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ACTUALITE FAGNARDE

- Nidification des oiseaux: pistes interdites
- Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie
- Cervidés suivis via satellite
- Déboisement écologique

Nidification des oiseaux: pistes interdites

Un peu plus de 20 coqs de bruyère: c'est le résultat des recensements des tétras mâles paradant sur les arènes fagnardes et aux environs, durant ce dernier printemps.

C'est un effectif encore bien maigre, mais on note cependant un leger progrès par rapport aux chiffres de l'année précédente. Est-on au début d'une lente, mais bénéfique augmentation? L'avenir le dira. En attendant, pas question de relâcher les efforts pour favoriser au maximum les reproductions, d'autant plus que pour les tétras, comme pour les autres espèces, les mois extrêmement pluvieux et frais que l'on a connus ont certainement provoqué des perturbations, notamment des retards, dans les nidifications.

C'est dans ce souci qu'il a été décidé que certaines pistes (celle traversant Brochepierre, venant de la Croix Noël, et celle passant près du Fossé Bouvy dans la Fagne des Deux-Séries, celles passant près du Drèlô dans la Fagne Wallonne), resteraient interdites jusque fin juillet, Ainsi, une quiétude maximale devrait être garantie aux oiseaux dans les zones qu'ils affectionnent particulièrement pour nicher sur le sol. Et quand on sait qu'il suffit parfois d'un seul dérangement pour provoquer l'abandon de la ponte ou de la nichée, on comprendra que l'on prenne autant de précautions. Il faut souligner d'ailleurs que, de l'avis de tous les surveillants, les promeneurs se sont généralement pliés de bonne grâce a ces contraintes.

Jeunes coqs de bruyère (Photo R. Herman)

Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie

Le casse-noix moucheté (Photo R. Herman)Une très importante opération d'inventaire de l'avifaune wallonne est en cours: il s'agit de la remise à jour de l'Atlas des oiseaux nicheurs de Wallonie, dont la coordination a été confiée à la Société "AVES".

"Les Amis de la Fagne" participent activement a ce recensement, et plusieurs de leurs administrateurs ont la responsabilité d'un secteur du Haut-Plateau. Il s'agit, selon des techniques diverses d'écoute et d'observation, de chercher à déterminer avec un maximum de précisions quelles sont les espèces qui nichent chez nous et d'estimer éventuellement la densité des populations.

Il y a près de trente ans qu'un atlas de ce type n'a plus été réalisé, alors que, durant cette période, l'évolution de l'avifaune nidificatrice a certainement été considérable dans beaucoup de régions du pays. L'opération mobilise un grand nombre de scientifiques et d'ornithologues bénévoles, et doit s'étaler sur cinq années. Au terme de cette période, une publication devrait fournir un panorama complet de l'avifaune sauvage wallonne, élément important a prendre en compte dans l'évaluation de la qualité de notre environnement.

Des opérations semblables ont lieu dans les autres régions du pays et le projet s'intègre également dans la perspective de "Natura 2000", campagne européenne pour la protection des espèces et de leurs habitats.

Cervidés suivis via satellite

Ici, il ne s'agit plus d'oiseaux, mais bien de mammifères, et même des plus grands ongulés vivant dans nos forêts: les cerfs. Peu d'animaux ont sans doute été observés et étudiés depuis aussi longtemps, tout en conservant autant de mystère. Il est vraiment étonnant, entre autres, de voir combien ces cervidés semblent avoir la faculté de disparaître et de reparaître presque comme par enchantement.

Que deviennent les cerfs et les biches lorsque, manifestement, ils ont totalement déserté les secteurs où ils se tiennent le plus souvent ?

Bien sûr, ils sont "ailleurs", mais "ailleurs", personne ne les voit davantage. Et pourtant, il faut bien, pense-t-on, qu'ils se nourrissent, qu'ils circulent, qu'ils se déplacent en fonction des intempéries, de la neige notamment. Alors on devrait au moins voir leurs traces! Mais non. A certains moments, ils semblent s'être carrément volatilisés.Biche pourvue d'un collier émetteur (Photo R. Herman)

Chacun a, bien sûr, sa petite idee sur le sujet. Et, à la faveur de ce comportement énigmatique, certains auraient peut-être tendance a en rajouter... Depuis bien des années déjà, des chercheurs du Laboratoire de Faunistique de la Région Wallonne, à Gembloux, s'efforcent de marquer certains animaux dans l'espoir de les suivre de plus près.

Ces marquages ont déjà apporté leur lot de renseignements passionnants... et de questions supplémentaires! Depuis peu, une nouvelle étape a été franchie avec l'installation sur plusieurs cerfs et biches en Hertogenwald, de colliers pourvus de balises GPS, reliés a un satellite et capables de fournir, pendant une longue période, des indications précises, presque d'heure en heure, sur les déplacements. Ne vous étonnez donc pas si vous rencontrez par hasard, au détour d'un coupe-feu, un grand cervidé muni d'un collier bleu ou blanc, d'où émerge une fine antenne flexible.

