Numéro 3 - 3e trimestre 2003


Francophonie:


L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a publié, aux éditions Larousse, un rapport, préparé par son Conseil consultatif, sur la situation de la langue française dans le monde et sur les réalités francophones dans les domaines de l'enseignement, la culture, la communication et l'économie.

La nouvelle édition du rapport La Francophonie dans le monde, 2002-2003, préfacé par Abdou Diouf, a pour principal objectif de fournir aux spécialistes, mais aussi au grand public, des données quantitatives et qualitatives sur la vie de la Francophonie et en Francophonie. L'ambition est également de servir d'espace de synthèse et de mise en perspective d'événements et de problématiques nouvelles qui sont au creur des enjeux francophones. Ainsi, sur les 328 pages que compte le rapport, plus d'un tiers est consacré à la situation de la langue française dans le monde, tant dans les 56 Etats et gouvernements membres de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), qu'en dehors de l'espace francophone et dans les organisations internationales.
Le rapport rend compte de l'actualité francophone, avec le double souci de dresser un état des lieux et de saisir les évolutions dans les domaines suivants: l'enseignement, avec en particulier des informations chiffrées sur l'offre de français dans le monde; la culture, avec un exposé des débats sur la question de la diversité culturelle, et une vue d'ensemble de l'activité culturelle francophone; la communication, avec un panorama des médias nationaux en langue française d'Afrique subsaharienne continentale et des principaux opérateurs médiatiques de la Francophonie ; l'économie avec l'état des relations de coopération et de développement en Francophonie. L'ouvrage se clôt sur une bibliographie accompagnée de notes de lecture, tandis qu'un cahier cartographique permet d'embrasser d'un coup d'reilles réalités de l'espace francophone.
Le rapport, disponible en librairie depuis le 26 juin 2003 au prix de 18 euros, se veut un ouvrage de référence pour tous ceux -étudiants, chercheurs, décideurs, observateurs -qui souhaitent s'informer sur la dynamique de l'espace francophone, et apprécier l'étendue de ses réalisations. Fort de la rigueur des informations présentées, il constitue également un recueil indispensable de faits et d'analyses, destiné à orienter les choix politiques et stratégiques des responsables francophones.
Toutes ces données ont pu être recueillies grâce à une large diversification des sources d'information: outre les correspondants des pays francophones, les opérateurs de la Francophonie et les postes diplomatiques français dans le monde, les ONG, les associations, ainsi que différents organismes publics ou privés actifs dans le domaine ont été également mis à contribution.
La présentation du rapport est disponible sur le site www.francophonie.org/ccf/Publications


L'ETAT DU FRANÇAIS DANS LE MONDE


175 millions de francophones dans le monde dont 65 millions de francophones partiels. Le français conforte ses positions au Maghreb en général et en Afrique subsaharienne quand l'environnement éducatif s'y prête. ..En revanche, il peine à s'imposer en Europe de l'Est et dans les organisations internationales. ..Le français est d'ailleurs rarement en situation de monolinguisme et sa promotion passe par celle des autres langues. En conséquence, la coopération entre les grandes aires linguistiques s'intensifie mais les évolutions sont très différentes selon les pays.

Au Cameroun, le français progresse, au détriment de l'anglais (2 700 000 francophones soit 18% de la population et 4000000 de francophones partiels soit 26,8%). Au Gabon, la fonction de langue vernaculaire est assurée par le français: 1 100 000 francophones (91 ,6% de la population). Au Liban, le français est toujours solidement implanté en milieu scolaire et améliore ses positions dans la presse. La Mauritanie réintroduit le français dans l'enseignement tandis qu'en Tunisie la place du français se consolide. En revanche, des facteurs négatifs sont relevés dans d'autres pays, notamment en Afrique subsaharienne du fait principalement de la dégradation du système éducatif, et en Europe de l'Est où la promotion du français reste difficile.
Il convient cependant de distinguer les francophones -capables de faire face, en français, aux situations de communication courante- et les francophones partiels -qui ont une compétence plus réduite en français mais peuvent néanmoins communiquer dans un certain nombre de cas.
Ainsi, la Côte d'Ivoire compte 3 535 000 francophones et 6 400 000 francophones partiels.
En effet, si le français est langue officielle dans 28 Etats membres de l'organisation internationale de la Francophonie, il coexiste aussi, le plus souvent, avec d'autres langues, officielles ou non. Ainsi, en Suisse, on ne dénombre pas moins de quatre langues officielles, tandis qu'au Sénégal, à côté du français unique langue officielle, 6 langues natales sont reconnues comme nationales.

