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Ce 29 juillet
2009, Vox est décédé d'un carcinome pulmonaire. Son vétérinaire
et moi avons du prendre la douloureuse décision de le laisser
partir.
Il était mon plus vieil ami et fut un partenaire de travail
efficace et irréprochable.
Avec lui, c'est toute une époque qui disparaît, faite d'entraînements
et de concours, de kilomètres, et de rêves plein la tête, de
complicité et de reconnaissance mutuelle...C'est aussi la fin de ma
"vieille" génération.
Vox von Banholz, je l'avais acheté, au départ, parce que j'avais
besoin d'un nouveau chien de service. Il était grand, fortement
charpenté et imposait le respect.
Je suis tombée directement sous le charme de ses couleurs si
chaudes et foncées et son énorme tête où deux yeux sombres
brillaient de toutes les promesses et de tous les espoirs. C'est la
chaleur, le désir de plaire et de bien faire, la franchise et la véritable
bonté qui caractériseront Vox durant toute sa vie. Mon coup de
foudre ne m'avait pas trompé!
Vox le bon, Vox le brave, si brave que je l'emmenai dès le
lendemain au club pour le faire tester par "mon" homme
d'attaque. Son mordant était époustoufflant: une morsure pleine et
une pression incroyable dont le champion du monde Emiel Dilen devait
dire: "Je ne connais qu'un seul chien en Belgique qui possède
une pression pareille, c'est Tom van 't Leefdaalhof et encore, Vox,
lui maintient cette même pression d'une façon constante durant
toute la morsure."
Néanmoins, je destinais Vox à devenir mon collègue de travail et
caressais le rêve qu'il pourrait, à la fois, être chien de
service et chien de concours. Il aimait tellement le mordant
qu'aucune espèce de menace, aucun modèle de costume de protection,
aucun obstacle, ni aucune maladresse des hommes d'attaque nettement
moins qualifiés à la police, n'influençaient sa prise. Tant qu'il
savait que c'était "autorisé", Vox y allait et de tout
son coeur et de toute sa gueule, au bras, à la jambe, dans le dos,
avec ou sans costume, avec ou sans action, peu lui importait.
Un petit tour d'accoutumance dans le métro vinrent calmer mes
ambitions. Dans l'escalator, Vox se pinça sévèrement 3 doigts. Le
premier antibiotique inefficace faillit faire tourner les choses au
drame car les doigts virèrent au noir.
Heureusement, le changement de médicaments amena rapidement la guérison.
Mais j'ai eu tellement peur que je décidai prudemment de réserver
mon déjà si précieux Vox uniquement pour le sport.
D'où direction le club et le terrain d'entraînement.
Je fus séduite par la marche au pied de Vox qui "dansait"
joyeusement l'épaule contre mon genou, ses yeux gourmands rivés
dans les miens. Voilà qui venait contredire les propos de son
ancien conducteur. "Il n'est pas assez dur pour moi." Il
s'acquitta des positions en mouvement tout aussi honorablement bien
que je pouvais déceler dans les chauds yeux marrons quelques lueurs
d'incertitude.
Plus j'avançais dans le programme et plus Vox semblait se décomposer.
J'arrivai ainsi devant la planche de saut d'un mètre mais Vox n'était
plus "avec moi". Il serpentait, mal à l'aise, n'osant
rompre la marche au pied mais ne pensant qu'à trouver une porte de
sortie. N'y tenant plus, quand nous fûmes arrivés devant le saut,
il prit la fuite, ventre à terre pour trouver refuge dans ma
camionnette où j'allai le repêcher sans mot dire pour terminer le
programme, le félicitant chaudement pour chaque réussite sans
parvenir lui ôter son malaise.
Je décidai donc d'évaluer son niveau de pistage.
La piste tracée, j'y amenai mon nouveau compagnon.
En vue du piquet de départ, Vox s'excita, pressé de commencer et
je me sentis soulagée. Allons, bon, là, il ne semblait pas y avoir
de "compte en retard".
Mon soulagement devait être de courte durée !
