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Le racisme dans l'Union européenne

 

Ecole européenne de Bruxelles
élèves de Mme Catherine Thibault

Le racisme: une incarnation multiple

La préférence ethnique ou communautaire semble l'emporter sur les grands idéaux universalistes. Les affrontements idéologiques cèdent le pas devant les plus régressifs des nationalismes. Le "racisme" serait donc à la fois un discours commun, un comportement individuel et collectif de rejet au faciès, un discours théorique sur les "races", mais aussi sa mise en œuvre dont le succès politique est manifeste. En France, mais aussi dans les autres démocraties européennes, c'est bien à des projets xénophobes que souscrit une partie de l'électorat.

 

Racisme

"Théorie de la hiérarchie des races qui conclut à la nécessité de préserver la race dite supérieure de tout croisement et à son droit de dominer les autres. Ensemble de réactions qui, consciemment ou non s'accordent avec cette théorie" (définitions du dictionnaire Robert éd. 1988). Pour les scientifiques, les races n'existent pas. Par contre, en cette fin de siècle et de millénaire, le racisme, sous toutes ses déclinaisons, remporte un succès planétaire.

Le racisme est une notion récente née du double développement des sciences du vivant et de l'Error! Bookmark not defined. à la fin du XIXe siècle. C'est l'époque où des scientifiques tentaient de projeter sur les groupes humains les classifications animales établies par les naturalistes. Il s'agit donc à ce moment-là, du moins le croit-on, de faire œuvre de science. Ce projet de classement doit s'effectuer à partir de caractères spécifiques, perçus comme héréditaires, non seulement au plan physique, mais aux plans intellectuel, culturel et social. Ce classement fonde par ailleurs une hiérarchie des types humains définis, allant des groupes identifiés comme inférieurs à la race supposée parfaite.

Désormais, la banalité du mot racisme et des comportements qu'il induit rend difficilement compte de la complexité de ce qui le nourrit. C'est à partir de registres d'analyse très divers que ce phénomène peut être cerné. Baromètre de l'air du temps, le racisme est l'indicateur des peurs et craintes primitives de la société.

 

Hétérophobie

Crainte, peur, aversion, haine, rejet de celui ou de ce qui vient de l'extérieur. Par extension rejet de "l'autre", du différent, par son allure, son genre, sa manière d'être, sa culture ou son style.

 

Xénophobie

Crainte, peur, aversion, haine, rejet de celui qui est perçu comme étant étranger, de ce qui vient de l'étranger parce que supposé menaçant un équilibre, une harmonie locale, autochtone. Dans l'Antiquité, les individus allogènes domiciliés en Grèce avaient statut de "Error! Bookmark not defined.", c'est à dire privés des droits de cité.

 

Racisme sans frontières

La question du racisme constitue bien un prisme de lecture de l'histoire universelle des hommes. L'homme blanc et occidental est certes l'inventeur de la prétention scientifique du racisme et de sa mise en œuvre politique la plus atroce de l'Histoire. Mais le racisme est partagé par les différentes sociétés humaines. Le racisme de Noirs à l'égard d'autres Noirs ne date pas du génocide rwandais. L'État d'Israël a été et demeure la cible d'attaques relevant d'avantage de la haine anti-juive que de la critique de sa politique. Un antisémitisme tiers-mondiste, "anti-impérialiste" constitue sa dernière métamorphose. Symétriquement existent en Israël des discours racistes, qui révèlent que le fait d'avoir été victime du racisme le plus extrême ne constitue pas une prévention contre ce type d'attitude et de pensée.

 

Au nom de la science

Sur un autre terrain, les développements de la génétique et de la biologie posent autant de questions que les solutions médicales qu'elles apportent aux maladies. La possibilité offerte par ces disciplines d'intervenir sur le patrimoine génétique de l'humain, de le modifier, renvoie aux dérives criminelles de l'hygiène raciale ou de l'Error! Bookmark not defined. raciste. Les théories du "Error! Bookmark not defined.", les Error! Bookmark not defined. font partie du paysage intellectuel des années 80. Les travaux sur les facteurs d'hérédité dans l'intelligence, sur la mesure de celle ci, sur la liaison entre patrimoine génétique et succès social font aussi l'actualité scientifique. La science et ses progrès servent parfois de caution à des théories ou à des projets qui ont plus à voir avec la sélection sociale qu'avec le souci thérapeutique. Où s'arrête la thérapie et l'expérimentation nécessaire, où commence le travail de l'apprenti sorcier? Les divers comités d'éthique travaillent sur ces sujets: l'identité de l'humain, son statut, son droit.

