Numéro 2 - 2e trimestre 2004


Musique ivoirienne et francophonie.

Pendant une décennie, la musique congolaise est demeurée la matrice de la musique africaine en général. Force est de reconnaître que, à partir de l’année 2000, la musique ivoirienne, symbolisée par la lettre Z à Z (Zouglou – Zoblazo) a commencé, contre toute attente, à damer le pion à toutes les musiques de continent africain.

La raison essentielle : le succès mondial du titre « 1er gaou » du groupe musical « Magic System » sur fon de musique « zouglou » ivoirienne.

Le « zouglou » a donc, en l’espace de quelques années, conquis toute l’Afrique et l’Europe, fort de son code particulier issu de la langue de Molière et adapté au langage typiquement abidjanais. C’est la raison pour laquelle certains spécialistes de la langue française ont reconnu à sa juste valeur la contribution du « zouglou » au rayonnement de la langue française en Afrique. C’est donc un apport inestimable quand on n’est pas sans savoir que 50 % de francophones en 2010 seront africains. Le français se positionne ainsi pour devenir un concurrent potentiel de la langue du Shakespeare en Afrique en ce nouveau millénaire grâce à la musique.


Codé et social.

Revenons donc à cette musique « zouglou » qui caracole dans les hits africains et internationaux depuis quelques années. Il s’agit de « Magic system », cinq gamins issus de quartiers populaires de la ville d’Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire, qui ont composé une chanson intitulée « Premier gaou » pour mettre en exergue l’opportunisme des « mange-mil » d’Abidjan (NDLR : le lecteur non averti trouvera plus bas quelques éléments du code zouglou). Voici les phrases de cette chanson chantée en français en s’appuyant sur le code « zouglou » : C’est ma galère que la go Antou m’a quitté. Quand j’avais un peu (ellipse pour dire « un peu d’argent ») on était ensemble à la rue Princesse aux mille maquis. Asalfo payait les poulets. L’argent est fini. Antou (diminutif de Antoinette) a changé de côté, wari bana, elle a changé de côté. Premier gaou n’est pas gaou, c’est deuxième gaou qui est gnata.

Il est à noter que dans le contexte ivoirien, les chanteurs de « zouglou » sont considérés a juste titre comme de véritables commentateurs sociaux.

Un phénomène.

C’est donc un véritable phénomène de société. Rien qu’à écouter la musique « zouglou », vous avez le miroir de la société abidjanaise. Dans les annales de la musique ivoirienne, le groupe musical « Magic system » est en train d’écrire l’une de ses belles pages sur le plan international avec 500.000 exemplaires vendus en Europe et fort de son récent duo avec l’artiste française Leslie. Pour clore ce parcours élogieux, le président de la république ivoirienne S.E. Laurent GBAGBO a décerné un prix dans l’ordre du mérite ivoirien au groupe « Magic System », premier prix décerné à un groupe musical ivoirien.

Code zouglou.

Maquis : restaurants-bars ivoiriens – wari bana : plus d’argent – gaou : ignorant, naïf – guata : ingénu – mange-mil : filles dévergondées de la ville d’Abidjan – la go : la copine  Yves TAPAY-BOUAZOU

  

Festival du film européen de Bruxelles 2004

Cette " édition 1" de l'événement cinématographique européen qui s'est déroulé au Flagey -cette ancienne et belle maison de la radio belge sauvée et ressuscitée- est en fait la deuxième, la première ayant été appelée l'édition zéro. Que l'on se rassure; la suite sera plus simple!

Rappelons que le Festival du Film de Bruxelles devenu "européen", a repris en 2003 avec une nouvelle équipe et de nouveaux objectifs: découvrir de jeunes talents issus des pays du Conseil de l'Europe. De plus, la programmation ne retient que les premières et deuxièmes oeuvres de ces cinéastes.

Dominique Jane, directeur et co-responsable de la programmation nous déclare que le Festival 2004 "se décline sur un mode tantôt hilare, tantôt émouvant, également attachant, distrayant, fascinant et intrigant". Et, j'ajouterais -c'est également l'impression de plusieurs confrères- aussi un mode tragique, si l'on considère le nombre de films où frappe la mort, par guerre, meutre ou suicide! Donc, des oeuvres fortes, où non seulement le "happy end", mais également l'idée du bonheur classique semble avoir été évitée.

Parmi les instances qui ont soutenu ce festival (on dirait, en franglais, les sponsors), nous trouvons la Communauté française de Belgique Wallonie-Bruxelles. Parmi les oeuvres soutenues, signalons "Folie Privée" de Joachim Lafosse, un film belge  entièrement tourné caméra à la main, ce qui permet au spectateur de se sentir dans l'action. Emouvante scène finale: la mort du fils. C'est également la mort accidentelle d'un enfant, et le travail de deuil qui est le thème de l'excellent film "Des Plumes dans la Tête" de Thomas de Thier avec notamment l'excellente actrice Sophie Museur. Cette oeuvre dramatique, également de Belgique, se déroule en terre wallonne. "Aaltra" est une autre réalisation de Belgique, où on retrouve parmi les acteurs, notamment le co-réalisateur Benoit Delépine, Benoit Poelvoordde et notre célèbre Noël Godin.Et, bien sûr "Cinéastes à tout Prix", de Frédéric Sojcher, un documentaire en Wallonie profonde que je vous laisse découvrir.  On ne peut hélàs, faute de place, parler de toutes les réalisations de qualité. Mais on ne peut passer sous  silence "Sylvia", film britannique basé sur la vie dramatique de l'écrivain Sylvia Plath interprètée par Gwyneth Paltrow. Notons encore "Wild Side" (co-production France, Belgique,Angleterre), l'histoire d'une prostituée transsexuelle, 93 minutes de très bon cinéma. Et, bien entendu, l'oeuvre qui a reçu l'iris du meilleur film de la Compétition officielle, "Summer in the Golden Valley" (co-production Bosnie,France, Grande-Bretagne, Slovénie), une histoire quelque peu suréaliste, touchante et bien menée qui se passe l'an dernier à Sarajevo. Enfin, je vous conseille de ne pas rater "Deadlines" (franco-aglo-tunisien) où, à Beyrouth en 1983, en pleine guerre civile, un correspondant de presse ambitieux rencontre une belle photographe en courant sous les balles!

Disons encore que le programme Media de la Commission Européenne soutient aussi largement ce genre de manifestations de promotion d'un cinéma qui n'est pas sous la loi totale et exclusive du rapport immédiat. (box office). Rendez-vous donc au Flagey, à Bruxelles, pour le prochain Festival du Film européen en juillet 2005.  Théo  LOIR

 

Pathé Palace Cinéma

Le Gouvernement de la Communauté française a décidé de retenir le projet « Cinéma Palace » (ZENAB – Jean-Pierre DARDENNE, Luc DARDENNE, Eliane du BOIS, Nicole LA BOUVERIE et Patrick QUINET) pour la future affectation de l’ancien « Pathé Palace ». Ce « pôle de l’image et de l’audiovisuel » aura pour mission la mise en valeur prioritaire de la création (cinéma, vidéo, multimédia, …) et du patrimoine audiovisuels de la Communauté française de Belgique, de l’Europe, de la francophonie et de la création audiovisuelle mondiale indépendante. Il aura pour vocation de toucher de larges publics et de valoriser la dimension éducative et pédagogique, en complémentarité et collaboration avec les salles d’art et d’essai, la Cinémathèque royale et les écoles de cinéma.  Communiqué

 

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