L'anglais international.
Autre sujet sensible: la place du français dans les organisations internationales. L'anglais bénéficie du fait qu'un nombre croissant d'États de l'ancienne Union soviétique ont désormais tendance à s'exprimer dans cette langue. En 2001, par exemple, le pourcentage de discours prononcés à l'Assemblée générale des Nations unies était de 52% en anglais, 14% en français, 10,5% en l'espagnol, 10% en l'arabe. 4% en russe, 0,05% en chinois. Quant aux documents originaux de la Commission européenne, ils ont été rédigés à 57% en anglais, 30% en français, 4% en allemand. La Francophonie a donc mis en oeuvre un " Plan d'urgence pour la relance du français dans les organisations internationales " et un " Plan pluriannuel d'action pour le français en préparation de l'élargissement de l'Union européenne " .
La meilleure stratégie consiste cependant, sans aucun doute, à mettre l'accent sur le multilinguisme, et non plus seulement sur le bilinguisme, Une dynamique nouvelle fait donc progressivement coopérer entre elles les grandes aires linguistiques du monde. Depuis le sommet de Moncton, en 1999, la Francophonie intensifie ses liens tant avec l'Hispanophonie et la Lusophonie, qu'avec l'Arabophonie, le Commonwealth ou l'espace russophone. ..Lobjectif à court terme est de rassembler le plus grand nombre de voix pour l'adoption, par l'Unesco, d'une Convention destinée à garantir la " diversité culturelle ".
Quelques projets concrets en chantier entre Francophonie, Hispanophonie et Lusophonie : l'élaboration d'un système commun d'observation et d'intervention pour défendre le plurilinguisme au sein des organisations internationales; la création d'un observatoire des langues et des cultures des trois espaces dans la société de l'information; l'organisation d'un congrès mondial sur l'e-éducation dans la perspective du sommet mondial sur la société de l'information, dont le second volet se tiendra à Tunis en 2005.


ENSEIGNEMENT ET DIVERSITE

La place et les conditions de l'enseignement du français dans le monde sont contrastées. Au niveau secondaire, 761185 élèves étudient en français au Liban, 553398 en Mauritanie et 291 477 au Sénégal. Au Canada, 324495 élèves non francophones sont accueillis en français dans des classes dites d'immersion. Les enseignants de ou en français sont, aux niveaux primaire et secondaire, près de 87000 au Québec, de 47000 en Côte d'Ivoire, environ 20 000 en Communauté française de Belgique... Les stratégies à développer ou à mettre en place pour promouvoir l'enseignement du français doivent donc être adaptées à son contexte. L'une d'elles consiste à prendre en compte la langue natale de l'élève. Autres secteurs privilégiés d'intervention : l'éducation des filles, l'alphabétisation des adultes et la lutte contre /'illettrisme.

Si, de toute évidence, le français ne peut rivaliser avec l'anglais en terme de nombre d'apprenants, force est de constater que le français obéit également à la loi du marché: pour augmenter l'offre, il faut susciter la demande.
Parmi les facteurs encourageant le choix de l'apprentissage du français figure toujours l'image positive qu'il véhicule comme langue de culture comme c'est le cas en Asie et au Maghreb. S'ajoute à cela la politique de diversité culturelle menée par la Francophonie, qui semble de plus en plus correspondre au besoin de dialogue entre les civilisations. La demande d'apprentissage du français, dans le réseau des instituts culturels et des alliances françaises, n'a, en effet, cessé de croître d'une manière importante ces dernières années.
D'autres motivations sont apparues depuis plusieurs années, notamment liées à une nouvelle image du français envisagé comme atout dans une perspective professionnelle notamment dans le domaine commercial, des affaires, du tourisme et de l'hôtellerie, de la traduction et de l'interprétation. Le français est aussi intégré à de nombreuses formations continues des adultes. Par ailleurs, sur le plan pédagogique, la reconnaissance du savoir-faire francophone est incontestable. Ainsi, pour revaloriser les filières francophones en Egypte, une université française de formation supérieure de niveau international a été créée en octobre 2002.
Le contexte géopolitique, aussi, joue un rôle positif ou négatif important. La perspective pour certains pays d'intégrer l'Union européenne n'est pas sans effet sur la promotion du français. Ainsi, en Slovaquie, le gouvernement incite ses hauts fonctionnaires à l'apprentissage de la langue française. En Hongrie, un projet de coopération devrait permettre d'augmenter le nombre d'interprètes de conférence en français dans les institutions européennes. En revanche, la dégradation du système éducatif dans certains pays, en raison de la situation intérieure (crise politique et/ou économique), ne peut avoir que des conséquences funestes pour le français.
Nul ne saurait cependant contester que l'avenir de la Francophonie se joue sur le continent africain. Il suffit de considérer la répartition des francophones dans le monde pour s'en persuader. Les états généraux sur l'enseignement du français en Afrique subsaharienne francophone, qui se sont déroulés à Libreville en mars dernier, avaient pour objectif de réfléchir à l'urgence de certaines réformes éducatives. Il y fut rappelé l'importance d'accueillir l'élève d'abord dans sa langue natale afin de lui permettre d'aborder ensuite le français plus sereinement, comme c'est le cas notamment au Mali.


