours. En Espagne, une tous les quatre jours, près de 100 par an. En France, à cause des agressions masculines domestiques, six femmes meurent chaque mois - une tous les cinq jours -, un tiers d'entre elles poignardées, un autre tiers abattues par arme à feu, 20 % étranglées et 10 % rouées de coups jusqu'à la mort (1)... Dans l'ensemble des quinze Etats de l'Union européenne (avant l'élargissement à vingt-cinq), plus de 600 femmes meurent chaque année - presque deux par jour ! - sous les brutalités sexistes dans le cercle familial (2).


Le profil de l'agresseur n'est pas toujours celui qu'on imagine. On a tendance à associer cette attitude meurtrière à des personnes peu éduquées, issues d'un milieu défavorisé. C'est une erreur. Le drame de Marie Trintignant, tuée le 6 août 2003 par son compagnon, artiste célèbre, en apporte une preuve. Un rapport du Conseil de l'Europe affirme que " l'incidence de la violence domestique semble même augmenter avec les revenus et le niveau d'instruction ". Il souligne que, aux Pays-Bas, " presque la moitié de tous les auteurs d'actes de violence à l'égard des femmes sont titulaires d'un diplôme universitaire (3) ". En France, selon les statistiques, l'agresseur est en majorité un homme bénéficiant par sa fonction professionnelle d'un certain pouvoir. On remarque une proportion très importante de cadres (67 %), de professionnels de la santé (25 %) et d'officiers de la police ou de l'armée (4).


Une autre idée reçue consiste à penser que les violences de genre sont plus fréquentes dans les pays " machistes " du sud de l'Europe que dans les Etats du nord. Là encore, il faut pondérer. La Roumanie apparaît, certes, comme le pays européen où la violence domestique contre les femmes est la plus grave : chaque année, en moyenne, pour chaque million de Roumaines, 12,62 sont tuées par leurs partenaires masculins. Mais, dans le sinistre palmarès des pays les plus féminicides, immédiatement après la Roumanie se situent des pays dans lesquels, paradoxalement, les droits des femmes sont les mieux respectés, comme la Finlande, où tous les ans, pour chaque million de Finlandaises, 8,65 femmes sont tuées dans le huis clos domestique, suivie par la Norvège (6,58), le Luxembourg (5,56), le Danemark (5,42) et la Suède (4,59), l'Italie, l'Espagne et l'Irlande occupant les dernières places. Cela prouve que ces violences sont le fléau mondial le mieux partagé, qu'elles existent dans tous les pays, sur tous les continents et dans tous les groupes sociaux, économiques, religieux et culturels. Il arrive certes que des femmes soient elles-mêmes violentes dans leurs relations avecles hommes ; et on n'a pas attendu les images des tortures infligées par des soldates à des détenus masculins dans la prison Abou Ghraib, en Irak, pour savoir qu'il existe, hélas, des tortionnaires de sexe féminin (5). On pourrait aussi ajouter que les relations homosexuelles ne sont pas non plus exemptes de violence. Mais, dans l'immense majorité des cas, ce sont des femmes qui sont les principales victimes.


Cette violence - sur laquelle les organisations féministes attirent depuis longtemps l'attention des gouvernants (6) - atteint, à l'échelle planétaire, un tel degré de virulence qu'il faut désormais la considérer comme une violation majeure des droits de la personne humaine, doublée d'un problème important de santé publique. Car il n'y a pas que les attaques physiques, aussi meurtrières soient-elles, il y a aussi les violences psychologiques, les menaces et intimidations, et les brutalités sexuelles. Dans de nombreux cas, d'ailleurs, toutes les agressions se cumulent.


Le fait que ces violences se pratiquent au domicile de la victime a toujours été un prétexte pour que les autorités s'en lavent les mains et les qualifient de " problèmes relevant de la sphère privée ". Une telle attitude constitue un refus collectif d'assistance à personnes en danger. Une scandaleuse hypocrisie. Chacun sait que le privé aussi est politique. Et que ce type de violence est le reflet des relations de pouvoir historiquement inégales entre hommes et femmes. Dues en particulier au patriarcat, systèmefondé sur l'idée d'une " infériorité naturelle " des femmes et une " suprématie biologique " des hommes. C'est ce système qui engendre les violences. Et qu'il faut liquider par des lois appropriées. Certains objectent que cela prendra du temps. Alors pourquoi ne pas commencer tout de suite par instituer, comme des organisations féministes le réclament, un tribunal international permanent sur les violences faites aux femmes ?

