vendredi, 13 mars, 2009

2009 - année darwinienne

2009 est une année darwinienne. Darwin naquit le 12 février 1809, il y a 200 ans exactement. Cet anniversaire est l'occasion de nombreuses commémorations académiques et pédagogiques d'autant plus nécessaires que le darwinisme fait l'objet d'attaques concertées par les créationnistes. Autre anniversaire darwinien : la première édition de "de l'origine des espèces", l'ouvrage fondateur de la théorie de la sélection naturelle comme moteur de l'évolution, eut lieu en 1859, le 24 (le 26 selon certaines sources) novembre...

Au delà des panégyriques, il convient de replacer les thèses de Darwin dans leur contexte scientifique et historique et de faire le point. La théorie actuelle, synthétique, de l'évolution confirme et prolonge les principales thèses de Darwin, même si le gradualisme que Darwin substituait aux conceptions catastrophistes de l'histoire de la terre en vigueur en son temps, fait place à des conceptions nuancées. Les espèces évoluent graduellement mais à des rythmes différents selon les cas et les périodes. Et certains circonstances, accidents géologiques ou climatiques, entrainent des extinctions massives et des spéciations plus rapides.

L'oeuvre de Darwin est intégralement disponible en ligne, non seulement en version anglaise, mais aussi, pour les oeuvres les plus importantes, dans des traductions (anciennes, il est vrai) françaises ou allemandes, sur le site "the complete work of Charles Darwin on line". Fondé par Patrick Tort, qui détient un quasi monopole de la diffusion de la pensée de Darwin en France, l'Institut international Charles Darwin se veut un lieu de diffusion et d'étude de l'oeuvre de Darwin, rassemblant, dans des locaux à l'architecture délibérément désuète, un grand nombre d'archives et d'ouvrages de valeur historique incontestable. Mais l'approche est ici radicalement historique et philosophique, et l'on peut se demander si l'évolution des êtres vivants est quelque peu relégué au second plan en faveur de l'exégèse académique de l'oeuvre de Darwin. Une exégèse sous-tendue par ailleurs d'une défense constante du darwinisme contre les interprétations socio-biologistes, eugénistes et racistes de son oeuvre. Lever les malentendus est certes salutaires, mais les détracteurs de P. Tort ne manquent pas de souligner que la lecture de Darwin est peut être plus idéologique que scientifique. Darwin était tributaire de son temps et héritier des conceptions raciologiques (pas nécessairement racistes) en vigueur au 19e S et héritier aussi de la certitude généralisée alors de la supériorité culturelle et morale des occidentaux sur les civilisation dites "primitives". Mais Darwin, loin d'inscrire cette supériorité (concrétisée par la domination coloniale) culturelle dans un déterminisme historique montre qu'elle est le fait du développement des valeurs morales parfois contreproductives, en apparence, en termes de sélection naturelle. La morale et la solidarité, qui préserve et protège faibles et handicapés, est aussi un produit de l'évolution qui paradoxalement freine la sélection naturelle dans l'espèce humaine. C'est ce que Tort appelait "l'effet réversif de l'évolution". Je cite : " L'effet réversif de l'évolution est ce qui permet de penser chez Darwin le passage entre ce que l'on nommera par commodité et approximation la sphère de la nature, régie par la stricte loi de la *sélection, et l'état d'une société civilisée, à l'intérieur de laquelle se généralisent et s'institutionnalisent des conduites qui s'opposent au libre jeu de cette loi. " . L'éthique sociale, la solidarité et la morale, ne sont point des indices d'inadaptation de l'espèce humaine mais précisément la manière dont l'homo sapiens s'adapte en se domestiquant et en se civilisant.

L'entreprise de réhabilitation est louable mais elle relève d'une vision résolument optimiste de l'humanité. L'agressivité et la capacité d'autodestruction de l'homo sapiens est trop connue pour être niée et l'on peut dire aussi que la violence humaine est un produit de l'évolution.

La théorie de l'évolution nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et les conséquences philosophiques ou morales ne doivent pas être oblitérées. Une vision "pessimiste" conduirait à réduire les comportements moraux à des déterminations socio-biologiques, inscrites dans le patrimoine génétique, et orientée vers la préservation de soi et la transmission de ses gènes. La discussion reste ouverte de l'échelle à laquelle se produit l'adaptation et la sélection : est-ce au niveau de l'individu, du groupe ou de l'espèce ? A mon avis, les trois niveaux sont imbriqués dans un processus sélectif global. Chaque individu agit en vue de la préservation de soi. Cet objectif peut être atteint plus facilement par la médiation du groupe : des comportements de solidarité et d'altruisme apparaissent pour autant qu'une réciprocité est prévisible. L'évolution de l'espèce (et la spéciation elle-même) échappent pour ainsi dire aux volontés individuelles ou collectives : il s'agit d'un processus lent, se déroulant sur de nombreuses générations, qui doit être analysés en termes statistiques.

Autre leçons de l'évolutionnisme actuel : il n'y a pas de hiérarchisation entre espèces contemporaines : issues d'ancêtres commun, elles sont toutes - de la bactérie au primate - aussi évoluées. Leur existence actuelle signifie simplement qu'elles sont, complexes ou non, adaptée à leur environnement. Certes celui-ci change et le processus adaptatif se poursuit. L'évolution n'est pas à l'arrêt et quand même homo sapiens se révèlerait inadapté et voué à l'extinction, d'autres espèces prennent la relève. La métaphore de l'arbre dressé aboutissant à un primate perché sur la cime fait place à celle d'une arborescence sphérique en trois branches : bactéries - archées - eukaryotes. La classe des primates ne constituant d'un modeste rameau à la périphérie de cette arborescence.

Ce qui nous conduit à la modestie. A cet égard, le darwinisme constitue la seconde révolution copernicienne : l'humanité n'est plus le centre (ou le faîte) du monde vivant comme il n'est plus le centre de l'univers.

D'autre part, un antispécisme radical est sous-jacent à cette vision anti-anthropocentrique. Cela ne conduit pas à une réduction de l'humain vers l'animalité, mais aussi à un restauration de la dignité animale (et des végétaux aussi par ailleurs) dans la mesure où aucune solution de continuité marque une rupture évolutive nette entre l'animal et l'homme. Nos proches cousins, les grands singes, sont - les observations éthologiques et les preuves expérimentales s'accumulent - doté de conscience et de sens moral (qui implique une conscience du regard d'autrui) et d'une capacité à agir intentionnellement.

Ainsi cette observation récente - et très médiatisée - d'un chimpanzé, pensionnaire d'un zoo, qui - ayant pris l'habitude de jeter des pierres sur les visiteurs - préparait son acte en se constituant, plusieurs heures à l'avance et dans le calme, ses stocks de munitions. Si un prix Nobel pouvait être décerné aux animaux, ce singe le mériterait peut être bien que ce ne serait, assurément, pas le prix Nobel de la paix.