CULTURE ET CREATION

Des manifestations phares couvrent l'ensemble du champ culturel, et gagnent en public et en notoriété: Festival panafricain du cinéma et de la télévision, Marché des arls du spectacle africain, Francofolies musicales dans les pays du Nord, Francophonies théâtrales en France. .. Hors espace francophone, dans des pays aussi divers que le Mexique, la Hongrie ou la Norvège, les expositions et festivals (cinéma, théâtre, musique) centrés sur la Francophonie se multiplient. ..Une Francophonie qui se trouve aux avant-postes dans le combat pour la préservation de la diversité linguistique et culture/le du monde: lors du sommet de Beyrouth, les chefs d'Etat et de gouvernement ont ainsi salué la Déclaration de l'Unesco sur la diversité culture/le, et appuyé le principe de l'élaboration, au sein de cette organisation internationale, d'un " cadre réglementaire universel ".

Dans les Etats hors OIF, le rapport dresse un panorama des différentes manifestations francophones: Journées de la Francophonie, Fête de la musique, Lire en fête; concours de chanson française en Asie et en Amérique latine. Les représentations de spectacles bilingues couplant le français et la ou les langues du pays se multiplient; des données chiffrées permettent de dénombrer plus d'une centaine de spectacles francophones par an au Mexique, 200 manifestations culturelles tous les ans en Hongrie, et une multitude d'événements organisés par les alliances françaises en Inde. ..
Dans les Etats et gouvernements membres de l'OIF, des faits significatifs sont pointés: au Burkina Faso, par exemple, la structuration d'un véritable projet culturel se vérifie d'année en année avec la mise en place des outils adéquats: programmes de formation, encadrement législatif et réglementaire, ouverture d'établissements culturels, soutien à la production cinématographique. ..
Dans les pays du Nord, des manifestations régulières structurent la vie culturelle francophone: les Francofolies de La Rochelle en France avec ses déclinaisons au Québec, en Communauté française de Belgique et en Suisse; le festival cinématographique Vues d'Afrique à Montréal et le Festival international du film francophone de Namur; les Francophonies théâtrales de Limoges, la programmation du Théâtre international de langue française à Paris, le Festival international des langues françaises " Les météores " à Douai.


L'édition des auteurs francophones.
A la différence des littératures anglo-saxonne ou latino-américaine, la littérature francophone est encore, au début des années 90, considérée comme un genre minel)r, folklorique, peu ou mal connu des critiques littéraires français. Mais, signe des temps, le Magazine littéraire, évoquant la rencontre des " Etonnants voyageurs " à Bamako en février 2002, sonne " l'heure d'écouter tous les bruissements des littératures "périphériques" ". Témoin de cette percée, la Fnac a enregistré depuis cinq ans un net développement des ventes de littérature africaine.

Le panorama du cinéma francophone.
Au Maghreb, si les années 90 ont vu l'éclosion du cinéma tunisien, c'est au Maroc en ce début de 21 e siècle que les caméras se mettent en action. En Afrique subsaharienne, la situation est toujours très difficile pour le cinéma africain francophone mais on observe des initiatives porteuses d'avenir, et soutenues par l'AIF, comme la décision de création d'un Groupement d'intérêt économique entre distributeurs africains et d'un réseau de salles dans plusieurs pays du continent. En France, 2001 a été une année record pour le cinéma français à l'étranger.

