dimanche, 29 avril, 2012
Reprise et crise
Il est des périodes où le silence s'impose, non comme une obligation, mais comme une volonté de retraite, d'une prise de distance qui pourrait être propice au repos, à l'écoute, à la réflexion, à une certaine oisiveté peut-être, bref des vacances à l'abris des querelles de bénitier qui secouent le web. L'actualité oblige cependant à reprendre une parole publique : l'aggravation de la crise économico-financière, l'imposition de la politique d'austérité, le naufrage concerté des politiques sociales et des liens de solidarité collective créent un climat politique propice aux plus lourdes dérives. Nous vivons cette 2012 comme une prémisse des années 1930. Symptomatique est la campagne électorale présidentielle française, même en faisant la part de l'anecdotique résultant de l'extrême personnalisation des enjeux - effet pervers du présidentialisme - nous ne pouvons que constater la banalisation des idéologies ultra-droitières, mixte de populisme, l'ultralibéralisme et de xenophobie désinhibée, qui pourrissent la république française.
Je ne cache pas l'espoir, et meme l'enthousiasme, qu'a pu susciter la campagne du front de gauche, menée par J.L. Mélenchon. Au-delà d'un parcours politique personnel qui peut être discuté, le mouvement qu'il suscite dépasse le cadre d'une ambition personnelle et concrétise une résistance réelle à la politique d'austérité menée par l'union européenne. Cette résistance s'articule sur deux plans économique et institutionnel : le programme socioéconomique est celui d'une social-démocratie radicale : redistribution des revenus, relance de l'économie réelle, imposition et controle étatique de l'économie spéculative...le programme institutionnel est une refonte structurelle de l'Etat qui recentre le pouvoir sur le parlement, abolissant le présidentialisme de la 5e République. Il ne faut pas négliger l'impact européen de ce programme et l'espoir de se voir brisé l'axe franco-allemand. Mais la réalité des urnes tempère cet espoir puisque le second tour se réduit à un choix entre l'ultra-droitisme et une social-démocratie libérale sans doute peu capable de pallier la crise économique. La "révolution citoyenne" promise par Mélenchon devra sans doute parcourir une longue marche avant d'aboutir à une modification concrète. A l'instant où j'écris, rien n'est joué outre-Quiévrain, et les Français pourraient fort bien cheminer cinq ans de plus dans le tunnel sarkozien
En quoi cela pourrait-il nous concerner en Belgique ? La (petite) marée mélenchonienne attire l'attention du PTB et un dissident écologiste, Wesphael, se dit inspiré par Mélenchon dans sa fondation du Mouvement de la Gauche démocrate et citoyenne ... mais tant la méthode que le programme annoncé de Wesphael suscitent les critiques de la LRC.
La reconstruction d'une opposition radicale à la politique d'austérité passera plutot, en Belgique, par l'action syndicale, et par un renforcement des liens entre les formations politiques qui ont, lors des dernières élections fédérales, constitué le cartel "Front des gauches" et, dans la mesure du possible, un rapprochement avec le PTB. On catégorise encore cette formation comme maoïste mais dans la pratique, le PTB adoucit son image en adoptant un style volontiers humoristique, jeuniste et médiatique - caricaturant même les procédés commerciaux du marketing événementiel et décline un marxisme soft localement bien ancré sur le terrain...
Il y a cependant fort à parier que ces petits remous, ces initiatives individuelles et ces crispations idéologiques, ne secouent qu'une très faible partie de l'électorat belge. La rebellion pourrait prendre d'autre formes, telle ce mouvement dit "des indignés" qui - de façon protéiforme - esquisse une lame de fond suffisamment puissante pour que certains états, particulièrement touchés par la crise et l'austérité, prennent des mesures drastiques de contrôle social au point d'ébranler les droits démocratiques fondamentaux. (à suivre)
vendredi, 13 mars, 2009
2009 - année darwinienne
2009 est une année darwinienne. Darwin naquit le 12 février 1809, il y a 200 ans exactement. Cet anniversaire est l'occasion de nombreuses commémorations académiques et pédagogiques d'autant plus nécessaires que le darwinisme fait l'objet d'attaques concertées par les créationnistes. Autre anniversaire darwinien : la première édition de "de l'origine des espèces", l'ouvrage fondateur de la théorie de la sélection naturelle comme moteur de l'évolution, eut lieu en 1859, le 24 (le 26 selon certaines sources) novembre...
Au delà des panégyriques, il convient de replacer les thèses de Darwin dans leur contexte scientifique et historique et de faire le point. La théorie actuelle, synthétique, de l'évolution confirme et prolonge les principales thèses de Darwin, même si le gradualisme que Darwin substituait aux conceptions catastrophistes de l'histoire de la terre en vigueur en son temps, fait place à des conceptions nuancées. Les espèces évoluent graduellement mais à des rythmes différents selon les cas et les périodes. Et certains circonstances, accidents géologiques ou climatiques, entrainent des extinctions massives et des spéciations plus rapides.
L'oeuvre de Darwin est intégralement disponible en ligne, non seulement en version anglaise, mais aussi, pour les oeuvres les plus importantes, dans des traductions (anciennes, il est vrai) françaises ou allemandes, sur le site "the complete work of Charles Darwin on line". Fondé par Patrick Tort, qui détient un quasi monopole de la diffusion de la pensée de Darwin en France, l'Institut international Charles Darwin se veut un lieu de diffusion et d'étude de l'oeuvre de Darwin, rassemblant, dans des locaux à l'architecture délibérément désuète, un grand nombre d'archives et d'ouvrages de valeur historique incontestable. Mais l'approche est ici radicalement historique et philosophique, et l'on peut se demander si l'évolution des êtres vivants est quelque peu relégué au second plan en faveur de l'exégèse académique de l'oeuvre de Darwin. Une exégèse sous-tendue par ailleurs d'une défense constante du darwinisme contre les interprétations socio-biologistes, eugénistes et racistes de son oeuvre. Lever les malentendus est certes salutaires, mais les détracteurs de P. Tort ne manquent pas de souligner que la lecture de Darwin est peut être plus idéologique que scientifique. Darwin était tributaire de son temps et héritier des conceptions raciologiques (pas nécessairement racistes) en vigueur au 19e S et héritier aussi de la certitude généralisée alors de la supériorité culturelle et morale des occidentaux sur les civilisation dites "primitives". Mais Darwin, loin d'inscrire cette supériorité (concrétisée par la domination coloniale) culturelle dans un déterminisme historique montre qu'elle est le fait du développement des valeurs morales parfois contreproductives, en apparence, en termes de sélection naturelle. La morale et la solidarité, qui préserve et protège faibles et handicapés, est aussi un produit de l'évolution qui paradoxalement freine la sélection naturelle dans l'espèce humaine. C'est ce que Tort appelait "l'effet réversif de l'évolution". Je cite : " L'effet réversif de l'évolution est ce qui permet de penser chez Darwin le passage entre ce que l'on nommera par commodité et approximation la sphère de la nature, régie par la stricte loi de la *sélection, et l'état d'une société civilisée, à l'intérieur de laquelle se généralisent et s'institutionnalisent des conduites qui s'opposent au libre jeu de cette loi. " . L'éthique sociale, la solidarité et la morale, ne sont point des indices d'inadaptation de l'espèce humaine mais précisément la manière dont l'homo sapiens s'adapte en se domestiquant et en se civilisant.
L'entreprise de réhabilitation est louable mais elle relève d'une vision résolument optimiste de l'humanité. L'agressivité et la capacité d'autodestruction de l'homo sapiens est trop connue pour être niée et l'on peut dire aussi que la violence humaine est un produit de l'évolution.
La théorie de l'évolution nous apprend beaucoup sur nous-mêmes et les conséquences philosophiques ou morales ne doivent pas être oblitérées. Une vision "pessimiste" conduirait à réduire les comportements moraux à des déterminations socio-biologiques, inscrites dans le patrimoine génétique, et orientée vers la préservation de soi et la transmission de ses gènes. La discussion reste ouverte de l'échelle à laquelle se produit l'adaptation et la sélection : est-ce au niveau de l'individu, du groupe ou de l'espèce ? A mon avis, les trois niveaux sont imbriqués dans un processus sélectif global. Chaque individu agit en vue de la préservation de soi. Cet objectif peut être atteint plus facilement par la médiation du groupe : des comportements de solidarité et d'altruisme apparaissent pour autant qu'une réciprocité est prévisible. L'évolution de l'espèce (et la spéciation elle-même) échappent pour ainsi dire aux volontés individuelles ou collectives : il s'agit d'un processus lent, se déroulant sur de nombreuses générations, qui doit être analysés en termes statistiques.
Autre leçons de l'évolutionnisme actuel : il n'y a pas de hiérarchisation entre espèces contemporaines : issues d'ancêtres commun, elles sont toutes - de la bactérie au primate - aussi évoluées. Leur existence actuelle signifie simplement qu'elles sont, complexes ou non, adaptée à leur environnement. Certes celui-ci change et le processus adaptatif se poursuit. L'évolution n'est pas à l'arrêt et quand même homo sapiens se révèlerait inadapté et voué à l'extinction, d'autres espèces prennent la relève. La métaphore de l'arbre dressé aboutissant à un primate perché sur la cime fait place à celle d'une arborescence sphérique en trois branches : bactéries - archées - eukaryotes. La classe des primates ne constituant d'un modeste rameau à la périphérie de cette arborescence.
Ce qui nous conduit à la modestie. A cet égard, le darwinisme constitue la seconde révolution copernicienne : l'humanité n'est plus le centre (ou le faîte) du monde vivant comme il n'est plus le centre de l'univers.
D'autre part, un antispécisme radical est sous-jacent à cette vision anti-anthropocentrique. Cela ne conduit pas à une réduction de l'humain vers l'animalité, mais aussi à un restauration de la dignité animale (et des végétaux aussi par ailleurs) dans la mesure où aucune solution de continuité marque une rupture évolutive nette entre l'animal et l'homme. Nos proches cousins, les grands singes, sont - les observations éthologiques et les preuves expérimentales s'accumulent - doté de conscience et de sens moral (qui implique une conscience du regard d'autrui) et d'une capacité à agir intentionnellement.
Ainsi cette observation récente - et très médiatisée - d'un chimpanzé, pensionnaire d'un zoo, qui - ayant pris l'habitude de jeter des pierres sur les visiteurs - préparait son acte en se constituant, plusieurs heures à l'avance et dans le calme, ses stocks de munitions. Si un prix Nobel pouvait être décerné aux animaux, ce singe le mériterait peut être bien que ce ne serait, assurément, pas le prix Nobel de la paix.
lundi, 03 novembre, 2008
chien d'artiste
Oleg Kulik est un artiste "scandaleux"... scandaleux à la manière de Diogène qui, vivant dans son tonneau, se masturbait en public et vivait comme un chien. Kulik n'est certes pas un onaniste exhibitionniste, mais il interroge de manière radicale nos rapport avec l'animal en se comportant, dans des performances extrêmes, comme un chien. Ainsi on l'a vu aboyer et mordre les visiteurs d'une exposition-performance en 1996 à Stockholm, où il s'expose nu et enchaîné comme un chien dangereux. D'autres photographies le mettent en scène avec des chiens dans des situations où se mêlent, non sans humour, sexualité, violence et politique.
Kulik n'est pas un pornographe, mais sa remise en question du "spécisme" - de cet anthropocentrisme prompt à considérer l'homme comme totalement étranger au monde animal - le conduit à mettre en scène une zoophilie simulée... on le voit nu, bâtifoler avec ses amis canins, sans qu'il n'y ait réellement d'acte sexuel. La thématique zoophile est fréquente, quoique plus suggérée que montrée, dans la peinture, mais son caractère transgressif est oblitéré par les références mythologiques : le viol de Leda par un cygne, incarnation de Zeus (qui fut à l'occasion aigle, cheval, taureau, serpent) ; l'accouplement de Pasiphaé, la femme de Minos, avec un taureau blanc, d'où naquit le Minotaure ; l'Ane d'or de Apulée, qui s'accoupla avec une servante... quoi qu'il en soit, l'oeuvre de Kulik a attiré l'attention de la nouvelle police des moeurs qui, en France, semble de nouveau sévir à l'encontre des artistes.
Ainsi le parquet de Paris a saisi le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris et des policiers en civil ont été diligentés au Grand Palais, où se tenait la FIAC, pour faire décrocher une trentaine de photographies de Kulik en compagnie d'un chien. Comme dans l'affaire Pissier, le parquet s'est appuyé sur l'article 227-24 du code pénal. Le directeur de la FIAC tient à souligner que "le message de ces images n'est pas de prôner la zoophilie mais de se demander où sont les limites entre ce qui est humain et ce qui est animal".
Ainsi une série d'oeuvre photographique met en scène, en collage et transparences, des couples humain, en position érotique, et des animaux sauvage. Ces derniers sont manifestement empaillés. ils sont en fait les acteurs involontaires de la muséographie naturaliste où tout un écosystème est mis en vitrine. Deep into Russia, présentée à Gand, (Belgique) en 2001 invite le spectateur à regarder les vidéos des performances de Kulik en pénétrant littéralement dans le vagin hypertrophié d'une vache (sculptée, précisons-le)
Rompre la barrière spéciste, tel est l'ambition de Kulik. Il espère une restauration de l'harmonie entre l'homme et la nature à travers la transgression interspécifique d'une érotisation des rapports entre l'homme et l'animal. Il s'agit moins de sexualité que d'une relation amoureuse, quasi paradisiaque : "Être toujours ensemble, avoir une confiance illimitée l’un dans l’autre, l’expérience d’un amour qui est si puissant que personne ne peut le comprendre - voilà le noyau moral de ma nouvelle famille".
un aperçu de l'oeuvre
- http://www.smak.be/tentoonstelling.php?la=fr&id;=48
- http://www.gif.ru/eng/people/kulik/
- http://www.artnet.com/artist/9898/oleg-kulik.html
- http://www.rabouan-moussion.com/fr/rm_fr.html
Edited on: lundi, 03 novembre, 2008 2:24
Categories: actuelles, cultures
samedi, 01 novembre, 2008
pinces à seins
On peut s'interroger, au vu l'actualité artistique, sur le raidissement des moeurs françaises. Les scandales artistico-policiers semblent se multiplier de nos jours au grés des plaintes et des poursuites intentées par des communautés (religieuses, ethniques, culturelles) offensées dans leur identité. Le dernier "scandale" pourrait relever de la fable courtelinesque si elle n'était réalité. Cahors, ou plutôt la poste de Cahors, en fut le théâtre et c'est un artiste plasticien, Philippe Pissier, connu dans le monde du "mail art" mais pas seulement dans ce monde, qui en fait les frais.
Philippe Pissier risque, dit-il, "trois ans de prison ferme et 75.000 euros d’amende", pour avoir enfreint l'article 227-24 du Nouveau Code Pénal, lequel stipule que : « Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".
Quel est son crime ? En juin 2008, il expédie en Allemagne quatre cartes postales destinées à une exposition d’Art Postal (ou « Mail-Art »), intitulée « Erotic Moments », organisée par Mr Mark Falkant (Sodener Str. 20 / 65779 Kelkheim / Allemagne). Il s’agit de collages effectués à partir de cartes postales du bon village de Castelnau-Montratier, et de vieilles photos d'une amie, prises vers 1991-92, où celle-ci porte des pinces à linge sur les seins... "deux ou trois sur chaque, pas de quoi fouetter un chat, sans jeu de maux", affirme-t-il.
Est-ce la nudité de la poitrine, ou la mise en scène quelque peu sado-masochiste de la photographie, qui provoqua l'ire des censeurs ? On ne sait, toujours est-il que les pièces incriminées furent saisies.
