Numéro 1 - 1e trimestre 2005



La foire du livre de Bruxelles 2005


La 35ème édition de la de la Foire du Livre de Bruxelles a marqué un tournant important dans sa carrière. L'événement annuel a enfin accédé à l'environnement digne de cette manifestation culturelle qui draine les foules assoiffées de lecture de notre plat pays.


Ne riez pas; ils sont plus nombreux qu'on ne le pense! Les activités de cette méga-librairie (emprunt au parler jeune!) se sont déroulées dans un espace prestigieux - trois grandes salles en enfilade avec la lumière naturelle des hauts plafonds-verrières - soit le site de Tour et Taxis qui logera désormais notre grand rendez-vous littéraire annuel. L'adhésion des exposants (éditeurs et organismes officiels), plus nombreux que les années précédentes et, nous annonce-t-on déjà, moins nombreux qu'en 2006, est égale à celle des visiteurs dont le nombre dépasse celui des dernières années. Et, le public jeune n'était pas absent de cette foule enthousiaste, ce qui prouverait, d'après les organisateurs, que les jeunes n'ont rien perdu de leur aptitude à lire. L'administrateur-délégué de V.O. Communications, Michel Culot, et la Commissaire générale de l'asbl Foire du Livre, Ana Garcia, ont bénéficié du soutien des pouvoirs publics, la Communauté Wallonie-Bruxelles, dont l'aide est complétée par la Cocof ainsi que la présidence de la Région Wallonne; sans oublier les sponsors, dont le Soir et la RTBF qui y a installé un studio pour des émissions en direct de la Foire.

Le thème de cette 35ème édition était celui de l'aventure qui a été exprimé particulièrement par l'invité d'ouverture de la Foire, l'Ecossais William Boyd, auteur notamment de " Un Anglais sous les Tropiques " et qui manie la langue française avec bonheur. Une série d'auteurs, dont Jean Lacouture, Pierre Assouline, Marie Desplechin, Amélie Nothomb, Zoé Valdès, David Lodge, Pascal Bruckner, etc... étaient présents et disponibles pour les séances de signatures. Parmi les éditeurs trop nombreux pour les citer tous, notons en particulier la présence de deux aventuriers de l'édition, le Belge Hubert Nyssen, patron de Actes Sud et aussi Jean-Jacques Pauvert qui, il y a environ un demi-siècle, avait défrayé la chronique en publiant Sade, Jean Genêt, Boris Vian et bien sûr la sulfureuse Histoire d'O, ce qui lui a valu d'être considéré par les autorités et les bourgeois bien pensants comme un éditeur maudit et diabolique! Aujourd'hui, il ferait à peine lever un sourcil.

Soulignons encore l'aventure linguistique de cette Foire, un mélange éloquent composé par Francis Dannemark, où on parle flamand et français, " poèmes glanés au sein de deux vastes viviers dont on croyait qu'ils avaient cesser de communiquer ". Francis Dannemark a donc mis à la portée des lecteurs francophones les lettres flamandes (traduites) d'aujourd'hui et d'hier. En parcourant cet ouvrage dont la couverture représente un mélange de chocolats (ou de pralines, comme on dit chez nous) on se rend compte qu'il n'y a rien qui ressemble plus à un poète d'en dessous la frontière linguistique qu'un collègue d'au-dessus de cette ligne factice. La langue diffère, mais le langage est le même, celui d'une conception et d'un esprit belge; comme l'avait démontré notamment Jacques Brel. Lors d'un colloque sous l'un des nombreux chapiteaux de la Foire, nous avons pu rencontrer ces écrivains qui - n'en déplaise à nos intégristes linguistiques - ont confirmé cette heureuse réalité. Enfin, la science et la B.D. ainsi que les éditions " jeunesse " n'ont pas été oubliées dans cette Foire du Livre qui a battu son plein à Bruxelles du 12 au 6 mars 2005. Théo LOIR

Des livres pour les Danois


La France a fait don à la Bibliothèque royale du Danemark de près de 12.000 ouvrages acquis entre 1947 et 1983 par l'Institut français à Copenhague, dont une collection complète, datant du 19ème siècle, des romans de Victor Hugo.

L'ambassadeur de France, Régis de Belenet, a signé une convention avec le directeur de la Bibliothèque royale Erland Kolding sur cette donation qui enrichira ses propres collections en langue française. Ce don fait suite à l'inauguration de la nouvelle médiathèque de l'Institut français, qui a engagé un profond renouvellement de ses livres, CD et DVD, pour offrir au public danois une connaissance plus diverse de la France contemporaine.

