Numéro 4 - 4e trimestre 2003


Francophonie:


Le Grand-duché de Luxembourg, pays francophone ou francographe ?

En 1855, quelques mois après la mort de son jeune auteur, parut dans la capitale belge le premier roman francophone écrit par un Grand-ducal : Marc Bruno. Profil d'artiste. Le romancier avait été étudiant en droit à l'ULB. Il relate la vie d'un jeune Ardennais monté à Bruxelles faire des études en médecine et se faire un nom comme peintre. Le roman commence par une évocation de la capitale du royaume fondé vingt-cinq ans plus tôt :

" La Belgique, pays d'art et d'industrie, offre ce singulier spectacle d'un peuple enthousiaste des grandes œuvres du talent et du génie, qui, - faute de confiance en lui-même, - accueille avec indifférence ou dédain les travaux de ses propres enfants. Bien loin d'encourager une jeunesse laborieuse et forte de sa foi, il faut, avant qu'elle croie en ses artistes, que l'étranger les proclame et les couronne. Ceci est vrai surtout en littérature. À tel point que c'est une chose hardie, pour peu qu'on ait une carrière à faire, que de signer, chez nous, un ouvrage d'imagination. "

Cet auteur, pionnier absolu, s'appelait Félix Thyes. L'expression " chez nous " qu'il emploie pour désigner la Belgique soulève la question de son appartenance nationale. Comme narrateur intradiégétique il se fait passer pour Belge. Un an plus tôt, en 1854, il avait publié son Essai sur la Poésie luxembourgeoise, où il ne laisse pas de doute sur sa nationalité et vante " ce pittoresque et féerique pays qui s'appelle le Grand-Duché de Luxembourg ". Bien plus, ce peuple possède une langue à la fois primitive et évoluée, tout à fait capable de produire des textes littéraires qu'il va analyser. Par contre, nous n'avons de lui que des témoignages en langue française, pas un seul mot en luxembourgeois qu'il parlait avec ses proches. Tout se passe comme si, pour raisonner sur les particularités nationales grand-ducales, il avait besoin d'un intermédiaire linguistique : la langue française. Pourtant, il affirme que " la langue est l'expression la plus caractéristique des peuples ". En 1854, une quinzaine d'années après l'indépendance politique de sa patrie, la perception de l'identité nationale pose encore problème. Thyes est décédé le 8 mai 1855 au n° 6 de la rue des Paroissiens à Bruxelles, en face de Sainte-Gudule. Un siècle et demi plus tard, les Grand-Ducaux ne se posent plus de questions sur leur identité nationale, au contraire des Belges.

Un pays bilingue par nécessité et par choix

C'est par nécessité économique, pour des questions vitales, que les Luxembourgeois sont devenus polyglottes au fil du temps, car l'ancien Duché de Luxembourg, puis Département des forêts a connu de nombreux occupants, certains de langue allemande, d'autres de langue française. Mais le français était depuis le Bas Moyen Âge la langue de la Cour et de la haute administration. Les différentes occupations françaises sous François Ier, Louis Quatorze, la République, le Directoire et l'Empire n'ont fait qu'accentuer le processus. Le français était d'emblée une langue réservée aux usages nobles, officiels, solennels, elle n'était parlée par le peuple que dans deux quartiers de l'ancien Duché, que le Luxembourg allait perdre en vertu de traités internationaux : la région de Thionville - le Luxembourg français - lors de la Paix des Pyrénées en 1659, la région d'Arlon - le Luxembourg belge - lors de la séparation d'avec la Belgique, en 1839. Depuis, ce qui reste du Grand-Duché, c'est le quartier naturellement germanophone, la langue luxembourgeoise étant dérivée en grande partie de l'allemand. Le luxembourgeois est un modeste dialecte francique mosellan de l'Ouest, assez éloigné, au départ, du français et érigé en langue nationale en 1984 par la Chambre des députés. Cette langue est parlée par tous les autochtones.