Bien plus, l'artiste ayant accepté une perquisition à domicile (plutôt qu'une gênante garde à vue), fut saisi l'ordinateur, un outil de travail d'autant plus précieux que Pissier préparait les « Rencontres de l’Art Postal » de son village. Malgré cette saisie, et avec l'aide d'amis et de proches, ces rencontres furent organisées tant bien que mal, mais l'attitude de la maréchaussée pose néanmoins un problème de fond :
"Il est clair que toute la procédure de la maréchaussée était totalement abusive, illégale. Tout est parfaitement incroyable dans cette affaire : emploi abusif d’un article du Nouveau Code Pénal (le 227-24, Jacques Toubon dixit, n’a jamais été conçu dans le but de poursuivre des artistes), procédure abusive, viol de la vie privée. En outre, Mme la Substitut du Procureur répond aux journalistes que « l’enquête se poursuit ». Mais enquête sur quoi ? Si plainte a été déposée contre moi en usant du 227-24, les autorités possèdent le « corpus delicti » (les cartes postales), le mobile (l’exposition en Allemagne), et l’affreux coupable (moi). Ou alors, c’est que l’on enquête sur autre chose. Et, en clair, il s’agirait alors du détournement d’une procédure elle-même initialement abusive…"
L'opinion publique se mobilise, des sites web de soutien apparaissent tels ce blog créé par des dessinateurs de presse qui répondent par la caricature et proposent l'envoi massif de cartes postales égrillards - "les cartes postales de la honte" - (ceux que l'on trouve sur les plages touristiques à l'intention des beaufs machos), ou - parce qu'on est entre artistes - reproduisant quelques chefs-d'oeuvre impudiquement exposées dans les musées de France. L'événement trouve écho dans Libération et dans l'excellent blog de Agnès Giard "les quatre cents culs".
Reste à savoir qui est, en fait, cet artiste sulfureux. Ses archives éclairent sur son oeuvre et ses affinités. Nourri de fantasmes érotico-sado-maso-sataniques, l'artiste se veut un adepte de Aleister Crowley , occultiste praticien de la magie noire du début du siècle dernier, dont il traduit de nombreux textes sur un site web païen. Des oeuvres photographiques anciennes témoignent d'un goût certain pour le sado-masochisme (entre personnes consentantes sans doute) et son oeuvre graphique brave ouvertement l'hypocrite "politiquement correct" d'une société affadie à force d'être moralement policée...
Peut-être est-ce la magie qui effraye les autorités françaises. Ainsi l'épisode de la poupée Vaudou, qui suscite l'ire de Nicolas Sarkozy. L'affaire dénote le manque d'humour d'un président à ce point attaché à son image qu'il ne supporte pas la moindre pique. Heureusement, la magistrature sauve l'honneur en déboutant l'ombrageux plaignant, qui persiste et signe cependant en faisant appel. On est piqué au vif ou pas. Mais peut-être plus qu'une question d'image, c'est peut-être la crainte de l'efficacité des rituels de malédiction qui motive l'homme politique. Après tout F. Mitterand consultait son astrologue (devenue docteur en sociologie), faut-il dès lors s'étonner que Sarkozy craigne de se faire marabouter?
En fait, la poupée piquée d'épingles (ou pincée aux pinces à linge) n'est pas spécifiquement vaudou, mais est d'origine occidentale : la dagyde (du grec ancien dagos-poupée) apparaît dans la sorcellerie européenne du 13e siècle. Le net étant un puissant instrument d'éducation des masses, on y trouvera tout ce qu'il faut pour s'en procurer et ritualiser ses petites rancoeurs : voyez la recette d'une dagyde sur pagan guild.
(1) Comité de Soutien à Philippe Pissier, c/o Libraithèque « Le Droit à la Paresse », 68 rue Saint-James, 46000 Cahors, France. Tél. 05.65.22.01.51. Contact : Michel Guillaumin, 06.79.89.13.18. miguillaumin@wanadoo.fr
Edited on: samedi, 01 novembre, 2008 19:32
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jeudi, 31 juillet, 2008
mutation
Les circonstances m'imposent une mutation informatique : de windows 2000 je passe à linux. Sans concessions puisque je n'ai pas installé le pingouin en dua-boot. Il ne s'agit pas ici de renchérir sur les polémiques entre Microsoft et Linux, mais de rendre compte d'une décision qui amène une réadaptation et des changements d'habitude. Et puis, ce message est un test pour éprouver la version linux de Thingamablog, que j'ai installée en 10 minutes.
Edited on: samedi, 01 novembre, 2008 19:16
Categories: actuelles
jeudi, 27 décembre, 2007
une année pateaude ...
une année pateaude, ainsi pourrait-on qualifier 2007 qui ne marquera pas l'Histoire d'une pierre blanche. On pourrait dire que c'est l'année des enlisements. Je constate la décrépitude des démocraties occidentales crispées sur leur prospérité économique, frileusement engoncées dans leur forteresse et prêt à sacrifier leurs valeurs sur le double autel des affaires économiques et de la néo-guerre impérialiste dite "anti-terroriste" : banalisation de la torture, enfermement et expulsion des migrants économiques, télésurveillance orwellienne des espaces publics, criminalisation des résistances sociales... autant de dispositifs sécuritaires qui se conjuguent à merveille avec l'atomisation des réseaux de solidarité, l'émiettement des droits sociaux, la précarisation économique, la succession monotone des fermetures d'usine, la paupérisation culturelle et la frénésie désespérante des boursicoteurs scandaleusement néo-riches. L'ère Sarkozy plombe la politique française, ôte à cette république prétendument modèle toute dignité pour en faire le théâtre décadent de la vulgarité institutionnalisée : celle des médias décervelées calquées sur TF1, celle des casino-paillettes et des palaces de luxe au bord du Nil. De notre côté, 2007 fut aussi un anus horribilis (comprenez comme vous le voulez) de la politique : six mois, ni plus ni moins, de non-gouvernance, six mois de crise communautaro-linguistique pour en arriver à un "gouvernement" interimaire chargé de préparer le dépeçage régionalo-communautaire de la Belgique prévu pour le printemps 2008. Bref, 3 petits mois pour débroussailler le terrain miné d'un gouvernement-terminus. D'ici là, le peuple supporte l'irrésistible montée des prix, l'érosion du pouvoir d'achat aussi ineluctable que la fonte des glaciers. Ceux ci s'apprêteraient d'ailleurs à submerger les Basses-Terres : c'est prévu pour dans 50 ou 100 ans, deux ou trois prochaines générations qui seront chargées du retraitement des déchets accumulés en 150 ans de productivisme industrialo-capitaliste et de la délicate répartition sociales des ressources naturelles raréfiées. Bref, ce qui nous attend, nous ressasse-t-on, c'est la catastrophe planétaire : la grand messe de Bali accouche d'une souris - voir le blog de la conférence - même pas verte. Enlisement aussi en Orient, de la guerre civile palestinienne à l'assassinat, aujourd'hui, de Benazir Butho, tout semblent montrer la vanité des espoirs démocratiques face aux coups de boutoirs du fanatisme islamiste et des militaires corrompus. Dans ce jeu pervers, l'Iran fait office de diablotin à force de déclarations antisémites incendiaires et de centrifugeuses purificatrices d'uranium... la bombe serait prévue pour la prochaine décennie, dit-on, chose démentie par les propres services secrets américains qui constateraient, dans un rapport adressé à la présidence, l'Iran aurait abandonné ses projets atomiques militaires...il n'empêche, les velléités bellicistes occidentaux ne s'évanouissent pas au point que par la parole de French doctor Kouchner, Sarkozy semble emboîter le pas cadencé des va-t-en guerre. En cas, nous sommes face à un Pakistan destabilisé par les attentats, à un Iran convulsionnaire dont la mort semble être programmée, à l'effondrement définitif des espoirs démocratiques palestiniens, et à la persistance sournoise des al-quaidistes plus assassins que jamais. Alors les bonnes nouvelles ??? Je serai tenté de les chercher vers les sciences, la culture, les arts et les lettres, non pas pour faire la nécrologie des disparus - chaque année apporte son lot - mais pour saluer les oeuvres, les recherches, les inventions et les découvertes qui annoncent l'avenir.
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
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mardi, 18 décembre, 2007
apartheid à la belge
Sur le site web de la Libre Belgique je lis un article expliquant que la commune de Zaventem n'accepte de vendre ses terrains qu'aux néerlandophones. Sans doute est-il logique que les actes de vente et documents administratifs soient rédigés en néerlandais, à charge de l'acquéreur non néerlandophone n'en assurer la traduction, mais ici, il s'agit d'une volonté discriminatoire manifeste puisque cette exigence est comprise comme un "instrument important pour garantir le caractère flamand de communes comme Zaventem et favoriser la cohabitation entre les habitants d'un quartier". La commune de Zaventem ne vendra donc de terrains "qu'aux personnes s'exprimant en néerlandais ou, à défaut, à celles qui suivent des cours de néerlandais dans une institution reconnue". On peut s'étonner de cette mesure prise dans un Etat qui interdit toute discrimination, et tout refus de vente, en raison de l'origine ethnique ou nationale de l'acquéreur. Ce qui est légitimement reconnu aux ressortissants "allochtones" ne devrait-il pas l'être aux nationaux ressortissants d'une autre région ou appartenant à une autre communauté linguistique. Conséquence perverse de la fédéralisation et de la bicommunautarisation, un apartheid s'affirme de plus en plus ouvertement visant une sorte de "pureté linguistique" au sein de certaines commune. Je ne mets pas en cause la nécessité d'une intégration sociale facilité par le bilinguisme, mais bien la subordination d'une liberté élémentaire - celui d'habiter, ou d'acquérir un bien - à l'apprentissage d'une langue. Ce qui est affirmé ici de la décision prise par cette commune néerlandophone, le serait bien sûr de toute décision similaire symétrique prise dans la région wallonne. On ne saurait admettre l'exigence préalable d'une maitrise de la langue française à l'acquisition de biens immobiliers dans une région francophone... a étendre ce principe discriminatoire, on pourrait mesurer le désastre socio-économique, en regard des investissements étrangers (et inter-régionaux) en Belgique, que cela provoquerait.
Il n'est naturellement pas question de verser de l'huile sur le flamme intercommunautaire qui sévit actuellement dans notre Belgique/Belgie, mais la surenchère que l'on constate inquiète à plus d'un titre. Certes doit-on reconnaitre aux flamands la légitimité d'une lutte, aux siècles passés, pour la reconnaissance culturelle et linguistique au sein d'une nation jadis dominée par la langue française, langue d'un bourgeoisie nationale passablement méprisante à l'égard des flamands... mais ce combat légitime n'a plus lieu d'être : la Flandre a reconquis - pour le meilleur - son identité culturelle et sa prospérité économique, tandis que la Wallonie sort à peine du déclin industriel et des pesanteurs d'une social-démocratie sclérosée. Dès lors entre le radicalisme aussi extrémistes que peu représentatif des flamingants (incapables de tolérer le moindre mot francophone dans un conseil communal de la périphérie bruxelloise) et l'anxiété francophone crispée sur des préjugés obsolètes, le blocage relationnel ne peut déboucher que sur un rapport de force favorable à la communauté la plus puissante, en nombre comme sur le plan économique. Le Flandre gagne, à juste titre si l'on considère son dynamisme culturel et économique, de manière plus discutable en regard de l'intransigeance national-régionaliste de certain de ses politiciens. Dès lors, il faut, pour sortir de l'impasse, repenser radicalement le concept d'identité nationale belge, sortir des pièges du bicommunautarisme ségrégationniste tout en ménageant les susceptibilités linguistiques et les besoins légitimes de reconnaissance culturelle. Or cette dernière ne peut être réellement concrétisée que dans un climat de tolérance et d'acceptation réciproque : du chemin doit être (re)parcouru de part et d'autre pour reconstruire un sentiment d'unité nationale perdu.
Ce rêve d'unité nationale relève-t-il d'une nostalgie réactionnaire ? Peut-être, si on s'abstient de penser la question de la souveraineté sous l'angle de la solidarité sociale et de l'autonomie économique. Or ce qu'il advient est la sujétion des nations européennes à la méta-nation européenne, autrement dit, un déficit de souveraineté démocratique face à une bureaucratie transnationale et aux mécanismes d'échanges économiques internationaux. Espérer reconquérir de la puissance en fragmentant la nation en communautés ou régions rivales me semble vain, même si le patronat flamand n'aspire qu'à la dislocation des liens de solidarité sociale entre les peuples flamands et wallons. Se libérer du poids social wallon risque d'induire pas mal d'effets pervers dont souffriront en premier lieu le monde du travail et les couches populaires, au sud comme au nord du pays. Par ailleurs, devant le radicalisme flamand, la tentation reste forte, du côté wallon ou bruxellois, de s'en tenir quitte et d'afficher, symétriquement, une volonté d'indépendance.... mais le rêve du régionalisme social wallon a depuis longtemps fait long feu : en lieu et place des réformes de structures préconisées par Renard, le libéralisme économique fait son chemin. De socialisme n'existe plus, en Wallonie, qu'une politique de copinage et de mal-gestion semi-mafieuse progessivement résorbée par le "socialisme" new-look des bourgeois bohèmes, plus bougistes que révolutionnaires. L'indépendance institutionnelle de la wallonie déboucherait plus que probablement sur des contraintes socio-économiques accrues, donc sur un appauvrissement de la population wallone, tandis que la "souveraineté" tant revendiquée resterait lettre morte au sein de l'union européenne. Le nationalisme, qu'il soit belgicain ou régional, est - dans les circonstances actuelle - une mascarade : en catimini, hors de toute consultation populaire, les gouvernements s'apprêtent à ratifier un traité européen qui reprends, en pire paraît-il, parce que moins lisible, l'essentiel de l'avortée constitution européenne. Le projet économique - qui impose le libéralisme comme dogme politique - reste identique et l'union européenne se bâtit toujours sur les prémisses idéologiques social-chrétiennes.
Dès lors, on peut s'accorder avec l'idée que le contention linguistique masque d'autres enjeux, l'intégration économique européenne, la dislocation des solidarités sociales qui se sont construites dans le cadre protecteur des Etats-nations, l'exacerbation des concurrences économiques au sein d'un monde globalisé.
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
Categories: actuelles
mardi, 11 décembre, 2007
la fin des haricots belges ???
bye bye belgium .... Il y a un an la perspective d'un éclatement de la Belgique relevait de la politique-fiction, c'était en tout cas le thème d'une émission télévisuelle quelque peu provocatrice simulant le reportage en direct d'une indépendance unilatérale de la Flandre. Fiction politique et vraie panique : téléspectateurs et ambassades s'inquiétèrent prenant la fiction pour une réalité plausible. Aujourd'hui, après six mois de crise gouvernementale, la scission belgo-belge a hanté les esprits au point de mobiliser 50.000 personnes sous la bannière noir-jaune-rouge... mais ce mouvement unitariste, plus sentimental que politique, a fait long feu et ne suffit pas à apaiser la volonté séparatiste de quelques hommes politiques flamands. De provocation en petits mots scandaleux les négociations gouvernementales sont bloquée jusqu'au point d'aboutir à une solution de détresse : la formation envisagée d'un gouvernement provisoire "intérimaire" se voulant d'unité nationale. On peut se demander ce qui pourrait freiner la dérive belgo-belge résultant d'un micronationalisme régional nourri de ressentiments et conforté par un succès économique indéniable : la Flandre se fait triomphante tout en se posant en victime de l'obstination francophone. En fait, la question n'est pas que nationale, même si les exacerbations chauvino-linguistiques masquent les enjeux réels : elle est économique et sociale puisqu'il est question de scinder le système de sécurité sociale : la prospérité flamande se passerait bien des pesanteurs wallonnes, dit-on. David Pestieau, du journal Solidaire (Parti du travail de Belgique), estime que cette crise est "l'arbre qui masque la forêt antisociale".
Est-ce étonnant que le patronat flamand soutienne les séparatistes, Vlaams belang y compris, ce parti fascisant étant largement financé par certains entrepreneur ? Sans doute s'agit-il de mettre plus aisément en oeuvre la dérégulation sociale en se passant des "socialistes" wallons. L'organisation patronale flamande VOKA adresse une lettre aux négociateurs CD&V-NV-A et de l’Open VLD : « Avant les élections, tous les partis flamands se sont engagés pour la régionalisation de la politique de l’emploi et pour la communautarisation des soins de santé. Aujourd’hui, il est temps de concrétiser cet engagement. », estimant qu'il est plus aisé de démenteler la sécurité sociale en se passant de la Wallonie et surtout du PS.
