HISTORIQUE

Le M.R.I. (Mental Research Institute) a été créé en 1959.
    Les trois principaux acteurs en furent :

  • Gregory Bateson - Biologiste - Anthropologue. Avec John Weakland et Jay Halley, il avait déjà étudié les PARADOXES DE L’ABSTRACTION dans la communication.

  • Don Jackson - de formation psychanalytique, il introduira les principes cybernétiques dans la psychothérapie. Il observe l’interaction et introduit l’idée que la famille s’équilibre sur la maladie d’un de ses membres.

  • Milton H. Etickson - Il connaît, dès sa tendre enfance, des problèmes de langage. Il s’adonnera à la lecture du dictionnaire. Ce qui en fit un érudit hors normes. A 17 ans, première crise de polio. Totalement paralysé, il va se rééduquer en observant les enfants en bas âge de sa soeur. Thérapeute d’une créativité étonnante, il sera l’initiateur d’une forme d’hypnose qui tient compte des valeurs du patient ainsi que de son orientation à la réalité via sa sensorialité.
En 1967, Paul WATZLAWICK, Philosophe, Analyste jungien, Richard FISCH, Psychiatre, John Weakland, ingénieur, anthropologue, créent - au Mental Research Institute de Palo-Alto - le Brief Therapy Center (Centre de Thérapie Brève - BTC -). Ce nom ne rend qu’imparfaitement la réalité du travail. Cette approche fait partie de l’ensemble des Thérapies Familiales qui s’appuient sur la cybernétique et la théorie générale des systèmes (Ludwig Von Bertalanffy).

L’idée fondamentale est de réduire le temps mis pour résoudre un problème par la psychothérapie

LA THERAPIE BREVE

Pour les chercheurs du BTC, « le  problème »  est la solution. Le travail thérapeutique se fait avec du matériel audio-vidéo et la glace sans tain. Le but est de réduire au maximum la durée du traitement ( maximum 10 séances ) afin d’éviter de « faire partie » des tentatives de solution inopérantes du patient pour le régler.

En thérapie brève, il s’agira d’établir qui se plaint.
Il conviendra de distinguer qui se plaint du problème du porteur du symptôme, ce dernier n’étant pas nécessairement la personne qui se plaint du problème.
Dans les problèmes d’alcoolisme, il n’est pas rare que « le » ou « la » partenaire de l’alcoolique consulte. Il s’agit là, en l’occurrence, de la personne qui se plaint du problème. Cette personne peut être le moteur d’un changement. En présence de cette personne il convient, pour le thérapeute, d’établir en termes concrets de quoi elle se plaint.


Le but poursuivi est d’éviter les abstractions. Un exemple de plainte abstraite peut être de définir son problème par une définition médicale « je suis frigide », je suis impuissant ...

Un examen minutieux permettra de rentrer dans la réalité que recouvre, pour le patient, cette définition globalisante. Une définition précise du problème en termes concrets permet de sortir des utopies. La poursuite d’un but utopique et impossible à atteindre a toutes les chances de rendre la thérapie longue et inespérée quant aux résultats. Mieux vaut poursuivre un objectif réduit mais réaliste quant à sa réalisation.

Une expression très prisée qui renferme un présupposé tout aussi vague que l’expression en elle-même est « d’être mal dans sa peau ». Que signifie, dès lors, « être bien dans sa peau  » ? Il sera tout aussi indiqué de demander ce que cela signifie précisément dans la « langue » du patient que de lui demander à quoi elle verra que son problème est réglé. La position de l’anthropologue est une notion qui a été introduite par Grégory Bateson. Ce dernier partait à la découverte d’un pays, d’une culture sans rien en connaître.

Le même principe fut adopté pour la Thérapie Brève : le patient parle un langage unique, le sien. Il s’agit aussi bien d’un langage conscient que d’un langage inconscient, d’un langage verbal que d’un langage non verbal. Ce langage s’inscrit dans une interaction. Le thérapeute remet en cause sa propre compétence et non celle du patient. Il ne parle pas de patient trop résistant.

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de résistance au changement. Erickson - qui était avant tout un laborieux - étudiait tout particulièrement le langage du patient et sa résistance au changement: ensuite, il l’utilisait pour permettre au patient d’en sortir. Cette résistance, en thérapie brève, repose sur un présupposé : lorsqu’une personne est coincée dans un problème, celui-ci, pour elle, est la voie la moins contraignante choisie par son inconscient. Prenons par exemple la situation de quelqu’un qui se plaint de devoir prendre en charge son ou sa compagne. Elle a des raisons inconscientes qui donnent du sens à son attitude. On pourrait imaginer que cette personne a une peur de l’abandon qui serait son moteur. On se trouve alors devant une TDS ( tentative de solution inopérante ) - la prise en charge - qui entretient le problème. La position (les croyances) de cette personne va déterminer son attitude.

