Recommandations sur une communication
qui s'oppose aux idées de l'extrême droite

Coordination : Groupe de travail "médias" Extrême droite, non merci. Pour que vive Bruxelles - mai 1999

E.R. Mark Michiels Galerie Ravenstein 4/3 1000 Bruxelles. T : 02/511.01.07



INTRODUCTION

Dans le discours social, les médias jouent un rôle fondamental : plus que jamais, l'extrême droite essaie de façon systématique de les manipuler, car ce sont eux qui, surtout, déterminent l'image de l'extrême droite auprès du grand public. Nous tentons ici de proposer quelques indications quant à l'attitude à adopter par les médias vis-à-vis d'une extrême droite virulente.
Nos recommandations se situent dans le cadre d'un mode global d'action contre l'extrême droite. Elles émanent d'un des trois groupes de travail mis sur pied par les quelque 280 organisations qui ont souscrit a l'appel "Extrême droite, non merci". Pour que vive Bruxelles", et se sont engagées à agir ensemble pour faire de Bruxelles une ville conviviale.
Les travaux scientifiques et notamment ceux du "Werkgroep Migranten en Media" van de Nederlandse Vereniging voor Journalisten (1994) montrent qu'il s'est avéré éminemment inefficace de vouloir ignorer l'extrême droite : c'est la une stratégie tout à fait dépassée. En pratiquant envers l'extrême droite la tactique de l'exclusion, on lui offre sur un plateau d'argent le rôle de la victime.
La réflexion concernant la lutte contre l'extrême droite s'est réorientée vers la recherche d'autres stratégies et a conclu à l'efficacité de la réaction. Certaines rédactions sont très affirmatives dans cette attitude: "La défense de la démocratie n'est plus une prise de position partisane, elle constitue une responsabilité journalistique fondamentale". Aux Pays-Bas, certains médias diffusent souvent une image très négative de l'extrême droite.
Mais cette stratégie comporte des difficultés. En donnant la parole à l'extrême droite, on se heurte à des problèmes inhérents à sa nature même. Par exemple, clamer le slogan : "Eigen volk eerst" prend trente secondes, y répliquer prend trente minutes...
En formulant les recommandations qui suivent, nous n'avons nullement l'intention de faire la leçon à qui que ce soit.
Nous souhaitons seulement inciter chaque rédaction à faire de l'attitude à adopter à l'égard de l'extrême droite une question prioritaire. Peut-être notre initiative pourra-t-elle stimuler la discussion au sein de la rédaction, et entraîner l'adoption de règles de conduite.
Il va de soi que nous sommes curieux de savoir comment la discussion a été menée dans votre rédaction Nous nous intéressons encore plus aux conclusions et à votre expérience personnelle.
Envoyez vos arguments et le récit de votre "vécu" à Extrême droite, non merci"
Galerie Ravenstein 4/3 1000 Bruxelles



Recommandations concernant l'information
portant sur l'extrême droite



I L'extrême droite n'est pas un parti normal, démocratique.

Ce fait doit être souligné. Il constitue l'épine dorsale des autres recommandations. L'extrême droite n'est pas un parti normal, démocratique, les recherches scientifiques l'ont démontré au-delà du doute. Nous vous renvoyons à la bibliographie en annexe.




II Dans quelle mesure laisser la parole à l'extrême droite?

Les médias peuvent-ils permettre à l'extrême droite de s'exprimer, et surtout comment "emballer" cette information?
Les tentatives de l'extrême droite pour se forger une image respectable et donc acceptable font partie d'une stratégie assez récente. Il faut à tout prix l'empêcher d'abuser des médias afin de diffuser cette fausse image.
De façon concrète, cela signifie que l'extrême droite devrait surtout mériter l'attention des médias quand son caractère extrême, antidémocratique se manifeste. Pensons surtout aux aspects "cachés" du programme de l'extrême droite. Leurs thèses sur les syndicats, la vie sexuelle, les allochtones, les allophones, la presse, le chômage, la culture, la démocratie... L'extrême droite devrait être quasiment ignorée quand elle se prononce sur des sujets neutres. La banalisation devient malheureusement une approche fréquente. Elle fait de l'extrême droite une donnée quotidienne et sans gravité.
Par ailleurs, les médias devraient aussi jouer un rôle de gardien de la démocratie. Ils sont bien placés pour signaler d'éventuels glissements de partis traditionnels vers des positions d'extrême droite, dans le but de récupérer les voix perdues. (Il s'est avéré aussi que cette tactique étroite et à court terme ne fait que renforcer les partis d'extrême droite).


III Comment traiter les informations relatives à l'extrême droite?