Posted by Patrice Deramaix at 12:53
Edited on: vendredi, 13 mars, 2009 13:30
Categories: actuelles

lundi, 03 novembre, 2008

chien d'artiste

Oleg Kulik est un artiste "scandaleux"... scandaleux à la manière de Diogène qui, vivant dans son tonneau, se masturbait en public et vivait comme un chien. Kulik n'est certes pas un onaniste exhibitionniste, mais il interroge de manière radicale nos rapport avec l'animal en se comportant, dans des performances extrêmes, comme un chien. Ainsi on l'a vu aboyer et mordre les visiteurs d'une exposition-performance en 1996 à Stockholm, où il s'expose nu et enchaîné comme un chien dangereux. D'autres photographies le mettent en scène avec des chiens dans des situations où se mêlent, non sans humour, sexualité, violence et politique.

Kulik n'est pas un pornographe, mais sa remise en question du "spécisme" - de cet anthropocentrisme prompt à considérer l'homme comme totalement étranger au monde animal - le conduit à mettre en scène une zoophilie simulée... on le voit nu, bâtifoler avec ses amis canins, sans qu'il n'y ait réellement d'acte sexuel. La thématique zoophile est fréquente, quoique plus suggérée que montrée, dans la peinture, mais son caractère transgressif est oblitéré par les références mythologiques : le viol de Leda par un cygne, incarnation de Zeus (qui fut à l'occasion aigle, cheval, taureau, serpent) ; l'accouplement de Pasiphaé, la femme de Minos, avec un taureau blanc, d'où naquit le Minotaure ; l'Ane d'or de Apulée, qui s'accoupla avec une servante... quoi qu'il en soit, l'oeuvre de Kulik a attiré l'attention de la nouvelle police des moeurs qui, en France, semble de nouveau sévir à l'encontre des artistes.

Ainsi le parquet de Paris a saisi le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris et des policiers en civil ont été diligentés au Grand Palais, où se tenait la FIAC, pour faire décrocher une trentaine de photographies de Kulik en compagnie d'un chien. Comme dans l'affaire Pissier, le parquet s'est appuyé sur l'article 227-24 du code pénal. Le directeur de la FIAC tient à souligner que "le message de ces images n'est pas de prôner la zoophilie mais de se demander où sont les limites entre ce qui est humain et ce qui est animal".

Ainsi une série d'oeuvre photographique met en scène, en collage et transparences, des couples humain, en position érotique, et des animaux sauvage. Ces derniers sont manifestement empaillés. ils sont en fait les acteurs involontaires de la muséographie naturaliste où tout un écosystème est mis en vitrine. Deep into Russia, présentée à Gand, (Belgique) en 2001 invite le spectateur à regarder les vidéos des performances de Kulik en pénétrant littéralement dans le vagin hypertrophié d'une vache (sculptée, précisons-le)

Rompre la barrière spéciste, tel est l'ambition de Kulik. Il espère une restauration de l'harmonie entre l'homme et la nature à travers la transgression interspécifique d'une érotisation des rapports entre l'homme et l'animal. Il s'agit moins de sexualité que d'une relation amoureuse, quasi paradisiaque : "Être toujours ensemble, avoir une confiance illimitée l’un dans l’autre, l’expérience d’un amour qui est si puissant que personne ne peut le comprendre - voilà le noyau moral de ma nouvelle famille".

un aperçu de l'oeuvre



Posted by Patrice Deramaix at 2:23
Edited on: lundi, 03 novembre, 2008 2:24
Categories: actuelles, cultures

samedi, 01 novembre, 2008

pinces à seins

On peut s'interroger, au vu l'actualité artistique, sur le raidissement des moeurs françaises. Les scandales artistico-policiers semblent se multiplier de nos jours au grés des plaintes et des poursuites intentées par des communautés (religieuses, ethniques, culturelles) offensées dans leur identité. Le dernier "scandale" pourrait relever de la fable courtelinesque si elle n'était réalité. Cahors, ou plutôt la poste de Cahors, en fut le théâtre et c'est un artiste plasticien, Philippe Pissier, connu dans le monde du "mail art" mais pas seulement dans ce monde, qui en fait les frais.

Philippe Pissier risque, dit-il, "trois ans de prison ferme et 75.000 euros d’amende", pour avoir enfreint l'article 227-24 du Nouveau Code Pénal, lequel stipule que : « Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".

Quel est son crime ? En juin 2008, il expédie en Allemagne quatre cartes postales destinées à une exposition d’Art Postal (ou « Mail-Art »), intitulée « Erotic Moments », organisée par Mr Mark Falkant (Sodener Str. 20 / 65779 Kelkheim / Allemagne). Il s’agit de collages effectués à partir de cartes postales du bon village de Castelnau-Montratier, et de vieilles photos d'une amie, prises vers 1991-92, où celle-ci porte des pinces à linge sur les seins... "deux ou trois sur chaque, pas de quoi fouetter un chat, sans jeu de maux", affirme-t-il.

Est-ce la nudité de la poitrine, ou la mise en scène quelque peu sado-masochiste de la photographie, qui provoqua l'ire des censeurs ? On ne sait, toujours est-il que les pièces incriminées furent saisies.

Bien plus, l'artiste ayant accepté une perquisition à domicile (plutôt qu'une gênante garde à vue), fut saisi l'ordinateur, un outil de travail d'autant plus précieux que Pissier préparait les « Rencontres de l’Art Postal » de son village. Malgré cette saisie, et avec l'aide d'amis et de proches, ces rencontres furent organisées tant bien que mal, mais l'attitude de la maréchaussée pose néanmoins un problème de fond :

"Il est clair que toute la procédure de la maréchaussée était totalement abusive, illégale. Tout est parfaitement incroyable dans cette affaire : emploi abusif d’un article du Nouveau Code Pénal (le 227-24, Jacques Toubon dixit, n’a jamais été conçu dans le but de poursuivre des artistes), procédure abusive, viol de la vie privée. En outre, Mme la Substitut du Procureur répond aux journalistes que « l’enquête se poursuit ». Mais enquête sur quoi ? Si plainte a été déposée contre moi en usant du 227-24, les autorités possèdent le « corpus delicti » (les cartes postales), le mobile (l’exposition en Allemagne), et l’affreux coupable (moi). Ou alors, c’est que l’on enquête sur autre chose. Et, en clair, il s’agirait alors du détournement d’une procédure elle-même initialement abusive…"

L'opinion publique se mobilise, des sites web de soutien apparaissent tels ce blog créé par des dessinateurs de presse qui répondent par la caricature et proposent l'envoi massif de cartes postales égrillards - "les cartes postales de la honte" - (ceux que l'on trouve sur les plages touristiques à l'intention des beaufs machos), ou - parce qu'on est entre artistes - reproduisant quelques chefs-d'oeuvre impudiquement exposées dans les musées de France. L'événement trouve écho dans Libération et dans l'excellent blog de Agnès Giard "les quatre cents culs".

