Numéro 1 - 1e trimestre 2004

 

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 19e Conférence ministérielle de la Francophonie

 Le Burkina Faso, hôte du Xe Sommet, prend la présidence de la Conférence ministérielle de la Francophonie

 

A l’occasion de la 19ème session de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), les ministres des 56 Etats et gouvernements de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) se sont réunis les 18 et 19 décembre à Paris, sous la présidence de Monsieur Ghazi El Aridi, ministre de la Culture du Liban.

Appelés à se pencher sur les dossiers politiques d’intérêt commun, les ministres ont adopté trois résolutions. Concernant la République centrafricaine, les ministres félicitent Abdou Diouf, Secrétaire général de l’OIF, pour avoir notamment soutenu la préparation du processus électoral et accompagné le Dialogue national. Ils invitent le Secrétaire général à poursuivre toutes initiatives « visant à accompagner les Institutions de la transition jusqu’à leur terme, en vue des élections ». Dans une deuxième résolution sur la Côte d’Ivoire, « s’inquiétant de la situation de la presse et des médias », les ministres francophones condamnent, « avec la plus grande fermeté, les exactions de toute nature, le recours à la violence (…)». Ils « demandent instamment aux ministres des Forces nouvelles de reprendre leur place à la table du gouvernement de réconciliation nationale » et invitent l’ensemble des Etats membres de la Francophonie à intervenir auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies et des Etats tiers pour « mandater une force internationale en vue d’appuyer la mise en œuvre intégrale de toutes les dispositions de l’Accord de Linas-Marcoussis, notamment le redéploiement de l’administration sur l’ensemble du territoire ivoirien et la mise en œuvre du Programme de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ». Enfin, à propos de la situation aux Comores, la Conférence ministérielle de la Francophonie « appelle les parties comoriennes à régler par le dialogue les conflits qui les divisent » afin de permettre à cet Etat membre de l’OIF de « s’engager, de manière démocratique, dans la voie du développement et de la lutte contre la pauvreté ».

Toujours dans le domaine politique, le Secrétaire général a présenté aux ministres les dispositions qu’il prendra pour la mise en œuvre, dès janvier 2004, du dispositif d’observation et d’évaluation permanentes des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone, en application des dispositions du chapitre V de la Déclaration de Bamako, adoptée en novembre 2000. Les ministres se sont également réjouis des projets d’unification des représentations hors siège par la création d’un corps diplomatique unique de la Francophonie.

La Conférence ministérielle de la Francophonie a également insisté pour continuer la mobilisation autour de l’adoption, à l’Unesco, d’un projet de convention internationale sur la Diversité culturelle. Elle encourage le Secrétaire général de l’OIF à intensifier la coopération avec les aires lusophones et hispanophones engagée depuis 2001, notamment autour du projet de Forum permanent sur le pluralisme culturel. Toujours sur le thème de la Diversité culturelle, les ministres ont adopté une résolution encourageant la Francophonie à s’investir davantage dans le développement de la capacité de production des contenus culturels et des expression artistiques des pays en voie de développement.

Les ministres ont salué la proposition du Secrétaire général de célébrer la mémoire du Président Senghor, à l’occasion du centenaire de sa naissance, en déclarant 2006 « Année Senghor ».

Par ailleurs, les ministres ont adopté les programmations 2004-2005 de l’Agence intergouvernementale et des quatre autres opérateurs directs de l’Organisation, assorties des mesures nécessaires pour la mise en œuvre des actions de coopération de la Francophonie multilatérale.

Concernant le projet de la Maison de la Francophonie, annoncé à Beyrouth par le Président de la République française, Monsieur Jacques Chirac, la Conférence ministérielle approuve les conclusions auxquelles le Secrétaire général est parvenu, en retenant les hypothèses qui réunissent, au stade actuel, les critères pertinents d’espace, de fonctionnalité, de prestige de centralité et de coût.

