Numéro 2 - 2e trimestre 2003


Journées européennes:

ACTIVE ET DISCRETE PRESENCE DE L'OIF
LES REPRESENTATIONS PERMANENTES AUPRES DES GRANDES INSTITUTIONS :
LA VISIBILITE DE LA FRANCOPHONIE


Prenant la parole lors de la séance de clôture des Journées européennes de l'UPF, José Luis ROCHA, ambassadeur de l'OIF près l'Union européenne évoque le rôle des représentations permanentes de la Francophonie. Une première réponse, toute simple, est celle de dire que les Représentations permanentes de l'OIF soutiennent l'action et la visibilité du Secrétaire général, dans sa fonction de porte - parole politique ainsi que d'animateur de la coopération multilatérale francophone. Les Représentations permanentes le sont auprès des grandes Organisations internationales avec lesquelles l'OIF coopère. A Bruxelles pour l'Union Européenne, à New York et Genève pour les institutions des Nations Unies et à Adis Abeba pour l'Union Africaine.

Dans la poursuite de leur mission, les Représentations permanentes agissent pour assurer une présence politique, diplomatique et protocolaire de l'OIF lors des manifestations de cette nature, elles interviennent dans la recherche et dans la communication de l'information réciproque sur des thèmes d'intérêt commun, elles travaillent en vue de garantir les concertations ou les partenariats souhaités ou demandés par l'une ou l'autre des parties.
Parallèlement, compte tenu du facteur proximité, les Représentations prennent part à toute une série d'activités ou soutiennent des actions locales, dans le but de faire ce que j'appelle " une gestion de la présence francophone ".
Pour ne citer qu'un exemple très opportun, la Représentation de l'OIF à Bruxelles soutient financièrement Fr@ncophonie-INFO, le Bulletin d'information trimestriel de la Section belge de l'UIPF et, en vertu de ce soutien, y exerce aussi un rôle de rédacteur pour certaines informations d'intérêt pour l'OIF.

Des organisations.

Mais cette réponse simple ne suffit pas. Comment présenter alors les relations entre la Francophonie et l'Europe ? Au-delà de leurs différences, ce que les unit et ce qui fait qu'elles peuvent avoir des intérêts et agir en commun dans la même direction.
D'un point de vue institutionnel, la Francophonie et l'Europe, sont l'OIF et l'Union européenne. L'une, Organisation internationale intergouvernementale et interrégionale de concertation et de coopération, l'autre, Organisation d'intégration régionale avec transfert de parcelles de compétences nationales vers un organe communautaire et où de larges parcelles relèvent encore de la méthode intergouvernementale telles la PESC, la justice et les affaires intérieures.
Les deux Organisations partagent trois membres en commun, et dans la perspective des adhésions successives, les pays européens membres et observateurs de l'OIF , au terme de ce processus, constitueront la moitié presque des membres de l'UE.
Il importe aussi de souligner trois éléments majeurs dans lesquelles les deux organisations se retrouvent et qui forment le fondement même de leur constitution organique ainsi que de leurs relations extérieures respectives.

Des valeurs.
Le partage de valeurs et principes de démocratie et des droits de l'homme constitue un socle sur lequel l'Union a été bâtie et sur lequel elle fait un préalable à l'adhésion de nouveaux membres ainsi qu'à ses relations d'association et de coopération avec les pays tiers. Or la Charte de la Francophonie ne dit pas autre chose et la Déclaration de Bamako adoptée en novembre 2000 sur le bilan et les pratiques de la démocratie dans l'espace francophone apporte la référence normative qui oriente désormais l'action de la Francophonie dans ce domaine.
L'Union européenne s'est construite aussi sur la base de la diversité linguistique et culturelle qui détermine d'une part le principe du multilinguisme appliqué au fonctionnement et à la communication dans ses institutions et, d'autre part, la reconnaissance que c'est dans la préservation de sa diversité culturelle que l'intégration européenne trouvera sa raison d'être. La Francophonie, pour sa part, communauté de 56 Etats et gouvernements venant d'horizons géopolitiques ayant en partage le français à côté des langues partenaires, apparaît, à cet égard, comme un authentique laboratoire de diversité culturelle et linguistique, auquel la Déclaration de Cotonou est venu apporter cohérence et orientation politique pour l'avenir.
L'Union Européenne a inscrit dans sa politique de développement les objectifs majeurs de combattre la pauvreté et d'aider les pays en développement à intégrer les marchés. Dans le même esprit, la Francophonie en tant qu'espace de solidarité et de développement, notamment pour le Sud francophone, poursuit une politique identique et qui concerne, pour une bonne partie, les mêmes pays que ceux visés par l'UE : les 30 pays membres du Groupe ACP qui le sont aussi de l'OIF, ainsi que les pays asiatiques francophones.
Sur un plan pratique ces fondements communs, voir ces croisements d'intérêts, déterminent les relations qui se sont développées jusqu'à présent aux plans de la concertation politique, de la médiation dans la gestion de conflits, de l'assistance électorale, de la langue française ainsi que de la coopération dans un certain nombre de domaines tels la culture, les TIC, les négociations commerciales, etc.