Reste à savoir qui est, en fait, cet artiste sulfureux. Ses archives éclairent sur son oeuvre et ses affinités. Nourri de fantasmes érotico-sado-maso-sataniques, l'artiste se veut un adepte de Aleister Crowley , occultiste praticien de la magie noire du début du siècle dernier, dont il traduit de nombreux textes sur un site web païen. Des oeuvres photographiques anciennes témoignent d'un goût certain pour le sado-masochisme (entre personnes consentantes sans doute) et son oeuvre graphique brave ouvertement l'hypocrite "politiquement correct" d'une société affadie à force d'être moralement policée...

Peut-être est-ce la magie qui effraye les autorités françaises. Ainsi l'épisode de la poupée Vaudou, qui suscite l'ire de Nicolas Sarkozy. L'affaire dénote le manque d'humour d'un président à ce point attaché à son image qu'il ne supporte pas la moindre pique. Heureusement, la magistrature sauve l'honneur en déboutant l'ombrageux plaignant, qui persiste et signe cependant en faisant appel. On est piqué au vif ou pas. Mais peut-être plus qu'une question d'image, c'est peut-être la crainte de l'efficacité des rituels de malédiction qui motive l'homme politique. Après tout F. Mitterand consultait son astrologue (devenue docteur en sociologie), faut-il dès lors s'étonner que Sarkozy craigne de se faire marabouter?

En fait, la poupée piquée d'épingles (ou pincée aux pinces à linge) n'est pas spécifiquement vaudou, mais est d'origine occidentale : la dagyde (du grec ancien dagos-poupée) apparaît dans la sorcellerie européenne du 13e siècle. Le net étant un puissant instrument d'éducation des masses, on y trouvera tout ce qu'il faut pour s'en procurer et ritualiser ses petites rancoeurs : voyez la recette d'une dagyde sur pagan guild.

(1) Comité de Soutien à Philippe Pissier, c/o Libraithèque « Le Droit à la Paresse », 68 rue Saint-James, 46000 Cahors, France. Tél. 05.65.22.01.51. Contact : Michel Guillaumin, 06.79.89.13.18. miguillaumin@wanadoo.fr



Posted by Patrice Deramaix at 19:15
Edited on: samedi, 01 novembre, 2008 19:32
Categories: actuelles

mardi, 28 octobre, 2008

ubuntiste

... qu'est-ce qu'un linuxien ? la réponse semble être évidente : un utilisateur de Linux. Le choix d'un système d'exploitation (d'ordinateur) relève, à première vue, que d'une rationalité technique visant à un maximum d'efficacité.

Mais chacun sait que Linux n'est pas qu'un OS parmi d'autres comme Unix, OS2, Windows, MSDos etc...

L'image que les linuxiens se donnent d'eux-mêmes est conditionné par le mode de production et de diffusion de ce logiciel, à savoir la fameuse license GNU. Le wkipedia énonce "La Licence publique générale GNU, ou GNU General Public License (son seul nom officiel en anglais, communément abrégé GNU GPL voire simplement couramment « GPL ») est une licence qui fixe les conditions légales de distribution des logiciels libres du projet GNU. Richard Stallman et Eben Moglen, deux des grands acteurs de la Free Software Foundation, en furent les premiers rédacteurs. Sa dernière version est la GNU GPL version 3 publiée le 29 juin 2007."

En quoi consiste donc ce projet ?

Continuons à citer Wikipedia :

L'objectif de la licence GNU GPL, selon ses créateurs est de garantir à l'utilisateur les droits suivants (appelés libertés) sur un programme informatique :

  1. La liberté d'exécuter le logiciel, pour n'importe quel usage ;
  2. La liberté d'étudier le fonctionnement d'un programme et de l'adapter à ses besoins, ce qui passe par l'accès aux codes sources ;
  3. La liberté de redistribuer des copies ;
  4. La liberté d'améliorer le programme et de rendre publiques les modifications afin que l'ensemble de la communauté en bénéficie.

Nous voila donc face à un beau projet : assurer une forme de création et de distribution des logiciels alternative aux procédés commerciaux courant, à savoir la mise sous brevet des logiciels et l'interdiction de la copie et de la modification. Deux modèles économiques s'affrontent :

  • un modèle libertaire qui trouve son appui dans l'utopie d'une communauté de savoir (il s'agit ici d'un savoir-faire technique) mettant en commun ses ressources au bénéfice de l'ensemble des utilisateurs.
  • un modèle libéral, qui privatise le savoir-faire au nom du droit à la propriété intellectuelle, dans le but d'en tirer un bénéfice commercial.

L'un et l'autre modèle ont leur légitimité. Le commerçant arguera que tout travail, dont celui des développeurs, mérite salaire (ce que nul linuxien ne contestera) et que la commercialisation de logiciels brevetés et protégés contre la copie garantit ce droit au salaire.

Le modèle libertaire s'appuye sur le droit à la créativité et au partage des ressources et opte pour le seul moyen légal de concrétiser l'utopie : créer des ressources logiciels sur la base d'une license qui, non seulement autorise, mais oblige chaque développeur potentiel à conserver le caractère public (libre) des programmes informatiques sous licence GNU, en effet :

"La GPL ne donne pas à l'utilisateur des droits de redistribution sans limite. Le droit de redistribuer est garanti seulement si l'utilisateur fournit le code source de la version modifiée. En outre, les copies distribuées, incluant les modifications, doivent être aussi sous les termes de la GPL."

Tout cela est bien connu des informaticiens et des internautes un peu au fait des enjeux socio- économiques de l'internet. Il n'empêche que les linuxiens (usagers de linux) se construisent volontiers une image protestataire, multipliant sur le web les manifestations d'hostilité (plus ou moins explicite) à l'égard de la firme qui symbolise l'antithèse du projet GNU, à savoir Microsoft, dont les visées monopolistiques et la stratégie commerciale de vente forcée inquiètent ou scandalisent. Le fait est que microsoft occuperait 95 % du marché des OS, le reste étant partagé - pour ce qui est de l'informatique domestique - entre macintoshiens et linuxiens. Ces derniers constituant une minorité très active.