A quelques mois du Xe Sommet de la Francophonie organisé à Ouagadougou (Burkina Faso) les 26 et 27 novembre 2004 sur le thème : « la Francophonie, espace solidaire pour un développement durable », les ministres ont été informé des préparatifs en cours. Dans cette perspective, un Symposium sera organisé par l'Agence intergouvernementale de la Francophonie du 5 au 7 mai 2004, sur l'accès aux modes de financement du développement. Les conclusions de ce symposium contribueront aux travaux du Sommet de Ouagadougou.

A la fin de la Conférence, Monsieur Ghazi El Aridi, ministre libanais de la Culture, a transmis la présidence de la Conférence ministérielle à Monsieur Youssouf Ouédraogo, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la coopération régionale du Burkina Faso, pays hôte du Xe Sommet de la Francophonie.

Siégeant également comme Conférence générale de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), les ministres ont salué la grande qualité du travail réalisé durant les deux dernières années par l’AIF. En adoptant le budget et la nouvelle programmation pour 2004-2005, ils ont salué le renforcement de l’approche stratégique et la prise en compte effective de la dimension régionale. Les ministres ont réaffirmé la priorité qu’ils accordent à l’éducation et ont félicité l’Administrateur général pour les efforts déjà menés en faveur de ce secteur (pour rappel, le budget de l’Agence pour les programmes s’élève à 110 millions d’euros par biennum).  Communiqué

 

 

Le Campus numérique francophone de Dakar

« désenclave le savoir » au Sénégal

 

 « Du point de vue de l’équipement, il n’y a rien à espérer de plus », reconnaît Adrien Basse, étudiant en DESS d’informatique, à propos du campus numérique francophone de Dakar, qui met à la disposition des utilisateurs sénégalais une centaine d’ordinateurs connectés à internet.   Créé à l’initiative de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) et inauguré en octobre 2000, le campus enregistre une fréquentation quotidienne moyenne de 400 à 500 personnes, en majorité des étudiants.  

Dans les salles de travail, le matériel est entretenu. La ligne à haut-débit, d’une capacité de 1 mégabit, permet aux étudiants de réduire leur temps de recherche, pour 2.500 F.CFA (3,8 €) par mois. Des cours sont dispensés au campus numérique. Des formations informatiques sont adressées aux néophytes. Une poignée d’étudiants est aussi inscrite dans des universités occidentales, dont elle suit les cours à distance. « En ce moment, une dizaine d’élèves sénégalais sélectionnés par des universités occidentales soutiennent des diplômes supérieurs dans deux universités françaises », se félicite Thomas Noël, coordinateur technique régional. « Notre objectif est qu’ils soient entre 20 et 40 d’ici deux ans », ajoute-t-il.

Aminata Sakho Dème, documentaliste, accompagne dans leurs recherches les élèves qui le lui demandent. « J’ai accès à certaines bases de données. J’aide beaucoup les étudiants qui préparent leurs thèses, mais aussi certains professeurs, avant des congrès », remarque Mme Dème, qui suit l’aventure du campus numérique depuis ses débuts. « J’étais là en 1998, pour la pose de la première pierre du bâtiment. Cela évolue bien. Avant, on avait des problèmes de connexion, les gens étaient insatisfaits. Ce n’est plus le cas », constate-elle. La documentaliste effectue aussi des commandes d’ouvrages qui, moyennant 1.500 F.CFA, sont envoyés d’Europe vers le Sénégal.

Abdou Faye, étudiant en DESS de management des ressources humaines, apprécie ces facilités, qui permettent aux étudiants sénégalais de lire des livres qu’ils ne pourraient se payer. « Certains ouvrages coûtent 65.000 F.CFA (100 €). Je ne peux pas les acheter », remarque-t-il.

