Numéro 3 - 3e trimestre 2003


International
DIX ANS D'ECHANGES ENTRE LE VIETNAM FRANCOPHONE ET L'AGENCE WALLONIE-BRUXELLES
UN PARADIS FRANCOPHONE DU BOUT DU MONDE

DIX ANS D'ECHANGES ENTRE LE VIETNAM FRANCOPHONE ET L'AGENCE WALLONIE-BRUXELLES


A la veille d'une mission économique au Vietnam présidée par le Prince Philippe (12-17 octobre 2003), en fait la mission qui avait dû être annulée en mai dernier en raison de l'épidémie du SRAS, le représentant de la délégation Wallonie-Bruxelles au Vietnam, Zenon Kowal, a dressé a Hanoï le bilan des dix années de présence de l'agence francophone dans ce pays qui est, avec la Chine, celui présentant la plus forte croissance économique en Asie de l'Est.
En effet, le premier accord entre le gouvernement de la Communauté française de Belgique et la République socialiste du Vietnam avait été signé le 23 septembre 1993 à Bruxelles par MM. Michel Lebrun, alors ministre des relations internationales, et Dinh Phu Dinh, ambassadeur du Vietnam.
C'était un accord-cadre reprenant l'ensemble des compétences de la Communauté. Dès 1994 une " présence " permanente, qui n'était pas encore une délégation, fut installée au Vietnam par le biais de l'APEFE (Association pour la promotion de l'éducation et de la formation à l'étranger), laquelle y délégua dès l'origine une quinzaine de coopérants. Deux ans plus tard s'ouvrait une " vraie " délégation, qui fut d'ailleurs présentée, à l'époque, aux participants aux Assises internationales de la langue française de 1996 à Hanoï, en présence de plusieurs membres de la section belge de l'UPF. Cette délégation participa activement à la préparation du sommet de la francophonie de novembre 1997, à Hanoï également.
Dès 1998, la Région wallonne et la COCOF (commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale) furent associées aux sessions périodiques (triennales) de la commission mixte permanente Vietnam/Wallonie-Bruxelles. Ceci facilita la signature il y a juste un an d'un accord-cadre entre le gouvernement du Vietnam et les trois partenaires francophones belges officiels : Wallonie-Bruxelles, région wallonne, COCOF. Le premier fruit de cet accord fut une convention entre l'APEFE et le ministère vietnamien de l'éducation nationale.
Une nouvelle session de la commission mixte se tiendra en octobre prochain au Vietnam (pendant la mission princière). A l'ordre du jour : coopération dans le secteur touristique (favoriser des initiatives de " gîtes d'étape " et de " logements chez l'habitant), coopération universitaire, coopération culturelle (notamment l'aide remarquable du Musée Royal de Mariemont dans le cadre des normes de classement et d'identification des œuvres d'art du musée d'Histoire de Hanoï), autres aides à la formation (notamment dans les zones déshéritées du nord), contribution aux festivals européens de jazz et de musique contemporaine au sens large organisés au Vietnam, etc.
Notons que celle-ci saisira cette occasion pour faire encore " un peu de promotion au Vietnam…de " l'année Simenon " et de " l'année Jacques Brel ", la voix de ce dernier pouvant toujours être entendue dans des discothèques et restaurants en vogue dans tout le Vietnam. Ainsi, nous n'oublierons jamais être entrés dans un restaurant gastronomique de Hoi An (un port pittoresque près de Da Nang) simplement parce que à 40 degrés à l'ombre sous les palmiers résonnait de manière quelque peu surréaliste la chanson de Brel " Il neige sur Liège. Nous n'avons pas manqué, par la suite, de faire parvenir au patron de l'établissement un lot d'enregistrements d'autres chanteurs belges…dont " Tombe la neige " d'Adamo.
L'Awex, conduit par son directeur général Philippe Suinen, sera bien entendu membre de la prochaine mission Prince Philippe à Hanoï, laquelle visitera Hanoï (la capitale), Hai Phong (le grand port du nord) et Hô Chi Minhville (l'ex-Saïgon, au sud, où nos fabricants de chocolats s'efforcent de pénétrer le marché). Cette mission sera d'ailleurs l'occasion d'ouvrir une " Chambre de commerce belge au Vietnam " baptisée BELCHAM. André BUYSE