Linux se décline en de multiples distributions, packs de logiciels organisé autour du noyau linux et agencé pour en faciliter l'installation. Ces distributions ont chacune leur caractéristiques (techniques) qui les rendent parfois peu compatibles entre elles et ont leur public. Certaines se destinent plutôt aux néophytes, du moins à ceux qui ne sont pas trop familiarisés avec les aspects techniques, voire rebutants, d'une installation manuelle à la ligne de commande. Ubuntu est l'une d'entre-elles.

En total blocage windowsien, j'ai installé cette distribution en une demie-heure, sans le moindre problème de reconnaissance du hardware et des périphériques essentiels, pour me retrouver devant une interface esthétique, rationnelle et efficace et une machine au fonctionnement stable et rapide.

Ubuntu a été créé en 2004 par le milliardaire sud-africain Mark Shuttleworth, ancien développeur Debian, et sponsorisé par sa société Canonical Ltd, créée spécialement pour Ubuntu. Le nom signifie en bantou "communauté" ou "partage". En bref, l'image véhicule l'idéal d'une communauté d'échange et de partage de l'information, ce qui n'est pas sans flatter l'usager qui s'identifie ainsi plus aisément au produit.

Mon passage linuxien s'est fort bien passé, mais il aurait été parfait s'il n'y avait quelques problèmes techniques, dont les développeurs de linux et de ubuntu ne sont d'ailleurs pas responsables... mettre au point le pilotage de la tablette graphique a nécessité le bidouillage d'un fichier... quelques heures de recherche sur forum et d'essai m'ont permi de résoudre le problème. De même le gestionnaire de l'imprimante, une excellente marque, n'en exploite pas toutes les potentialités. Le microcular - un webcam adapté à la microscopie - n'est pas géré sous linux... mais rien n'empêche, sinon les difficultés techniques de la rétro-ingénierie du pilote original, d'en développer le pilote pour linux. Il me faut encore trouver les codex nécessaire à la lecture de streaming tv-video.

Soit... mais ces difficultés ne sont pas spécifiquement à linux, tout utilisateur basique de windows rencontre aussi ses bugs, ses problèmes quasi-insolubles et ses pannes mystérieuses. Il suffit de fréquenter les forums consacré à l'informatique pour se rendre compte que les logiciels propriétaires ne sont pas exempts de failles et que le pilotage de nombreux hardware relève du parcours de combattant.

Mais ce qu'il faut comprendre est que si des problèmes apparaissent au linuxien, ils sont gérables tout simplement parce que les programmes sont accessibles, peuvent être adaptés, reconfigurés, voire réécrit... tout devient alors une quesiton de partage de savoir-faire ou de recherche de compétence. Tout linuxien ne se veut certes pas un développeur, mais en s'insérant dans les forums, il lui est possible de trouver des personnes ressources capables d'apporter les solutions appropriées à son problème. Une qualité requise donc du linuxien s'avère donc une capacité et une volonté d'investiguer dans le maquis des how-to et des forums linuxien. Lire la documentation, et se donner quelques connaissances en informatique et en programmation devient nécessaire pour comprendre certains problèmes, car, en fin de compte, ce qui est peu prisé dans ce petit monde, c'est bien cette attitude passive que les sociétés commerciales cherchent à entretenir chez le consommateur-payeur. Le linuxien n'est plus un simple usager qui s'estime avoir droit à la perfection parce qu'il paye son logiciel : la gratuité à un prix, celui du travail, un travail parfois rémunéré (car il y a des distributions et des logiciels libres produits dans un contexte commercial) mais le plus souvent bénévole, voire militant.

Militant ... c'est peut être l'attitude qui conviendrait le plus au linuxien, mais militant pour quoi ? Les passionnés d'informatique prennent certainement plaisir à programmer et aligner des Gigaoctets de code, mais ce travail acharné à un but. Mettre l'outil informatique au service de tous et briser ainsi cette fameuse "fracture numérique".

Pour ma part, je demande simplement une efficacité optimale d'un hardware piloté par un OS qui doit "se laisser oublier" au bénéfice des applications.

Mais la communauté linuxienne offre plus : elle met à disposition un espace de liberté face à un monopole radical qui organise, à des fins commerciales, systématiquement l'obsolescence des produits (hard et soft) et pose des obstacles à l'interopérabilité des machines et des logiciels. L'espace de liberté que la licence gnu ouvre consiste à pouvoir créer et utiliser les outils dont nous avons besoin. En profiter suppose donc que nous mettions les mains dans le cambouis.

on en reparlera



Posted by Patrice Deramaix at 18:12
Edited on: mardi, 28 octobre, 2008 21:07
Categories: linuxeries

jeudi, 31 juillet, 2008

mutation

Les circonstances m'imposent une mutation informatique : de windows 2000 je passe à linux. Sans concessions puisque je n'ai pas installé le pingouin en dua-boot. Il ne s'agit pas ici de renchérir sur les polémiques entre Microsoft et Linux, mais de rendre compte d'une décision qui amène une réadaptation et des changements d'habitude. Et puis, ce message est un test pour éprouver la version linux de Thingamablog, que j'ai installée en 10 minutes.



Posted by Patrice Deramaix at 16:55
Edited on: samedi, 01 novembre, 2008 19:16
Categories: actuelles

jeudi, 27 décembre, 2007

une année pateaude ...

