Textes sur la citoyenneté

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La citoyenneté dans la Grèce antique

La place de la religion dans la vie du citoyen

Les lois concernant la religion sont sacrées.

Aucun livre sacré ne rassemble les principes de la religion grecque. La langue grecque ignore d'ailleurs le mot religion. Cette religion n'a ni prophète ni dogme, ni Eglise, ni clergé. Respecter les dieux c'est respecter les rituels, les gestes, les prières tels que la tradition les a établis. Les lois sacrées, relatives à la religion, sont celles de la cité.

Où se déroule la vie religieuse ?

La vie religieuse des citoyens grecs se déroule dans trois cadres différents : celui de la maison où l'on honore les ancêtres, celui de la cité où sont organisés les cultes civiques et celui des sanctuaires panhelléniques fréquentés par des citoyens de toutes les cités grecques. Les Grecs séparent la vie privée et la vie publique, à l'exception de Sparte qui s'efforce de réduire la vie privée des citoyens. Dans la vie privée comme dans la vie publique, la dimension religieuse est omniprésente. La vie politique et la vie religieuse sont étroitement liées. Sur l'agora, la place publique, les temples côtoient les lieux où s'exerce le pouvoir politique. Les temples, les sanctuaires sont des espaces sacrés, mais ce sont aussi des espaces civiques contrôlés par la cité. En les fréquentant, le citoyen exerce ses droits de citoyenneté et témoigne de son appartenance à la communauté civique et d'une manière plus générale à la communauté des Hellènes, des Grecs.

La religion est l'affaire des citoyens car eux seuls sont susceptibles de détenir la fonction de prêtre, à condition qu'ils soient de naissance légitime et qu'ils ne soient pas affligés de handicaps physiques. Ils sont alors rémunérés et soumis comme n'importe quel magistrat au contrôle de la cité. Celle ci organise les cultes et finance la construction des temples. Les plus riches des citoyens participent aux liturgies, au financement des cérémonies religieuses. D'autres assurent des fonctions administratives (concernant l'entretien du temple, la trésorerie …). On fait aussi appel à des experts religieux pour donner leur avis sur le respect d'un rituel. Mais c'est toujours à la cité de décider d'adopter ou de refuser un nouveau dieu dans son panthéon.


Le jeune éphèbe est le fils d'un citoyen athénien qui accomplit l'éphébie, la formation militaire. A l'issue de cette formation, il doit prêter serment.

Consignes

Lire le texte du serment des éphèbes, et répondre aux questions en Indiquant par une croix les idées qui ne sont pas contenues dans le texte

«Je ne déshonorerai pas les armes sacrées, je n'abandonnerai pas mon compagnon d'armes là où je serai en ligne, je combattrai pour les choses saintes et sacrées, je ne laisserai pas la patrie amoindrie, mais plus grande et plus forte que je ne l'ai reçue, seul ou avec tous. J'obéirai à ceux qui commandent à leur tour, je serai soumis aux lois sagement établies, et à toutes celles qui seront établies sagement. Si quelqu'un veut les renverser ou les enfreindre, je ne le souffrirai pas, mais je les défendrai, seul ou avec tous. Je vénérerai les cultes de mes pères. En sont témoins Aglauros (…) Arès, et Athéna, Héraklès, les frontières de la patrie, ses blés, orges, vignes, olives et figues».

•Serment des éphébes athéniens. Inscription athénienne du IV ème siècle. Edt et trad L.Robert, Etudes épigraphiques et philologiques 1938, 296/307.

Honorer ses ancêtres
Obéir aux lois
Agrandir le territoire de la cité
Respecter la femme de son voisin
Combattre pour la constitution
Prier souvent
Etre solidaires de ses compagnons
Ne pas reculer devant l'ennemi
Souffrir en silence
Défendre le territoire de la cité

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Un des premiers devoirs civiques de tout citoyen est de respecter la religion, Des magistrats pourchassent l'impiété. Ils peuvent compter sur le fait que ceux qui ne respecteront pas les lois religieuses établies seront dénoncés. On entend par impiété l'offense faite aux dieux, le vol d'un bien appartenant à un temple (mutilation d'arbres sacrés etc) ou le fait d'introduire dans la cité un dieu non officiellement reconnu. La présence d'un citoyen frappé d'atimie (privation des droits liés à la citoyenneté) aux alentours d'un sanctuaire est sanctionnée. On voit là confirmée la relation étroite entre vie religieuse et vie politique.

