Numéro 2 - 2e trimestre 2004


Vers une nouvelle percée du français en Extrême-Orient …

à condition que les « langues-o » refassent une percée chez nous !

Dans les années 80, avant que la « Communauté française de Belgique » ne soit vraiment active, et à fortiori opérationnelle, sur les autres continents, l’université flamande de Louvain envoya un lecteur de français (un assistant issu de sa faculté de philologie romane) dans une

Université de Chine populaire, qui avait fait un appel d’offre… auquel aucune de nos universités de langue française ne donna suite, université peu nombreuses du reste à développer en leur sein l’enseignement des langues orientales, celles bien sûr de l’Extrême-Orient, autres que les « classiques » arabes, hébreu, égyptien ancien, arménien, persan, etc.

Il y avait surtout des cours de « civilisation » chinoise, indienne, japonaise, à Bruxelles et Louvain. Depuis on a fait un peu de progrès. En France, la situation était meilleure grâce à la prestigieuse EFEO (Ecole française d’Extrême-Orient) qui mit au point une transcription romanisée de chinois faisant toujours autorité mais qui était (et reste) fort orientée (c’est bien le cas de le dire) vers les pays de l’Indochine où, malgré les guerres et l’inévitable rejet de l’héritage colonial, le français a fait souche et est même resté le premier pôle culturel français en Asie. En Chine, où l’influence française avait été fort présente, notamment, dans les provinces voisines de l’Indochine (Yunnan et Guangxi) mais également dans les grandes métropoles de l’est (Pékin, Tianjin et Shanghai) où la France avait eu de prestigieuses légations et concessions territoriales – on oublie parfois que même la Belgique eut une concession territoriale jusqu’en 1925, à Tianjin – ainsi qu’à Canton et Macao, au sud.

Au Japon, l’ouverture de l’empire à l’Occident entamé par l’empereur Meiji au 19e siècle, permit aussi à l’influence française de prendre de l’ampleur avec pour ambassadeurs culturels notamment Pierre Loti et Paul Claudel et jusqu’à nos jours, l’art de vivre français, plus confiné il est vrai à son prestige culturel et artistique, à sa gastronomie, à sa littérature, à la haute couture, aux objets de luxe et même à la chanson, qu’à ses performances économiques exerce un attrait indéniable sur les sujets nippons qui sont de plus en plus nombreux à s’inscrire au cours de langue de l’Alliance Française.

L’avènement de la Chine Nouvelle en 1949 a d’abord été très favorable à l’influence francophone, avec des noms aussi prestigieux issus de « l’ancien régime », que André Malraux et plus tard Alain Peyrefitte mais ce fut surtout grâce à l’action du général de Gaulle qui, sept ans avant que la Chine de Mao n’accède aux Nations-Unies, reconnut la république populaire au grand dam des « croquants et croquantes » d’Outre-Manche et d’Outre-Atlantique. Les retombées furent immédiates : le français fut considéré, à égalité avec l’anglais, comme seconde langue de l’enseignement. Des départements de français furent institués dans de nombreuses hautes écoles, dont bien entendu tous les instituts de langues étrangères. Le français garda une influence prédominante dans la diplomatie chinoise et l’information dirigée vers l’étranger tandis que Pékin renforçait son influence politique et économique dans tous les Etats francophones d’Afrique, complétant celle-ci d’investissements généreusement offerts (hôtels, routes, bâtiments publics) y compris dans les anciennes colonies belges.

Mais l’ouverture économique de la Chine au monde extérieur dans les années 80 et la mondialisation ont progressivement relégué le français au rang de langue culturelle et diplomatique au bénéfice de l’anglais international (qui est souvent resté un « anglais de cuisine », sacré langue des affaires qui, précisément, sont devenues le nouveau dogme de la Chine puissance émergente du 21ème siècle. L’anglais est donc resté la seule langue étrangère enseignée partout en Chine dès l’école primaire et un bilinguisme officieux, bien visible sur le plan de la signalétique, chinois-anglais s’est propagé partout.