une année pateaude, ainsi pourrait-on qualifier 2007 qui ne marquera pas l'Histoire d'une pierre blanche. On pourrait dire que c'est l'année des enlisements. Je constate la décrépitude des démocraties occidentales crispées sur leur prospérité économique, frileusement engoncées dans leur forteresse et prêt à sacrifier leurs valeurs sur le double autel des affaires économiques et de la néo-guerre impérialiste dite "anti-terroriste" : banalisation de la torture, enfermement et expulsion des migrants économiques, télésurveillance orwellienne des espaces publics, criminalisation des résistances sociales... autant de dispositifs sécuritaires qui se conjuguent à merveille avec l'atomisation des réseaux de solidarité, l'émiettement des droits sociaux, la précarisation économique, la succession monotone des fermetures d'usine, la paupérisation culturelle et la frénésie désespérante des boursicoteurs scandaleusement néo-riches. L'ère Sarkozy plombe la politique française, ôte à cette république prétendument modèle toute dignité pour en faire le théâtre décadent de la vulgarité institutionnalisée : celle des médias décervelées calquées sur TF1, celle des casino-paillettes et des palaces de luxe au bord du Nil. De notre côté, 2007 fut aussi un anus horribilis (comprenez comme vous le voulez) de la politique : six mois, ni plus ni moins, de non-gouvernance, six mois de crise communautaro-linguistique pour en arriver à un "gouvernement" interimaire chargé de préparer le dépeçage régionalo-communautaire de la Belgique prévu pour le printemps 2008. Bref, 3 petits mois pour débroussailler le terrain miné d'un gouvernement-terminus. D'ici là, le peuple supporte l'irrésistible montée des prix, l'érosion du pouvoir d'achat aussi ineluctable que la fonte des glaciers. Ceux ci s'apprêteraient d'ailleurs à submerger les Basses-Terres : c'est prévu pour dans 50 ou 100 ans, deux ou trois prochaines générations qui seront chargées du retraitement des déchets accumulés en 150 ans de productivisme industrialo-capitaliste et de la délicate répartition sociales des ressources naturelles raréfiées. Bref, ce qui nous attend, nous ressasse-t-on, c'est la catastrophe planétaire : la grand messe de Bali accouche d'une souris - voir le blog de la conférence - même pas verte. Enlisement aussi en Orient, de la guerre civile palestinienne à l'assassinat, aujourd'hui, de Benazir Butho, tout semblent montrer la vanité des espoirs démocratiques face aux coups de boutoirs du fanatisme islamiste et des militaires corrompus. Dans ce jeu pervers, l'Iran fait office de diablotin à force de déclarations antisémites incendiaires et de centrifugeuses purificatrices d'uranium... la bombe serait prévue pour la prochaine décennie, dit-on, chose démentie par les propres services secrets américains qui constateraient, dans un rapport adressé à la présidence, l'Iran aurait abandonné ses projets atomiques militaires...il n'empêche, les velléités bellicistes occidentaux ne s'évanouissent pas au point que par la parole de French doctor Kouchner, Sarkozy semble emboîter le pas cadencé des va-t-en guerre. En cas, nous sommes face à un Pakistan destabilisé par les attentats, à un Iran convulsionnaire dont la mort semble être programmée, à l'effondrement définitif des espoirs démocratiques palestiniens, et à la persistance sournoise des al-quaidistes plus assassins que jamais. Alors les bonnes nouvelles ??? Je serai tenté de les chercher vers les sciences, la culture, les arts et les lettres, non pas pour faire la nécrologie des disparus - chaque année apporte son lot - mais pour saluer les oeuvres, les recherches, les inventions et les découvertes qui annoncent l'avenir.



Posted by Patrice Deramaix at 17:49
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
Categories: actuelles

mardi, 18 décembre, 2007

apartheid à la belge

Sur le site web de la Libre Belgique je lis un article expliquant que la commune de Zaventem n'accepte de vendre ses terrains qu'aux néerlandophones. Sans doute est-il logique que les actes de vente et documents administratifs soient rédigés en néerlandais, à charge de l'acquéreur non néerlandophone n'en assurer la traduction, mais ici, il s'agit d'une volonté discriminatoire manifeste puisque cette exigence est comprise comme un "instrument important pour garantir le caractère flamand de communes comme Zaventem et favoriser la cohabitation entre les habitants d'un quartier". La commune de Zaventem ne vendra donc de terrains "qu'aux personnes s'exprimant en néerlandais ou, à défaut, à celles qui suivent des cours de néerlandais dans une institution reconnue". On peut s'étonner de cette mesure prise dans un Etat qui interdit toute discrimination, et tout refus de vente, en raison de l'origine ethnique ou nationale de l'acquéreur. Ce qui est légitimement reconnu aux ressortissants "allochtones" ne devrait-il pas l'être aux nationaux ressortissants d'une autre région ou appartenant à une autre communauté linguistique. Conséquence perverse de la fédéralisation et de la bicommunautarisation, un apartheid s'affirme de plus en plus ouvertement visant une sorte de "pureté linguistique" au sein de certaines commune. Je ne mets pas en cause la nécessité d'une intégration sociale facilité par le bilinguisme, mais bien la subordination d'une liberté élémentaire - celui d'habiter, ou d'acquérir un bien - à l'apprentissage d'une langue. Ce qui est affirmé ici de la décision prise par cette commune néerlandophone, le serait bien sûr de toute décision similaire symétrique prise dans la région wallonne. On ne saurait admettre l'exigence préalable d'une maitrise de la langue française à l'acquisition de biens immobiliers dans une région francophone... a étendre ce principe discriminatoire, on pourrait mesurer le désastre socio-économique, en regard des investissements étrangers (et inter-régionaux) en Belgique, que cela provoquerait.

Il n'est naturellement pas question de verser de l'huile sur le flamme intercommunautaire qui sévit actuellement dans notre Belgique/Belgie, mais la surenchère que l'on constate inquiète à plus d'un titre. Certes doit-on reconnaitre aux flamands la légitimité d'une lutte, aux siècles passés, pour la reconnaissance culturelle et linguistique au sein d'une nation jadis dominée par la langue française, langue d'un bourgeoisie nationale passablement méprisante à l'égard des flamands... mais ce combat légitime n'a plus lieu d'être : la Flandre a reconquis - pour le meilleur - son identité culturelle et sa prospérité économique, tandis que la Wallonie sort à peine du déclin industriel et des pesanteurs d'une social-démocratie sclérosée. Dès lors entre le radicalisme aussi extrémistes que peu représentatif des flamingants (incapables de tolérer le moindre mot francophone dans un conseil communal de la périphérie bruxelloise) et l'anxiété francophone crispée sur des préjugés obsolètes, le blocage relationnel ne peut déboucher que sur un rapport de force favorable à la communauté la plus puissante, en nombre comme sur le plan économique. Le Flandre gagne, à juste titre si l'on considère son dynamisme culturel et économique, de manière plus discutable en regard de l'intransigeance national-régionaliste de certain de ses politiciens. Dès lors, il faut, pour sortir de l'impasse, repenser radicalement le concept d'identité nationale belge, sortir des pièges du bicommunautarisme ségrégationniste tout en ménageant les susceptibilités linguistiques et les besoins légitimes de reconnaissance culturelle. Or cette dernière ne peut être réellement concrétisée que dans un climat de tolérance et d'acceptation réciproque : du chemin doit être (re)parcouru de part et d'autre pour reconstruire un sentiment d'unité nationale perdu.