La langue française est la troisième langue étrangère apprise au Danemark après l'anglais et l'allemand. La francophonie est également promue par la chaîne TV5, captée par un million de foyers dans le royaume. AFP

Rotterdam et le cinéma francophone


Le 34ème Festival international de cinéma de Rotterdam, qui s'est tenu fin janvier, a fait la part belle au cinéma français et francophone, lui consacrant des premières et des rétrospectives ainsi que deux prix financés par TV5 et Arte.

" 10ème chambre, Instants d'audiences " de Raymond Depardon a ouvert le Festival. Parmi les films diffusés dans la catégorie des " Maestros ", l'organisation a sélectionné " Cinévardaphoto ", la trilogie d'Agnès Varda sur son premier amour : la photographie. Dans cette catégorie, elle côtoyait Claire Denis dont on a vu " L'intrus ", l'histoire d'un homme en attente d'une transplantation cardiaque, à la recherche de son fils tahitien perdu. Autre " maître " présenté à Rotterdam, Arnaud Depleschin avec son dernier opus, " Rois et Reine ", l'histoire parallèle de deux anciens amants.

Benoît Jacquot a eu quant à lui droit à une rétrospective complète de son oeuvre. Chaque jour, le Festival diffusant plusieurs films de sa main, de " L'assassin musicien " au dernier " A tout de suite " sur l'adolescence, avec Lili la Parisienne éperdument amoureuse d'un petit criminel. Une des actrices favorites de Jacquot, Isild Le Besco, était présentée dans la catégorie " Sturm und Drang ", qui veut faire connaître au grand public de jeunes réalisateurs prometteurs. Elle présentait " Demi-Tarif ", sur trois enfants abandonnés de leurs parents, qui survivent à Paris. Une coproduction France-Maroc d'Ismaël Ferroukhi, " Le grand voyage " évoquait la découverte mutuelle d'un père et de son fils en route vers La Mecque. Le film était diffusé dans la catégorie " Time and Tide ", qui regroupe les films engagés, chers au Festival.
La chaîne de télévision par satellite francophone TV5 parrainait le " TV5 Tiger Award ", qui récompense le réalisateur d'un court métrage. Arte France était également de la fête en récompensant de 10.000 euros et d'un " Arte France Cinema Award " deux projets de films qui seront présentés au CineMart, le lieu de rencontre entre réalisateurs, producteurs et distributeurs en marge du Festival. AFP

Rendez-vous en 2006


La littérature francophone sera l'invitée d'honneur en 2006 du 26ème Salon du livre de Paris (17-22 mars), à l'occasion de l'ambitieux Festival des cultures francophones en France qui se tiendra dans le pays de mars à octobre, ont annoncé les organisateurs de la manifestation.

L'intitulé exact est " Francofffonies - festival des cultures francophones en France ".
Il célèbrera, à travers de nombreuses manifestations (spectacle vivant, films, expositions, colloques etc), la diversité culturelle et artistique des 63 pays (dont la France) membres ou associés de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

" Ouvrir le festival au Salon du livre, on ne pouvait rêver mieux ", a déclaré Monique Veaute, commissaire générale du festival lors de la clôture du 25ème Salon du livre de Paris, qui a cette année mis les lettres russes à l'honneur. " On est convaincu que la francophonie est porteuse de vitalité et de modernité, on va le montrer ", a-t-elle dit.

Le festival s'achèvera par un " grand événement " le 9 octobre, date du centenaire de la naissance de Léopold Sédar Senghor, un des fondateurs de la francophonie. Un hommage lui aura auparavant été rendu au Salon. Le 50ème anniversaire du premier congrès des écrivains et artistes noirs réunis en septembre 56 à la Sorbonne par M. Senghor sera commémoré.

Mme Veaute a souligné à propos des auteurs belges, suisses, haïtiens, africains, ultramarins, canadiens et autres qui, comme le veut la tradition, seront invités au Salon, que son souci est de promouvoir la " diversité " et de faire connaître des voix " différentes ".

Cette présence francophone constitue une nouveauté dans l'organisation du Salon puisque c'est d'ordinaire un unique pays (ou région) qui est invité. Toutefois, en 2003, les Pays-Bas et la Flandre avaient été conviés à présenter ensemble leurs littératures à Paris. AFP

Y a-t-il Rivarol et Rivarol ?