Mais les francophiles chinois n’ont pas laissé tomber les bras et, en dehors des écoles de langues de l’Etat, l’enseignement du français en cours du soir connaît depuis une dizaine d’années un nouvel essor grâce, notamment, aux activités de l’Alliance Française, présente dans toutes les grandes villes et développant une politique active de formation permanente de

ses maîtres de nationalité chinoise. C’est ainsi que dans l’école de Pékin, volontairement maintenue dans un quartier central proche de Wangfujing (les « Champs Elysées » pékinois), les élèves de première année de chinois ont affaire avec une très dynamique professeur, journaliste de formation, Mme Hou Jian, venue naguère se perfectionner en français à Lille (Ecole supérieure de journalisme), à  Paris (Alliance Française) et à Bruxelles (Agence Belga). Grâce à cette école, de nombreux jeunes intellectuels chinois maîtrisent aujourd’hui, outre le chinois classique, la calligraphie , l’anglais … et la langue de Voltaire.

La mise en route de  gigantesques programmes d’infrastructuret d’accès aux cultures du monde liée à l’organisation des Jeux Olympiques de Pékin en 2008 donne un nouveau coup de fouet à cette filière libre de l’apprentissage du français, tout en revalorisant les départements de français des Universités chinoises.

Le moment paraît donc propice pour que, du côté de la communauté Wallonie-Bruxelles aussi, on s’intéresse davantage à l’Empire du Milieu, que ce soit en encourageant les partenariats au niveau des universités et hautes écoles, des ONG et même de l’APEFE (pour tenter des expériences de réintroduction du français dans l’enseignement primaire et secondaire). Le regain d’intérêt de la Chine pour la francophonie est évident, comme l’a montré le succès en février dernier de la visite du président Hu Jintao en France, et constitue donc une occasion à saisir. Notons à ce propos que la presse pékinoise n’ignore pas l’existence de l’UPF (un journaliste chinois s’est même fait membre de la section internationale) et, des contacts noués officieusement par nous-mêmes, il ressort qu’un échange d’informations sera perçu très positivement.

Un mot encore sur le Japon soucieux de conquérir plus d’indépendance vis-à-vis de son mentor historique que sont devenus les Etats-Unis et qui a été impressionné par le « niet » catégorique de deux pays francophones, la France et la Belgique, à la politique belliqueuse de G.W. Bush au Moyen-Orient : ici aussi on perçoit, notamment au niveau de l’enseignement privé du français, un nouveau souffle en faveur de la francophonie. Et, pour rester dans cette Asie qui devient le pôle moteur du monde, notons une revitalisation de l’intérêt des Indiens pour l’enseignement du français perceptible non seulement dans les régions proches  des anciens comptoirs français (Pondichéry et le Kérala) mais également des villes de moyenne importance disséminées dans tout le pays. Or, n’oublions pas que la population de ces trois seuls pays (Chine, Inde, Japon) représente 2,5 milliards d’habitants, soit près de la moitié de la population mondiale. Au 21ème siècle, c’est là que la francophonie doit être présente.  André BUYSE

 

Locuteurs(trices), à table !

On constate dans la région bruxelloise une demande croissante de cours de français basés sur la pratique et l’expression orale. Aussi, la Maison de la Francité avec la collaboration de People to People, organise-t-elle depuis janvier 2003 des « tables de conversation française » à l’intention des non francophones qui séjournent ou résident à Bruxelles et dans les environs.

Ces « tables »sont destinées à toutes les personnes, à partir de seize ans, qui désirent améliorer leur maîtrise du français parlé dont une connaissance élémentaire est néanmoins indispensable. Réunis autour d’une table de cinq à six personnes, les apprenants sont guidés par un(e) animateur(trice) de langue maternelle française. À chaque séance, un thème précis est proposé, emprunté le plus souvent à la vie quotidienne. Les séances ont lieu à la Maison de la Francité tous les jeudis de 18h30 à 20h, excepté les jours fériés et les vacances. Si vous parlez parfaitement le français et que vous aimeriez animer une table de conversation il suffit de prendre connaissance de la méthode appliquée et d’observer durant une ou deux séances un(e) animateur (trice) expérimenté(e). Vous pourrez ensuite vous « lancer » seul(e), en respectant le thème de la séance.

Renseignements: Mme Marie-Hélène Billwatsch Maison de la Francité 18, rue Joseph II -1000 Bruxelles (métro Arts-Loi) 02/219.49.33  Communiqué

 

Retour en haut de page