Aux journalistes.
Pour terminer, je souhaite vous interpeller dans votre rôle à vous, allais-je dire, dans le pouvoir qui est le vôtre de formateurs de l'opinion et également, d'écrire et de diffuser en français : la Francophonie mène un combat pour la langue française qui en est l'élément fédérateur. Ce combat il la place à trois niveaux : celui de sa maîtrise par l'enseignement, celui de sa place dans la communication internationale et celui de son rôle à côté des langues partenaires.
Comme langue de communication au sein des Organisations internationales, et en particulier au sein de l'Union européenne on le dit en recul. Les statistiques en donnent la mesure inquiétante. Plus que les principes qui déterminent l'obligation ou le devoir du multilinguisme ce sont plusieurs pratiques que y imposent le monolinguisme de fait. Sauvegarder la place du français en Europe amène à garantir sa pérennité au Sud, telle a été une des conclusions du 20 mars de l'année dernière. Vigilance politique, formation en français du public, de traducteurs et d'interprètes ainsi que, développement de contenus sur la toile, sont des moyens pour restituer l'utilité à la langue et donc son avenir. Et le rôle de la presse pour aider à cet objectif est important.
La Francophonie en adoptant la Déclaration de Cotonou, a consacré la primauté de la diversité culturelle, le dialogue des cultures et des peuples comme facteur de paix, la possibilité pour les Etats d'avoir des politiques de soutien dans ce domaine, traitant les biens et services culturels différemment des marchandises classiques. Or cette diversité là est menacée dans le cadre des négociations commerciales à l'OMC. La Francophonie prône en conséquence la nécessité d'un instrument international pour dire le droit dans cette matière. L'argumentaire que la Francophonie a élaboré dans ce but mérite une large diffusion avec l'aide de la presse.
La guerre contre l'Irak, n'est pas seulement une menace destructrice de l'intégrité territoriale et humaine de ce pays. Elle donne la mesure du fait que la gouvernance multilatérale du monde, difficilement en construction depuis la fin de la guerre froide marquée par la bipolarisation a été mise entre parenthèses en faveur d'une certaine conception unilatérale de la gouvernance du monde. La Francophonie avait par avance à Beyrouth, condamné cette guerre. Le Secrétaire général a dit à Libreville sa tristesse de voir cette guerre se déclencher alors que la voie des inspecteurs des Nations Unies était celle à privilégier. Se réclamer des valeurs de la Francophonie amène à dire combien la paix est meilleure que la guerre, le dialogue meilleur que la confrontation. Et là encore il faut proclamer haut et fort les valeurs qui sous-tendent la diversité culturelle, au cur du projet francophone.

Jose-Luis ROCHA
(Les intertitres sont de la rédaction)

Ce qu'ils en ont dit et retenu.

Guerguina Dvoretzka, Présidente de la section bulgare de l'U.P.F.
Journaliste à la Radio nationale bulgare

C'est avec plaisir que je reviens aux Journées européennes de la Presse francophones qui se sont déroulées en mars 2003 en Belgique. On peut juger du succès et de l'importance d'un événement par ce qu'il a laissé dans la mémoire des participants. Ce qui m'est resté de la manifestation organisée par la Section belge de l'U.P.F. est assez important.
Je commencerais par le souvenir qui j'ai gardé de la célébration de la Journée de la Francophonie le 21 mars au Palais Provincial. Les discours consacrés à la langue française étaient en parfaite harmonie avec l'ambiance solennelle et somptueuse du Palais qui coïncidait avec le sentiment que j'ai pour le français : je l'apprécie en tant qu'étrangère francophone comme une langue riche et de longue histoire. C'est pour ça que j'étais sincèrement touchée par le message des interventions que nous avons entendues lors de la célébration a Liège: de garder la beauté de la langue française classique que les néologismes parfois assombrissent.
Un autre moment délicieux c'était le parcours sur les traces de Georges Simenon à Liège. Un parcours à travers la ville et à travers le temps qui nous a permis de découvrir les lieux dont l'écrivain s'était inspiré pour écrire certains oeuvres connus dans mon pays la Bulgarie.
Je voudrais évoquer aussi l'impression inoubliable de l'exposition, consacrée à Jacques Brel que nous avons eu la chance de visiter à Bruxelles ce qui nous a permis de mieux connaître un des Belges les plus célèbres, amoureux de son "plat pays". C'était une promenade quasi-virtuelle, quasi-réelle dans sa vie et les sujets de ses chansons.
En tant que journaliste professionnelle je me suis réjouie de la possibilité lors des Journées européennes de participer aux débats sur l'avenir du journalisme francophone ainsi que de rencontrer et d'interviewer des personnes de grande valeur comme M. Jose-Luis Rocha, ambassadeur de l'Organisation internationale de la Francophonie près de l'Union européenne, des représentants des autorités liégeoises, du Campus de l'Université de Liège et- bien sûr- des collègues des autres sections de l'U.P.F. Un grand merci pour les souvenirs que ce séjour nous a laissés!