 

Les mots du néo-racisme

Le discours néo-raciste puise son inspiration et son vocabulaire dans les sources traditionnelles du lexique nationaliste. "Sang, sol, racines, identité, patrie" ponctuent les énoncés du Front national. Celui-ci prend bien soin, par exemple, de distinguer "la nation", concept trop républicain, de la "patrie", plus chargée de l'imaginaire nationaliste. Les mots désignant l'adversaire, l'anti-France, dénoncent "l'universalisme", le "cosmopolitisme", le "métissage", "l'internationalisme", le "mondialisme" et tout ce qui ne relève pas d'une puissance définie par des frontières: la franc-maçonnerie, l'internationale, le lobby immigré, le Bnai Brith (franc maçonnerie juive)... Parfois, plusieurs termes sont juxtaposés: "capitalisme apatride", "sionisme international", "banque juive". Des échelles de valeur sont ainsi créées: la civilisation vient "d'Occident", le monde blanc est le monde libre, alors qu'ailleurs les barbares nous menacent et le salut ne pourra venir d'une Amérique "métissée" ou appartenant à la "finance juive". C'est bien cette hiérarchie des préférences qu'exprimait Le Pen en déclarant: "J'aime mieux mes filles que mes cousines, mes cousines que mes voisines et mes voisines que les inconnus" (Heure de vérité, 2 mars 1984). Le décodage de cette apparente prudence verbale laisse passer une "douce" xénophobie dont ne s'embarrassent pas d'autres auteurs du Front national.

 

Jeu et force de l'imaginaire

Dans tous les cas, le racisme joue sur un fantasme (c'est à dire une représentation imaginaire) individuel ou collectif: celui qui est visiblement différent ou, au contraire, celui qui est invisible représente une menace, un danger dont il faut se prémunir, qu'il faut asservir ou détruire. La victime du racisme devient le bouc émissaire des phobies du raciste. Le racisme met en jeu des dynamiques psychologiques fondamentales: troubles de la personnalité narcissique, rôle de l'autre en miroir de soi, besoin de vivre comme homme imaginaire, désignation de l'étranger comme cause imaginaire des frustrations, etc. L'étranger nous révèle par défaut, il présente une autre réalité et "cet autre bizarrement différent nous ressemble".

La mécanique raciste va donc aggraver ces perceptions en rationalisant ce qui est identifié comme la causalité d'un malheur ressenti. "C'est de leur faute", "ils, les autres, les étrangers, les Juifs, les Noirs, les Arabes sont la source de nos malheurs". Ces attributions, par leur généralisation et leur sophistication, alimentent le discours et les attitudes du raciste: ce n'est pas un Juif qui est escroc, ce sont tous les Juifs qui le sont. La pensée raciste n'est donc pas une pensé rationnelle même si son expression a parfois le souci de la cohérence et de la théorie. La force des préjugés, qui forment le tissu du racisme, procède d'un principe d'évidence admis communément par une partie du corps social à un moment donné d'une société.

 

Glissement de sens

Enfin, l'emploi abusif du mot "racisme" ne tend-il pas à en user le sens? Qu'y a-t-il de commun entre ces expressions souvent utilisées de "racisme anti-jeune" ou "racisme anti-homosexuel" et l'antisémitisme nazi? Quelle communauté de sens entre la politique de l'apartheid et le "racisme anti-femme" dénoncé par les mouvements féministes? N'y a-t-il pas eu aussi un détournement du sens du "droit à la différence"? Celui-ci ne sert-il pas d'alibi ou de masque aux discours inégalitaires neo-racistes? Pour y voir clair la première des urgences consiste donc à nommer et comprendre ce mot. Il s'agit ensuite d'en analyser tant les différents mécanismes que ses incarnations dans l'Histoire, pour présenter les dispositions de lutte contre le racisme.

 

Et comme Albert Camus a dit: "Mal nommer les choses c'est ajouter du malheur au monde."

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Nicolas Schunck et Fabio Stoppa

01.06.2000

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