Que veut en fait le patronat flamand ? Limitation et dégressivité des indemnités de chômage ; Non prise en considération des revenus du chomage dans le calcul de la pension ; renforcement des sanctions en cas de refus d'emploi décent ; extension des emplois chèques-services ; développement des emplois interimaires ... autrement dit une politique de precarisation des chômeurs, en vue d'inciter au travail, surtout à inciter à l'acception d'emplois précaires et mal-rénumérés. Assouplissement des procédures de licenciement, accroissement de la flexibilité horaire (le temps de travail étant comptabilisé automatiquement sur un an), refus des conventions collectives de travail et mise au niveau des entreprises de la concertation salariale, ce qui impliquera les négociations individuelles des salaires, donc un accroissement des disparités (salaires au mérite) susceptible de détruire les liens de solidarité de classe. A ce programme s'ajoute l'élévation de l'âge de la pension : 45 ans de carrière - quel que soit l'âge du travailleurs - serait requis pour une pension complète.
Du côté CD&V, la volonté est nette : utiliser la question de la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde comme prétexte d'une crise organisée : à terme, "La scission de BHV n’est qu’une étape. Nous voulons une réforme profonde de l’état, du marché du travail (lisez la scission des allocations de chômage et des prépensions, ndlr), des soins de santé ainsi que l’autonomie fiscale pour les Régions. ", affirme le député Eric Van Rompuy, de ce même parti.(Eric Van Rompuy, Journal TV de RTL, 7 novembre 2007 ). Imposer les négociations sur la réforme de l'Etat, une réforme d'inspiration libérale et patronale visant à destructurer la solidarité nationale, et donc à affaiblir la souveraineté populaire face à la globalisation mondiale et à l'édification de l'europe du capital, tel est le sens de la crise belge. Face aux nationalistes flamands, le "front francophone" peine à résister, oscillant entre le radicalisme communautariste et le désir de maitriser au mieux le processus de négociation. Le FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) se maintient dans une position unitariste s'inquiétant des effets délétères de la crise sur l'économie belge. Les francophones - libéraux et socio-chrétiens - cherchent à reporter la crise communautaire à la prochaine échéance, comptant sur des accords socio-économiques, tandis que les socialistes - mis sur la touche aux dernières élections - tentent de préconiser un gouvernement tripartite où ils participeraient dans le cadre d'une gouvernement d'union nationale, qui donnerait cependant priorité à la réforme de l'Etat. On resterait donc dans la perspective immédiate de détricotage de l'unité nationale.
Quoi qu'il en soit, nous sommes face à une crise majeure : non pas institutionnelle ou communautaire, comme on voudrait nous y enfermer, mais sociale et économique. Une scission complète de la Belgique aurait des effets délétères, y compris sur l'économie flamande. La Flandre devrait supporter seule le coût social du vieillissement de sa population ,qui est plus importante qu'en Wallonie. La concurrence fiscale et salariale entre les régions entrainera des délocalisations et un dumping social inter-régional. Actuellement la Wallonie importe 25 % des « exportations » des PME flamandes et 20 % de celles des grandes entreprises. La perte de ce marché en cas de scission de la Belgique serait désastreuse pour le Nord du pays. La scission des soins de santé vise en fait la privatisation des assurances-santé. On connait, dans le secteur de l'énergie, les effets désastreux de la privatisation : impréparation des sociétés de distribution et de production, compétition aboutissant à une réduction des investissements, transfert sur les prix à la consommation des surcoût en investissement et en relations publiques et publicités contribuent à l'augmentation générale du prix de l'énergie, et donc à l'augmentation générale des prix et à la perte du pouvoir d'achat. La paupérisation de la Belgique, ou du moins de son prolétariat, est un des facteurs de l'aggravation des tensions sociales et intercommunautaires, comme elle est un des facteurs de la xénophobie exacerbée par la propagande de l'extrême-droite flamande.
Edited on: mercredi, 12 décembre, 2007 12:59
Categories: actuelles
samedi, 13 octobre, 2007
Dialectiques.ironie.org - propositions dialectiques
Ironie.org héberge gracieusement des site web. C'est désormais le lieu d'un nouveau projet, qui prolonge le site web "dialectiques" consacré à l'Ecole de Francfort hébergé sur voila.com. Actualité de la théorie critique, matérialisme et philosophie critique seront l'objet essentiel de "Dialectiques.ironie.org". Le mot "Dialectiques" prend le pluriel afin d'éviter toute dogmatisation d'une pensée cristallisée en un "matérialisme dialectique" figé, mais ce même matérialisme d'inspiration marxiste, déclinée en théorie critique de l'histoire ou en épistémologie naturaliste, sera, contrairement aux trop nombreux détracteurs du marxisme, pris au sérieux, quitte à en inverser les termes en dialectique matérialiste. Si l'on considère la dialectique comme une méthode d'investigation philosophique (par la confrontation discursive et récursive entre des thèses opposées - thèse/antithèse - visant à l'élaboration d'une synthèse appréhendée récursivement comme une nouvelle thèse), les processus dialectiques sont, par définition pourrait-on dire, plurielles et multiformes. Notre regard se veut distancié, relativisant notre savoir et notre positionnement philosophique, et acceptant le risque d'une interrogation ouverte plutôt que la clôture d'une théorie achevée. La coincidence entre le nom de domaine de l'hébergeur et mon intention philosophique est trop heureuse pour laisser échapper l'opportunité d'une nouvelle entreprise philosophique.
Reprise et prolongement : la diversification des sites, des blogs et des pages s'opère au risque de l'émiettement et de la dispersion, la lassitude - tant celle de l'internaute que celle du webmaster - est un danger que l'on cherchera à éviter. L'Espace critique, ce blog présent, portera désormais son attention sur l'actualité (culturelle, sociétale, politique, philosophique) cherchant à déceler dans l'événementiel la matière d'une réflexion socio-critique. Dialectiques.ironie.org - dans sa nouvelle version - prend la forme d'un blog - "propositions dialectiques" - qui rendra compte d'un travail philosophique, plus lent, plus méthodique, plus structuré poursuivant ce qui avait été entamé dans et par "chemins de la pensée" et "dialectiques", lieux que je laisse désormais en l'état en raison de l'intrusion publicitaire imposée par les hébergeurs. Toutefois les textes fondamentaux et les travaux les plus importants seront repris sur le nouveau site.
Il me reste sans doute à faire un bilan et à réfléchir sur l'engagement on-line. Le travail philosophique que j'avais effectué jusqu'à présent n'a jamais été dissocié de l'actualité, même si une réflexion plus fondamentale, à partir des pré-socratiques, débouche sur des considérations métaphysiques. Un bon nombre de textes publiés résultent d'une interaction, au sein de forums de discussion, avec des protagonistes d'une actualité. Les textes sur l'articulation entre le droit et la force résultent d'une confrontation (intellectuelle) avec le racisme et l'intolérance religieuse. Les recherches sur l'artificiel et le vivant découlent des réflexions menées au sein de l'association "blé en herbe", autour de l'intelligence artificielle et de ses enjeux philosophiques. Ce qui est dit de l'art est une réponse au discrédit porté sur l'art contemporain. L'actualité internationale m'inspire : la néo-guerre impérialiste du clan Bush ne trouve nul grâce à mes yeux, pas plus que l'obscurantisme islamiste ou l'antisémitisme. Mais l'Histoire - fin de siècle vingtième ou aube du 21e S - ne sera pas nécessairement le matériau premier de "dialectiques.ironie.org". Enjeu philosophique majeur : le matérialisme doit pouvoir se réaffirmer face aux "intrusions spiritualistes" dans les sciences, et, plus globalement, face aux obscurantismes religieux qui prétendent de plus en plus régir notre vie quotidienne. Redéfinir, sur les plans épistémologique et éthique, ce matérialisme me semble être une tâche prioritaire, une tâche d'ailleurs entreprise avec fruit par divers auteurs, associations et maisons d'édition. Autant qu'une tentative de réflexion originale, le blog "propositions dialectiques" cherchera à rendre compte de ces initiatives et de ces engagements.
jeudi, 03 mai, 2007
théâtre du politique - sur "le" débat Royal-Sarkozy
Le débat télévisé fait partie depuis longtemps des rituels politiques, celui d'une ordalie, heureusement réduite à une joute oratoire le plus souvent à fleurets mouchetés entre concurrents (plutôt qu'adversaires) d'une campagne électorale. Ce qui caractérise le débat Royal-Sarkozy du 2 mai 2007 résulte bien sûr de l'extrême personnalisation de l'enjeu : plus qu'à un parti ou à un programme, les électeurs français sont conviés à accorder leur confiance à une personnalité appelée à représenter la nation. Il y a dans le régime présidentiel une certaine ambiguité : un représentant issu d'une formation politique particulière est-il à même d'assurer l'impartialité de l'appareil d'Etat et de garantir l'indépendance politique de son administration ? On peut en douter. L'ouverture affichée en campagne électorale et la promesse de se refuser aux nominations politiques ne résiste que rarement à l'épreuve de la pratique...
Je ne me livrerai pas ici à une analyse des programmes politiques : les déclarations généralistes et les promesses qui en tiennent lieu sont trop souvent oubliées ou reléguées au second plan. D'autre part, l'un et l'autre candidats s'inscrivent dans la logique d'une économie libérale. Sans doute le candidat de droite affiche plus de pragmatisme et de réalisme économique en annonçant une politique libérale et le dégraissage de la fonction publique, tandis que son adversaire promet une politique keynesienne de relance économique par l'accroissement du pouvoir d'achat : deux orientations qui ne mettent aucunement en cause les rapports de production (vus en terme de propriété des moyens de production) et le caractère concurrenciel de l'économie de marché. Il est vrai que la contrainte d'une économie globalisée et dérégularisée est telle que la représentation utopique d'une alternative sociale est quasiment impossible, à moins d'imaginer un protectionnisme strict et le retrait de l'union européenne. On sait que la gauche social-démocrate fut en réalité l'artisan méthodique des dérégulations socio-économiques propices à la transformation postindustrielle du néo-capitalisme devenu affaire de spéculateurs mondialisés plus que d'industriels ancrés dans un tissu socio-économique concret.
Le modèle français de l'Etat républicain, centralisé, laique et social, est en crise profonde, en raison de l'incapacité des institutions républicaines à assurer l'intégration économique des couches populaires; culturellement hétérogènes. La dislocation du tissu économique français a entrainé la dislocation des rapports sociaux : les banlieues sont désertées par les pouvoirs publics, comme par la classe politique qui ne voit en elle que le terreau d'une subversion incontrolable. Les incidents récents qui opposent une population marginalisée et les forces de l'ordre témoignent de la "mécréance" et du "discrédit" qui frappent l'Etat. Crise socio-économique, crise des valeurs, crise de l'autorité, crise de la dimension symbolique des relations entre la population et l'Etat. En perte de souveraineté, tant sur le plan de la politique intérieure que sur le plan international, le peuple français se trouve orphelin d'espérance, réduit aux pulsions du ressentiment, du repli social et de la régression idéologique. Le moindre tribun, qui promet la liquidation de la "racaille" et le nettoyage à haute pression des banlieues, parvient à séduire les masses qui oublient que le remède préconisé - la dérégularisation économique et le renforcement de l'appareil répressif - peut être la cause d'une souffrance accrue. La sécurité, leitmotiv des campagnes électorales, est un besoin réel d'une population fragilisée. Mais elle ne se gagne pas seulement à coup de baston : pour que la population retrouve confiance et intériorise les valeurs civiques républicaines, il convient que l'Etat offre autre chose que des mesures dictées par une rationalité économique à court terme et la perspective d'un renforcement drastique de l'appareil policier.
Sarkozy déplore la perte des repères moraux et affirme restaurer l'autorité républicaine, mais c'est aux religions qu'il confie la tâche idéologique de restaurer la confiance en l'avenir, oubliant que l'espérance religieuse porte sur l'au-delà et non l'avenir historique de l'homme : "L'homme ne peut pas se définir par rapport au néant. Il ne peut pas être indifférent à la question de savoir d'où il vient et où il va. Si l'homme se voit comme une fin en soi, il est l'homme-Dieu et je redoute qu'il soit alors fondamentalement intolérant"... le garant de la paix civile n'est donc plus le respect de la loi, ni le souci du bien commun, mais l'adhésion à la foi. Déplorant la perte du sens, il le recherche dans une réalité transcendante, mais se sachant vivre dans une société pluraliste ("La France est multiple. Il faut regarder cette réalité en face"), il ne peut que récuser ce qui pourrait être le facteur essentiel d'une intégration politique et social : l'adhésion à la laicté et aux valeurs rationalistes. La tolérance religieuse qu'il réclame conduit à un progressif glissement vers le communautarisme. De cette question fondamentale, qui met en branle la conception fondatrice du projet républicain, à savoir l'autonomie du sujet éclairé par la seule raison, il n'en fut pas question dans le débat télévisuel. Sans doute parce que la Raison, chez le néolibéral qu'est Sarkozy, se réduit à la rationalité abstraite de l'homo economicus. Dans cette logique le discours religieux a sa place dans le projet politique: si l'humanité ne peut, par lui même, donner sens au monde, l'Etat n'a d'autre but que de garantir les activités économiques, qui n'ont d'autre fin que de s'autoreproduire en un cycle dont la fin n'est dictée que par l'épuisement des ressources naturelles ou humaines.Dans la perspective libérale, l'histoire humaine n'a pas de sens, pas de but, elle s'achève dans la répétition sans fin des cycles de production et d'accumulation et de circulation du capital. Aux prêtres, pasteurs, rabbins et imams d'entretenir, pour l'au-delà, l'espérance utopique afin de contenir la désillusion et la révolte des masses. Mais la religiosité politicienne a ses limites, depuis longtemps seul l'imaginaire factice des publicistes, qui ont investi systématique tout l'espace médiatique, fait figure de religion : le culte institué n'étant autre que le fétichisme de la marchandise, le rituel obligatoire, la consommation de la manne industrielle au coeur des hypermarchés, cavernes d'ali-baba (autrement dit, lieu de recel du pillage mondialisé) et/ou caverne de Platon (théâtre des illusions).
Quelles impressions peut-on tirer du débat médiatique du 2 mai ? Le rituel fut soigneusement agencé et sa mise en scène longuement négociée. Dans le feu de l'action les acteurs ont révélé leur personnalité, moins par leur discours - que nous connaissions pour les avoir entendu, presque mot pour mot, avec les tics de langage, les formulations élaborées par les conseillers en communication, lors des meetings, des interviews, des précédents débats télévisés - que par la manière dont ils furent énoncés et par les stratégies rhétoriques adoptées. Ségolène Royal, tout en démontrant sa pugnacité et son souci d'étayer concrètement ses propositions, a personnalisé outrancièrement son projet politique -: "je veux" est un leitmotiv - d'où le collectif est absent, mis à part, il faut le dire, les promesses de débats et de concertation, répétées comme s'il persistait une certaine incertitude quant aux solutions à adopter. Imprécision aussi dans l'approche des problèmes énergétiques, qui fut évidemment l'objet d'une passe d'arme assez confuse : Royal intégrant dans ses promesses les préoccupations des écologistes, Sarkosy s'en tenant à une continuité politique au cours d'un échange d'où les erreurs factuelles, techniques, ne furent pas évitées. L'éducation fut aussi l'un des enjeux révélateurs des divergences idéologiques. perspective participative, renforcement du corps enseignant, augmentation des budgets et moyens dévolus à l'éducation, ou bien réaffirmation de l'autorité académique et des valeurs rigoristes : travail, efficacité, discipline. A noter que l'un et l'autre candidat insistent sur la nécessité de renforcer, à leur manière propre, la répression de la délinquance. Ségolène Royal émettant même l'idée d'un encadrement militaire des délinquants, oubliant que l'armée ne peut efficacement exercer une fonction de rééducation civique, tout simplement parce que ce n'est pas son rôle. Son adversaire insistant à son tour sur la fonction préventive et répressive de l'appareil policier. Dans ce domaine, on peut mesure la part de démagogie et des a-priori sous-jacent à une vision instrumentalisée de la délinquance : l'opinion publique la rattachant à l'insécurité quotidienne et à la violence des banlieues. Une vision plus rigoureuse aurait pu prendre en considération la lutte contre la grande criminalité organisée, lutte moins médiatique, plus difficile et plus problématique en raison de l'interpénétration des activités mafieuses internationales avec la vie économique... mais pour cela il aurait fallu rendre compte des résultats et dysfonctionnements de l'appareil judiciaire et des pratiques politico-financière douteuses. Sujets sensibles s'il en est.