Si l'on donne effectivement des informations sur l'extrême droite, comment le faire, quels sont les critères à respecter?
Une approche critique du phénomène "extrême droite" :
Ne laissez jamais la parole à l'extrême droite en direct, sans commentaire, interprétez son message de façon critique. Les porte-parole de l'extrême droite avancent des arguments en apparence 'innocents", mais qui visent en réalité un tout autre but. Ils doivent donc être décryptés.
Il est primordial que "l'emballage" du discours d'extrême droite soit démonté de manière suffisamment convaincante, avec des arguments qui, sans pour cela avoir des allures scientifiques, en appellent au bon sens du public.
Il faut aussi dans une certaine mesure mobiliser l'affectivité. Contre les angoisses primitives et les frustrations exprimées par les extrémistes et leurs partisans, les arguments purement rationnels, même bien fondés, ne sont guère opérationnels. Un appel aux valeurs humaines essentielles, bien dosé et qui dénonce leur approche rétrograde et inhumaine, sera bien plus efficace.
Si vous citez des porte-parole de l'extrême droite, précisez la véritable nature de leurs thèses et situez-les dans la perspective correcte.
Faites une analyse critique du programme de l'extrême droite. Ce n'est pas toujours une chose évidente : ils ont fait récemment le grand nettoyage des textes. Le noyau de la doctrine est pudiquement caché sous la dentelle des bonnes intentions.. Un de ces écrans, un fameux rideau de fumée: le discours sur la sécurité.
Faites de la publicité pour des livres qui réagissent contre les doctrines d'extrême droite.
Restez vigilants contre la désinformation systématique par rapport à toutes les données chiffrées concernant les allochtones. A chaque fois les médias devraient rétablir la réalité.
Il peut être indiqué de faire mention de condamnations frappant des politiciens d'extrême droite. Le délit de "violence physique" est certes assez révélateur tant par rapport à la personne que par rapport au parti.
Bien plus essentiel, mais plus exigeant : démasquer le discours de l'extrême droite en confrontant leur discours "démocratique" et "sage" destiné au grand public aux discours tenus lors des meetings ou aux discussions entre partisans. Cela vaudrait la peine d'avoir recours à des procédés d'observation journalistique élaborés.

    Les interviews nécessité d'une approche vigilante :
  • Les recommandations concernant les articles d'information tombent plus ou moins sous le sens, ce qui n'est pas le cas pour des "interviews" qui pourraient être accordées à des représentants d'extrême droite.
  • Encore une fois, la prudence est de mise: aux questions innocentes suivent inévitablement des points de vue extrémistes sous emballage "acceptable et démocratique". Difficile de réagir sans sortir du rôle du "journaliste qui ne fait que poser des questions"
  • Les sociologues conseillent une extrême prudence lorsqu'il s'agit de mettre sur pied un débat "classique" entre un "dirigeant chevronné d'un parti traditionnel" et un "champion de l'extrême droite". Ce genre de sport risque d'offrir une excellente tribune à l'extrême droite. D'autant qu'aux yeux d'un public non averti, le match tourne très souvent à l'avantage du candidat d'extrême droite qui, n'étant pas embarrassé par des responsabilités politiques ou par le besoin de respecter la réalité ou la vérité, paraît nécessairement avoir plus de punch
  • A ce genre d'événement, il faut donc plutôt préférer les batteries de questions insidieuses, seules susceptibles de démasquer la noirceur de la doctrine profonde
Le courrier des lecteurs pro-extrême droite: à ne pas publier
Le courrier des lecteurs constitue un des éléments de la propagande de l'extrême droite. Il n'est d'ailleurs pas rare que de véritables campagnes soient orchestrées en direction des journaux qui publient un courrier des lecteurs.
De manière générale, il est recommandé de ne pas publier les lettres ayant un contenu raciste ou imprégné des idées d'extrême droite. Au minimum, elles doivent être accompagnées d'un commentaire critique de la rédaction.
Le texte est une partie du message. L'image en est une autre
Le texte ne constitue pas la totalité du message journalistique. La photo ou l'image ont aussi une grande importance. D'après l'expérience, il semble qu'il soit de loin préférable de ne pas publier de photos ou faire passer d'images d'hommes politiques connus d'extrême droite. Cela contribue plutôt à leur publicité. En effet, le grand public retient surtout qu'un tel est passé à la télévision ou a eu sa photo dans le journal . Ce qu'il a pu dire ou ne pas dire importe peu pour certains et en particulier pour un public socialement fragilisé et peu politisé.
Si l'image est inévitable, il est conseillé de choisir des perspectives nuancées, des poses ou des attitudes donnant une impression négative des responsables et/ou partisans de l'extrême droite. Ou alors, pourquoi ne pas choisir, par exemple, une photo ou une image d'une contre manifestation.
Quatre soucis prioritaires en ce qui concerne l'information sur l'extrême droite la longueur de l'article, le ton, l'insertion de l'article et le lay-out.
Eviter de préférence les grands titres. Ne leur ouvrez pas les "colonnes à la une"
Un titre mal choisi peut déforcer tous les arguments .