IGNACIO RAMONET

(1) Rapport Henrion, ministère de la santé, Paris, février 2001. Lire également Elisabeth Kulakowska, " Brutalité sexiste dans le huis clos familial ", Le Monde diplomatique, juillet 2002.
(2) Cf. les rapports : Mettre fin à la violence contre les femmes, un combat pour aujourd'hui, Amnesty International, Londres, 2004 ; Les violences contre les femmes en France. Une enquête nationale, La Documentation française, Paris, juin 2002 ; et le Rapport mondial sur la violence et la santé, en particulier le chapitre 4, " La violence exercée par des partenaires intimes ", Organisation mondiale de la santé, Genève, 2002.
(3) Olga Keltosova, Rapport à l'Assemblée parlementaire sur les violences domestiques, Conseil de l'Europe, Strasbourg, septembre 2002.
(4) Rapport Henrion, op. cit.
(5) Lire Gisèle Halimi, " Tortionnaire, nom féminin ", Libération, Paris, 18 juin 2004.
(6) Voir, par exemple, le texte " La violence envers les femmes : là où l'autre monde doit agir ", présenté par la Marche mondiale des femmes au Forum social mondial de Porto Alegre, en janvier 2002. Lire le texte intégral sur le site : www.marchemondiale.org/

Européennes. Féminisme. L'Europe en marche arrière

Les organisations féministes européennes considèrent la constitution Giscard comme une régression pour les droits des femmes. Les 21 et 22 mai, à Vigo, en Galice, Monique Dental, militante féministe et candidate sur la liste L'Europe, oui. Mais pas celle-là ! était une des représentantes françaises à la Rencontre européenne de la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et les violences. Cette rencontre s'est prononcée contre le projet de constitution présenté par la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing. De nombreuses associations féministes comme le réseau féministe Ruptures, le Collectif national pour le droit des femmes, des ONG européennes comme le Lobby européen des femmes, l'Association des femmes de l'Europe méridionale, le Réseau européen WIDE femmes et développement estiment que le projet de constitution remet en cause les droits des femmes. Pour ces associations comme pour les participantes à la rencontre de Vigo, ce projet est un recul. Alors que le traité de Rome faisait de l'égalité hommes-femmes un principe de l'Union européenne, le projet de constitution refuse d'en faire une valeur de l'Europe. Il n'est présenté que comme un " objectif ". Pour les féministes, l'égalité hommes-femmes doit être " un principe inaliénable et ainsi devenir un critère d'adhésion ". Les féministes demandent également que soit abrogé l'article 51 qui mentionne l'héritage religieux de l'Europe et prévoit d'accorder un statut spécial aux églises. Pour les organisations féministes, cet article remet en cause le droit à l'IVG qui n'est pas légalisé dans de nombreux pays. Pour Monique Dental, " les religions ont depuis trop longtemps soutenu et conforté le système patriarcal en maintenant les femmes en situation d'infériorité ". Monique Dental relève également que le terme de " démocratie paritaire " a disparu de la constitution. Si, pour la militante féministe, la " démocratie participative est une avancée indéniable ", elle souhaite " rendre effective la représentation équilibrée des hommes et des femmes " dans les instances de décisions, et elle propose en ce sens d'introduire " le principe de démocratie participative paritaire ". Les organisations féministes notent aussi qu'aucun article du projet de constitution ne mentionne la problématique des violences faites aux femmes. Pour Monique Dental, qui révèle qu'en Europe " la violence masculine contre les femmes est la principale cause de décès et d'invalidité, avant le cancer et les accidents de la route, il n'y a pas de frontière en ce domaine ". Enfin, les organisations féministes européennes soulignent l'ambiguïté persistante dans l'appréciation de la prostitution comme étant un travail. Elles notent que cette appréciation peut conduire à la reconnaissance légale de cette activité au nom du " droit au travail ". La " marchandisation des corps " conduit les dirigeants européens à afficher la lutte contre les trafics et non plus directement contre la prostitution. Monique Dental explique la position générale des organisations féministes par les régressions, dans la construction de l'Europe, sur les questions de l'égalité hommes-femmes. Pour la candidate, l'égalité mise en avant comme principe dans le traité de Rome a conduit à des directives européennes " d'actions positives " en faveur des femmes. La militante féministe évoque notamment " le principe à travail égal, salaire égal que les communistes ont permis d'obtenir ", ou celui du " renversement de la charge de la preuve " qui implique qu'au lieu que ce soit à la victime de faire la preuve de la culpabilité de celui qu'elle accuse, c'est à l'accusé de tenter de prouver son innocence. Un principe qui est largement utilisé dans les procès pour viol ou pour harcèlement au travail. " Il est certain, affirme Monique Dental, que ces actions positives correspondaient à la volonté des dirigeants européens de favoriser le développement du travail des femmes pour leur besoin de main-d'ouvre. Aujourd'hui, on abandonne ces "actions positives". Au nom du fait qu'on doit penser l'égalité partout, dans tous les domaines. Cette régression visible explique une très forte radicalisation des organisations féministes. " Cette prise de position des féministes reflète une montée de la conscience, chez les femmes, de l'importance des enjeux européens. Et pour Monique Dental, " il n'y a pas d'avenir en Europe sans garantie effective, pour les femmes, des droits humains fondamentaux ".
Olivier Mayer



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