Les renseignements glanés de la sorte doivent non seulement permettre de mieux connaitre les moeurs de notre grande faune, mais ils peuvent également être pris en compte dans l'aménagement futur de la forêt, notamment pour l'évolution des plantations et la création de gagnages dans les endroits les plus opportuns

.Déboisement écologique

En matière d'aménagement forestier, il ne fait aucun doute que les mentalités ont fortement évolué au cours des dernières décennies. Au moins dans les grandes forêts domaniales, mais aussi dans certaines forêts communales et, plus rarement, hélas, dans les bois privés. En ce qui concerne le Haut Plateau fagnard, plus particulierement, la tendance est résolument à l'abandon de la pessière équienne, au profit d'une forêt mélangée faisant la part belle aux feuillus. Plus personne ne conteste d'ailleurs l'hérésie qui a consisté à vouloir "assainir" des sols à forte épaisseur de tourbe pour y planter de l'épicéa. Rares sont également ceux qui mettent encore en doute les effets "stérilisateurs" des résineux en bordure immédiate des cours d'eau, même si l'on n'en tire pas partout les conclusions avec le même zèle.

La disparition des épicéas près des sources de la Helle (Photo R. Herman)

Cette nouvelle optique se traduit en tout cas par des modifications spectaculaires dans le traitement des bois en place, et, en particulier, par de nombreux abattages d'épicéas totalement indésirables. C'est vrai dans la Réserve Naturelle, et en dehors de la Réserve également. Nous en citons ici quelques exemples, en insistant sur le fait que nous en omettons, et des meilleurs.

Ainsi, dans la Réserve proche de la Baraque Michel, toute la vieille plantation située entre le Bouquet Bastin et les sources de la Helle vient d'étre rasée en l'espace de quelques mois. L'effet est saisissant: de la Fontaine Périgny et des Trois Bornes, le regard porte désormais à nouveau, comme autrefois, jusqu'au Durêt et au Noir Flohay. Les arbres abattus ont été laissés sur place, mais ébranchés et tronçonnés, de sorte qu'ils deviendront rapidement invisibles dans la végétation herbacée qui ne va pas tarder à profiter de cette mise en lumière. Nombreux sont déjà les bouleaux et les sorbiers qui, soigneusement épargnés, vont pouvoir se développer davantage.Seuls quelques feuillus subsistent (Photo R. Herman)

La disparition de cette important pessière est certainement la mesure de gestion la plus importante réalisée dans cette partie de la Réserve depuis la coupe du Bois Calozet, il y a quelques années. Sans oublier aussi les vastes dégagements opérés aux alentours de la Fagne de Cléfaye.

A noter que, parfois, il n'y a pas que les épicéas qui ne sont pas les bienvenus dans la Réserve: plus à l'est, dans les fagnes d'Eupen, dont certaines sont en voie de reboisement naturel rapide, l'on s'efforce de maintenir très ouverte une partie du paysage en supprimant les rejets de saules qui, notamment, prolifèrent sur les remparts des lithalses. C'est le cas, entre autres, près de la tourbière de Misten, où se tient une petite population de coqs de bruyère.

Déboisement dans le vallon du SchwarzbachEt si maintenant l'on pense aux cours d'eau, il faut se réjouir de l'application, dans la partie eifelienne du Parc Naturel Hautes Fagnes Eifel, de la campagne de réhabilitation des fonds de vallée, dans le cadre du projet européen "Interreg". Grâce aux subsides européens, qui dédommagent les propriétaires, de très nombreuses vallées sont peu à peu débarrassées de la gangue d'épicéas qui les asphyxiaient. Avant d'être écologiques - à moyen terme vont certainement revivre une flore et une faune disparues - les effets sont d'abord paysagers: tout à coup, les cours d'eau serpentent à nouveau dans un decor rappelant le site d'origine. Et la promenade le long de ruisseaux comme le Schwarzbach, en amont de Küchelscheid, ou comme le Treisbach, dans la forêt d'Ommerscheid, le Jansbach, près du Dreiherrenwald, et bien d'autres, retrouve un charme inespéré. Une métamorphose que n'auraient pas osé imaginer ceux qui, voilà moins d'une génération, se lamentaient contre l'étouffement de ces vallons et croyaient bien précher dans le désert! De tels revirements contrastent enfin avec tant d'évolutions négatives et procurent, dans tous les sens du terme, une bouffée d'air frais! En allemand, l'opération s'appelle "Renaturierung", un mot intraduisible en français ("renaturation"), mais qui dit vraiment bien de quoi il s'agit : un rétablissement de la nature dans tous ses droitsPlusieurs vallées retrouvent leur aspect d'autrefois (Photo R. Herman)

 

 

 

 

 

 

 

Autour de ce "vivier" de Misten, les saules ont été coupés (Photo R. Herman)

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