Langue de l'administration, de la Justice, de la législation, de la politique, le français n'est donc pas spontanément utilisé par le peuple. Au XIXe siècle s'y ajoute un autre paradoxe. La Révolution française qui a étendu ses réformes brutales au Duché de Luxembourg cédé par l'Autriche, a amené au pouvoir une nouvelle classe sociale : la bourgeoisie d'affaires. Elle imposera sa marque au jeune État luxembourgeois par une politique volontariste. En 1843, en effet, face aux visées par trop germanophiles que le roi grand-duc Guillaume Ier des Pays-Bas avait affichées, la haute administration luxembourgeoise impose la parité scolaire pour l'allemand et le français. Désormais l'enseignement fera apprendre, dès l'école élémentaire, deux langues étrangères au jeune Luxembourgeois, l'allemand et le français. La plus facile à apprendre, la plus proche de la koinê, de la langue maternelle, est l'allemand. Langue importante et utile à la bourgeoisie et même au petit peuple, car elle sert à faire ses affaires dans le cadre de l'Union douanière allemande (1843-1919), qui permet au Grand-Duché, heureux propriétaire de mines sidérurgiques bien exploitées, de rapidement s'enrichir. Mais, conscients d'un danger de germanisation trop grand, les Luxembourgeois corrigent le tir en misant parallèlement sur l'apprentissage de la langue française. C'est la langue de la bourgeoisie, des cafés, des prétoires, des salles de spectacle, la langue de la diplomatie, de la politique, de la galanterie, de la gastronomie aussi, de tout ce qui rend la vie élégante et belle.

Longtemps, jusqu'après la Deuxième Guerre mondiale, le français et sa culture serviront d'antidote aux Luxembourgeois patriotes qui veulent s'immuniser contre le virus du militarisme prussien ou, plus tard, des sirènes délétères du nazisme. Le phénomène ira en s'accélérant après la défaite française de 1870-1871 où les Luxembourgeois commencent à exprimer publiquement leur préférence culturelle pour la France et Paris contre l'Allemagne et Berlin. On le verra bien en 1871, quand Victor Hugo se réfugiera pour trois mois et demi dans le petit Luxembourg, qu'il pensait germanique. On entendra, sur son passage, crier " Vive la République ".

La sympathie du Grand-Duché pour la France se marque encore dans les milliers de liens qui se tissent entre les deux pays par l'intermédiaire des Luxembourgeois émigrés à Metz, Nancy, Reims, Bruxelles et surtout Paris pour y trouver un emploi, les femmes comme cuisinières ou soubrettes, les hommes comme concierges ou cochers. Il y aussi les artisans qui font leur Tour de France. À la fin du XIXe siècle, dix mille Grand-Ducaux vivent à Paris, important de France des expressions, des façons de vivre et de penser, une certaine philosophie. Grâce à ces échanges, à cette acculturation qui atteint même les couches populaires, la mentalité luxembourgeoise est durablement marquée. Le Grand-Ducal se distingue ainsi de l'Allemand. À peu près cinq cents mots d'origine française font partie du vocabulaire luxembourgeois le plus courant, mais adaptés à la prononciation locale qui accentue la première syllabe.

Les enjeux de la pratique francophone en Luxembourg se précisent encore au début du XXe siècle, alors que la IIIe République propose à l'Europe et au monde son image de pays des Droits de l'homme et du radicalisme social-démocrate. Cette idéologie séduit également les intellectuels luxembourgeois. Ainsi, en 1902, le jeune écrivain francophone Marcel Noppeney fait commémorer dignement le centenaire de la naissance de Victor Hugo. À partir de ces fêtes se fonderont les sections locales luxembourgeoises de l'Alliance française qui veut promouvoir le français et sa culture et qui survit aujourd'hui dans les sections des Amitiés françaises ou le Club Richelieu. Ce mouvement concerne surtout la bourgeoisie luxembourgeoise, où il recrute des adeptes parmi les professeurs, les fonctionnaires ou les membres des professions libérales. Presque tous ont fait leurs études, en partie du moins, en France, beaucoup à Paris. Le droit luxembourgeois dérive du Code Napoléon et presque tous les juristes, qui ont longtemps fourni l'essentiel du personnel politique, ont été formés à l'Université française. Le Luxembourg d'avant la Grande Guerre est le théâtre d'un affrontement larvé entre l'Empire allemand, arrogant et économiquement puissant, et la République française, superbe, mais vaincue. C'est ce qu'a résumé le comte von Pückler, ambassadeur allemand en poste à Luxembourg au début du XXe siècle : " Avec l'Allemagne, le petit État avait conclu un mariage de raison, avec la France il entretenait une liaison amoureuse. "

La Grande Guerre va resserrer encore les liens entre la France et le Luxembourg occupé par le grand état-major prussien. En même temps, quelque trois mille Luxembourgeois vivant en France s'engagent dans la Légion étrangère, ne pouvant d'ailleurs faire autrement, sauf à risquer la prison française. En 1919, un mouvement révolutionnaire et républicain luxembourgeois manque de peu de gagner le référendum et de renverser la monarchie, tandis que des groupuscules annexionnistes réclament l'incorporation du pays soit dans la République française, soit dans le royaume de Belgique. Une majorité de citoyens réclame une coopération économique avec la France, qui ne veut pas d'eux, ce qui fait que le Luxembourg va se tourner vers la Belgique.