Rien, ou presque, ne fut dit sur la politique de défense, sur la dissuasion nucléaire, sur l'intervention en Irak ou en Afghanistan (silence que l'actualité d'une prise d'otage explique aisément), mais on peut déceler une divergence de fond sur le plan géostratégique dans l'approche de l'adhésion de la Turquie à l'union européenne : exclure l'asie mineure (héritage des guerres médiques sans doute) de la sphère européenne est un choix qui reflète une conception précise d'une l'identité européenne plus germano-centré que méditerranéenne. Alliée et membre de l'OTAN, la Turquie - hors union européenne - reste un utile tampon, une marche, un avant-poste des intérêts occidentaux aux portes d'un moyen-orient en ébullition. Maintenir ce territoire hors de l'UE apparaît comme une attitude de prudence géopolitique, mais sa qualité de membre de l'OTAN oblige aussi les alliés à l'interventionnisme dans l'hypothèse où cette nation de culture politique autoritariste et dont la démocratie reste fragile serait réellement menacée de l'intérieur ou de l'extérieur.
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samedi, 28 avril, 2007
crimes virtuels et aliénations réelles
"Le parquet de Bruxelles a demandé aux enquêteurs du Federal Computer Crime Unit d'aller patrouiller au sein de Second Life. Dans le monde virtuel du jeu, un personnage s'est récemment fait violer. Suite à ce viol virtuel, la police judiciaire de Bruxelles a ouvert un dossier.« Le but est de vérifier si des infractions ont été commises », indique-t-on auprès de la police fédérale. Le parquet a également été alerté." nous pourrions rester dans l'anedocte (diffusée sur Culture-Sex) et se gausser de cette histoire "belge" en imaginant les Dupond-Dupont enquêter dans l'univers factice du Second Life. Il n'empêche que le cas, s'il était avéré, pose quelques questions éthiques ou philosophiques.
un paradis d'aliénation
Second life est un jeu en ligne massivement joueurs à univers persistant où les joueurs créent un avatar et évoluent dans un simulacre permanent d'un monde fantasmé où tout se vend ou s'échange, moyannant des dollars virtuels (dit Linbendollars) qui... ne sont pas gratuits. L'économie de ce paradis n'est pas que ludique : les Lindendollars s'échangent au cours de 250 virtuels LD pour un réel US $. Des services et entreprises "virtuelles" se sont créées et pas seulement dans un but ludique : des entrepreneurs (asiatiques paraît-il) employent des équipes de programmeurs produisant à la chaine les simulacres (objets de luxe, véhicules, vêtements et autres services) vendus dans l'univers du Second Life. Le "farming" (http://www.1up.com/do/feature?cId=3141815) est aussi une pratique assertée du jeu "Warcraft", où les joueurs payés dérisoirement produisent à la chaine des armes et engins revendus au prix fort. Emerge donc une économie du simulacre concrétisant ironiquement la théorie ricardienne de la valeur, dont la source est le travail, et la théorie shannonienne de l'information : le travail est un acte néguentropique produisant de l'information, laquelle peut être concrétisée dans un produit fini, ayant valeur d'usage, ou - comme c'est le cas dans l'univers virtuel des jeux en ligne - dans un simulacre informatique de produit fini que concrétise, dans l'espace de représentation du jeu, un séquence algorithmiques de codes.
Même une économie virtuelle ne peut prospérer que dans un espace géographique : Second life reproduit les contraintes du monde réel en n'autorisant l'activité lucratique que sur les terrains virtuels de SL, vendus par les concepteurs du jeux, et qui se négocient officiellement au prix de 5 dollars (vrais) pour 512 m2 virtuels. Comme on le voit, ce simulacre de monde fonctionne sous le mode capitaliste... étonnant ? Mais à l'encontre de la production marchande réelle, la production en série - autrement dit la simple copie des fichiers informatiques des simulacres - ne requiert qu'un investissement énergétique minime.
Tout n'est pas pour le mieux dans ce paradis. A la suite de l'intrusion d'acteurs économiques et politiques réels dans l'espace du jeu - où les marques du monde réel voisine les propagandes électorales des partis réels - une partie de la communauté ludique se révolte "virtuellement" : des formations anarchistes (http://www.alterlude.com/article-5818554.html) développement une contre propagande et se livrent à des attentats virtuels : des armes virtuelles non léthales (à l'encontre des FPS où l'on s'entretue) permettent la destruction des biens et des architectures virtuelles construites par les joueurs. Cette contestation trouble d'ailleurs Linden Labs mais cette anarchisme ludique dissimile des intentions économiques moins progressiste : "L'ALSL veut intimer à Linden Labs d'entrer en bourse, pour que les dividendes soient reversés aux habitants de l'univers virtuel. Un partage des richesses, et non une abolition de la marchandisation du jeu. Ni « refuseniks » ni néo-luddites, l’ALSL grossit les rangs des réformistes, et non des révolutionnaires. " écrit Laurent Checola dans son blog "Alterlude".
un crime virtuel est-il punissable dans le monde réel ?
Par "crime virtuel" nous n'entendons pas la cybercriminalité classique - fraude, piratage, vol de données - ou des délits commis à l'aide d'ordinateurs, mais bien de simulacres virtuels, dans l'espace ludique d'un jeu de rôle, d'un crime qui serait punissable dans le monde réel. En l'occurrence la question est implicitement soulevée à propos de l'enquête sur le "viol" qui serait commis dans Second Life
On peut s'interroger sur les conséquences juridiques de la création de cet univers parallèle. Théoriquement, un viol d'un avatar, qui suppose l'exercice d'une coercition virtuelle, ne devrait pas avoir de conséquence juridique dans le monde réel : il s'agit d'une simulation ludique où la contrainte n'est, finalement, pas différence de celle subie par un joueur d'un jeu guerrier, où l'on se tue ou se blesse virtuellement. La "moralité" de cet acte ne doit se poser qu'en fonction des règles internes au jeu : le viol virtuel deviendrait une simple "tricherie", qui n'aurait d'autre conséquence qu'une exclusion du violeur de la communauté des joueurs. Mais le problème se pose s'il s'avérait que l'incident de jeu aie des conséquences psychologiques dommageables dans la vie réelle. Auquel cas le joueur entreprend sa vie virtuelle à ses risques et périls, sachant qu'il pourrait rencontrer des avatars mal intentionnés, sans que l'on doive déduire que le joueur incarnant l'avatar-violeur soit mal-intentionné, dans la vie réelle, à l'égard du joueur incarnant la victime. Il faudrait, pour que ce dernier puisse se plaindre, prouver que cette intention de nuire, sur le plan psychologique, soit réelle. Cela pourrait être le cas, le jeu étant le vecteur d'une perversité sublimée, mais comment le prouver juridiquement et comment le traiter sinon que comme une dérive pathologique des relations intersubjectives ou une catharsis d'une violence contenue dans la vie réelle ?
Vraisemblablement, l'enquête du Federal Computer Crime Unit n'a d'autre but que de vérifier si des infractions relevant de la cybercriminalité classique son commises, comme un éventuel piratage informatique des données relatives à l'avatar-victime, ou l'incitation dans l'espace virtuel du SL à une criminalité sexuelle dans le monde réel, comme l'incitation à la pédophilie, à moins qu'il se s'agisse d'outrage aux moeurs provoqués par la représentation du simulacre de viol.
Cependant, l'incident est symptomatique de l'extrême confusion entre la réalité et la fiction induite par ce jeu, confusion entretenue par les réels échanges économiques entre le réel et le virtuel et par l'introduction de la vie réelle dans la fiction. Mais SL n'est pas qu'un jeu : il est le réceptacle des subjectivités désagrégées de la société post-industrielle réduites à s'immerger dans la fiction d'une vie impossible au prix d'une aliénation accrue.
mardi, 23 janvier, 2007
névroses communicationnelles
"Lors du nouvel an, 46,3 millions de SMS ont été envoyé entre 20h et 8h, soit 50 % de plus que l'an dernier" lit-on sur astel.be. On peut supposer que plusieurs millions de sms ont été échangés à la Noël. Les Français n'ont pas chômé du pouce aussi : on décompte 77 millions de SMS le 1er janvier, soit environ 20% de plus que l'année dernière, c'est ZDNet France qui l'écrit. Manne financière dont profitent opérateurs, prestataires et éditeurs de contenus, la vogue du sms n'est pas sans engendrer des effets pervers : de la saturation des lignes aux fraudes aux offres trompeuses de services surfacturés, sans compter le piratage, la contamination virale et la muflerie publicitaire. L'hypercommunication réticulaire s'avère par ailleurs une dépendance radicale qui opère aussi bien au niveau psychologique - le gsm est le nouveau objet transitionnel palliatif des souffrances psycho-sociales - qu'au niveau sociologique : la communication via sms s'institutionnalise au point que la possession du téléphone portable s'avère indispensable en raison du passage des domaines d'application du sms de l'informel, ludique ou sentimental au formel, utilitaire et institutionnel. Ce mode de communication se propagea par ruse pour ainsi dire puisque ses premiers utilisateurs, les jeunes consommateurs de téléphones portables, cherchaient avant tout à minimiser les frais de téléphonie. Mais les contraintes sont drastiques : l'ergonomie rudimentaire des gsm contraint à des acrobaties linguistiques destinées à soulager le pouce. On peut certes parler d'inventivité sémantique dans la construction de ces rébus mi alphabétique mi phonétique et les non-usagers se demandent comment la lecture d'un code asséché à l'extrême peut déclencher ou entretenir l'émotion. Le plus gros des communications sms ne semblent qu'avoir une fonction phatique : signaler peut être une disponibilité à la communication "coucou je suis là" sans délivrer cependant d'autre contenu que la communication elle-même. Palliatif des solitudes sociales ?
Est aisée la caricature de ces corps juxtaposés et sérialisés ne communiquant plus que par le biais des opérateurs téléphoniques. Mais la réalité n'en est pas loin : des happenings ludiques sont organisés : on se donne rendez-vous entre inconnus pour se câliner : histoire de compenser en un geste thérapeutique bien ritualisé le manque d'affectiction. A force de narcissisme savemment distillé par les propagandistes de la consommation, on en vient à appréhender la conséquence logique de l'éclatement organisé des structures familiales et de la dissolution concertée des liens de solidarité : la désertification affective se conjugue désormais avec la misère sociale et économique....que masque à grand peine les néo-rituels de la socialibité anonyme.
samedi, 23 décembre, 2006
le jour où la Belgique s'arrêta ...
ce jour, c'était le 13 décembre... les téléspectateurs de la RTBF, la chaine audiovisuelle de service public belge francophone, s'attendait à assister à un nouveau reportage pimenté de Jean-Claude Defossé, mais en guise de "Questions à la Une", on assista à une interruption d'urgence des programmes pour un reportage en direct. J'avais pris l'émission en route et m'entendis annoncer que le "gouvernement flamand, dans une majorité écrasante, avait déclaré l'indépendance de la Flandre". Il me fallu bien dix minutes avant de me rendre compte du caractère fictif de l'annonce : ouf, la guerre belgo-belge de sécession n'aura pas lieu... dans le but d'introduire un débat sur l'avenir institutionnel de la Belgique, la RTBF n'avait trouvé rien de mieux que de nous monter le coup de la fausse-actualité-en-direct, sur un scénario de politique-fiction sans doute quelque peu invraisemblable, mais paré de tous les signes de l'authenticité audiovisuelle : participation des journaistes en charge du journal télévisé, interviews de personnalités politiques et culturelles, images en direct devant le palais royal, et reportages (simulés) sur les conséquences pratiques de la sécession flamande. Certes, assure-t-on, quelques signes dévoilaient le caractère fictif : un bandeau brièvement montrait affirmait que "ceci n'est peut-être pas une fiction", et les plus avertis pouvaient s'interroger sur la transition quelque peu chaotique entre l'émission normale et le "vrai-faux-direct", et beaucoup de téléspectateur n'auront pas remarqué le logo de l'émission satirique "tout cela ne nous rendra pas le Congo", logo d'ailleurs inspiré par une gravure érotique de Félicien Rops... les indices existaient donc, mais il n'étaient vraiment intelligibles que pour les téléspectateurs attentifs et averti des codes de l'audiovisuel...les autres - du moins ceux qui n'ont pas pris la peine de zapper sur les chaines flamandes ou sur RTL, histoire de recouper l'info - furent pris au piège. La télévision reçu, par téléphone e courriel , des milliers de messages alarmés. On raconte que les postes de police furent submergés d'appels de citoyens inquiets du sort de la patrie. Des ambassades étrangères avertirent leur gouvernement. Les hommes d'affaires étrangers, en voyage d'affaire en Belgique, se sont sans doute inquiétés et peut-être renoncés au but de leur séjour. Notre ministre Louis Michel, en déplacement au Congo, s'appretait à reprendre l'avion dare dare, et paraît il, le prince Philippe, en déplacement à l'étranger, blêmit en attendant la nouvelle. Bref, nous avons assisté, ce 13 décembre, à une panique qui n'est pas sans rappeler la fameuse invasion martienne orchestrée radiophoniquement par Orson Welles en 1938. L'adaptation radiophonique du roman de H.G. Welles était certes un précédent, mais peu nombreux sont ceux qui savent que la RTB avait projeté d'adapter, à la manière du vrai-faux-direct, une adaptation du roman de Max Gallo : "la grande peur de 1989". Mais on était au début des années 70 au début de la crise pétrolière. La tension internationale au Proche-Orient incita les producteurs de cette émission a renoncer à leur projet, histoire de ne pas provoquer de panique.
Pourquoi la mayonnaise prit-elle en ce 13 décembre 2006 ? Il est heureux qu'aucune réaction passionnelle ne se produisit sur le terrain : les faux manifestants devant le palais royal ou le parlement flamand furent, paraît-il, rejoints par des vrais, vite déchantés en apprenant la supercherie, mais la rencontre déboucha sur des discussions animées et les journalistes eurent fort à faire pour expliquer aux belges désappointés les raisons de la mise en scène. Sans doute, l'émission eut le mérite de faire prendre conscience que l'avenir de la nation belge tiens à un fil, prêt à rompre au lendemain des prochaines élections fédérales... mais il faut aussi réfléchir à ce qui fait de nous, téléspectateurs, des naifs prêt en gober l'invraisemblable.
Dans un "Rebonds", publié ce 18 décembre dans le Libé, François JOST rappelle que "en 1984, lorsque Christine Ockrent, usant du même procédé, avait interrompu les programmes par un flash spécial pour présenter les décisions d'un Conseil des ministres inopiné visant à prendre «une série de mesures d'urgence destinées à enrayer l'aggravation des déficits des dépenses publiques», en ouverture de Vive la crise, présenté par Yves Montand. Mais tout le monde l'a oublié. Comment un téléspectateur parfaitement averti du «décodage» aurait-il pu décoder autre chose que les codes du JT ? " ... et de faire remarquer ensuite : "la suite de ce faux JT aurait dû susciter quelques soupçons sur sa véracité : si l'intervention d'un envoyé spécial devant le Palais Royal (ou présidentiel) fait partie des enchaînements attendus ou prévisibles en de telles circonstances, le téléspectateur aurait pu s'étonner, néanmoins, que la rédaction ait eu aussitôt à sa disposition des images du roi quittant le palais, «prises à la sauvette l'après-midi», alors que rien n'était censément su ! Il aurait pu s'étonner aussi de ce direct d'Anvers où une «foule imposante» s'était réunie pour fêter l'événement, avec force défilés et orchestres symphoniques à la clé. Il aurait pu s'étonner enfin de la perfection du dispositif, du manque de rabâche habituel en de telles breaking news, de ces envoyés spéciaux parfaitement en place en quelques minutes... en bref, de ce mécanisme si bien huilé."
