mardi, 28 octobre, 2008
ubuntiste
... qu'est-ce qu'un linuxien ? la réponse semble être évidente : un utilisateur de Linux. Le choix d'un système d'exploitation (d'ordinateur) relève, à première vue, que d'une rationalité technique visant à un maximum d'efficacité.
Mais chacun sait que Linux n'est pas qu'un OS parmi d'autres comme Unix, OS2, Windows, MSDos etc...
L'image que les linuxiens se donnent d'eux-mêmes est conditionné par le mode de production et de diffusion de ce logiciel, à savoir la fameuse license GNU. Le wkipedia énonce "La Licence publique générale GNU, ou GNU General Public License (son seul nom officiel en anglais, communément abrégé GNU GPL voire simplement couramment « GPL ») est une licence qui fixe les conditions légales de distribution des logiciels libres du projet GNU. Richard Stallman et Eben Moglen, deux des grands acteurs de la Free Software Foundation, en furent les premiers rédacteurs. Sa dernière version est la GNU GPL version 3 publiée le 29 juin 2007."
En quoi consiste donc ce projet ?
Continuons à citer Wikipedia :
L'objectif de la licence GNU GPL, selon ses créateurs est de garantir à l'utilisateur les droits suivants (appelés libertés) sur un programme informatique :
- La liberté d'exécuter le logiciel, pour n'importe quel usage ;
- La liberté d'étudier le fonctionnement d'un programme et de l'adapter à ses besoins, ce qui passe par l'accès aux codes sources ;
- La liberté de redistribuer des copies ;
- La liberté d'améliorer le programme et de rendre publiques les modifications afin que l'ensemble de la communauté en bénéficie.
Nous voila donc face à un beau projet : assurer une forme de création et de distribution des logiciels alternative aux procédés commerciaux courant, à savoir la mise sous brevet des logiciels et l'interdiction de la copie et de la modification. Deux modèles économiques s'affrontent :
- un modèle libertaire qui trouve son appui dans l'utopie d'une communauté de savoir (il s'agit ici d'un savoir-faire technique) mettant en commun ses ressources au bénéfice de l'ensemble des utilisateurs.
- un modèle libéral, qui privatise le savoir-faire au nom du droit à la propriété intellectuelle, dans le but d'en tirer un bénéfice commercial.
L'un et l'autre modèle ont leur légitimité. Le commerçant arguera que tout travail, dont celui des développeurs, mérite salaire (ce que nul linuxien ne contestera) et que la commercialisation de logiciels brevetés et protégés contre la copie garantit ce droit au salaire.
Le modèle libertaire s'appuye sur le droit à la créativité et au partage des ressources et opte pour le seul moyen légal de concrétiser l'utopie : créer des ressources logiciels sur la base d'une license qui, non seulement autorise, mais oblige chaque développeur potentiel à conserver le caractère public (libre) des programmes informatiques sous licence GNU, en effet :
"La GPL ne donne pas à l'utilisateur des droits de redistribution sans limite. Le droit de redistribuer est garanti seulement si l'utilisateur fournit le code source de la version modifiée. En outre, les copies distribuées, incluant les modifications, doivent être aussi sous les termes de la GPL."
Tout cela est bien connu des informaticiens et des internautes un peu au fait des enjeux socio- économiques de l'internet. Il n'empêche que les linuxiens (usagers de linux) se construisent volontiers une image protestataire, multipliant sur le web les manifestations d'hostilité (plus ou moins explicite) à l'égard de la firme qui symbolise l'antithèse du projet GNU, à savoir Microsoft, dont les visées monopolistiques et la stratégie commerciale de vente forcée inquiètent ou scandalisent. Le fait est que microsoft occuperait 95 % du marché des OS, le reste étant partagé - pour ce qui est de l'informatique domestique - entre macintoshiens et linuxiens. Ces derniers constituant une minorité très active.
Linux se décline en de multiples distributions, packs de logiciels organisé autour du noyau linux et agencé pour en faciliter l'installation. Ces distributions ont chacune leur caractéristiques (techniques) qui les rendent parfois peu compatibles entre elles et ont leur public. Certaines se destinent plutôt aux néophytes, du moins à ceux qui ne sont pas trop familiarisés avec les aspects techniques, voire rebutants, d'une installation manuelle à la ligne de commande. Ubuntu est l'une d'entre-elles.