Après avoir fort honorablement pris l'odeur au piquet et suivi les
premiers mètres du tracé, Vox commença à s'en écarter. Aussi je
m'arrêtai sans mot dire, le retenant légèrement sur la longe pour
ne pas le laisser nous embarquer dans l'erreur.
Malheur m'en prit ! La réaction de Vox fut aussi spectaculaire que
disproportionnée: il se jeta sur le dos en proie à une immense
panique, dans une tentative d'apaisement désespérée.
Je décidai donc de reprendre toute l'obéissance et le pistage à zéro
comme avec un puppy. Et lentement et patiemment, je gagnai la
confiance de Vox.
Et nous avons joué quelques beaux concours. Vox m'a valu mes plus
belles félicitations, celles du champion du monde Frans Hannes (qui
avait très bien connu Vox jeune, et les dégâts que lui avait
infligés son ex-conducteur), et celles d'un juge allemand sur ma façon
de communiquer avec mon chien lors d'un passage en obéissance plutôt
"raté", Vox étant tombé de la palissade dans un effort
désespéré de la franchir au retour alors que mon bloc était tombé
trop prêt.
Comme le chien avait jusque là beaucoup d'allant, le juge n'avait
pas jugé nécessaire de m'avertir, l'estimant fort capable de la
franchir sans élan. Evidemment, il ne connaissait pas le passif de
Vox... Ce "ratage" suffit à faire ressurgir sa hantise d'être
durement corrigé. Et Vox, incertain, n'osait plus retenter le saut
ni revenir. Je décidai donc d'apaiser mon chien, en lui affirmant
que ce n'était rien et de le rappeler joyeusement, sacrifiant le
saut, l'espoir d'une bonne cotation et je terminai le programme plutôt
comme un entraînement, bien décidée à réaffirmer et à prouver
à mon Vox que quoi qu'il se passe, il restait mon ami. Je dus sans
doute déployer tout mon savoir-faire, et la chute de Vox devait lui
avoir valu la sympathie du public car nous fûmes fort applaudis et
le juge fut fort impressionné par ma prestation.
Il ne parvint toutefois jamais à surmonter mon stress lors des
"grands concours". Ceci dit, moi non plus, aussi j'aurais
été mal placée pour lui en vouloir.
Un CAC où Vox, en proie à ses anciens démons, refusa de démarrer
en piste, j'ai pleuré un bon coup et j'ai décidé simplement qu'on
continuerait tous les deux à bien s'amuser dans des épreuves qui
ne lui occasionnaient aucun stress.
Plus d'enjeu, plus rien à prouver, Vox gagna encore en confiance et
oublia peu à peu ses anciennes blessures.
La récompense vint quelques années plus tard.
Kiro, le chien de service qui prit à l'époque la place de Vox, fut
écarté du service pour un problème cardiaque et une non-union du
processus anconé qui lui occasionnait une forte boiterie. J'avais
besoin d'un chien pour passer l'examen fédéral d'instructeur après
la fusion des polices.
Et ce fut Vox, sans aucun entraînement, qui le passa haut la patte,
se tirant comme un chef, d'exercices qu'il n'avait jamais effectué
auparavant comme une attaque interrompue, des fouilles de bâtiment...
Je pense que les examinateurs se souviendront longtemps des qualités
d'un bon berger allemand (et de la puissance de sa morsure)
Cette excellente et étonnante prestation valut à Vox d'assurer le
relais entre Kiro et Dingo et d'être dans les tout premiers chiens
policier agréés officiellement sur le nouveau programme fédéral
pour les chiens de patrouille.
Et il me prouva bien des fois qu'il était digne de remplir cette
mission et il m'a appris bien des leçons !
Il me reste cependant une dernière leçon à apprendre, ô combien
cruelle, c'est celle d'apprendre à vivre sans toi, mon bon chien,
de ne plus te voir te précipiter dans "ton" canapé juste
à côté du mien à chaque fois que je prenais place dans le mien
et de me tendre, l'une après l'autre, tes deux pattes avant pour
d'interminables séances de gratouilles. Je t'aime Vox et tu
laisseras une empreinte indélébile dans ma vie. Tu vas beaucoup me
manquer
Marie-France
Paoloni
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