Bref, ce qui importe aussi de décoder, ce n'est pas seulement la forme de l'émission, mais aussi son contenu, mais pour cela une connaissance préalable du contexte est indispensable, de manière à déceler les invraisemblances du contexte spatio-temporel, des enchaînements des faits et de leur fonctionnement global. Mais en jouant sur l'émotion suscitée par un événement présenté comme "grave" ("l'heure est grave" étaient les premiers mots du journaliste face au palais royal), les réalisateurs de l'émission ont rendu les spectateurs furent incapable de prendre la distance nécessaire pour prendre conscience de ces détails dénotant le caractère fictionnel de l'info.
Manque de sens critique, certes et l'heure est à l'autocritique lorsqu'on se rend compte de l'oubli d'une règle fondamentale : recouper les informations. Suffisait de zapper. Mais la télévision est conçue pour endormir le sens critique : entrelardée de publicités, inondée de pailleteries et d'entertainment de bazar, la part informative de la production audiovisuelle se fait de plus en plus congrue. Pour maintenir l'audimat aux niveaux requis par les publicitaires, les jouirnalistes se transforment en animateurs de "débats" et "d'enquêtes" où se mêlent l'authentique du direct, le montage, la reconstitution et maintenant... la fiction. Il en est de même pour les émission culturelles et "scientifiques" du type "super-science": à coup d'infographie et d'effets visuels, on donne à voir une vision sensationnaliste du monde, où la science se réduit à une quête du mystère et de décryptage de l'occulte. Le spectaculaire et le suspense sont présents, mais au prix d'une compréhension exacte des faits décrits. Mais la compréhension se paie d'une certaine austérité, et il faut peut être beaucoup d'effort pédagogique et pas mal de clowneries à un Guillaume Jupin (émission "c'est pas sorcier") pour retenir l'attention de son public.
Le journalisme audio-visuel a ses règles et son code déontologique, mais ce dernier est déjà depuis longtemps mis à mal (aussi bien sur les chaines privées que sur les chaines publiques) - reconstitutions non désignées comme telles, faux directs, interview fictives ou reconstituées, caviardage des déclarations, désinformation et création artificielles d'événements - par les pressions aussi bien politiques que commerciales. A force de dépendre des publicistes pour (sur)vivre, l'audiovisuel ne voit enfermer dans une logique incompatible avec ce que devrait être la télévision : un lieu de culture, d'information, de réflexion. Avec la vraie-fausse annonce de la sécession flamande, la RTBF aurait franchi un pas, le Rubicon séparant la fiction de la réalité et fait d'un lieu symboliquement dévolu à l'observation de la vie réelle, un espace de "possible fiction" ou, selon les propres termes de la préannonce, un espace qui "n'est peut être pas de la fiction". On ne peut dès lors mieux dire que le journal télévision est en réalité un espace fictionnel où la non-fiction n'est qu'une possibilité. Detilleul (réalisateur de l'émission) aurait en fait démasqué la fiction du journalisme, qui - à travers ses codes et son mode de représentation propre - occulte le réel tout en prétendant la donner à voir. On ne peut que comprendre dès lors la position de Michel Collon, dénonciateur des médiamensonges de la presse capitaliste et bourgeoise, qui aimerait "qu'un véritable observatoire des médias fasse l'inventaire des bobards qui nous ont été servis sur les conflits des vingt dernières années : Timisoara, Panama, Nicaragua, Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Liban, Venezuela". (Michel Collon, "Pourquoi j’approuve le canular de la RTBF ", in http://www.michelcollon.info/ ) L'information que nous aurons reçue jusqu'à présent ne serait qu'une fiction, le mensonge orchestré par les agents de la propagande impérialiste. Au-delà de cette représentation paranoiaque, nous pourrons cependant admettre que le journal télévisé n'est pas une présentation brute à la manière des "no comment" (séquences d'images brutes diffusées sans commentaires) de "Euroniews" mais qu'il reconstruit l'actualité en fonction des attentes supposées du public, et, si l'on veut être plus critique, en fonction des attentes des pouvoirs institutionnels, ou des intérêts dominants du monde économique... et c'est peut être là la clé de l'émission controversée du 13 décembre. Il me revient que Jean-Paul Philippot, l'administrateur-général de la RTBF, qui a cautionnée ladite émission, est aussi président de la RMB, et que sa vision de la télévision reste inféodée aux intérêts publicitaires, ainsi que le décrit un correspondant de la R.A.P. -Résistance à l'Agression Publicitaire, commentant l'article de Michel Collon : "faire sauter le plafond du financement de la RTBF par la pub, alignement du contenu des programmes sur celui de la pub (afin de gommer tout "contraste" entre info et fiction et décliner l'ensemble sur le mode du "divertissement"), multiplication des chaines afin de "cerner" des publics cible pour les annonceurs, partenariats privilégiés (notamment avec Belgacom) etc etc. "... et dans cette perspective, le vrai-faux-direct sécessionniste se comprend parfaitement : dissoudre, à l'instar de la téléréalité, la frontière entre la réalité et la fiction, entre l'info et le divertissement, entre la vérité et le publicitaire... de manière à créer des porosités qui permettrait, in fine, à introduire le publicitaire dans les espaces jusqu'à présent épargnés de la logique marchande. La dissolution de l'info dans la fiction, ou de la fiction dans l'info, nous ramène ainsi à la pratique de la pénétration de la publicité dans la production artistique et ludique (cinéma et jeux) avant sans doute d'en admettre la pénétration dans la "pseudo-information" télévisée : verrons-nous l'événement vrai-faux-direct sponsorisée par les multinationales et les entreprises privées et en voir l'information audiovisuelle organisée de concert avec les publicistes ?
Edited on: samedi, 23 décembre, 2006 20:25
Categories: actuelles
jeudi, 09 novembre, 2006
affaire Redeker - extension du domaine du sacré et intolérances
Olivier Roy a livré à la revue “Esprit”, connu pour la finesse de ses articles, une petite analyse de “l'affaire Redeker”, publié dans le dernier numéro de Esprit (novembre 2006) dans la rubrique “controverse”.
En gros, la mésaventure de Redeker est, pour lui, à ranger sans le contexte général des revendications sectorielles se manifestant par l'intolérance et les menaces contre la liberté d'expression. Roy relativise l'affaire Redeker, qui n'est en rien comparable à une “affaire Rushdie” à la française – il n'y a en fait pas de “fatwa” émanant d' autorité religieuse ou d'un chef d'Etat islamique contre l'écrivain - il faut réellement décharger Qaradawi de cette accusation contre-factuelle (pour ne pas dire mensongère) qui a circulé sur internet, contrairement à ce que C. Fourest affirmait, il n'a pas "livré Redeker à la vindicte" islamiste, ne le mentionnant même pas dans son interview - mais seulement des menaces diffusées par mail ou sur internet par quelques individus ne représentant qu'eux-mêmes (même s'ils disent agir au nom d'Allah). Ne sachant contre qui “contre qui on protesterait pour assurer la liberté d'expression, sinon contre l'image que l'on se fait de l'islam”, il ne nous resterait qu'à se tourner vers la police qui “doit faire son travail de protection et d'enquête”, sans “transformer une question de sécurité en débat d'idées”.
Mais en dépit de cette minimisation de l'incident (qui devient “affaire” par sa répercussion médiatique), Roy pointe un réel problème relatif à la liberté d'expression. Ce n'est pas quelques fanatiques isolés qui, en la circonstance, menaceraient Redeker que la tendance de fond consistant à recourir aux menaces ou aux tribunaux dès qu'une publication, un article, un discours, une oeuvre d'art blesse la susceptibilité d'une communauté ou d'un groupe de conviction. Olivier roy pense ici “aux lois mémorielles, comme celles sur le colonialisme, l'esclavage ou le génocide arménien, aux demandes pour faire inscrire le blasphème dans la loi, aux poursuites pour racisme ou atteinte aux croyances et à l'honneur d'un groupe, voire simplement aux campagnes menées contre tout auteur un peu iconoclaste ou provocateur, qui menacent aujourd'hui le plus la liberté d'expression, dont sont victimes entre autres des historiens comme Petré-Grenouilleau ou Bernard Lewis, et des philosophes comme Edgar Morin et nombre de gens nettement moins fréquentables.”
Dénonçant un appel généralisé à la pénalisation, il déplore une “extension du domaine du sacré” mais “d'un sacré en morceaux, fait de l'addition de causes variées et d'ailleurs parfois tout à fait contradictoires (On l'a vu sur le colonialisme). On refuse à l'autre un droit au blasphème au nom des convictions qui lui sont propres, droit que l'on s'arroge soi-même au nom de la liberté d'expression ( i1 est intéressant de noter que toute protestation contre une prise de position est présentée comme intolérante, alors qu'elle fait aussi partie de la liberté d'expression)”
La liste s'allonge il est vrai des spectacles annulés, des conférences déprogrammées, des oeuvres retirées d'expositions, des livres élagués des bibliothèques publiques, des publicités interdites par décision judiciaires. Pire peut être qu'une censure préalable qui serait le fait d'une autorité despotique, nous voyons se généraliser un climat d'autocensure moins dictée par l'adhésion à une idéologie que par la crainte du coût économique engendré par des poursuites judiciaires entamées par des groupes aux intérêts sectoriels. De ces multiplications de causes toutes aussi “sacrées” les unes que les autres, on en vient à oublier “qu'à ce jeu, il n'y a plus d'universel mais seulement des gestionnaires de chapelles”.
On ne saurait trop donner raison à cette affirmation, même si, par la suite, Olivier Roy méjuge Redeker en lui intentant, sur le plan intellectuel, un procès en racisme.
“Mais il faut que les règles soient claires : on ne peut distinguer un mauvais racisme (l'antisémitisme de Dieudonné) d'un bon comme serait celui de Redeker. Car il faut le dire : le texte de faut le dire Redeker est raciste. Lorsqu'un professeur de philosophie aligne les deux prémisses suivantes : 1) le Coran est haineux et violent, 2) tout musulman est éduqué dans le Coran (" Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué ") il sait très bien que la nécessaire conclusion du syllogisme, qu'il se garde de dire explicitement, est : tout musulman est enclin à la haine et à la violence. Tous, y compris ceux qui ne croient plus (puisqu'ils ont de toute façon été éduqués ainsi).
Redeker utilise le mot musulman comme d'autres le mot juif où l'on fait semblant de ne parler que de religion alors que l'on vise bien la généalogie même de la personne.
Oui, il faut respecter la liberté d'expression. et donc celle de Redeker. Il n'y a pas de démocratie sans droit à la bêtise. Mais n'en faisons pas un devoir.”
Dans son accusation, Olivier Roy oublie que la stigmatisation d'une idéologie religieuse, supposée fanatique et intolérante, ne peut être assimilée à une stigmatisation raciale. Dans ses propos, Redeker ne cherche pas à stigmatiser le musulman dans son identité ethnique. Dans un autre texte, Redeker se défend explicitement de racisme en condamnant sans équivoque toute forme de “racisme anti-arabe” ou de xénophobie. Sa critique de l'islam est idéologique (elle vise une idéologie religieuse) et politique, puisqu'elle s'oppose principalement à l'islamisme considérée comme une idéologie politique totalitaire. En fait ce qui est plus significatif, mais aussi passablement discutable, est l'identification de l'islamisme à un totalitarisme analogue – tant dans sa structure idéologique que par ses effets sur la scène politique française – au communisme.
Il n'y a aucune inscription ethnique, et à fortiori raciale, de l'identité musulmane : l'islam s'affirme universaliste et espère la conversion de l'ensemble de l'humanité. La confusion entre l'identité religieuse et l'ethnicité relève de l'illusion d'optique générée par l'histoire de l'implantation de l'islam en Europe, implantation liée aux immigrations stigmatisées par les racistes, mais aussi par la volonté de l'islam à imprégner la totalité de la culture au point que l'identité religieuse serait assimilable à l'identité personnelle. A tomber dans cette illusion d'optique, qui supposerait que même rénégat ou apostat, le musulman resterait marqué à vie par son identité religieuse (comme pourrait l'être le juif dans le discours ou le regard antisémite), il y a effectivement un danger de “racisation” du “musulman”. Et c'est ce qui se passe dans le concret des suspicions et des exclusions socio-professionnelles qui touchent de plein fouet les groupes sociaux considérés comme issus de culture musulmane.
Il reste cependant à jauger à la lumière de la raison la majeure du syllogisme : “le Coran est haineux et violent”... et de voir dans quelle mesure l'éducation religieuse musulmane favorise l'intolérance et la haine. Une critique de l'article de Redeker pourrait être fondée lorsqu'on en relève la relative indigence intellectuelle, historique et culturelle. Nous avions ici affaire à un pamphleticule dans lequel quelques fanatiques ont cru trouver prétexte à menaces de mort. Mais le paradoxe de ces menaces est qu'ils légitiment ces assertions, interdisant de fait toute critique rationnelle et nuancée au bénéfice d'obligation morale d'une solidarité de principe. Mais ce n'est pas parce que quelques uns surenchérissent dans la haine et dans la provocation qu'il est impossible de dénouer le ou les malentendus.
Une lecture, même superficielle, des textes fondateurs de l'islam, du Coran et des hadith, montre que, comme dans toute religion, haine et amour s'y entrelacent... en effet l'amour d'une idée (celle de Dieu, celle d'une communauté s'unifiant à travers une pratique religieuse) s'accompagne nécessairement de la haine de ce qui est contraire à cette idée... en cela l'islam n'est en rien différent des autres religions. Et les passions musulmanes ne se distinguent en rien des passions humaines, celles que Spinoza décrit dans son Ethique. ("si nous imaginons que quelqu'un aime, ou désire, ou hait quelque chose que nous aimons, désirons, ou haïssons, par la même nous aimerons etc...cette chose avec plus de constance" .... "si l'on s'imagine qu'un autre semblable à nous est affecté de haine contre un être semblable à nous, et qu'on aime, on haïra cet autre" ... "si on a été affecté par un autre, appartenant à un autre groupe social ou à une nation différente de la nôtre, d'une joie ou d'une tristesse qu'acocmpagne l'idée de cet autre, considérée comme cause sous le nom universel du groupe social ou de la nation, on aimera ou haïra non seulement cet autre, mais tous ceux du meme groupe ou de la même nation")
Ce serait caricaturer outrageusement une communauté de croyants que de la décrire comme une masse fanatisée prête à égorger l'infidèle, à l'image du “bolchévique couteau entre les dents”. Cela ne correspond en fait à aucune réalité historique ou sociologique, même s'il y a eu des périodes conflictuelles où le sabre joua son rôle – l'islamisation des sociétés arabes prit, il est vrai, la forme d'une conquête et une unification politique de clans et de tribus sous une autorité politique unique. Quand au Jihad anti-chrétien, il fut la conséquence d'expéditions militaires menée par les croisés, expéditions aux motivations autant économiques que politiques et religieuses, et l'on ne peut dire que la violence fut – en la circonstance – unilatérale.
Il y a certes de l'intolérance en Islam, mais pas seulement de l'intolérance ; il y a certes de la bêtise et de l'obscurantisme dans cette religion, qui a ses fanatiques parmi ses adeptes comme dans n'importe quelle autre religion, mais à la dénoncer unilatéralement sans contextualiser, à la fois sur le plan doctrinal et sur le plan historique, ces éventuelles propensions à l'intolérance, on ne que peut renforcer de part et d'autre les fanatismes et les haines.
mercredi, 01 novembre, 2006
face à l'islam : la confusion des idées
L'affaire Redeker est un exemple, de plus, de l'exacerbation des crispations identitaires et religieuses, mais aussi un exemple de l'instrumentalisation médiatique et politique de ces crispations. Les prises de positions, ainsi que le traitement médiatiques des dernières querelles impliquant l'islam (je pense aux réactions musulmanes contre le discours papal de Rastibonne, à l'affaire des caricatures ...) montrent qu'une confusion oblitérant toute lucidité critique s'est installée dans l'opinion mais aussi du chef de certains intellectuels médiatisés. L'islam est confondue avec sa radicalisation islamiste, les enjeux rationalistes s'entrelacent avec des enjeux de sécurité internationales, la dénonciation du racisme est confondue avec l'exigence du respect du sacré, l'irréligion devient à son tour le masque d'une stigmatisation des migrants, à la critique rationnelle se substituent l'injure, la haine, la passion tandis que des procédés rhétoriques douteux, ceux qui prévalaient durant la guerre froide, sont réactivés au bénéfice de la néo-guerre anti-terroriste et au risque d'une guerre inter-confessionnelle.
première confusion : les -ismes de la réprobation : islamisme, communisme et totalitarismes...