Piété et impiété

L'impiété conduit alors devant les tribunaux. Quant à l'athéisme (la négation de l'existence des dieux) phénomène rare, on le considère comme un crime contre la cité.

La piété, au contraire, se manifeste comme le respect de la tradition. Les citoyens accordent aux dieux la place que leurs ancêtres leur avaient accordée. Cette piété s'affirme par les mêmes gestes, les mêmes prières, les mêmes rituels. Elle renforce chez le citoyen le sentiment d'appartenance à la cité. Enfin, ce respect des dieux par l'ensemble du corps civique garantit la protection de la cité par les divinités.


Aucun acte important de la vie du citoyen ne se déroule sans une cérémonie religieuse, sans des sacrifices, des prières ou encore un banquet. Dès la naissance de son fils, le citoyen le présente à sa phratrie (groupe familial, ceux qui se reconnaissent un lien de parenté) ce qui donne lieu à des sacrifices. Sur le point de devenir hoplite, il prêtera serment de respecter les dieux, fera le tour des sanctuaires de la cité. Son mariage, ses funérailles seront des cérémonies religieuses. Pendant toute sa vie, il honorera la mémoire de ses ancêtres en leur rendant des cultes domestiques. Chaque oikos possède ainsi un autel, des divinités protectrices, un foyer dont le feu est entretenu comme l'est celui de la cité.

Aucun acte important de la vie de la cité ne se déroule sans une cérémonie religieuse. La fondation de toute cité débute par des rituels, par la consultation d'oracles. Elle est alors placée sous la protection d'une divinité. Le départ à la guerre appelle des rites religieux, des sacrifices de purification, la consultation d'oracles avant chaque bataille. Il en va de même des funérailles des héros morts à la guerre, honorés avec leur famille après la victoire, ou encore des hymnes. Les représentations théâtrales, les concours sportifs, les réunions d'une assemblée débutent par un sacrifice. Chaque cité possède un trésor sacré et celui-ci est gardé dans un temple (le Parthénon pour Athènes. Chaque cité élabore un calendrier des cultes, fixe les dates des fêtes religieuses. Elles rythment la vie de la communauté de citoyens. Des activités s'arrêtent alors (activités judiciaires) durant toute la période de festivités. Dans les processions, tout le corps civique marche ensemble vers le temple de la divinité protectrice. Les cultes civiques fournissent l'occasion privilégiée de manifester l'unité de la cité.

«Comme il était naturel du moment qu'il existait des enfants de sa fille, jamais il n'a offert un sacrifice sans nous ; qu'il fut petit ou grand, toujours nous y assistions et y participions. Et ce n'est pas à ces seules cérémonies qu'il nous conviait; mais il nous conduisait toujours aux Dyonisies des champs, nous assistions aux représentations avec lui, assis à côté de lui, et nous allions chez lui pour célébrer toutes les fêtes(…). Ce ne sont pas seulement ces faits qui mettent en évidence que notre mère était fille légitime de Kiron, mais encore la conduite de notre père et l'attitude des femmes du dème envers elle Quand notre père la prit en mariage, il offrit un repas de noce et y invita trois de ses amis en même temps que ses proches; il donna aux membres de sa phratrie un banquet solennel, conformément à leurs statuts. Les femmes du dème, dans la suite, choisirent notre mère pour présider aux Thesmophories (fêtes en l'honneur de Démeter)… ».

•Extrait de texte. ISEE, VIII. - Trad P.Roussel, ed Les Belles Lettres, Paris

La religion et la citoyenne

Les femmes, écartées de tout rôle politique, conservent une place notable dans les manifestations de la vie religieuse. Elles sont les gardiennes du foyer dans la maison. A l'extérieur, la loi leur laisse un libre accès aux lieux de culte, mais il y a des exceptions :ainsi à Milet ; elles ne peuvent accéder au sanctuaire d'Héraclès ni participer à des fêtes en l'honneur d'Arès (dieu de la guerre) en Laconie. Le sacrifice marque le moment essentiel du rituel. Les citoyennes participent à certaines de ses étapes, mais pas à l'abattage des animaux. Les fêtes en l'honneur de Démeter (déesse de la fertilité de la terre et de la fécondité des femmes), fête commune à de nombreuses cités leur sont exclusivement réservées. Les femmes de citoyens participent aussi à celle en l'honneur de Dionysos. Toutes ces fêtes s'adressent aux femmes épouses, mères. Les courtisanes ou les femmes adultères demeurent exclues de la plupart d'entre elles. On les rencontre pourtant dans celles en l'honneur d'Adonis, divinité de la séduction. Une minorité de filles de citoyennes, celle issue des familles riches ont la possibilité de devenir prêtresses. IL s'agit le plus souvent de jeunes vierges. Enfin , les jeunes filles ne sont pas non plus exclues des chœurs(en particulier à Délos).