Dans ce contexte, l'on notera l'action du couple de mécènes constitué par Émile Mayrisch, patron de l'ARBED, puissant groupe sidérurgique luxembourgeois, et son épouse Aline Mayrisch-de Saint-Hubert, grande dame autodidacte qui fréquentait André Gide et les milieux de La Nouvelle Revue française. Après la Première Guerre mondiale, les Mayrisch reçoivent dans leur château de Colpach des dizaines d'intellectuels français, belges, allemands, italiens, en vue de ressouder l'Europe autour de la germanité et la francité.

La période de l'entre-deux-guerres est cruciale, alors que Hitler s'installe aux commandes à Berlin et que la France s'enivre des conquêtes du Front populaire. En vertu de l'équation qui veut que francophonie égale francophilie, ceux qui écrivent et parlent français se retrouvent au sein de la Société des Écrivains Luxembourgeois de langue française (SELF). Il faudra attendre l'après-mai-1968 pour voir de jeunes écrivains luxembourgeois montrer que la pratique de la langue française peut s'entendre en dehors de toute adhésion à la conception française de la vie, d'autant plus que la la culture d'affrontement pratiquée dans l'Hexagone n'est plus guère dans le vent.

Aujourd'hui, en fait, l'enjeu de la francophonie luxembourgeoise a changé de fond en cap. Il ne s'agit plus, ayant recours à la langue de Voltaire ou de Sartre, de plébisciter l'humanisme comme monopole français. Le français lui-même a perdu son statut de langue d'identification culturelle, il est devenu pour les écrivains - presque tous professeurs - langue de communication. On choisit le français pour ses qualités plastiques, pour l'admirable horizon de référence littéraire qu'il véhicule. Pour sa vocation à l'universalité aussi, bien que l'anglo-américain et le pragmatisme culturel qu'il infère, séduisent de plus en plus de gens : le modèle français semble à court de souffle, à l'instar de l'influence économique, politique et militaire de la grande nation.

La réconciliation franco-allemande initiée par le président de Gaulle et le chancelier Adenauer a rendu l'Allemagne fréquentable ; dorénavant le Luxembourg avait moins besoin de la France et du français, d'autant plus que le grand public regarde, avec moins d'efforts intellectuels, la télévision allemande, suit le championnat allemand de football plutôt que le championnat hexagonal. La Realpolitik à la française a aussi fait perdre des sympathies à la France, notamment en raison de l'implantation de la centrale nucléaire française de Cattenom sur la Moselle, à quelques kilomètres de la frontière.

Un autre phénomène s'est massivement développé ces vingt, trente dernières années. Dans certaines familles luxembourgeoises du XIXe siècle, on parlait français entre soi et l'on réservait l'usage de la langue luxembourgeoise pour la communication avec le personnel de maison, autochtone. Cette pratique du français (haut de gamme) n'a plus cours que dans les familles où l'un des conjoints est naturellement francophone. On observe en revanche une pratique francophone de milieu, voire de bas de gamme, pour les communications avec des dizaines de milliers de travailleurs immigrés de langue latine, des Italiens d'abord, aujourd'hui des Portugais. D'autre part il y a plus de vingt-cinq mille résidents français en Luxembourg, un chiffre avoisinant de résidents belges, sans parler de dizaines de milliers de frontaliers lorrains et belges qui viennent travailler dans les commerces, dans les PME artisanales, dans l'hôtellerie et la restauration. D'où un nouvel enjeu pour la langue française à Luxembourg : elle devient langue minimale de communication, avec tous les problèmes d'adaptation du code social que cela suppose. Ce qui sauvera le français à Luxembourg, c'est sa démocratisation, son utilisation par les masses populaires.