Ce rêve d'unité nationale relève-t-il d'une nostalgie réactionnaire ? Peut-être, si on s'abstient de penser la question de la souveraineté sous l'angle de la solidarité sociale et de l'autonomie économique. Or ce qu'il advient est la sujétion des nations européennes à la méta-nation européenne, autrement dit, un déficit de souveraineté démocratique face à une bureaucratie transnationale et aux mécanismes d'échanges économiques internationaux. Espérer reconquérir de la puissance en fragmentant la nation en communautés ou régions rivales me semble vain, même si le patronat flamand n'aspire qu'à la dislocation des liens de solidarité sociale entre les peuples flamands et wallons. Se libérer du poids social wallon risque d'induire pas mal d'effets pervers dont souffriront en premier lieu le monde du travail et les couches populaires, au sud comme au nord du pays. Par ailleurs, devant le radicalisme flamand, la tentation reste forte, du côté wallon ou bruxellois, de s'en tenir quitte et d'afficher, symétriquement, une volonté d'indépendance.... mais le rêve du régionalisme social wallon a depuis longtemps fait long feu : en lieu et place des réformes de structures préconisées par Renard, le libéralisme économique fait son chemin. De socialisme n'existe plus, en Wallonie, qu'une politique de copinage et de mal-gestion semi-mafieuse progessivement résorbée par le "socialisme" new-look des bourgeois bohèmes, plus bougistes que révolutionnaires. L'indépendance institutionnelle de la wallonie déboucherait plus que probablement sur des contraintes socio-économiques accrues, donc sur un appauvrissement de la population wallone, tandis que la "souveraineté" tant revendiquée resterait lettre morte au sein de l'union européenne. Le nationalisme, qu'il soit belgicain ou régional, est - dans les circonstances actuelle - une mascarade : en catimini, hors de toute consultation populaire, les gouvernements s'apprêtent à ratifier un traité européen qui reprends, en pire paraît-il, parce que moins lisible, l'essentiel de l'avortée constitution européenne. Le projet économique - qui impose le libéralisme comme dogme politique - reste identique et l'union européenne se bâtit toujours sur les prémisses idéologiques social-chrétiennes.

Dès lors, on peut s'accorder avec l'idée que le contention linguistique masque d'autres enjeux, l'intégration économique européenne, la dislocation des solidarités sociales qui se sont construites dans le cadre protecteur des Etats-nations, l'exacerbation des concurrences économiques au sein d'un monde globalisé.



Posted by Patrice Deramaix at 18:55
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
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mardi, 11 décembre, 2007

la fin des haricots belges ???

bye bye belgium .... Il y a un an la perspective d'un éclatement de la Belgique relevait de la politique-fiction, c'était en tout cas le thème d'une émission télévisuelle quelque peu provocatrice simulant le reportage en direct d'une indépendance unilatérale de la Flandre. Fiction politique et vraie panique : téléspectateurs et ambassades s'inquiétèrent prenant la fiction pour une réalité plausible. Aujourd'hui, après six mois de crise gouvernementale, la scission belgo-belge a hanté les esprits au point de mobiliser 50.000 personnes sous la bannière noir-jaune-rouge... mais ce mouvement unitariste, plus sentimental que politique, a fait long feu et ne suffit pas à apaiser la volonté séparatiste de quelques hommes politiques flamands. De provocation en petits mots scandaleux les négociations gouvernementales sont bloquée jusqu'au point d'aboutir à une solution de détresse : la formation envisagée d'un gouvernement provisoire "intérimaire" se voulant d'unité nationale. On peut se demander ce qui pourrait freiner la dérive belgo-belge résultant d'un micronationalisme régional nourri de ressentiments et conforté par un succès économique indéniable : la Flandre se fait triomphante tout en se posant en victime de l'obstination francophone. En fait, la question n'est pas que nationale, même si les exacerbations chauvino-linguistiques masquent les enjeux réels : elle est économique et sociale puisqu'il est question de scinder le système de sécurité sociale : la prospérité flamande se passerait bien des pesanteurs wallonnes, dit-on. David Pestieau, du journal Solidaire (Parti du travail de Belgique), estime que cette crise est "l'arbre qui masque la forêt antisociale".

Est-ce étonnant que le patronat flamand soutienne les séparatistes, Vlaams belang y compris, ce parti fascisant étant largement financé par certains entrepreneur ? Sans doute s'agit-il de mettre plus aisément en oeuvre la dérégulation sociale en se passant des "socialistes" wallons. L'organisation patronale flamande VOKA adresse une lettre aux négociateurs CD&V-NV-A et de l’Open VLD : « Avant les élections, tous les partis flamands se sont engagés pour la régionalisation de la politique de l’emploi et pour la communautarisation des soins de santé. Aujourd’hui, il est temps de concrétiser cet engagement. », estimant qu'il est plus aisé de démenteler la sécurité sociale en se passant de la Wallonie et surtout du PS.

Que veut en fait le patronat flamand ? Limitation et dégressivité des indemnités de chômage ; Non prise en considération des revenus du chomage dans le calcul de la pension ; renforcement des sanctions en cas de refus d'emploi décent ; extension des emplois chèques-services ; développement des emplois interimaires ... autrement dit une politique de precarisation des chômeurs, en vue d'inciter au travail, surtout à inciter à l'acception d'emplois précaires et mal-rénumérés. Assouplissement des procédures de licenciement, accroissement de la flexibilité horaire (le temps de travail étant comptabilisé automatiquement sur un an), refus des conventions collectives de travail et mise au niveau des entreprises de la concertation salariale, ce qui impliquera les négociations individuelles des salaires, donc un accroissement des disparités (salaires au mérite) susceptible de détruire les liens de solidarité de classe. A ce programme s'ajoute l'élévation de l'âge de la pension : 45 ans de carrière - quel que soit l'âge du travailleurs - serait requis pour une pension complète.

Du côté CD&V, la volonté est nette : utiliser la question de la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde comme prétexte d'une crise organisée : à terme, "La scission de BHV n’est qu’une étape. Nous voulons une réforme profonde de l’état, du marché du travail (lisez la scission des allocations de chômage et des prépensions, ndlr), des soins de santé ainsi que l’autonomie fiscale pour les Régions. ", affirme le député Eric Van Rompuy, de ce même parti.(Eric Van Rompuy, Journal TV de RTL, 7 novembre 2007 ). Imposer les négociations sur la réforme de l'Etat, une réforme d'inspiration libérale et patronale visant à destructurer la solidarité nationale, et donc à affaiblir la souveraineté populaire face à la globalisation mondiale et à l'édification de l'europe du capital, tel est le sens de la crise belge. Face aux nationalistes flamands, le "front francophone" peine à résister, oscillant entre le radicalisme communautariste et le désir de maitriser au mieux le processus de négociation. Le FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) se maintient dans une position unitariste s'inquiétant des effets délétères de la crise sur l'économie belge. Les francophones - libéraux et socio-chrétiens - cherchent à reporter la crise communautaire à la prochaine échéance, comptant sur des accords socio-économiques, tandis que les socialistes - mis sur la touche aux dernières élections - tentent de préconiser un gouvernement tripartite où ils participeraient dans le cadre d'une gouvernement d'union nationale, qui donnerait cependant priorité à la réforme de l'Etat. On resterait donc dans la perspective immédiate de détricotage de l'unité nationale.