Le campus numérique facilite également le travail des enseignants, en mal de documentation. Professeur de linguistique à l’UCAD, Moussa Daff réalise en partie ses cours grâce aux textes qu’il trouve sur le réseau, sa « bibliothèque du savoir ». « Sans internet, je devrais me déplacer en Europe pour acheter les ouvrages. Maintenant, je peux donner des web-bibliographies à mes étudiants », se réjouit-il. Mais pour ce linguiste, internet reste avant tout un formidable moyen de communication, lui permettant de rencontrer d’autres professeurs ou encore de faire connaître ses travaux, qu’il publie dans une revue en ligne, Sudlangue. « En mettant des cours, des mémoires ou des thèses sur le réseau, le campus prouve que l’Afrique n’est pas un désert scientifique et peut échanger avec le Nord », estime le directeur du bureau Afrique de l’Ouest de l’AUF, Bonaventure Mve-Ondo.

Le centre, dont la vocation est de « désenclaver le savoir, essentiellement produit au Nord », selon M. Mve-Ondo, sert enfin d’ « incubateur d’entreprises » pour une équipe de jeunes diplômés sénégalais, à qui des facilités techniques sont accordées pendant 10 mois. « L’an passé, de jeunes diplômés ont monté ici une société de service. Ils étaient six au départ. Maintenant, ils ont quitté l’incubateur et ils sont trente », s’enorgueillit Thomas Noël.  Joris FIORITI – AFP

 

Les documentalistes très francophiles

des écoles roumaines.

 

Fichu coloré sur la tête, la petite tzigane lit Regard, nouveau mensuel francophone de Roumanie, sous l’oeil bienveillant de Corina, chargée du centre de documentation et d’information (CDI) de l’école de Seica Mare (centre du pays), fruit de la coopération franco-roumaine.

« Nous avons 370 élèves de 4 à 12 ans, de familles d’origine tziganes, hongroises, roumaines, qui aiment travailler ensembles au CDI, après la classe », explique dans un français parfait, Corina Stanila, jolie brune de 26 ans, qui est également l’un des 23 formateurs nationaux du nouveau corps roumain de documentalistes.

Cette institutrice, formée à la documentation avec plusieurs stages en France et en Roumanie, ne cache pas sa fierté de présenter son CDI flambant neuf, disposant de nombreux ouvrages et jeux en français, de TV, magnétoscope, ainsi que de cinq ordinateurs permettant aux écoliers de se connecter à des programmes pédagogiques sur internet.

En coopération étroite avec le ministère roumain de l’Education, Jacques Faugeroux, enseignant français spécialiste des CDI, est en passe de gagner son pari, initié en 2001, avec déjà mille CDI créés en 2004 en milieu rural, l’objectif étant de 2.700 centres d’ici 2007 en Roumanie, « au plus grand profit de la francophonie », dit-il.

« La plupart enfants de petits paysans, beaucoup d’élèves n’ont ni livre ni ordinateur chez eux et certains n’ont même pas la télévision », précise Corina, qui diversifie les activités de son CDI, en passant un accord avec un théâtre de Sibiu, la ville voisine et en participant chaque été, avec ses élèves, à une université d’été avec des enseignants venus de France.

Une autre tâche passionne Corina, l’implication des parents dans l’éducation de leurs enfants, ces derniers participant à des clubs de lecture au CDI, qui organise aussi des « devoirs à la maison », transformés en jeu familial.

 Le centre de Corina développe aussi les activités de recherches documentaires pour les élèves de 7 à 8 ans et participe à un projet de l’Union Européenne sur la lecture en milieu scolaire.

Comme tous les autres enseignants roumains devenus documentalistes, Corina attend avec impatience son nouveau statut, en préparation au ministère. Actuellement beaucoup d’entre-eux sont bénévoles dans leur CDI, dont ils s’occupent souvent en sus de leurs heures de cours.

Non loin de Seica Mare et Sibiu, un autre CDI a aussi ouvert à Mosna, dans l’école du village, blottie contre l’imposante citadelle saxonne datant du 14e siècle. Là aussi, le centre profite à quelque 400 élèves, en étant « un complément enrichissant de l’enseignement classique », selon son directeur.

Mais ce CDI attend encore le soutien financier promis par les autorités locales pour augmenter et renouveler son fonds de livres.  « Car les livres et documents vieillissent aussi et il faut un financement régulier pour le fonctionnement des centres », rappelle Jacques Faugeroux.  Yves-Claude LLORCA – AFP

 

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