Une littérature francophone dans un milieu allophone

On a pu dire que cette littérature - la moins fournie des trois littératures nationales - résulte quasiment d'un miracle culturel dans un milieu qui ne lui est pas vraiment favorable. Dans la mesure où elle maintient globalement le purisme grammatical, lexical et stylistique depuis si longtemps en usage, la littérature luxembourgeoise d'expression française est en retard sur la réalité sociale, elle est devenue, avec panache il est vrai, un facteur conservateur. Même les meilleures plumes actuelles n'arrivent pas à intégrer les formes nouvelles de la pratique du français.

Mis à part les quelques écrivains déjà cités, on notera les noms du poète expressionniste Paul Palgen, qui fut ingénieur sidérurgiste à Liège, et surtout, pour l'après-guerre, Edmond Dune (1914-1988), né à Athus d'un père grand-ducal et d'une mère originaire des Ardennes belges. Ancien légionnaire étranger, journalise à Radio-Luxembourg, poète et dramaturge (Les Taupes, Basse-Yutz, 1955), c'est un amateur de langage dépouillé et symboliste, promoteur de l'homme nu, sans les fards de la société. Il veut donner un sens plus pur aux mots de la tribu (Poèmes en prose, Ottawa, 1973) et, tout en reniant tous les réflexes nationalistes ou chauvins, est en proie à un flottement identitaire. De son vrai nom, il s'appelle Hermann, patronyme fréquent dans le Luxembourg belge et grand-ducal. Voilà pourquoi, entre autres, il se choisit un pseudonyme à consonance latine, Dune, qui évoque aussi le désert, et effectivement il sera légionnaire au Maroc. Mais dans les sables, alors qu'il porte le képi blanc, il se choisit un autre nom d'emprunt, il se fait appeler Hugues Dardenne, retrouvant par là ses origines. C'est dire qu'il porte en lui l'amour, à défaut d'un pays, d'une région. Il aimait préciser : " Ma vraie patrie est la langue française. " Albert Borschette (1920-1976) publie en 1959 à Aalter (B) son seul roman : Continuez à mourir. Dans ce récit mouvementé, ce haut fonctionnaire européen donne une image parfois choquante de certains de ses compatriotes grand-ducaux pendant la Seconde Guerre mondiale.

Les prosateurs grand-ducaux de langue française les plus en vue actuellement : le diariste lyrique Lambert Schlechter (Ruine de Parole, 1993 , Partances, Bordeaux, 2003), le romancier Jean Portante, qui vit à Paris (Mrs Haroy ou La mémoire de la baleine. Chronique d'une immigration, 1993, Mourir partout, sauf à Differdange, 2003), lequel illustre la quête identitaire des Italiens immigrés au Grand-Duché, mais aussi les questions d'écriture, le romancier Jean Sorrente (Le Vol de l'aube, 1995, Et donc tout un roman, 2002), qui retrace la saga de sa famille appartenant à la bourgeoisie aisée et esthète habitant les cantons belges rédimés. Comme poètes, l'on retiendra Jean Portante encore (Effaçonner, 1996), Nic. Klecker (Dans le Désert du temps, 1987) et René Welter (Silence Sarcophage, Ayeneux, 1991). Parmi les femmes, il faut rendre hommage à la prosatrice Rosemarie Kieffer (1932-1994, Les fleurs ont froid, 1993), aux poétesses Anne Berger (Clair de Toile, Paris, 1982), José Ensch (Dans les Cages du vent, 1997) et Anise Koltz (Chants de refus, 1995, L'Avaleur de feu, 2003). Née d'un père belge, cette dernière pratique une écriture minimaliste où s'exprime un athéisme foncier doublé d'un humanisme ardent ; elle est lauréate du Grand Prix de littérature française hors de France Fondation Nessim Habif, décerné par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (1994). Elle a fondé les " Journées littéraires " de Mondorf qui ont lieu depuis 1962.

Mais, vu l'apprentissage essentiellement scolaire du français, le Grand-Duché reste un pays en réalité faussement francophone. Ses autochtones sont francographes plutôt que francophones. À force d'écrire et de parler français, beaucoup d'intellectuels luxembourgeois, sans jamais songer ni être réduits à renoncer à leur nationalité, ont cependant fait du français une seconde nature. Le principal enjeu de la pratique du français pour le Luxembourg est à chercher dans la sublimation de son esprit pantouflard et patoisant en accession à l'universel.