Les thérapies systémiques et la thérapie brève, en particulier, ont bousculé plus d’un principe sacro-saint en matière de psychothérapie. La neutralité du thérapeute a été totalement remise en question, non par esprit de fronde, mais par les découvertes qui ont sous-tendu ces nouvelles formes de thérapie. Il a, en effet, été démontré que l’on ne peut pas ne pas communiquer. Même quand on ne dit rien on dit quelque chose... Alors, autant dire quelque chose pour créer un contexte de changement.

Autre remise en question importante : le changement ne repose pas sur la connaissance du pourquoi le problème existe ou subsiste, mais bien sur le comment il subsiste. Qu’est-ce qui, dans l’interaction, entretient le problème ? Cela revient à considérer le problème, non plus en termes causalistes mais bien en termes circulaires ( je renvois le lecteur aux divers ouvrages mentionnés in fine pour en découvrir davantage à propos des notions de base de la systémique). La circularité repose sur les théories cybernétiques ( par exemple, le chauffage central ) et le principe d’homéostasie, théorie selon laquelle un système familial a tendance à s’auto-réguler à la manière du chauffage central, avec des messages en feed-back, pour atteindre un point d’équilibre. Cet équilibre se rompt à nouveau lorsque la température descend, provoquant une nouvelle recherche d’équilibre.

CONCLUSION

Il existe une grille de Palo-Alto comportant une série de questions-clefs dont certaines transparaissent ci-avant.
Il reste à définir comment l’on amène un patient à arrêter ses tentatives de solution. Cela peut se faire de différentes façons.
Le thérapeute adoptera une stratégie, ce qui fait appeler, parfois, ce type de thérapie : la thérapie stratégique. La stratégie peut comporter une ou plusieurs tactiques. Il peut adopter une stratégie de recadrage positif du problème, lui donner un éclairage tel qu’il cesse d’être un problème.
Il peut prescrire le symptôme et demander à faire plus de la même chose. C’est un paradoxe de langage que de rendre la spontanéité impossible si on la prescrit.
Une autre stratégie peut être de rendre le patient actif dans le choix d’un but minimal mais concret qui représente un tour à 180° par rapport au problème. Le but est tellement petit qu’il ne peut le refuser. Une autre approche, beaucoup utilisée par feu Erickson, était le choix illusoire. Il s’agit de proposer plusieurs choix au patient, de manière à ce qu’il finisse par choisir l’un d’entre eux.
Ces exemples d’intervention ne prétendent, en aucun cas, être exhaustifs.

Pour les puristes de la thérapie brève, le problème devra être réglé en 10 séances ou moins. Le thérapeute - assisté par d’autres - pourra passer 9 séances à définir le problème. Plus la connaissance, en termes concrets, du problème ainsi que celle de l’interaction et de la position du patient (et de ceux qui font partie de l’interaction) sont bien maîtrisés, plus il y a de chances de trouver une issue rapide. Un célèbre thérapeute français disait cependant qu’il « ferait voir le diable » à qui lui ferait faire une thérapie brève alors que le patient avait besoin d’une thérapie longue.


Voici, pour terminer, la liste de quelques ouvrages de référence.
  • Site complémentaire : séminaires, réunions etc..
  • Vers une Ecologie de l’Esprit - Gregory Bateson - Ed. Seuil - tome I 1977 - tome II 1988
  • Un thérapeute hors du commun - Milton H. Erickson, Jay Haley - Ed. Epi 1984
  • Changement Paradoxes et Psychothérapie - P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch - Ed. Seuil, Coll. Points 1975
  • Une logique de la Communication - P. Watzlawick, J. Helmick Beavin, Don D. Jackson - Ed. Seuil Coll Points. 1972
  • La Réalité de la Réalité - Paul Watzlawick. Ed. Seuil - Coll. Points. 1978
  • Aide ou contrôle - Claude Seron, Jean-Jacques Wittezaele - Ed. De Boeck Université. 1991
  • Tactiques du changement - R. Fisch, J.H. Weakland, L. Segal - Ed. Seuil. 1986
  • Faites vous-même votre malheur - Paul Watzlawick - Ed. Seuil. 1984
  • L’Art du changement - Giorgio Nardone, Paul Watzlawick - Ed. L’Esprit du temps. 1993
  • Peur, Paniques, Phobies, Giorgio Nardone - Ed. L’Esprit du temps. 1996
  • Créer le Réel - Thierry Melchior - Ed. Seuil. 1998
  • Le langage du changement - Paul Watzlawick - Ed. Seuil - Coll. Points. 1980 Thérapies hors du commun - W.H. O’Hanlon et A. L. Hexum - Ed. Saras 1998

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    © Paul Waterkeyn - Conseiller Conjugal - Thérapie brève systémique -