Les polyphonies musicales.
Le succès de la " touche québécoise " se confirme: après le cinéma dans les années 70, c'est dans le spectacle vivant que s'exprime la créativité québécoise aujourd'hui. En Afrique, l'émergence d'industries culturelles constitue un fait marquant. En France, chanter en plusieurs langues est devenu un fait courant et rentable: depuis le milieu des années 80, les plus gros chiffres à l'exportation du secteur de la production musicale ont été réalisés grâce à des artistes francophones qui marient français et langues natales, comme Khaled.


MEDIAS ET COMMUNICATION

En janvier 2003, TV5 signe un contrat de diffusion sur le Japon et devance CNN et BBC World en audience sur l'Egypte; au même moment, RFI s'apprête à franchir le cap des 100 émetteurs FM dans le monde: la Francophonie dispose d'acteurs puissants qui confortent leurs positions dans le monde. ..En Afrique, après l'explosion des années 90 liée aux lois de libéralisation de la presse et de l'audiovisuel {1300 titres recensés au Cameroun en 1996 dont une quarantaine paraÎt encore aujourd'hui), les médias cherchent leur équilibre économique, mais aussi déontologique, dans un contexte rendu souvent difficile par les conflits. D'où l'exemplarité de la réussite de certains groupes, comme " Sud Communication" au Sénégal. A la veille du Sommet mondial sur la société de l'information dans lequel les francophones sont activement impliqués, une étude sur la place des langues latines sur Internet consacre la défaite du monolinguisme.

Qui sont les principaux acteurs de la Francophonie médiatique ? Quels grands chantiers ont-ils ouverts en 2002-2003 ? TV5 est aujourd'hui le troisième réseau de télévision planétaire après MTV et CNN. Radio France internationale (RFI) figure dans le peloton de tête des radios mondiales après l'américaine Vox of America (VOA) et la britannique BBC World. LAgence France Presse (AFP), quant à elle, se trouve avec Associated Press et Reuters parmi les trois grandes agences de presse mondiales.
Mais aux cotés de ces " figures de proue ", oeuvrent aussi d'autres télévisions (Canal France International, MCM International, Canal Horizons. ..), d'autres radios (Médi 1 ou Africa nO1), d'autres agences de presse (Panapresse ou Syfia) , des regroupements professionnels comme le Conseil international des radios et télévisions francophones (CIRTEF) ou les Radios francophones publiques (RFP), des associations comme l'Union internationale de la presse francophone (UPF), ou encore des organismes institutionnels comme l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. ..C'est l'ensemble de ces opérateurs que ce chapitre s'emploie à mieux faire connaître, en précisant leurs progressions, et parfois leurs difficultés à s'implanter dans des zones où le français a perdu du terrain, où la concurrence est forte, où les régimes sont peu enclins à libéraliser leurs ondes.

Tableau pour un sommet.

Le prochain sommet de la Francophonie se tiendra à Ouagadougou: l'occasion était donc bienvenue de dresser un tableau des principaux médias nationaux en langue française dans les pays d'Afrique subsaharienne continentale, membres de l'OIF. Presse écrite, radios, télévisions, sites internet sont passés en revue pour fournir un panorama d'ensemble, dont on a dégagé les évolutions, depuis les lois de libéralisation du début des années 90, jusqu'à la mise en place des instances de régulation de l'audiovisuel ou des observatoires de déontologie. Les difficultés économiques, aggravées en situation de guerre ou de conflit, sont lourdes et propices à tous les dysfonctionnements. Mais la réussite de certains groupes, comme Sud-Communication au Sénégal (2 journaux, une station de radio et ses 11 antennes régionales, une école de journalisme) témoigne de la vitalité d'un secteur qui s'efforce de surmonter ses handicaps.
Un développement particulier a été consacré aux technologies de l'information et de la communication (TIC), dans la perspective du prochain sommet mondial sur la société de l'information (Genève fin 2003, Tunis en 2005) où la Francophonie s'est fortement impliquée. Sont retracées les avancées de la Communauté francophone depuis le plan d'action défini en 1997 à Montréal, qu'il s'agisse de la mise en place du Fonds francophone des inforoutes, de la création de l'Institut pour les nouvelles technologies de l'information et de la formation (INTIF) et du Centre international francophone de documentation et d'information (CIFDI), ou du lancement des campus numériques (une trentaine de villes concernées aujourd'hui). Pour combler le fossé numérique toujours béant entre le Nord et le Sud, les francophones se mobilisent également au sein du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nopada/Nepad). Ce tableau est complété par les résultats d'une étude réalisée par l'ONG Funredes (soutenue par l'OIF) sur la place des langues latines sur Internet: 5,69% pour l'espagnol, 4,61 pour le français, 3,06 pour l'italien, 2,81 pour le portugais, 0, 17 pour le roumain -la présence de l'anglais étant estimée à 52%. La présence de l'anglais, qui dominait la Toile sans partage dans les années 80, est aujourd'hui estimée à 52%.