Les rapports littéraires entre les deux Luxembourg

Les littératures francophones des deux Luxembourg jadis unis sous les mêmes souverains, dans les provinces du Sud des Pays-Bas autrichiens d'abord, dans le royaume des Pays-Bas plus tard, se connaissent mal réciproquement. La sécession de la future Belgique en 1830 fut à cet égard un événement crucial. Pendant neuf ans encore, le Grand-Duché de Luxembourg, à l'exception de sa capitale orangiste qui resta fidèle au roi grand-duc hollandais Guillaume Ier - les baïonnettes de la garnison fédérale prussienne étant de puissants arguments de persuasion - allait faire cause commune avec le nouvel État libéral. Puis ce fut la rupture définitive, en 1839, avec l'abandon au Royaume de Belgique de ce qui était le dernier territoire naturellement francophone du Grand-Duché - à l'exception de l'enclave luxembourgophone d'Arlon et de ce qui allait devenir la Province belge de Luxembourg.

Depuis, les deux Luxembourg se sont insensiblement éloignés politiquement l'un de l'autre, tout en maintenant des contacts culturels ténus, la principale différence tenant au fait de l'autonomie politique du Grand-Duché et de la dépendance de la Province par rapport à un Bruxelles parfois lointain. Aujourd'hui, ce sont les liens économiques qui rapprochent de nouveau les anciens cousins.

Au point de vue de la création littéraire en langue française, cette situation a engendré des écrivains et des œuvres dont l'inspiration n'est pas du tout comparable selon qu'elle est vécue à Arlon ou à Luxembourg. Cela explique que les écrivains n'ont traité que peu de thèmes communs. La Belgique, et encore moins la Province de Luxembourg, n'a que fort peu stimulé les Grand-ducaux écrivant en français. Presque tous les écrivains nés avant 1940 voyaient Paris comme seul modèle culturel digne d'imitation. Les Luxembourgeois belges ont une certaine propension à donner dans le régionalisme, la littérature à thèmes folkloristiques ou ruraux. Seul Hubert Juin, à force de singulariser sa vision ardennaise et de l'arracher aux stéréotypes éculés, fait ici exception. La thématique de la rusticité est plus rare chez les Grand-ducaux. Les romans de Félix Thyes, de Nicolas Ries (Le Diable aux champs, 1936, Sens unique, 1940) et de Nicolas Konert (Folle Jeunesse, 1938) se déroulent certes pour partie à la campagne agricole et viticole et font l'éloge de la vie rurale, rousseauiste. Mais c'est assez atypique. En général, l'auteur francophone issu de la bourgeoisie aisée du Grand-Duché traite des thèmes citadins, à l'image de Joseph Leydenbach (Les Désirs de Jean Bachelin, Paris, 1948). Les personnages de ce directeur de la Banque internationale, romancier par vocation, sont des bourgeois qui ont des problèmes d'identité et traversent, tout comme leurs semblables dans les récits de Willy Gilson, des crises initiatiques. Les protagonistes de ces romans d'analyse psychologique doivent se définir par rapport à l'idéologie mercantile et matérialiste qui domine dans leur milieu et s'oppose à leur esthétisme inné. Le rêve d'une réunification des deux Luxembourg ou la nostalgie de l'union perdue ne se rencontrent chez nul écrivain grand-ducal de langue française, sauf dans l'Essai sur la Poésie luxembourgeoise de Félix Thyes (1854).

La grande famille des Luxembourgeois de la Province et du Grand-Duché n'a pas toujours fait l'économie d'un certain nombre de malentendus, de rivalités et d'indifférences. Les cent cinquante ans pendant lesquels les deux Luxembourg ont connu une évolution séparée ont fini par générer une " granducalité " certaine, qui s'oppose sur bien des points aux spécificités de la Province. La relative " provincialité " du Luxembourg indépendant, qu'il partage avec son homonyme belge, est cependant compensée par le cosmopolitisme obligé d'une capitale européenne, place forte financière de surcroît et siège de nombreuses institutions internationales, pays d'accueil de dizaines de milliers d'étrangers : leur statut politique interdit ce statut à Arlon et à sa région.