La passion des classiques français m'avait fait découvrir, encore lycéen, une maxime restée depuis lors gravée dans ma mémoire. " Le peuple le plus civilisé au monde est aussi poche de la barbarie que le fer le plus poli l'est de la rouille ", d'un certain célébrissime Antoine Rivarol alias comte de Rivarol (1753-1801). Réflexion sur l'aspect tragique du genre humain, hélas que l'histoire de l'humanité a prouvé - et prouve encore - à travers ses expressions les plus horribles et auxquelles semble irrévocablement assimilée la condition humaine.

Grand penseur du siècle des Lumières, Antoine Rivarol est, selon Voltaire " est le Français par excellence ", pour Jules Barbey d'Aurelly " un métaphysicien pittoresque qui donnait du relief à l'abstrait ", et pour Rémy de Gourmont " lui seul a ce talent, qu'on a parfois imité en vain, de décerner ces éloges qui laissent perplexes, soit par leur énormité, soit par leur tour équivoque ". Anticonformiste sur les bords, monarchiste hors pair, adulé et à la fois contesté par ses contemporains, Rivarol est l'auteur de la célèbre apologie de la langue française : " Discours sur l'universalité de la langue française " en 1784. Collaborateur au " Journal politique national " et aux " Actes des apôtres ", il est aussi l'auteur du " Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution " et du " petit Almanach des grands hommes ".

L'esprit et la portée hautement visionnaire de ses pensées, en particulier celle citée plus haut et qui illustre bien la grandeur insoupçonnée de l'homme, me confronteront plus tard à certaines interrogations. Car Rivarol, c'est aussi le titre d'un organe de presse. Et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit du porte-étendard de l'extrême droite de l'Hexagone. Cet hebdomadaire, qui vient d'ailleurs de fêter en janvier son cinquante-quatrième anniversaire, constitue la représentation personnifiée des idéaux néo-fascistes et extrémistes. Et contre lequel des procès intentés par des mouvements comme le Mrap, la Licra et la Ligue des Droits de l'homme n'en finissent pas. Bref " le club des mal-pensants et fiers de l'être ", tel se définissent ses apôtres.

A la lecture quelques extraits de l'œuvre et la vie de Rivarol, les premières questions qui me taraudent est de savoir ce qu'il y aurait de commun entre cet éminent écrivain et les idéaux d'extrême droite dont ce journal ? En quoi le combat de ce que fut ce libre penseur constituerait-il aujourd'hui une référence à la littérature révisionniste des temps modernes ? Mieux, eu égard à la dimension de l'homme et de son œuvre, mis à part les convictions et les contingences politiques d'antan, est-ce là le meilleur hommage que la postérité devrait-elle lui rendre ?
Evidemment chacun y va de son latin. A ce propos, un des rédacteurs de ce journal, donne sans conviction cette réponse. " Le nom de Rivarol a été choisi en 1951 (plus de 20 ans avant la naissance du Front national) parce qu'il fustigeait la révolution mais aussi le système et la philosophie qui l'avaient accéléré et parce que l'essayiste était reconnu comme un excellent prosateur, incarnation de la réaction au meilleur sens du terme ".
Un chroniqueur littéraire estime que : " parce qu'aristocrate et défenseur acharné de la monarchie et de l'Ancien Régime, Rivarol a pu servir de référence à des partis monarchistes français (l'Action Française) et par delà, à des mouvements d'extrême droite ". Soit. A l'évidence, fût-il le pourfendeur le plus craint de l'ordre établi. Qui se piquait, disait-on, " d'impartialité " et " d'austérité ". Mais, il n'en reste pas moins simpliste d'assimiler, par quelque ascendance que soit, les pamphlets de saison de l'extrême droite par rapport à ce que fut ce grand homme de Lettres.
Au regard de cette littérature d'apologie de la haine, de la xénophobie et autres crimes de guerre que distille aujourd'hui un tel organe de presse sous une dénomination aussi emblématique que Rivarol, c'est certainement la pire manière d'honorer la mémoire de cet écrivain.

Et d'ailleurs en d'autres circonstances, sur l'usage abusif de l'œuvre des grands hommes, Rivarol observait de façon prémonitoire : " Des philosophes de génie avaient écrit pour corriger le gouvernement et les petits esprits qui les commentaient avaient mis leur œuvre à la portée du peuple " et ajoutait-il : " l'imprimerie n'est-elle pas l'artillerie de la pensée "... y compris la plus nuisible. Dioum Moussa





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