IV Les médias et les allochtones

Lors de reportages sur les tensions entre différents groupes de population, les allochtones devraient toujours pouvoir répondre aux critiques émises à leur égard. Il faut aussi leur laisser l'occasion d'exprimer leur propre mécontentement. Ici, nous nous en référons aux recommandations telles qu'elles furent formulées par l'AGJPB.
En résumé:
Les allochtones sont des témoins privilégiés pour illustrer quelles seraient les conséquences d'une politique menée par l'extrême droite; une raison pour leur donner la parole.
Montrer, publier les réflexions des allochtones.
Les articles, séquences et émissions où des partis ou autorités mettent l'accent sur la" problématique des immigrés " devraient être abordés avec sens critique.
Eviter, dans les informations sur les allochtones, de gonfler les problèmes ou de dramatiser.
Eviter de mentionner la nationalité, l'origine ethnique, ou la couleur de la peau dans l'information sauf si, bien sûr, cette précision est vraiment utile ou nécessaire.
Souvent la nécessité de la compétition fait passer au second plan la pertinence comme notion objective. Ne serait-il pas opportun de l'imposer comme sujet de discussion auprès d'un organisme de coordination centrale ? A condition de réussir à formuler des critères objectifs et précis, , le consensus est probable.
L'effet des médias sur le grand public dépasse la simple énumération des faits qui constituent l'information. Il y a des conséquences multiples et souvent imprévisibles. Les effets provoqués chez le "récepteur" ne sont pas vraiment contrôlables par les médias agissant comme "émetteur". Il faudrait essayer de les prévoir le mieux possible et d'en tenir compte.
Il convient de tenir compte de la façon dont la criminalité "allochtone" est perçue. Trop souvent, des faits concernant un individu sont attribués à toute sa communauté. Par exemple, un délit commis par un Turc amène le récepteur à la conclusion généralisante que tous les Turcs sont des criminels par nature. Le jugement devient préjugé, parce que l'on établit une correspondance purement fictive entre un individu et son groupe ethnique.


BIBLIOGRAPHIE

Dans la liste citée ci-dessous figurent des études sur l'extrême droite d'après guerre ou des théories réflexions sur la lutte contre l'extrême droite.
"Tussen missie en misser", 1993, Werkgroep Migranten en Media NVJ
"Een beeld van een partij", 1994, Werkgroep Migranten en Media NVJ
"Aanbevelingen voor de berichtgeving over allochtonen", 1994, AVBB
"Cultivatietheorie in een veranderd medialandschap"; Vergeer, Rutten en Scheepers
"De perceptie van allochtone criminaliteit"; Winkel, Koppelaar en Vrij
M. Abramowicz, "Les Rats Noirs, L'extrême droite en Belgique francophone", Ed. Luc Pire, 1996
M. Abramowicz, "L'extrême droite et l'anti-sémitisme en Belgique de 1945 à nos jours, des néonazis aux conservateurs intégristes", EVO, 1993
Hans De Witte (red.), "Bestrijding van racisme en rechts extremisme. Wetenschappelijke budragen aan het maatschappelijk debat", Acco, 1997
M. Spruyt, "Grove Borstels. Stel dat het Vlaams Blok morgen zijn programma realiseert, hoe zou Vlaanderen er dan uitzien", Van Halewijck, 1995
Pierre-André Taguieff, "Face au Front National, arguments pour une contre-offensive", La Découverte, 1998
J. van Donselaar, "De staat paraat? Bestrijding van extreem rechts in West-Europa" Babylon/De Geus 1995
Rudi Van Doorslaer e.a., "Herfsttij van de 20ste eeuw. Extreem rechts in Vlaanderen 1920-1990", 1992
De Witte en Scheepers, "Twintig jaar Vlaams 8!ok. Herkomst, evolutie en toekomst van pantij en kiezers" in De Internationaje Spectator, 1997, jaargang 51, nr 7-8, pagina 420-428
VAKA-Hand in Hand, "Behoort u wel tot hun eigen volk?", Een beeld van het extreem rechts gedachtegoed op basis van uitspraken en documenten van het Vlaams BIok.
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