Mais rien n'empêche de cultiver ses différences et son ipséité culturelle pour mieux souligner la base commune. Frank WILHELM - Professeur à l'Université du Luxembourg


L'Autriche veut rejoindre la Francophonie

L'Autriche souhaite adhérer à la Francophonie en temps qu'observateur, a déclaré la ministre autrichienne des Affaires étrangères Benita Ferrero-Waldner, après avoir rencontré son homologue français Dominique de Villepin à Vienne. " Je suis francophone et francophile " et l'Organisation internationale de la Francophonie a un rôle politique de plus en plus grand, a expliqué Mme Ferrero-Waldner. " Je suis une grande amie de Boutros Boutros-Ghali et il m'a invité à ce que l'Autriche " pose sa candidature, a-t-elle dit. " En Autriche, il y a beaucoup de gens qui parlent le français et la langue a toujours une très grande valeur ", a encore déclaré Mme Ferrero-Waldner. Le français a longtemps été parlé à la cour impériale d'Autriche, un pays de langue allemande, et il reste bien enseigné dans les lycées, après l'anglais. Actuellement, l'OIF compte 56 membres - pas tous de langue maternelle française - parmi lesquels cinq observateurs : la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovénie et la Slovaquie. AFP



Appui commun pour une démarche partenaire

Le Commonwealth et l'Organisation internationale de la Francophonie appuient les pays ACP pour la négociation de partenariats économiques avec l'Union européenne


Abdou Diouf, Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a rendu visite, à Londres, au siège du Commonwealth où il a été reçu par par Don McKinnon, son Secrétaire général. Créées autour d'une langue et de valeur communes, les deux organisations travaillent ensemble depuis près de trente ans. L'OIF sera d'ailleurs représentée, lors du prochain Sommet du Commonwealth organisé au Nigeria en décembre prochain, par Cassam Uteem, ancien Président de Maurice.
Cette nouvelle rencontre à Londres a permis de concrétiser, par la signature d'un protocole d'accord, une nouvelle coopération entre les deux organisations. Dans le cadre de la négociation des partenariats économiques entre l'Union européenne (UE) et le groupe des pays Afrique, Caraïbe et Pacifique (ACP) prévues par les Accords de Cotonou, l'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF), opérateur principal de l'OIF, mettra en place avec le Secrétariat général du Commonwealth une plateforme d'experts en négociations commerciales. L'objectif du projet est de renforcer de manière systématique les capacités des pays ACP et des organisations régionales d'intégration économique concernées dans la gestion de leurs négociations des nouveaux accords de partenariat économique (APE) avec l'Union européenne d'une part et des négociations commerciales multilatérales au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) d'autre part.
Dans le domaine politique, Abdou Diouf et Don McKinnon ont d'emblée souligné que " la Francophonie et le Commonwealth partagent les mêmes valeurs et poursuivent les mêmes objectifs ". Les deux Secrétaires généraux se sont ensuite entretenus sur des questions d'actualité, notamment à propos de la Côte d'Ivoire et du Zimbabwe, ainsi que sur les interventions des deux organisations dans le domaine de la gestion des crises et de la démocratie. Parmi les missions et des objectifs en commun, les Secrétaires généraux ont notamment évoqué les domaines de la promotion de la démocratie, de l'Etat de droit et des droits de l'Homme, ainsi que le problème de la réduction de la fracture numérique, à la veille de la première phase du Sommet mondial sur la société de l'information, organisée à Genève du 10 au 12 décembre.
Dans le domaine de la coopération, la Francophonie avait déjà financé, l'année dernière, la traduction française du logiciel de gestion automatisée de la dette (CS-DRMS), développé par le Commonwealth, avant de mettre cet outil à la disposition de pays africains francophones. Cette coopération est appelée à se développer dans un avenir proche.
Le Commonwealth compte 54 Etats membres et l'Organisation internationale de la Francophonie compte 56 Etats et gouvernements. Sept pays sont à la fois membres de la Francophonie et du Commonwealth : Cameroun, Canada, Dominique, Maurice, Sainte-Lucie, Seychelles, Vanuatu. Communiqué

La 23e assemblée des maires francophones: un " échange " permanent entre élus

La 23e assemblée générale de l'Association internationale des maires francophones (AIMF), qui s'est tenue à Dakar, a été placée sous le signe de l' échange réciproque entre les villes du Nord et celles du Sud.