Quoi qu'il en soit, nous sommes face à une crise majeure : non pas institutionnelle ou communautaire, comme on voudrait nous y enfermer, mais sociale et économique. Une scission complète de la Belgique aurait des effets délétères, y compris sur l'économie flamande. La Flandre devrait supporter seule le coût social du vieillissement de sa population ,qui est plus importante qu'en Wallonie. La concurrence fiscale et salariale entre les régions entrainera des délocalisations et un dumping social inter-régional. Actuellement la Wallonie importe 25 % des « exportations » des PME flamandes et 20 % de celles des grandes entreprises. La perte de ce marché en cas de scission de la Belgique serait désastreuse pour le Nord du pays. La scission des soins de santé vise en fait la privatisation des assurances-santé. On connait, dans le secteur de l'énergie, les effets désastreux de la privatisation : impréparation des sociétés de distribution et de production, compétition aboutissant à une réduction des investissements, transfert sur les prix à la consommation des surcoût en investissement et en relations publiques et publicités contribuent à l'augmentation générale du prix de l'énergie, et donc à l'augmentation générale des prix et à la perte du pouvoir d'achat. La paupérisation de la Belgique, ou du moins de son prolétariat, est un des facteurs de l'aggravation des tensions sociales et intercommunautaires, comme elle est un des facteurs de la xénophobie exacerbée par la propagande de l'extrême-droite flamande.



Posted by Patrice Deramaix at 14:00
Edited on: mercredi, 12 décembre, 2007 12:59
Categories: actuelles

samedi, 13 octobre, 2007

Dialectiques.ironie.org - propositions dialectiques

Ironie.org héberge gracieusement des site web. C'est désormais le lieu d'un nouveau projet, qui prolonge le site web "dialectiques" consacré à l'Ecole de Francfort hébergé sur voila.com. Actualité de la théorie critique, matérialisme et philosophie critique seront l'objet essentiel de "Dialectiques.ironie.org". Le mot "Dialectiques" prend le pluriel afin d'éviter toute dogmatisation d'une pensée cristallisée en un "matérialisme dialectique" figé, mais ce même matérialisme d'inspiration marxiste, déclinée en théorie critique de l'histoire ou en épistémologie naturaliste, sera, contrairement aux trop nombreux détracteurs du marxisme, pris au sérieux, quitte à en inverser les termes en dialectique matérialiste. Si l'on considère la dialectique comme une méthode d'investigation philosophique (par la confrontation discursive et récursive entre des thèses opposées - thèse/antithèse - visant à l'élaboration d'une synthèse appréhendée récursivement comme une nouvelle thèse), les processus dialectiques sont, par définition pourrait-on dire, plurielles et multiformes. Notre regard se veut distancié, relativisant notre savoir et notre positionnement philosophique, et acceptant le risque d'une interrogation ouverte plutôt que la clôture d'une théorie achevée. La coincidence entre le nom de domaine de l'hébergeur et mon intention philosophique est trop heureuse pour laisser échapper l'opportunité d'une nouvelle entreprise philosophique.

Reprise et prolongement : la diversification des sites, des blogs et des pages s'opère au risque de l'émiettement et de la dispersion, la lassitude - tant celle de l'internaute que celle du webmaster - est un danger que l'on cherchera à éviter. L'Espace critique, ce blog présent, portera désormais son attention sur l'actualité (culturelle, sociétale, politique, philosophique) cherchant à déceler dans l'événementiel la matière d'une réflexion socio-critique. Dialectiques.ironie.org - dans sa nouvelle version - prend la forme d'un blog - "propositions dialectiques" - qui rendra compte d'un travail philosophique, plus lent, plus méthodique, plus structuré poursuivant ce qui avait été entamé dans et par "chemins de la pensée" et "dialectiques", lieux que je laisse désormais en l'état en raison de l'intrusion publicitaire imposée par les hébergeurs. Toutefois les textes fondamentaux et les travaux les plus importants seront repris sur le nouveau site.

Il me reste sans doute à faire un bilan et à réfléchir sur l'engagement on-line. Le travail philosophique que j'avais effectué jusqu'à présent n'a jamais été dissocié de l'actualité, même si une réflexion plus fondamentale, à partir des pré-socratiques, débouche sur des considérations métaphysiques. Un bon nombre de textes publiés résultent d'une interaction, au sein de forums de discussion, avec des protagonistes d'une actualité. Les textes sur l'articulation entre le droit et la force résultent d'une confrontation (intellectuelle) avec le racisme et l'intolérance religieuse. Les recherches sur l'artificiel et le vivant découlent des réflexions menées au sein de l'association "blé en herbe", autour de l'intelligence artificielle et de ses enjeux philosophiques. Ce qui est dit de l'art est une réponse au discrédit porté sur l'art contemporain. L'actualité internationale m'inspire : la néo-guerre impérialiste du clan Bush ne trouve nul grâce à mes yeux, pas plus que l'obscurantisme islamiste ou l'antisémitisme. Mais l'Histoire - fin de siècle vingtième ou aube du 21e S - ne sera pas nécessairement le matériau premier de "dialectiques.ironie.org". Enjeu philosophique majeur : le matérialisme doit pouvoir se réaffirmer face aux "intrusions spiritualistes" dans les sciences, et, plus globalement, face aux obscurantismes religieux qui prétendent de plus en plus régir notre vie quotidienne. Redéfinir, sur les plans épistémologique et éthique, ce matérialisme me semble être une tâche prioritaire, une tâche d'ailleurs entreprise avec fruit par divers auteurs, associations et maisons d'édition. Autant qu'une tentative de réflexion originale, le blog "propositions dialectiques" cherchera à rendre compte de ces initiatives et de ces engagements.



Posted by Patrice Deramaix at 12:51
Edited on: samedi, 13 octobre, 2007 12:53
Categories: actuelles

samedi, 14 juillet, 2007

notre cerveau ... à vendre ? de la pub et de l'antipub

 notre cerveau n'est pas à vendre 

Notre cerveau n'est pas à vendre, titre une campagne menée par les Equipes populaires. Cette pétition - une campagne d'envoi de cartes postales à la ministre chargée de la culture en Communauté française - demande l'interdiction de la publicité télévisée en journée (avant 20 h)... il s'agit d'épargner aux enfants, et au grand public, l'invastion publicitaire destinée à vendre aux annonceurs, selon le mot de P. Le Lay, "du temps de cerveau humain disponible". Le mot de Le Lay, ex directeur de TF1, témoigne on ne peut plus clairement de l'inversion des priorités de l'industrie audio-visuelle qui s'avère, non plus une industrie culturelle, ni même une industrie de divertissement, mais un partenaire - chez nous largement financé par les pouvoirs publics - des annonceurs publicitaires subordonnant le contenu, et la qualité, des programmes à leurs intérêts. Il s'agit effectivement d'utiliser le "temps de cerveau", à savoir la disponibilité du public captivé par les émissions de divertissement, comme valeur ajoutée des plages horaires vendues aux publicistes. Les mass medias audiovisuels deviennent ainsi les instruments d'un esclavage mental, une drogue dure assujettissant le téléspectateurs à des intérêts qui leur sont, finalement, étrangers. On peut comprendre - sans la justifier ni l'accepter - cette logique lorsqu'elle est le fait de chaines privées à vocation commerciale, mais lorsque des chaines de service public empruntent ce chemin la révolte devient légitime.