La critique libérale considère le communisme comme une idéologie totalitaire de nature para-religieuse, promettant une rédemption du prolétariat alors qu'il l'assujettit sous la domination sans partage de l'Etat, du parti et de son leader, substituts des idoles révolues. En quelque sorte, le marxisme serait une religion athée, une eschatologie matérialiste et déterministe reposant sur un historicisme progressiste. Le communisme ne serait donc que la promesse toujours vaine d'un paradis terrestre légitimant le sacrifice des générations présentes au nom du Parti. Dans cette perspective on peut effectivement considérer les points communs entre l'islamisme – comme projet politique - et les idéologies totalitaires du 20e siècle : subordination de toute la vie entière à une idéologie, prétention à l'universalisme, refus de l'autonomie individuelle face à la communauté, refus du libéralisme politique et du pluralisme... mais les similitudes sont superficielles et pourraient concerner bien d'autres idéologies totalitaires. Le parallélisme entre le communisme et l'islamisme ne tient pas compte de différences fondamentales, structurelles, entre la guerre froide et la situation présente. Il prends encore moins en considération la nature et de la fonction du communisme, à la fois pratique politique d'émancipation du prolétariat et pratique (et idéologie) d'oppression étatique.
Ce n'est pas tenir compte non plus de la différence essentielle, sur le plan idéologique, entre les fondements, marxiens ou marxistes, du communisme et la nature religieuse de l' islam. Le marxisme adopte une approche matérialiste des phénomènes sociaux, dont la religion fait partie. Il peut élucider la nature et la fonction de l'islam, non seulement dans son origine historique, mais aussi dans son expansion et sa radicalisation au sein des nations les plus frappées par les conséquences sociales de la mondialisation. De manière beaucoup plus efficace et pertinente que les critiques positivistes du Coran ou des croyances irrationnelles, on peut ainsi comprendre la fonction sociale et idéologique de cet islam radicalisé : vecteur d'espoir – par la promesse fallacieuse d'une égalité devant Dieu – mais aussi vecteur d'assujettissement féodale et d'oppression étatique.
Pour ma part, ces rapprochements rhétoriques rejetant dans une même réprobation communisme et islam ne sont qu'une rhétorique d'intimidation et de culpabilisation de ceux qui, se refusant aux déclinaisons multiples d'une « islamophobie » cherchent à dénouer les conflits en favorisant le dialogue inter-culturel au risque de passer pour les « idiots utiles » d'une instrumentalisation politique. Je n'ai personnellement cure de ces procédés rhétoriques, de même les rapprochements sémantiques hasardeux associant islam et fascisme, ou islam et nazisme dans des néologismes douteux (« islamo-fascisme », « nazislamisme ») m'indiffèrent. Ils ne servent qu'à injurier et à ameuter, pas à comprendre, ni même à résister avec quelque efficacité aux pressions des obscurantistes religieux.
Qu'il y ait des similitudes structurelles entre les idéologies fascistes et le celle des islamistes ne doit pas amener à confondre deux réalités politiques différentes même s'il faut reconnaître les convergences entre l'extrême-droite ( y compris le nazisme) et le radicalisme musulman dans une communion de haine antisémite. Commun à ces idéologies, l'oblitération de l'individu, et des classes sociale, dans une communauté « organique » censée unifier le corps social tout en masquant les contradictions réelles.
C'est dans l'analyse des rapports entre religions et politique que nous devons chercher à comprendre l'islamisme. Cela suppose une compréhension des mouvements islamistes comme une radicalisation conflictuelle traversant avant tout les sociétés musulmanes, avant d'être le signe avant-coureur d'une opposition stratégiquement concertée entre l'islam (fantasmé comme régime totalitaire) et l'occident. L'action menée par les islamistes violents, terroristes et radicaux doit être comprise dans le contexte interne aux sociétés musulmanes traversées par des antagonismes sociaux. La radicalisation islamiste relève bien d'une idéologie structurée, cohérente, consciente d'elle-même, aspirant l'hégémonie, mais elle se dresse autant contre les secteurs du monde musulman occidentalisés, laïcisés et intégrés à l'économie mondiale que contre les grandes puissances occidentales. Elle s'opère bien sur dans le champ des pratiques religieuses, empruntant les canaux de transmission institués propre à l'islam avec d'autant plus de facilité que, contrairement au catholicisme, aucune autorité centralisée ne monopolise le discours religieux et sa jurisprudence.
deuxième confusion : les phobies - islamophobie, xénophobie et hétérophobie
En France, il n'y a pas de catégorisation ethnique ou religieuse des citoyens, donc pas de statistiques fiables d'appartenance religieuse ou ethnique, pour évaluer la répartition des allégeances religieuses on procède donc par sondage d'opinion. Le site « religioscope » fait état de sondages effectués en avril 2003 : « 62% de l'ensemble des Français se disent catholiques, 6% musulmans, 2% protestants et 1% juifs. 26% se déclarent "sans religion". Le pourcentage des catholiques a baissé (de 67% en 1994 à 62%), celui des musulmans a notablement augmenté (de 2% à 6%), de même que progresse la catégorie des "sans religion" (de 23% à 26%). ». Si l'islam est la « deuxième religion » de France et manifeste un taux de pénétration significatif – un site islamique estime à 40.000 le nombre de convertis français sur 7 à 8 millions de musulmans vivant en France – et n'en reste pas moins fortement minoritaire par rapport au catholicisme et surtout par rapport à la non appartenance religieuse. En Belgique, le pourcentage de musulman avoisine 3 %, selon des sondages récents.
Le fait est que la pénétration de l'islam en Europe est liée à des phénomènes migratoires, passés (résultant des contacts avec les ex-colonies) ou présents. Ces mouvements migratoires ont suscité et suscitent encore des réactions xénophobes significatifs sur le plan politique, et aboutissant parfois à des incidents, voire des crimes, de caractère racistes... cependant cette xénophobie est largement stigmatisée et pénalement réprimée, de sorte qu'elle ne peut s'exprimer qu'à travers des biais discursifs. Ainsi les mouvements xénophobes ont opéré divers glissements sémantiques, adaptant leur rhétorique aux contraintes juridiques et aux circonstances politiques du jour... c'est ainsi que des organisations cataloguées naguère comme xénophobes voire fascistes visent désormais l'islam, ou plus exactement, les populations musulmanes, comme obstacle à l'intégration et comme facteur d'insécurité (terrorisme)... A la thématique de l'étranger « profiteur de la sécurité sociale » se substitue la thématique de l'étranger inassimilable sur le plan culturel et conflit ouvert avec les valeurs occidentales.
D'un autre côté, les couches sociales marginalisées glissent aisément dans les idéologies régressives, fascistoïdes ou religieuses : l'extrême droite européenne a fait son lit de la précarité sociale des laissés-pour-compte du libéralisme, de même le radicalisme musulman fait son lit de la marginalisation sociale des migrants issus du monde musulman : repli communautaire, revendication identitaire culturelle, régression idéologique, intolérance... à cela s'ajoute, indépendamment de l'islamisme – perçu parfois comme un régulateur des déviances sociales – le glissement vers l'anomie sociale, la délinquance et les incivilités propres au lumpenprolétariat (et qui s'observe aussi dans les sous prolétariats de culture occidentale)
Cette situation sociale, où l'Etat libéral se montre incapable d'appliquer ses principes égalitaires et d'imposer une politique de régulation sociale des inégalités, favorise les confusions sémantiques, confusion instrumentalisée aussi par les tenants de l'islam : ces derniers récusent la critique de l'islam comme « islamophobie » en tendant à mettre sur le même pied que les formes classiques de racisme ou de xénophobie. Il y a quand même un fait de société, l'hostilité envers l'islam, dans ses aspects réactionnaires et obscurantistes, est le prétexte d'attitudes discriminatoires et de stigmatisation des populations musulmanes, surtout lorsqu'elle revendiquent dans l'espace public leur appartenance religieuse. Cette revendication s'oppose frontalement au principe laïc de neutralisation religieuse des lieux fonctionnels ou symbolique d'exercice de la citoyenneté : enseignement public, tribunaux, bureaux électoraux, parlements ou sénat, administrations... Dès lors, des conflits largement médiatisés, autour des signes d'appartenance religieuse, dont – et plus particulièrement - le hijab, perçu comme le symbole de l'oppression sexiste caractéristique, selon les détracteurs, de l'islam et vécu, par les musulmanes qui le revendiquent, comme acte de pudeur, de foi ou d'affirmation culturelle, cristallisent les attitudes et les discours identitaires. Il y a eu une réelle ambiguïté dans la querelle du hijab : s'agissait-il de promouvoir l'émancipation de la musulmane, au nom de la laicité républicaine, au nom de l'égalité sexuelle, ou s'agissait-il d'exclure de l'espace public la visibilité de l'appartenance religieuse, au risque de la réclusion et de la ségrégation sociale et scolaire. Acceptons-nous de vivre aux côté de femmes, d'hommes qui ne partagent pas nos valeurs, ou devons nous – de gré ou de force – intégrer ces hommes et ces femmes dans notre culture ?
Poser la question en ces termes c'est imposer une vision dichotomique opposant un « nous » hypothétique à un « eux » tout aussi hypothétique et oblitérant la possibilité d'inclure ce « eux » dans ce « nous ». C'est cependant une telle inclusion que vise l'intégration républicaine. Dans les faits la législation française interdisant le port du voile dans l'école a favorisé l'intégration républicaine et réduit les situations conflictuelles, mais s'est accrue la demande d'écoles confessionnelles, ce qui peut signifier une relégation accrue des musulmanes. Par ailleurs, l'Islam, comme religion structurant la totalité de la vie, enferme les adeptes dans une vie communautaire en leur suggérant, voire en leur imposant, un mode de vie difficilement compatible avec les moeurs européennes. L'islam tend donc à favoriser une ségrégation sociale d'autant plus facilement que il se considère comme une « citadelle » résistante à l'influence culturelle et religieuse non-musulmane. Mais elle adopte aussi une attitude prosélyte. L'islamisme radical vise en effet à la conversion de l'ensemble de l'humanité.
La laïcité s'exerce dans des conditions différentes de celles qui prévalurent en 1905 où les républicains laïcs devaient résister à un cléricalisme dominant et profondément enraciné dans la culture française, en phase avec une fraction importante des classes sociales dominantes. Ici c'est à une idéologie régressive et obscurantiste, importée en Europe au sein d'une minorité socialement dominée, de sorte que le combat laïc peut être perçu comme un des avatars, ou le prétexte, de la violence symbolique exercée par les couches dominantes occidentale. Cela n'en ôte pas la légitimité, loin de là, mais doit conditionner la stratégie des mouvements laïques, qui doivent éviter de présenter leur combat comme une confrontation de civilisation. Il se s'agit point d'opposer « Occident à Orient », mais de soutenir ceux et celles qui, dans le monde musulman aspirent à la démocratie, à la libération des moeurs, à l'égalité sexuelle, à la modernité et luttent, à partir du substrat culturel propre ces cultures, pour la séparation des autorités religieuses et politiques.
la confusion entre la critique de l'islam et la stigmatisation sociale (xénophobe ou raciste) du musulman est entretenu de part et d'autre.
Elle découle de :
- la marginalisation sociale des personnes perçues comme appartenant à la « communauté musulmane » : cela se traduit par la ségrégation des logements, l'exclusion de l'emploi, une plus grande vulnérabilité face au chômage et à la précarité sociale, et l'exacerbation des rapports conflictuels avec les autorités publiques (lors des contrôles « au faciès ») résultant du glissement vers la délinquance d'une partie de ces populations. les études sociologiques sur les perceptions des communautés montrent que ce sont les ressortissants perçus comme arabes, maghrébines et nord-africaines qui sont, en Europe, les plus stigmatisées et éprouvent le plus de difficultés d'intégration. Or ce sont précisément des communautés de culture musulmanes. Quelle que soit la prétention de la République française à l'égalité, le fait est que « être arabe », c'est-à-dire de type physique nord-africain ou moyen-oriental reste, en France et malgré la pénalisation des actes racistes, un obstacle à l'intégration sociale et professionnelle.
- La situation géopolitique, les conflits traversant le moyen-orient, l'action terroriste d'Al Qaida, les violations des droits de l'homme dans les pays islamistes donnent à l'opinion publique une mauvaise image de la culture musulmane et des musulmans, alors qu'il faudrait aussi percevoir cette culture dans sa diversité, dans sa richesse historique et dans ses contradictions, tout en se défiant cependant d'un irénisme irréaliste
- un autre facteur cependant est la prétention de l'Islam, en tant que religion, à s'appréhender comme fait de culture global : l'homme musulman n'existe pas en tant qu'individu mais en tant que membre d'une communauté, de sorte que les choix religieux individuels n'ont aucune légitimité, hormis la conversion à l'islam considéré comme vérité ultime. L'interdiction de fait de l'apostasie, la relégation des autres religions monothéistes dans une situation de subordination ou de simple tolérance, la non reconnaissance de l'athéisme, la fusion entre l'autorité religieuse et l'autorité politique ainsi que l'application dans la société civile d'une législation religieuse (la charia) , aboutit à assimiler une donnée d'appartenance religieuse à une identité culturelle globale, et finalement l'islamité se confond avec une appartenance culturelle globale assimilée à une forme d'appartenance ethnique. La critique de l'idéologie religieuse est ainsi perçue une attaque contre toutes les personnes appartenant à la communauté musulmane... Cette confusion est entretenue aussi bien par ceux qui se servent de la critique antireligieuse pour régler leur compte xénophobe ou raciste que par ceux qui se sentent injuriés par ceux qui critiquent ou caricaturent la religion musulmane. Des mouvements antiracistes ont ainsi pris en considération la notion « d'islamophobie » estimant qu'une critique violente contre l'islam pouvait, à l'instar de la judéophobie dérivant en antisémitisme, relever d'une stigmatisation d'une communauté humaine, un acte de racisme. La confusion s'installe entre « respect d'une religion » (donc d'une idéologie ou d'un discours) et « respect des personnes », individus ou communautés.
Troisième confusion : terrorisme et guerre impérialiste – anti-impérialistes : idiots utiles de l'islamisme ?
Je ne vais pas entrer ici dans une analyse de la situation géopolitique actuelle. Il faut bien se rendre compte que la « néo-guerre » engagée « contre le terrorisme » a plusieurs facettes. Il y a bien sûr les agressions menées par Al Qaida contre les USA et d'autres pays occidentaux, les actes terroristes perpétré nécessitent une réponse adéquate pour assurer la sécurité de nos Etats et de nos citoyens. Mais l'action d'Al Qaida ne doit pas être interprétée à mon avis comme une « guerre de religion » entre Islam et infidèles, même si l'idéologie religieuse, sous la forme d'un intégrisme qui trouve appui à la fois dans le wahlabisme, dans la pensée de Sayyid Qutb, inspirateur de l'islamisme radical, et dans l'islam professé par les madrasas du courant Deobandi au Pakistan, où furent formés les chefs Talibans. La guerre traverse aussi les pays musulmans opposant les Etats plus ou moins intégrés à l'économie mondiale, et parfois fort inféodés aux intérêts occidentaux, tout en étant particulièrement fondamentalistes sur le plan religieux, et les mouvements islamistes radicaux, qui s'appuient sur les couches populaires. Le radicalisme religieux, tout en étant régressif, « utopiste-réactionnaire » (contre la modernité et pour l'utopie d'une restauration d'un ordre social ancien, celui des premiers califats) est une forme de résistance à l'hégémonie politique et culturelle de l'occident, donc une forme de résistance anti-impérialiste. Ainsi il en était du mouvement de pensée inspirateur des talibans « l'école de Deobandi ». Cette école naquit en Inde coloniale au 19e S, à Delhi, en opposition à la politique coloniale anglaise et prône une interprétation fondamentaliste du Coran cherchant à recréer l'égalitarisme (mythique) originaire de l'islam. Ce fut un phénomène courant, dans les colonies, que de chercher dans l'affirmation des spécificités culturelles ou ethniques, dans le fondamentalisme religieux, ou dans un millénarisme (attente d'un « sauveur » et promesse d'une libération future) sectaire le soubassement d'une résistance à la domination occidentale.
