Numéro 1 - 1e trimestre 2004
 

Les maux des mots.


Aurait-on l’idée de porter deux chaussures différentes, sa chemise ou sa jupe à l¹envers, etc. Alors, pourquoi parler de la façon dont on ne penserait pas à s’habiller - ou devrait-on dire s’attifer? Nous avons déjà parlé ici de l’état de laisser-aller, pour ne pas dire du « je m’en foutisme » du parler aujourd’hui, mais aussi du délabrement de la langue écrite. Nous avons aussi mentionné l’effet désastreux qu’avait sur cette vague d’analphabétisme – osons appeler les choses par leur nom! – l’usage de plus en plus poussé d’une espèce d’idiome phonétique qui est le propre – on devrait dire le sale – du langage internet, sms, et autres espaces de mutilation linguistique. L’enseignement qui devrait être le bastion de la langue menacée est aujourd’hui au mieux l’instance qui baisse les bras, quand elle ne va pas jusqu’à ce cas vécu. Une mère confie à l’institutrice son souci de voir sa fille être aussi faible en orthographe. A quoi l’institutrice lui répond: « ne vous en faites pas madame, les autres font encore plus de fautes ». Avec un sourire satisfait. Celui de l’imbécile heureux!
De plus, ceux qui sont chargés de faire en sorte que « nos chères petites têtes blondes » ne deviennent pas des illettrés, n »aident pas à remédier à une situation déjà catastrophique. Ainsi, la « nouvelle orthographe » dépouille-t-elle encore un peu la langue de son âme, de son histoire et de l’étymologie qui fournissait une explication intéressante et utile . Par exemple, l’accent circonflexe qui rappelle ou révèle que dans hôtel, cet accent remplace le « s » de hostel; ou encore que maître vient de l¹ancien maistre (encore utilisé notamment en provençal).
Signalons aussi les directives de la Poste française exposées par notre confrère Claude Duneton (le Figaro du 26/2/2004). Ces fonctionnaires, qui sont plutôt hommes d’enveloppes que de lettres, voudraient la suppression pure et simple, dans les adresses des virgules, traits d’union, apostrophes, etc. Ainsi, on écrirait MAMADOU (pour M. Amadou) à la RUE DE LHOPITAL (rue de l’hôpital), parmi d’autres inepties du genre!

Alors, allons-nous, par immobilisme, laisser se poursuivre cette entreprise de démolition de la langue française? Ou allons-nous essayer, au sein de notre Union de la Presse Francophone, de réagir et de défendre cette langue que nous avons en commun?
Je pense qu’il serait sans aucun doute utile de faire savoir, en nombre important, à notre présidence que les Assises de l¹UPF devraient, en plus des questions de formation et de déontologie de la presse, aussi allouer un certain temps pour la défense de notre langue. Ce serait une première plus que bienvenue!  Théo LOIR

 

A l’initiative de l’UPF suisse

« La défense du français » contre l’américanisme

 

Le 11 avril prochain, l’on fêtera en Suisse le premier anniversaire d’une association créée par une dizaine de journalistes pour « la défense du français » face à un américanisme sans cesse plus envahissant. Parmi les figures de proue de cette action, nos amis Jean-Marie Vodoz et Daniel Favre qui n’ont cessé de porter le flambeau de la francophonie non seulement dans leur pays, mais aussi sur la scène internationale.

Mode ou snobisme: l’anglais d’outre-Manche ou d’outre-Atlantique ne cesse de consolider ses positions, comme de nombreux exemples l’attestent chaque jour. On imprime  fréquemment dans les journaux des termes comme « booster » au lieu de pousser ou propulser, « crasher » au lieu de s’écraser, « postpack » au lieu de colis postal, « task force » au lieu de groupe de travail, « CEO » au lieu de PDG, etc.

Une évolution d’autant plus inquiétante, que l’on constate en Suisse alémanique, une influence croissante de l’anglais, au détriment de l’allemand que l’on conseille cependant aux francophones d’apprendre avec plus de zèle. Un quiproquo linguistique qui sévit aussi dans notre pays où l’on encourage les francophones à choisir le néerlandais, comme seconde langue, de préférence à l’anglais auquel les flamands accordent la priorité.

 La défense du français n’est d’ailleurs pas incompatible  avec la connaissance de l’anglais dont personne ne nie le rayonnement. Il importe seulement de fixer un ordre des priorités et surtout de ne pas mélanger les genres. « Si une langue perd pied chez elle, a déclaré l’un des fondateurs du mouvement, son horizon se rétrécit très vite au point d’atteindre un point de non-retour et devenir minoritaire sur son propre territoire. »

Il importe donc d’adresser une mise en garde qui s’adresse à tous, y compris aux Français pas toujours vigilants face à la menace insinuante de l’anglais dans la vie quotidienne. Certes on peut avoir des appréciations diverses sur le péril existant. Mais il faut bien reconnaître qu’il n’y a plus place  pour l’indifférence ou l’ironie. « Le temps est venu de mobiliser toutes les énergies dans un sursaut de défense », ajoute un responsable de l’association.

C’est donc une véritable croisade qui est engagée, non pas contre des chimères, mais pour le maintien d’un héritage. Ce que confirme le linguiste Erich Weider qui constate que l’hécatombe des langues est un phénomène observable. « Si, dit-il,  des langues majeures comme le français et l’allemand ne sont pas menacées dans leur usage général, elles sont déjà moribondes sur le terrain scientifique... Il faut être sourd et aveugle pour ne pas se rendre compte de l’immense danger. »

« Défense du Français » a ouvert, comme il se doit, un site encore inachevé sur Internet (www.defensedufrançais.ch) Parmi les liens, on trouve les coordonnées de toutes organisations francophones de Suisse et des autres pays et, en prime, un courriel où chacun est invité  à donner ses appréciations ou apporter son grain de sel . Et en gens bien appris disons: Bienvenue à tous...  Pierre Bary

 

  

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