Des projets visent à étendre les possibilités de financement publicitaire des chaines télévisées de service public en Belgique francophone. Cela mène inévitablement à plus de plages publicitaires, à une interpénétration plus poussée du divertissement et de la publicité commerciale, à une subordination, voir à une relégation, de la culture et de l'information au bénéfice du commerce et du divertissement basique. Un groupe de réfléxion, lancé à partir d'un de l'appel de cent signataires appelant à un débat public (et s'insurgeant contre la confiscation de ce débat par le gouvernement), se construit. L'appel des Cents constate que "Depuis le 1er janvier dernier, les nouvelles règles concernant la publicité prévues dans le nouveau contrat de gestion voient leur application gelée. En effet, la Ministre de l'audiovisuel Fadila Laanan et la Direction de la RTBF les ont signées anticipativement. Il faut encore que le Parlement modifie deux décrets qui constituent les bases légales de la radiodiffusion communautaire. Ainsi, la majorité au pouvoir et la RTBF ont tenté d'imposer par la voie du fait accompli leur vue aux Parlementaires. Ces derniers vont donc devoir prochainement ouvrir le débat et éventuellement amender les deux décrets concernés. Il s'agit ni plus, ni moins de savoir si la RTBF pourra engranger davantage de recettes publicitaires jusqu'en 2012 et si le feu vert lui sera également accordé ainsi qu'aux autres télévisions de la Communauté française pour qu'elles puissent avoir recours à la publicité interactive ou virtuelle, aux écrans partagés, etc. Il est donc indispensable que le public puisse enfin être largement informé et débattre de ce thème de société qui influence son quotidien avant que le Parlement ne se saisisse de ce dossier."

Sa revendication se limite à demander un débat public, "à la manière des Etats Généraux de la Culture", mais les propositions concrètes ( taxer la publicité ) ou les motivations ( inquiétude quant au sort de la presse écrite ) témoigne de l'étendue de la subordination à la manne financière apportée par la publicité. Les Equipes populaires vont heureusement plus loin puisqu'ils préconisent l'interdiction de la publicité dans les plages horaires les plus accessibles aux enfants, donc avant 20 h. Ce qui, en dehors de l'applicabilité pratique d'un tel aménagement, pourrait susciter une saturation puiblicitaire compensatrice en soirée. Pour ma part, je préconise une réorientation totale de la politique audio-visuelle : les médias de service public devraient être dégagés de tout intérêt marchand, et être financé par les pouvoirs publics (en fait par le contribuable) et par la vente de la production audio-visuelle. L'orientation programmatique doit répondre à des normes de qualité culturelle et éthiques : une télévision soucieuse de citoyenneté, d'intelligence, de culture, responsable et épanouissante est possible dans le respect du pluralisme et de l'autonomie par rapport au pouvoirs publics. Cela implique en corollaire l'interdiction absolue de la publicité commerciale dans l'audio-visuel de service public. Ce qui n'empêchera pas sa réglementation, pensée en concertation avec les divers acteurs concernés, dont les associations de consommateurs, de la publicité dans les chaines privées diffusées en Belgique.

Sur le site web de Bernard Hennebert, journaliste, promoteur de l'appel des Cents, je lis que le sénateur Jean Cornil (PS) a réagi ainsi à l' Appel: "...La RTBF pourrait-elle devenir une chaîne sans publicité? Plus qu'un débat, cette question mérite que soit organisé une véritable réflexion réunissant différents experts capables de mettre sur la table des pistes alternatives de financement de la RTBF et qui ne mettent pas en péril les autres politiques de la Communauté Française (...). Je suis prêt, avec d'autres au PS, à participer à une telle initiative...".

Je me souviens qu'il fut un temps, celui où la RTB disposait du monopole de l'audio-visuel, où la publicité était proscrite dans l'audio-visuel belge (à la différence de nos voisins français), mais elle s'insinuait de temps à autre de manière clandestine et la révélation d'accords occultes entre firmes privées et les réalisateurs étaient objet de scandale publics... Face à la crise du financement de la télévision d'Etat, l'introduction de la publicité fut préconisée en 1987 comme une réponse à la concurrence des chaines privées et comme une conséquence de la libéralisation des ondes (institutionnalisation des "radio libres", qui de libres et participatifs deviennent des radios commerciales), de sorte qu'elle fut applaudie par les régions et communautés qui espéraient se dégager ainsi du poids financier d'un véritable service public de l'audio-visuel. Je ne pense pas d'ailleurs que le PS - donc l'influence syndicale et institutionnelle sur l'audio-visuel public est bien connu - soit totalement étranger à cette évolution.

Ce qui se posait comme "nouveau paradigme" en 1987 est bien exprimé à l'époque par Guy Beauclercq, alors Étudiant 2e licence journalisme et communication ULB au congrès 1987 "Wallonie au futur", de l'institut J. Destrée : "Il semble d'abord que la publicité à la télévision (quelle que soit la chaîne) soit bien acceptée par 60% de la population wallonne! L'introduction de la publicité commerciale à la RTBF-Télévision recueille une proportion de 58% d'avis favorables, alors qu'à la RTBF-radio, les pourcentages d'opinions favorables tombent à 52%. L'opposition à l'introduction de la publicité commerciale provient surtout de la Province de Liège, où le public déclare s'intéresser davantage au financement de la radio-télévision. Ainsi donc, le paysage audio-visuel belge risque de légèrement se modifier à l'avenir! Je dis légèrement car enfin les spots publicitaires "non-commerciaux" ne trompent plus personne! Ne nous en plaignons pas trop, puisque les Wallons eux semblent prêts à franchir le cap. Qu'en serait-il d'une privatisation? La question mérite d'être posée..."

Cela m'étonnerais, en regard de la tendance politique actuelle, que l'on s'achemine vers une autre voie. Mais ne désespérons pas, la résistance est en marche.



Posted by Patrice Deramaix at 12:12
Edited on: samedi, 14 juillet, 2007 20:18
Categories: cultures, théorie critique