La convergence d'un discours fondamentaliste et de la résistance au colonialisme, et par après, aux néo-colonialisme et à la domination économique et politique des puissances occidentales est certainement un facteur de confusion idéologique dans laquelle les mouvements tiers-mondistes et anti-impérialistes d'occident, désemparés par la disqualification politique du communisme, tombent d'autant plus facilement que la capacité d'analyse critique des militants se réduit comme une peau de chagrin faute d'assise théorique clairement matérialiste et dialectique. L'anti-occidentalisme des mouvements islamistes fait illusion mais cette illusion est aussi entretenue par les discours et les pratiques des puissances occidentales en lutte contre « le terrorisme ». La défense, légitime, contre les actions terroristes est le prétexte d'un remodelage géopolitique du moyen-orient utile aux visées géostratégiques des USA en quête de suprématie économique dans cette région et dans l'Asie centrale, mais contre-productive en terme de stabilité et de sécurité internationale.
Une appréhension correcte de ce qui se passe au Moyen-orient, mais aussi dans les Balkans, en Europe de l'Est, en Asie centrale suppose que l'on mettent les antagonismes religieux à leur juste place, celui de facteurs idéologiques superstructurels, relevant de la conscience subjective d'acteurs politiques et sociaux dont la fonction réelle doit être élucidée sur la base d'une analyse objective des intérêts économiques, sociaux et politiques.
De part et d'autre le religieux sert de prétexte et de fondement idéologique des politiques adoptées. Aux USA le fondamentalisme chrétien devient, pour la droite conservatrice, la grille d'analyse géopolitique et le critère d'évaluation morale des politiques internationales... sans doute la religiosité n'imprègne pas totalement l'esprit des décideurs politiques ou économique : la rationalité économique marchande dicte aussi ses lois, mais elle marque de son sceau d'irrationalité toute la vie sociale et politique.
Il convient donc de bien différencier les discours et notre action et ne pas confondre une critique intellectuelle de la doctrine (qu'il faut toujours considérer dans son contexte historique ) et la critique sociale et politique des attitudes. Dans cette dernière, il faut considérer que l'islam ne s'exprime pas sous un mode homogène et il me paraît vain de déduire, d'une lecture littérale, an-historique et anti-dialectique, du Coran ou des hadith, une représentation globale de qu'est l'islam, comme réalité sociologique, culturelle et politique, aujourd'hui. Il faut considérer les courants islamistes pour ce qu'ils sont, des mouvements socio-politiques, qui empruntent certes les voies instituées du discours religieux pour faire pression sur les communautés musulmanes, mais restent, la plupart du temps, des mouvements d'opposition plus ou moins marginalisés. Quant aux Etats musulmans, qu'ils soient plus ou moins modérés, réactionnaires (comme l'Arabie Saoudite), ou radical-intégriste comme l'Iran. Il faut les considérer en géo-politicien, et les envisager comme des acteurs d'un système mondial en mutation. Les conventions internationales, les règles du droit international, l'exigence du respect des Droits de l 'homme doivent dicter nos attitudes à l'égard de ces Etats qui restent, qu'on le veuille ou non, souverains.
On s'inquiète de l'expansion de l'islam, en Afrique plus particulièrement. L'Islam n'est pas seule en lice. Ainsi, l'Afrique noire est profondément touchée par la religiosité sectaire des fondamentalistes protestants. Temples et Communautés se réclamant de l'évangélisme, agissant sous une forme extrêmement volontariste et adoptant parfois les stratégies commerciales des télé-évangélistes, deviennent dans toute l'Afrique Noire l'exutoire des angoisses populaires et l'ultime refuge des espérances. Faute de pouvoir compter sur les Etats et encore moins sur les opportunités qu'offrirait le libéralisme économique, le peuple se tourne vers les prometteurs de miracles. L'Islam n'est pas seule en jeu dans la régression idéologique et l'exacerbation des religiosités. La pénétration de l'islam en Europe, mis à part les mouvements migratoires, reste modeste. Les 6 % de musulmans en France sont dérisoires face aux 62 % de catholiques, et aux 26 % de non-croyants. Il faut certes prendre en considération « la deuxième religion de France », mais pas plus qu'on ne prend en considération d'autres minorités religieuses. Et quant aux conversions d'européens vers l'Islam : cela restera à mon avis minoritaire dans la mesure où l'islam suppose une acculturation, par la langue, à la civilisation arabe.
Conclusions provisoires
Il y a des questions théoriques que je n'ai pas abordée ici, bien qu'elles sont suggérées : la question de la pluri-culturalité au sein d'une même nation en est un exemple. On ne peut évacuer cette question d'un revers de main, s'appuyant sur un modèle « français » ( celui d'une république intégrant par assimilation plutôt que par reconnaissance des pluralités culturelles ) jugé trop rapidement comme universalisable sans adaptation aux conditions socio-historiques concrètes. De même il me parait inadéquat de se contenter d'un multiculturalisme (assorti d'un pluralisme juridique) qui reconnaîtrait la légitimité, dans un même espace juridique, de législations communautaire séparées, dans qu'il y ait une politique volontariste d'intégration inter-culturelle. Cette question reste complexe car le problème requiert des solutions différenciées selon les circonstances socio-historiques : existence dans une nation souveraine et moderne issue d'une colonisation passée de populations indigènes non assimilée à la culture dominante, coexistence sur pied d'égalité de cultures, d'ethnies ou de communautés linguistiques différents, revendications identitaire de populations migrantes d'intégration récente, revendications sécessionnistes de minorités linguistiques ou de régions... autant de situations qui posent question à ceux qui, avec raison, entendent dépasser les subjectivités communautaires pour aboutir à une pensée politique universalisable mettant en avant plan les notions d'égalité et d'équité.
j'aurais tendance à aborder la question de l'islam en évitant toute globalisation des discours et toute confusion des enjeux.
1. La critique idéologique de l'islam doit être replacée dans le contexte plus global d'une critique de la religion. A la contestation positiviste des dogmes et des croyances irrationnelles doit, à mon avis, se compléter une élucidation psycho-sociologique et socio-politique des phénomènes religieux. A ce titre l'islam doit être considérée comme une religion parmi d'autres, ni plus ni moins dangereuse, pour la raison, que les autres croyances religieuses.
2. La lutte pour la laicité est un combat politique indissociable à un combat démocratique favorisant la construction d'un état social et égalitaire, capable d'assurer pour l'ensemble des citoyens les conditions optimales d'une vie commune. La séparation stricte des autorités religieuses et des autorités politiques est un des objectif de ce combat. Il faut bien comprendre que la laïcité ne se confond pas avec l'irréligion ou l'athéisme. Un Etat laic garantit la liberté religieuse, qui pour être totale doit accepter de plein droit l'athéisme, l'apostasie ou la conversion religieuse, comme attitudes personnelles pouvant se manifester librement dans l'espace public.
3. Le rationalisme athée est une démarche intellectuelle relevant d'un souci de vérité et requiert donc une attitude plus pédagogique que propagandiste. Une telle pédagogie doit être franche – appeler obscurantisme ce qui est obscurantiste – mais aussi respectueuse des individus, des personnes. Reconnaissant dans leur démarche religieuse une quête du sens et cherchant à les accompagner à partir de leur subjectivité propre, les amenant progressivement à prendre de la distance par rapport à leurs convictions premières et leur donnant les outils conceptuels indispensables à une démarche rationnelle qui doit, pour être solide, être libre et autonome.
4. Sur un plan plus précisément politique, l'attitude par rapport à l'islamisme doit être sans équivoque. Il faut définir ces idéologies pour ce qu'elles sont : des idéologies régressives, antidémocratiques, et potentiellement totalitaires... Mais la politique à mener à l'égard des « islamistes » doit être habile : distinguer ceux qui accordent foi aux croyances religieuses, des chefs ou inspirateurs de mouvements politiques subversifs ou potentiellement terroristes. De même il faut être un bon tacticien et ne pas se jeter à corps perdu dans les querelles médiatisées et bien différentier ce qui se passe à l'échelle internationale (questions de politique intérieure) de ce qui se passe au sein des communautés musulmanes intégrées dans nos nations.
5. Il convient de pas oublier que la néo-guerre actuelle se déroule aussi sur le plan des idées et de la propagande : tous les procédés de provocation, de désinformation, d'amalgame et de sabotages intellectuels y ont cours. Il est prudent de ne pas accorder aveuglément crédit à tout ce qui se dit ou s'écrit dans les médias et sur internet. Les déclarations belliqueuses d'intellectuels en lutte contre l'islamisme sont à mes yeux contre-productives dans la lutte réelle contre le terrorisme, d'une part parce qu'elles radicalisent des individus passifs ou indifférents et d'autre part parce qu'elles ne font qu'accroître les confusions que j'évoquais ci dessus. La lutte efficace contre l'islamisme politique et contre les terroristes (potentiels ou avérés) est l'affaire des polices et des services secrets, elle se mène discrètement, sans tambour ni trompette, dans le cadre juridique démocratique, mais recourant, si nécessité, à des techniques « moins civiles »... Les intellectuels en quête de scandale ou de notoriété médiatique ne font que leur rendre la tache plus délicate en jetant leur huile sur ces braises.
6.Enfin, il faut porter toute notre attention et notre appui à l'égard de ceux qui, dans le monde musulman, luttent pour leurs droits démocratiques, prônent une lecture modernisée des préceptes coraniques, agissent pour la laïcité, aspirent à une réforme de l'islam, luttent pour l'égalité sexuelle et l'abolition des châtiments cruels ou inhumains ... de même, la lutte, dans nos pays, pour les droits des réfugiés, y compris ceux qui – sans être stricto-sensu des persécutés politiques – fuient leurs pays en raison des conditions sociales, des discriminations sexistes, du terrorisme de groupes non étatiques, de situations de guerre...
7.Enfin la crispation communautariste s'explique généralement par des situations d'inégalité et d'exclusion sociale. Rien ne saurait être acquis durablement, en matière d'intégration républicaine, et d'adhésion à la démocratie, tant que le discours de liberté et de la fraternité ne s'assortit point d'une pratique de l'égalité. Sans égalité sociale, sans justice économique dont l'Etat ne puisse être garant, les promesses de la démocratie et de la modernité ne pourraient qu'apparaître mensongères aux yeux de ceux qui, par leur appartenance ou leur origine, sont ou restent culturellement éloignés des valeurs républicaines.
Edited on: mercredi, 01 novembre, 2006 12:28
Categories: actuelles
samedi, 30 septembre, 2006
intolérance religieuse et liberté d'expression
La violence des réactions musulmanes aux récentes déclarations de Benoit XVI – réflexions qui n'avaient pourtant rien d'incendiaire – met en évidence la distance qui reste à franchir entre l'intolérance religieuse et la raison. Preuve nous en est donnée tout récemment par les déboires d'un professeur de philosophie, à ses heures chroniqueur de presse, qui se voit menacé de mort en raison d'un éditorial dénonçant l'intolérance de l'islam.
Il importe peut ici que l'on partage ou non l'analyse à l'emporte-pièce que Redeker fait de l'Islam dans l'éditorial incriminé. Ce philosophe se fait en effet connaître par sa dénonciation sans nuance de l'islamisme et de l'anti-sionisme et par sa solidarité avec les puissances occidentales en guerre contre le terrorisme et je ne pense pas qu'il soit le meilleur penseur de la géopolitique moyen-orientale. Il importe peu que l'on soit d'accord ou non avec ses analyses politiques, le fait est qu'il est menacé de mort, dans les blogs ou sites web édités par des islamistes extrémistes, et contraint à une semi-clandestinité en raison de ces menaces. Un philosophe menacé en raison de ses éditoriaux, un professeur empêché d'enseigner, un citoyen obligé de se terrer au sein même d'une république laïque, démocratique et libre. Voilà ce qui est intolérable. Pour cette raison et cette seule raison – et sans aucune haine ou phobie à l'égard des musulmans – nous devons, comme citoyen démocrate, affirmer notre solidarité, avec Robert Redeker dans le cas présent, mais aussi avec tous ceux qui sont victimes de l'intolérance.
Il est intolérable qu'une faction religieuse, quelle qu'elle soit, puisse, en menaçant de mort ou en troublant l'ordre public, intimider l'opinion au point que l'on doive se sentir menacé si l'on ose critiquer ouvertement son fondateur ou sa doctrine. L'intolérance religieuse qui ressurgit de plus belle en ce début de ce siècle que Malraux espérait « spirituel » n'est pas le monopole de l'Islam, même si les fidèles de cette dernière religion ont une trop fâcheuse tendance à confirmer par leur comportement les accusations d'intolérance et de violence dont ils font l'objet. Force est de constater que des intimidations, voire des menaces et des violences physiques, sont commises aussi à l'égard de ceux qui scandalisent les chrétiens fondamentalistes, les juifs ultra-orthodoxes ou ultra-sionistes, les catholiques intégristes : artistes, écrivains, femmes ou médecins recourant à l'avortement, animateurs de radio ou de tv, humoristes, cinéastes sont de plus en plus souvent victimes de pressions et d'intimidations de groupes confessionnels divers...
A cet égard les pouvoirs publics doivent faire preuve de la plus grande fermeté à l'égard de ceux qui violent ainsi la liberté de pensée au nom d'un prétendu droit au respect des minorités ou des confessions. Le principe de laïcité, séparation stricte de l'Etat et des religions, s'articule étroitement avec la liberté confessionnelle, mais cette liberté est inconcevable sans la liberté de critique, de dénégation et d'apostasie, elle est inconcevable sans la liberté de délibérément « choquer » les croyants et les adeptes. La loi est assez outillée – pensons aux législations réprimant les actes de racisme et les discrimination envers les minorités - pour que la liberté de conscience et les droits des individus soient garanties. Mais ces droits restent un vain mot si l'Etat se montre incapable, sous le prétexte de ménager des « communautés » minoritaires mais bruyantes, d'assurer la liberté et la sécurité de ceux qui pensent autrement que les prédicateurs intolérants et obscurantistes.
mardi, 25 avril, 2006
meurtre crapuleux, emotion publique et préjugés...
Depuis la (trop) célèbre affaire Dutroux, la Belgique se distingue peut être par sa réactivité citoyenne à certains faits-divers. Le crime récent commis, le 12 avril, au coeur de la capitale européenne, à la gare Centrale, en pleine heure d'affluence, avait suscité une légitime émotion. Deux gredins avaient poignardé une jeune homme de 17 ans pour lui dérober son lecteur mp3 : "mort pour un mp3" titrait la une des journaux, avec en regard la photo de la victime, un adolescent sympathique, souriant, bon élève d'une école catholique et scout de surcroît. En contraste, on avait le signalement des agresseurs présumés décrits d'emblée comme de type nord-africain :" Les deux jeunes qu'on y distinguait étaient, selon la police, "de type nord-africain" et personne n'a mis en doute l'appartenance de deux suspects à cette communauté." (AFP) . Big brother veillait cependant et la vidéo-surveillance avait surpris les agresseurs en pleine action : des images télédiffusées montrèrent deux jeunes vêtus comme le sont habituellement les ados de milieux populaires majoritairement maghrébins : survêtement de sport, à capuche, surmarqué NIKE pour l'un... les visages bien visibles permettaient d'augurer une conclusion rapide de l'enquête et chacun put se conforter à l'idée que les assassins présumés, plutôt costauds et noirs de cheveux, étaient bien de type "musulman".