En total blocage windowsien, j'ai installé cette distribution en une demie-heure, sans le moindre problème de reconnaissance du hardware et des périphériques essentiels, pour me retrouver devant une interface esthétique, rationnelle et efficace et une machine au fonctionnement stable et rapide.
Ubuntu a été créé en 2004 par le milliardaire sud-africain Mark Shuttleworth, ancien développeur Debian, et sponsorisé par sa société Canonical Ltd, créée spécialement pour Ubuntu. Le nom signifie en bantou "communauté" ou "partage". En bref, l'image véhicule l'idéal d'une communauté d'échange et de partage de l'information, ce qui n'est pas sans flatter l'usager qui s'identifie ainsi plus aisément au produit.
Mon passage linuxien s'est fort bien passé, mais il aurait été parfait s'il n'y avait quelques problèmes techniques, dont les développeurs de linux et de ubuntu ne sont d'ailleurs pas responsables... mettre au point le pilotage de la tablette graphique a nécessité le bidouillage d'un fichier... quelques heures de recherche sur forum et d'essai m'ont permi de résoudre le problème. De même le gestionnaire de l'imprimante, une excellente marque, n'en exploite pas toutes les potentialités. Le microcular - un webcam adapté à la microscopie - n'est pas géré sous linux... mais rien n'empêche, sinon les difficultés techniques de la rétro-ingénierie du pilote original, d'en développer le pilote pour linux. Il me faut encore trouver les codex nécessaire à la lecture de streaming tv-video.
Soit... mais ces difficultés ne sont pas spécifiquement à linux, tout utilisateur basique de windows rencontre aussi ses bugs, ses problèmes quasi-insolubles et ses pannes mystérieuses. Il suffit de fréquenter les forums consacré à l'informatique pour se rendre compte que les logiciels propriétaires ne sont pas exempts de failles et que le pilotage de nombreux hardware relève du parcours de combattant.
Mais ce qu'il faut comprendre est que si des problèmes apparaissent au linuxien, ils sont gérables tout simplement parce que les programmes sont accessibles, peuvent être adaptés, reconfigurés, voire réécrit... tout devient alors une quesiton de partage de savoir-faire ou de recherche de compétence. Tout linuxien ne se veut certes pas un développeur, mais en s'insérant dans les forums, il lui est possible de trouver des personnes ressources capables d'apporter les solutions appropriées à son problème. Une qualité requise donc du linuxien s'avère donc une capacité et une volonté d'investiguer dans le maquis des how-to et des forums linuxien. Lire la documentation, et se donner quelques connaissances en informatique et en programmation devient nécessaire pour comprendre certains problèmes, car, en fin de compte, ce qui est peu prisé dans ce petit monde, c'est bien cette attitude passive que les sociétés commerciales cherchent à entretenir chez le consommateur-payeur. Le linuxien n'est plus un simple usager qui s'estime avoir droit à la perfection parce qu'il paye son logiciel : la gratuité à un prix, celui du travail, un travail parfois rémunéré (car il y a des distributions et des logiciels libres produits dans un contexte commercial) mais le plus souvent bénévole, voire militant.
Militant ... c'est peut être l'attitude qui conviendrait le plus au linuxien, mais militant pour quoi ? Les passionnés d'informatique prennent certainement plaisir à programmer et aligner des Gigaoctets de code, mais ce travail acharné à un but. Mettre l'outil informatique au service de tous et briser ainsi cette fameuse "fracture numérique".
Pour ma part, je demande simplement une efficacité optimale d'un hardware piloté par un OS qui doit "se laisser oublier" au bénéfice des applications.
Mais la communauté linuxienne offre plus : elle met à disposition un espace de liberté face à un monopole radical qui organise, à des fins commerciales, systématiquement l'obsolescence des produits (hard et soft) et pose des obstacles à l'interopérabilité des machines et des logiciels. L'espace de liberté que la licence gnu ouvre consiste à pouvoir créer et utiliser les outils dont nous avons besoin. En profiter suppose donc que nous mettions les mains dans le cambouis.
on en reparlera