La religion et le non citoyen

L'étranger de passage et l'étranger résident participent inégalement à la vie religieuse. Aucun n'est citoyen, mais s'il est grec il partage avec les citoyens la même religion. L'étranger de passage se voit interdit toute participation aux cultes civiques, mais l'entrée des sanctuaires lui est généralement autorisée. Il peut néanmoins manifester sa piété en offrant un sacrifice à une divinité de la cité. L'étranger résident, tel que le métèque à Athènes, participe à la vie religieuse (à la fête des Panathénées). Il n'exerce pas de charge (magistrat, prêtre etc) mais il a la possibilité de financer des liturgies. L'étranger non grec est suspecté d'impiété. On admet qu'il honore ses propres dieux. Certaines cités (Sparte) sont réputées pour leur méfiance envers les étrangers. D'autres (Athènes) affirment une hospitalité plus forte envers les étrangers. Mais partout l'étranger non grec est perçu comme une menace et suscite la méfiance.

Quant aux esclaves, la catégorie parfois la plus nombreuse de la cité, on tolère leur participation aux cultes domestiques mais ils demeurent exclus des cultes civiques, des sacrifices, des processions. On les rencontre parfois comme servants dans les temples, mais ils en sortent avant le début de la cérémonie. Des sanctuaires restent ouverts aux esclaves et dans certains cas, ils y trouvent refuge et échappant ainsi à toute poursuite, bénéficiant du droit d'asile, un droit sacré.

Les sanctuaires panhelléniques

Un sanctuaire est un espace sacré, délimité par un mur. Dans les plus grands, une voie sacrée mène à divers bâtiments : temples, trésors (sortes de petites chapelles offertes par une cité), autels pour les sacrifices mais aussi théâtres et stades . Le sanctuaire reçoit les offrandes des cités, pour remercier un dieu d'avoir donner une victoire. Il accueille les Grecs, citoyens de toutes les cités. Sa fréquentation suscite des déplacements de pèlerins sur de grandes distances, au même titre que la guerre ou le commerce. Leur protection est garantie par une trêve sacrée. Le sanctuaire, espace inviolable, offre l'assylie, le droit d'asile pour toute personne injustement menacée.

Dans les sanctuaires panhelléniques se déroulent des jeux. Seuls y participent les hommes libres, de « race grecque ». La visite de ces sanctuaires conduit de nombreux citoyens à être spectateurs ou acteurs en participant aux concours sportifs, musicaux, théâtraux. Les sanctuaires sont de nature différente. Certains tels ceux d'Epidaure ou de Pergame ont une vocation thérapeutique. Les Grecs croient aux pouvoirs guérisseurs des divinités. Ces sanctuaires très fréquentés comportent une véritable hôtellerie pour accueillir des milliers de pèlerins. Ailleurs, on loge chez l'habitant. D'autres sanctuaires sont réputés pour leurs oracles : Delphes et Milet (Apollon), Dodone (Zeus). D'autres encore permettent de s'initier aux rites spécifiques à quelques divinités (celui d'Eleusis où l'on honore Démeter et Corée).


Le sanctuaire de Delphes, le plus fréquenté de Grèce, on vénère d'abord Apollon mais aussi Dionysos et à proximité se tient un autre sanctuaire où sont honorées Athéna et Artémis. La célébrité du sanctuaire de Delphes tient à la présence de l'oracle: la Pythie. On la consulte pour connaître les oracles d'Apollon qui s'exprime par sa bouche. Les jeux pythiques amènent les athlètes de toutes les cités à rivaliser dans des épreuves sportives. Des concours musicaux s'y déroulent aussi.


Le sanctuaire d'Olympie attire des milliers de citoyens. Différentes mythes expliquent l'origine des Jeux olympiques célébrés tous les quatre ans à Olympie. Les Grecs attribuent à Héraklès le mérite d'avoir créé les jeux olympiques en &endash;776 avant Jésus Christ. 40.000 spectateurs assistent aux jeux olympiques, autant dire que toutes les cités s'y rencontrent . Xénophon précise « participer aux jeux c'est acquérir pour soi des honneurs et accroître dans l'Hellade la réputation de sa patrie ». On se rend à Olympie comme citoyen grec, mais aussi comme membre d'une communauté plus vaste, celle des Hellènes.

11.06.2001

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