" Il est bien de se retrouver entre nous pour discuter des problèmes qui touchent nos villes (et qui) se présentent presque toujours sous les mêmes aspects. En nous réunissant, nous pouvons trouver des solutions que nous n'aurions pas imaginées ", expliquait le maire de Yamoussoukro (Côte d'Ivoire), Jean Kouakou Gnrangbé.
Les débats, auxquels ont participé 70 des 109 élus composant l'AIMF, ont été animés tant par les édiles des villes du Nord, plus développées, que leurs homologues du Sud, aux budgets plus limités.
" Toutes nos villes, quelles qu'elles soient, connaissent des difficultés communes: transport, sécurité, aménagements urbains, etc. ", remarque le maire de Bruxelles, Freddy Thielemans qui ajoute " on peut parler de cela, sans se considérer comme des étrangers les uns par rapport aux autres. Apprendre, c'est aussi comprendre l'autre "..
La réunion de Dakar a également abouti au financement de projets dans six villes africaines et différents domaines, pour un montant total de 282 millions de francs CFA (430.000 euros). Avec un budget de 3 millions d'euros, l'AIMF a décidé de financer la construction de centres de santé à Brazzaville (Congo), pour la lutte contre le sida à Ouagadougou (Burkina Faso) et pour l'accueil de réfugiés ivoiriens à Sikasso (Mali). Un centre socio-culturel à Saint-Louis (Sénégal), une mairie annexe à Bujumbura (Burundi) et un marché à Lubumbashi (République démocratique du Congo, RDC) seront aussi édifiés grâce aux subsides de l'association.
" Cela montre qu'il existe une solidarité dans le développement. Avec ces six projets, ceux qui ont plus le plus donnent à ceux qui ont le moins ", se réjouit Jean Kouaké Gnrangbé.
La rencontre de l'AIMF ne se limite cependant pas à un simple transfert de devises.
" L'aide est de moins en moins financière et de plus en plus axée sur la connaissance. Les maires d'Afrique se rendent compte qu'il y a un déficit de formation ", qui provoque " un certain nombre de problèmes, par exemple la corruption ", remarque Freddy Thielemans. De plus en plus, les villes aisées de l'Association contribuent donc à la formation en ressources humaines de leurs parentes plus démunies.
" Plus il y a d'échanges de savoir-faire, mieux je me porte ", lance Bertrand Delanoë, rappelant que la mairie de Paris reçoit un nombre important de stagiaires, " pas seulement de la Francophonie, mais de partout dans le monde ".
Le maire de la capitale française, principale contributrice de l'AIMF, ne se considère toutefois pas comme un " père Noël ". " Je suis venu ici pour qu'on apprenne en commun les uns des autres ", martèle-t-il.
L'assemblée générale de l'Association reste un moyen privilégié de maintenir la Francophonie vivace, assurent ses membres. " La langue française est un dénominateur commun entre tous les maires présents. Il est naturel qu'en tant que citoyen d'un pays francophone, je participe à des réunions francophones ", souligne le président du conseil municipal de Bizerte (Tunisie), Moncef Ben Gharbia.
L'AIMF a été créée en mai 1979 à Québec (Canada) à l'initiative de Jacques Chirac, alors maire de Paris. Son but est d'assurer la coopération dans tous les domaines d'activité municipale entre les villes francophones. Joris FIORITI - AFP

Les journalistes bulgares et la Francophonie

Clôturant la série de manifestations officielles de la Section bulgare de l'U.P.F. pour 2003 une rencontre a été organisée à l'Institut français de Sofia et consacrée au 10e anniversaire de l'adhésion de la Bulgarie à l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Une trentaine de journalistes francophones de différents médias ont débattu sur le thème " La Francophonie vue et vécue par les journalistes bulgares ".
L'invité d'honneur de la réunion était Dr. Jeliou JELEV, Président de la République lors de l'adhésion de la Bulgarie à l'OIF. De nombreuses personnalités, notamment du monde diplomatique, ont participé à cette réunion. où on a évoqué les racines anciennes de la Francophonie et de la francophilie en Bulgarie, découvertes par les journalistes bulgares lors de leur travail professionnel ; comment la langue française nous a aidé en tant que journalistes couvrant des événements dans le monde entier mais aussi
comment voyons-nous l'avenir de la Francophonie dans une Europe en construction? Qu'est ce qui peut stimuler les jeunes journalistes bulgares d'apprendre le français? Guerguina Dvoretzka

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