ECONOMIE ET SOLIDARITE

L'ensemble des pays membres de la Francophonie représente entre 9% et 10% de la population et des richesses mondiales. Lieu de rencontre des extrêmes, l'OIF accueille 24 pays les moins avancés (PMA) sur les 49 recensés dans le monde ainsi que deux membres du G8. ..Les pays membres de l'OIF sont des acteurs importants de l'économie avec 15,8% des exportations mondiales, dont une bonne part réalisée entre eux (en moyenne 23,5%). Ils reçoivent 14% des investissements directs étrangers (IDE) mondiaux. Ces pays forment un ensemble solidaire: les plus riches contribuent à hauteur de 14,13% de l'aide publique au développement (APD) totale versée par les membres du comité d'aide au développement de l'OCDE, essentiellement en Afrique; en moyenne, 41,25% de l'aide reçue par les pays de la Francophonie proviennent d'autres membres de l'OIF.

Ces chiffres n'ont évidemment de sens que replacés dans un contexte et une perspective: c'est ce à quoi s'efforce le chapitre portant sur l'état des relations de développement en Francophonie.
Si la présentation faite ici de données agrégées pour l'ensemble des pays membres de l'OIF (part des échanges mondiaux, de l'endettement, des investissements directs étrangers. ..) ne suffit pas à qualifier la Francophonie d'actrice à part entière de l'économie mondiale, certains éléments chiffrés démontrent néanmoins sa logique interne.
L'on s'aperçoit, par exemple, qu'une certaine intégration économique entre des groupes de pays francophones se manifeste au-delà des tropismes attendus.
L'on voit également qu'une solidarité particulière résiste à la baisse généralisée des sommes consacrées à l'aide au développement.
La grande disparité des niveaux de développement des pays membres de l'OIF, qui fait se côtoyer l'indice de développement humain le plus élevé avec le plus faible, n'est sans doute pas pour rien dans l'articulation exemplaire des politiques de coopération et de développement.
Comme montré dans ce chapitre, la Francophonie a contribué à faire émerger ou permis à ses pays membres d'épouser rapidement une nouvelle vision du partenariat pour le développement. En observant la prise en compte, par la communauté francophone, d'instruments nouveaux comme l'Ohada, l'Accord de Cotonou ou les cycles de négociations de 1'0 MC, l'on mesure l'atout que représente l'appartenance à cet ensemble, trop sommairement réduit à sa dimension purement culturelle.
L'exemple des synergies organisées entre le Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (Nopada/Nepad) et les programmes des opérateurs de la Francophonie vient également illustrer ce constat.
De même, les efforts de concertation, longuement présentés ici, avant et pendant les grandes réunions internationales, confortent la pertinence d'une dimension économique proprement francophone. Quelle autre explication à la création, en 2002, d'un Institut francophone de la régulation financière ? Quelle autre justification à la présence remarquée de la Francophonie lors du sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg ? Comment, enfin, expliquer autrement l'activisme des délégués francophones lors de la 90e Conférence internationale du travail, en juin 2002 ?
Conscients de la nécessité de donner une dimension politique à l'ensemble de ces initiatives pratiques, les chefs d'Etat et de gouvernement membres de l'Organisation internationale de la Francophonie ont ainsi retenu le thème du développement durable pour leur prochain sommet, à Ouagadougou, en 2004.
Les prochains rapports feront l'effort de préciser les éléments constituants d'une dimension économique de la Francophonie plus en relation avec les attentes des populations, du Sud notamment.{création de richesses et d'emplois).
De ce point de vue, la création d'industries culturelles représente une réponse. Il faudra donc en faire l'inventaire: déterminer les secteurs à appréhender {musique, édition, cinéma, mode vestimentaire, télévision, arts vivants, artisanat de service, de luxe. ..), dresser un état des lieux, s'inspirer des exemples qui existent en Francophonie {France, Canada, Québec, etc.).
De plus, cette approche économique correspond à la priorité donnée désormais à la notion de diversité culturelle et, partant, à l'échange interculturel et à la paix. Communiqué