UN PARADIS FRANCOPHONE DU BOUT DU MONDE


En matière de paysages, d'histoire et de mœurs, les comparaisons entre pays sont rarement raisonnables. Oser un parallèle entre la Belgique d'une part et le Vanuatu qui se trouve, cul par-dessus tête exactement à l'opposé de la planète, ce n'est pas de l'audace, c'est de la pure témérité.
Dix millions d'habitants contre deux cent mille, autant d'îles là-bas qu'il y a de communes chez nous, des visages plutôt pâles sous des cieux variables au bord d'une mer plutôt froide ici, alors que là bas au bord de lagons ensoleillés, des visages bronzés et souriants se nourrissent de tous les fruits du paradis sans même le souci de devoir les planter.
Et pourtant, ces deux pays pratiquent chacun deux langues internationales, et d'innombrables idiomes locaux. Au Vanuatu, cent ans de condominium franco-britannique a appris aux gens du cru toutes les subtilités de l'équilibre entre les langues et ce qu'elles gouvernent.
Il a fallu l'indépendance en 1980 des Nouvelles-Hébrides, comme le pays s'appelait jadis, pour qu'il n'y ait plus qu'une seule prison, qu'une seule police, et qu'un seul tribunal, pour ne citer que ce pouvoir là.
Les délinquants préféraient d'ailleurs la prison française parce qu'on y mangeait mieux, et qu'un écriteau à la porte y indiquait : " On est prié de rentrer avant huit heures du soir ".
Il n'y a pas là-bas, comme chez nous, une concurrence entre œuvres laïques et confessionnelles, mais plutôt un clivage catholique/protestant, qui date de la moitié du 19ème siècle.
Les ni-vanuatus, comme on les appelle, ont, semble-t-il, bien maîtrisé cette double tutelle politique et religieuse, avec un penchant certain pour la francophonie catholique. Non pas que celle-ci soit la plus nombreuse, mais parce qu'elle a acquis un certain caractère élitaire ces dernières années. Au lendemain de l'indépendance, les presbytériens anglophones, appuyés par les grands frères tous proches du Commonwealth, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, gagnèrent les élections, et, osons le dire, persécutèrent un peu et même parfois beaucoup les francophones qui avaient été battus à quelques dizaines de voix près.
Les administrations ont perdu peu à peu leur caractère bilingue, de même que la signalisation routière, l'enseignement officiel, et finalement la vie de tous les jours.
Les francophones ont réellement résistés. Ils ont appris l'anglais pour survivre, sans perdre leurs références francophones, en menant sur le plan politique une opposition perspicace mais constructive.
Cette mobilisation a forgé les caractères et bien meublés les esprits. Intellectuellement, mais aussi dans le monde des affaires et dans le tourisme, les francophones reviennent en tête du peloton, ne fut ce que parce que eux sont tous au moins quadrilingues : par le français, l'anglais, et une ou deux des cent dix langues régionales du pays ; s'y ajoute le bichlamar, sorte d'anglais dégénéré, métissé de quelques mots de français et de chinois.
Ce sabir risque de devenir la langue unique des anglophones. Prononcé avec l'accent australien, il serait incompréhensible dans les rues de Londres ou sur la malle Ostende Douvres, si elle existe encore.
Dernier signe positif, le 9 juillet dernier, a été fondée l'Association des Médias Francophones du Vanuatu. Ses trente sept membres ont organisé un buffet de produits locaux dont les bénéfices devaient permettre de publier les statuts au Journal Officiel.
La plupart de ces journalistes sont correspondants vers l'étranger ou travaillent à la radio et à la télévision. L'hebdomadaire La Presse est le seul support bilingue, mais le projet d'un quotidien en français est bien avancé. Il ne manque, faut il le dire, qu'un petit capital de départ… Simon-Pierre NOTHOMB

Légende des photos.
1) Entourant Rosita Nina Sinsau, correspondante de Radio Vanuatu en Nouvelle Calédonie, Alain Férion, journaliste de Port-Vila-Presse, Jean-Baptiste Calo, vice président de l'Association des Médias Francophone du Vanuatu, et Antoine Malsungai, journaliste à Radio Vanuatu.

2) François Aïssau, responsable des programmes francophones à Radio Vanuatu et l'auteur de ces lignes.