Numéro 2 - 2e trimestre 2003

Francophonie:

LA FRANCOPHONIE, LA MONDIALISATION ET L'ÉLARGISSEMENT DE L'UNION EUROPÉENNE EN DÉBAT À SOFIA.

Une kyrielle d'ambassadeurs et près d'une vingtaine de journalistes avaient répondu à l'invitation de la Section bulgare de l'Union internationale de la presse francophone (U.P.F.) le 25 avril 2003 à l'Institut français à Sofia.

Langue de travail: le français.

Au sujet de la mondialisation, la francophonie et l'élargissement de l'UE S.E.M.Kuhn Delforge, ambassadeur de France, a souligné que les sujets sont connexes quoique le lien entre eux n'est pas évident mais il va essayer de l'établir. Il a rappelé ce qu'est la francophonie: elle se caractérise par ses diversités. Le fait qu'elle soit répandue dans différentes régions du monde fait que les états francophones se caractérisent par des inégalités importantes de développement. Cette disparité est un inconvénient lorsqu'il s'agit de créer une synergie et d'avoir un mouvement commun. En revanche, c'est une grande source de richesse et facteur de représentativité des différentes composantes de notre monde. C'est un gage d'ouverture. Cette diversité de la francophonie nous préserve d'une francophonie forteresse, pour reprendre l'expression qu'on utilise parfois pour l'Europe-"l'Europe forteresse".

Tout dépend de notre réponse.
Le fait que la francophonie compte à la fois deux pays du G-8, mais aussi des pays africains parmi les plus pauvres du monde est un facteur de représentativité et de richesse des débats. En ce qui concerne la mondialisation il faut en parler sans crispation- ce n'est pas un phénomène contre lequel les pays francophones entendent lutter. En France un Français sur trois travaille pour l'exportation, la France est sans doute le deuxième, le troisième investisseur dans le monde. En revanche, il est légitime de mener un débat sur la mondialisation, car ce qui la caractérise c'est son ambivalence. Elle crée des richesses, mais accentue les disparités Nord-Sud tout comme au sein de chaque pays. Elle facilite les rencontres entre les hommes et les cultures, mais porte en elle aussi le danger de l'uniformisation. Elle libère les énergies, mais elle entraîne aussi des forces négatives qu'il convient de maîtriser.
La mondialisation ne peut plus être éludée dans le projet politique de la construction européenne. Elle soulève des enjeux considérables pour la démocratie: nous voyons bien que les forces économiques et financières qui sont à l'oeuvre grâce à la globalisation et la mondialisation sont supérieures en puissance et en influence à la plupart des états dans le monde. Autres problèmes, démocratiques en quelque sorte: est-ce que les institutions qui gèrent et réglementent les échanges économiques et financiers mondiaux ont toujours leur légitimité? Qui les contrôle? A qui doivent-elles rendre compte? La croissance économique est-elle capable de faire reculer la pauvreté? C'est de notre réponse collective que dépendra le sens créatif ou destructeur de la mondialisation.

Le monde est un village.

A mesure que le monde s'unifie les questions deviennent globales. On le voit bien avec l'épidémie de SRAS, l'instabilité financière, les inégalités de développement, le crime organisé. On a le sentiment que notre monde a de plus en plus besoin de normes et d'organisation. Voilà pourquoi des règles sont indispensables, négociées et acceptées par tous.
S.E. M.Kuhn Delforge a distingué les aspects économiques et sociaux d'une part et d'autre part les conséquences culturelles de la mondialisation et de la globalisation.
C'est sans doute la sphère financière qui est la plus globalisée de toutes les activités- ce qui ouvre un champ illimité à la corruption, a la criminalité financière, au blanchiment de l'argent et au financement du terrorisme. Des règles sont indispensables.
La mondialisation soulève aussi la question du développement durable et celle de la solidarité. Pour éliminer la pauvreté les pays en développement s'engagent à mener des politiques saines et les pays riches s'engagent à ce que les ressources nécessaires à leur développement ne leur fassent pas défaut. En marge du Sommet de Johannesburg l'année passée les états francophones se sont réunis et leur action était utile pour faire progresser ces idées qui sont au coeur même de la réflexion sur la mondialisation. Cependant on avance trop lentement: le protocole de Kyoto n'entre toujours pas en vigueur alors que les changements climatiques se produisent sous nos yeux, la Convention sur la biodiversité a peine à s'imposer alors que les espèces naturelles disparaissent, les OGM (organismes génétiquement modifiés)- tout ça exige de nous de fixer les droits et les devoirs de l'homme à l'égard du vivant.
La France qui accueille le Sommet du G-8 à Evian va placer au coeur des débats les questions: comment mieux faire partager ces préoccupations, comment associer les pays pauvres à l'entreprise de protection de l'environnement, comment convaincre les populations des pays riches de faire évoluer leur mode de protection, de production et de consommation.

Rôle européen et francophone.

A cet égard sans doute l'Union européenne a un rôle très important à jouer. S.E.M.Kuhn Delforge a exprimé l'idée que l'Europe peut être le creuset d'une mondialisation maîtrisée. Le projet européen peut à sa manière contribuer à porter de l'ordre au désordre de notre temps. L'Europe le fait déjà en venant en aide aux plus pauvres. L'Europe peut aussi être un levier pour maîtriser la mondialisation, car l'Europe elle même est un exemple de régulation. Elle sait le prix et la valeur de l'adhésion à des règles communes.
Le mouvement de la francophonie aussi joue son rôle en tant que forum d'échange et de diffusion d'idées, d'explications et d'influence. Le prochain Sommet de la francophonie après celui de Beyrouth l'an dernier doit être consacré au développement durable.
Les francophones ont un rôle à jouer en ce qui concerne l'aspect culturel de la mondialisation. L'élargissement aux deux pays de Sud-Est: la Bulgarie et la Roumanie est important. Ces deux pays sont membres du mouvement francophone et y apportent une contribution majeure. Ce sont des pays comme la Grèce qui pendant des siècles étaient sous une domination ottomane et ont réussi à préserver leur culture. Pour eux la culture ne doit pas se fondre dans un ensemble plus grand et ils sont en faveur de la diversité culturelle. Cela vaut aussi pour la mondialisation.
L'alternative au choc des civilisations est le dialogue des cultures. Là aussi le projet européen et le mouvement de la francophonie font cause commune.
Le mouvement de la francophonie propose une Convention sur la diversité culturelle sous l'égide de l'UNESCO. Elle affirmerait que la diversité culturelle appartient au patrimoine mondial de l'humanité, qu'elle est un droit pour chaque état. Cette Convention devrait concrétiser les droits et les devoirs des états en la matière, le respect du pluralisme linguistique, l'affirmation du caractère exceptionnel des biens culturels etc.
Au Sommet de Beyrouth. les états francophones se sont déclarés décidés à contribuer activement à l'adoption à l'UNESCO de cette Convention. A l'issue de la Conférence ministérielle de Lausanne un groupe de travail chargée de contribuer au débat international notamment à l'UNESCO a été créé.

Guerguina Dvoretzka - Présidente UPF- Bulgarie