Signalons d'emblée l'attitude responsable et citoyenne de la famille, des proches et des amis de la victimes qui, immédiatement, s'opposèrent à toute stigmatisation xénophobe, raciale ou confessionnelle, ainsi qu'à toute récupération politicienne du drame. Le crime était condamné comme il se devait mais en aucun cas la communauté ethnique dont les agresseurs étaient supposés en être ne pouvait être stigmatisée. Au cours des funérailles, comme de la manifestation du dimanche 23, qui réunit 80.000 personnes, les maghrébins étaient nombreux aussi à partager le deuil et dénoncer le crime et l'insécurité. Ce qui était manifesté, dans une forme qui interdisait toute récupération politique, n'était autre que - outre la tristesse - l'exigence d'un droit fondamental : une sécurité optimale des lieux publics. Mais n'empêche, le réseau de solidarité qui s'est rapidement tissé autour de la famille de la victime, autant que les médias et les autorités, étaient soucieux de désamorcer toute tension intercommunautaire.
Seulement la police a décrit, sur la base des témoins visuels et des images quelque peu floues de la vidéosurveillance, les criminels comme de type nord-africain, laissant supposer qu'ils étaient de confession musulmane. Les imams prirent le relais de cette hâtive conclusion en condamnant le crime et exigeant des assassins qu'ils se dénoncent. De son côté l'Exécutif des musulmans de Belgique (le représentant officiel de la communauté musulmane auprès des autorités belges) avait prudemment déclaré : " à partir du moment où les agresseurs n'ont pas été identifiés, nous ne voyons pas l'intérêt d'en parler. Nous attendons que la justice fasse ce qu'elle a à faire " tout en regrettant "la stigmatisation de la communauté musulmane à la suite de la mort de l'adolescent".
Ce mardi 25 avril, l'enquête policière, menée avec diligence, fait un bond : un des agresseurs, un jeune homme de 16 ans, est retrouvé et arrêté. Il s'avère que les deux gredins ne sont nullement musulmans : ils sont, aux dires du Parquet de Bruxelles,... Polonais. Ne reportons pas sur les migrants de l'Est la stigmatisation épargnée aux maghrébins. La question n'est pas là, mais sur la significative lecture préjudicielle des physionomies. On a bien eu le souci de ne pas verser dans la xénophobie, mais il y a quand même eu, involontairement, "délit de faciès", à savoir une conclusion totalement erronée et préjudicielle à partir d'une représentation stéréotypée de la violence urbaine, et d'une représentation finalement stigmatisante des jeunes maghrébins, à priori suspect lorsqu'une agression de rue est commise.
Il me revient en mémoire une célèbre expérience de psychologie sociale menée aux USA, dans les années 60-70... on projette rapidement devant un public naif des dias représentant une scène dans un lieu public où se font face deux personnes dont l'une est armée d'un couteau. L'un des protagonistes est Noir, l'autre Blanc. On demande après la projection rapide, de décrire la scène. Il s'est avéré à mainte reprise que la majorité des spectateurs ont vu le couteau dans la main du Noir. En réalité, vous le devinez, le couteau se trouvait dans la main du Blanc. Force du préjugé qui altère, en toute bonne foi, la perception des images..
De même, dans une image indistincte des traits des agresseurs on a "vu" le "musulman", alors qu'en réalité, rien ne pouvait être légitimement déduit, en matière d'appartenance ethnique ou religieuse, des vidéos diffusées.
Le présumé complice de l'assassin de Joe en fuite aux abords de la Gare Centrale, prise par une caméra de vidéosurveillance. Dans la mesure où il s'agit d'un mineur d'âge, la diffusion de son image est désormais interdite, c'est pourquoi le visage est masqué. Mais la vidéo a été largement diffusée, à visage découvert, dans le cadre des avis de recherche et de l'enquête qui a abouti à l'arrestation du suspect.
On peut s'interroger sur le paradoxe de la diffusion de l'image. Elle était indistincte au point que le directeur de l'école où le suspect était inscrit n'avait pu le reconnaître, et pourtant beaucoup ont cru pouvoir déduire d'une information visuelle ambigüe une appartenance ...religieuse.
On pourra certainement penser que la conclusion rapide de l'enquête (le présumé assassin est identifié mais est en fuite, peut être en Pologne) est un fruit de la généralisation de la vidéosurveillance. Il y a 750 caméras haute définition dans les 68 stations de métro bruxellois et 250 dans les tunnels. Ces caméras de surveillance - ont été posées au cours des années 2004 et 2005, à l'initiative de la Région de Bruxelles-Capitale. Par ailleurs, dans le quartiers, où les banques et institutions gouvernementales sont nombreuses, les rues sont vidéosurveillées. La demande sécuritaire d'une population, inquiète de la violence de rue, ne pourrait que renforcer ce regard panoptique sur l'espace urbain mais les caméras ont-elles pu prévenir le crime ? En l'occurence ce ne fut pas le cas et l'on déplore une relative absence policière dans certains lieux très fréquentés. Pour ma part, je pense que la police est, dans le centre ville, bien présente, visible, quoique discrète. Le fait est que gares et stations de métro bruxellois sont sûres, par rapport à d'autres villes. En dehors de l'espace public, la sécurité est assurée par un gardiennage privé qui n'a pas les pouvoirs d'interpellation qu'aurait la police.
Le drame présent a un caractère exceptionnel ce qui explique d'une certaine manière l'émotion ressentie et qui résulte aussi de la disproportion entre l'enjeu du vol et la violence exercée, de la personnalité de la victime, et de la mobilisation volontariste des jeunes proches et amis de la victime, qui voulurent dépasser la colère et le deuil par une action citoyenne de pétitionnement pour une meilleure sécurité. Depuis l'affaire Dutroux, il s'avère que les victimes, ou leur proches, de faits-divers interviennent dans l'espace public et deviennent, à l'occasion, des acteurs dans des débats politiques, même s'ils prennent soin de s'écarter de toute récupération politicienne.
Que peut-on conclure de cette affaire dramatique ? le premier est la persistance, en dépit de l'action volontariste de décrispation des relations interethniques et en dépit des campagnes antiracistes, d'un regard préjudiciel sur la communauté musulmane, surtout sur les jeunes issus de milieux populaires. Deuxièmement, il est manifeste qu'un sentiment d'insécurité existe dans le centre ville, sentiment qui est généré par le spectacle du délabrement social que manifeste la présence de nombreux sans-abris (généralement pas dangereux sauf alcoolisme ou désordres mentaux), par une dégradation du mobilier urbain et le vandalisme taggeur, par un urbanisme conçu, dans les quartiers administratifs, en dépit du bon sens. La fracture sociale se manifeste aussi par une relative multiplication des petits délits (vols à l'arraché...) mais que contrôle une action policière discrète (les policiers en civil sont présents dans les rues commerçantes) et, en l'occurrence, les possesseurs de biens convoités - GSM, lecteurs audio, appareils photos - par des jeunes délinquants, sont des victimes potentielles... mais bon, telle situation est le lot de toute métropole importante. Enfin, on peut se satisfaire d'une sagesse populaire capable de désamorcer efficacement les crispations interethniques en dépit des provocations de certains politiciens et de la persistance d'une xénophobie de plus en plus marginale. En fait de raports interethniques, si les maghrébins restent socialement marginalisés, il y a cependant beaucoup de signes d'intégration et l'on peut dire que les contacts interethniques, particulièrement dans le champ artistique et culturel, sont nombreux, mais si clivage il y a, il "n'est pas d'ordre ethnique, il est d'ordre social", affirme le directeur de l'école fréquentée par la victime. C'est malheureusement trop vrai dans cette capitale de l'Europe où le chômage touche un quart de la population, et plus particulièrement, la population d'origine étrangère ou descendant de migrants.
dimanche, 19 février, 2006
un tollé rance et berluscino-fascisme
Roberto Calderoli, ministre et dirigeant du parti xénophobe de la Ligue du Nord avait exhibé à la télévision un T-shirt représentant les caricatures controversées de Mahomet.Cette provocation n'a pas manqué de déclencher des émeutes en Lybie, au cours desquelles le consulat italien a été attaqué. Le ministre italien a dû présenter sa démission, mais ce limogeage purement diplomatique ne masque pas le glissement de l'Italie vers un néo-fascisme. Berlusconi se représentera en effet aux élections (avril 2006) en alliance avec le parti néo-fasciste "Alternative sociale" dirigé par Alexandra Mussolini, petite-fille du Duce. "Alternative Sociale" résulte de l'alliance entre deux groupes d'extrême-droite : le Front social national (FSN) qui adopte un discours antiaméricain, et Forza nuova (FN), impliqué dans des attentats d'extrême droite au cours des années 1970. Ce dernier parti est clairement xénophobe et antisémite, tout en soutenant Israël contre le monde arabe. Même si cet accord préélectoral gène certains alliés de Berlusconi, ce ratissage électoral malodorant risque de faire basculer un peu plus encore l'Italie dans les rêts de l'extrême-droite, non pas que des représentants de ces formations extrémistes puissent entrer au gouvernement mais en raison des complaisances que Berlusconi manifestera envers l'électorat fasciste, au détriment bien entendu des réfugés et de la population migrante. Reste à savoir si l'Union européenne adoptera une attitude similaire à celle qu'elle avait prise en son temps à l'égard de l'Autriche.
A l'heure où le cléricalisme italien jette quasiment en prison un magistrat athée qui refuse de siéger dans une salle d'audience ornée d'un crucifix, et où un tribunal justifie la présence, dans les écoles, de ce symbole que chacun croyait spécifique au christianisme en le définissant comme un emblème de la laicité et de la culture italienne, on peut se demander à quel saint la gauche pourrait se vouer. Peut-on compter sur le "miracle de saint Romano" ? Ainsi se désigne l'accord entre les formations de gauche sous la bannière de l'Unione (coalition centre-gauche, verts, refondation communiste) dévoilé le 12 février par Romano Prodi. Curieusement, la formation de gauche prévoit, pour relancer l'économie, une mesure classique du libéralisme : la baisse du coût du travail par la défiscalisation des entreprises et des travailleurs. Cependant, selon "le Monde", l'Unione doit affronter quelques difficultés médiatiques : candidat sur la liste des députés, le chef des "no global" (altermondialistes) de la région de Naples, Francesco Caruso, affirme "comprendre la psychologie des terroristes kamikazes". Candidat pour le Sénat, le trotskiste Marco Ferrando met en cause les soldats italiens en Irak et se voit exclu du Parti de la refondation communiste. Bref, on ne badine pas avec le patriotisme lorsque des troupes italiennes sont au front irakien.
La gauche italienne devra, pour vaincre, ne pas se contenter de présenter un programme sérieux et honnête mais de savoir séduire des masses populaire hypnotisées par la faconde médiatique de Berlusconi, et pour cela, il lui faudra reconquérir les médias et une presse largement contrôlée par la droite.
Entretemps le tollé rance sur les caricatures danoises prend tragiquement de l'empleur : au Nigéria, des communautés chrétiennes et des Eglises se font attaquer et incendier : "Une quinzaine de personnes ont été tuées par les émeutiers et 11 églises brûlées" et 115 arrestations ont été effectuées, mais le gouvernement fédéral nigérien réagit par la voix du ministre de l'informaton : "Le gouvernement, qui ne refuse à aucun groupe le droit de défendre sa foi et sa religion, pense que certains actes, comme le fait de brûler des églises, ne constituent pas le meilleur moyen de le faire", a-t-il déclaré à Abuja. Ce n'est certes pas ce qu'on peut appeler une condamnation ferme, même si le gouverneur (musulman) de la province où eurent lieu les troubles se dit "choqué et dégoûté par ces troubles". L'incendie, allumé par des dessinateurs irresponsables et attisés par les extrémistes tant musulmans que non musulmans, s'étend et devient incontrôlable.
...sinistre époque
Edited on: dimanche, 19 février, 2006 23:43
Categories: actuelles
mercredi, 15 février, 2006
lutte de classe
Wolkswagen mène en Allemagne une offensive par le chantage à l'emploi Sous la menace d'un licenciement de 33.000 travailleurs, les syndicats allemands ont accepté une régression sociale de conditions de travail :
1. réduction salariale par le biais d'un gel de salaire durant 28 mois, ce qui devrait apporter un allègement de la charge salariale de 180.000 €,
2. un renforcement de la flexibilité du temps de travail : en cas de grosses commandes, le travailleur pourrait être amené à prester 400 h supplémentaires par an, pratiquement sans augmentation salariale puisque les heures supplémentaires ne seraient comptabilisée qu'à partir de la 41e heure/semaine.
3. la suppression de fait de la prépension et son remplacement par un système d'épargne-temps : 66 heures supplémentaires par an seraient cumulées pour récupération en fin de carrière.
Ceci en échange d'une promesse de sécurité d'emploi, promesse aléatoire si l'on considère que « VW peut renoncer à l'accord si des changements essentiels devaient se produire dans les hypothèses principales ou dans les conditions de base de l'économie, moyennant un préavis de 3 mois » (selon Wolfsbürger Allgemeine Zeitung, 4-11-2004, cité par Daniel Savage et Jules Verboven in Volkswagen: un conflit de dimension européenne, Solidaire, du 17-11-2004.
Cet info est répercutée par le "parti du travail de Belgique" (1), mais on la retrouve aussi dans d'autres publications que ceux éditées par l'extrême-gauche : l'Expansion titre "Volkswagen place très haut la barre du chantage à l'emploi" et d'expliquer que "La direction de Volkswagen, confrontée à un recul des ventes, veut geler les salaires de 103.000 de ses employés en Allemagne pendant deux ans et accroître la flexibilité du temps de travail. Les représentants du personnel demandent pour leur part une revalorisation salariale de 4% et des garanties d'emplois.". Pourtant la direction des entreprises Volkswagen ventait, il y a quelques années, le modèle avancé de cogestion "à l'allemande" et l'application de la semaine de quatre jours (28 h environ). C'est confronté à une érosion des ventes, à la concurrence internationale, que l'entreprise s'avance sur terrain foulé par Mercedès ou Opel : réduire coûte que coûte les charges salariales en menaçant de délocaliser.
On mesure la régression sociale en relisant ce que "l'expansion" écrivait en 1995 : "Le 2 avril 1994, la direction et les syndicats décidaient, au bord de la catastrophe financière, de se lancer dans une révolution organisationnelle d'une ampleur sans précédent : la demande de voitures s'étant brutalement effondrée, on a diminué de 20 % la durée hebdomadaire de travail et de 14 % en moyenne tous les salaires. Afin de financer l'écart, le constructeur a multiplié les gains de productivité et instauré un contrat de génération qui a permis aux plus âgés de bénéficier d'horaires allégés et aux plus jeunes d'entrer progressivement dans l'entreprise." (Expansion, 26/06/1995). Un an après la décision, Volkswagen avait économisé 5,7 milliards de francs en coûts de personnel et sauvé 30 000 emplois sur les cinq sites du groupe, et augmenté sa productivité de 7,4 %
Mais la semaine de quatre jours n'était qu'un début : la réduction du temps de travail se payait d'une réduction de 14% des salaires, elle allait bientôt se payer d'une réduction drastique des effectifs : 30.000 hommes en trop sur le paquebot, tel était le verdict du patron en 1995. Mais un tel licenciement massif aurait provoqué un séisme social dans la localité de Wolfsburg où le taux de chômage atteint 15 % Le syndicat IG Metall refusa les licenciement, :mais il ne voulut pas envisager une confrontation, et se contenta de demander la garantie de l'emploi en échange d'un sacrifice sur les salaires, d'un accroissement de la flexibilité horaire, d'un détricotage des liens de solidarité sociale et du recours au sous-traitance, multipliant les statuts au sein d'une entreprise.
Sur le plan international, de tels événements ne sont pas sans impact puisqu'ils désagrègent la solidarité d'une classe ouvrière en butte à la concurrence internationale de la main d'oeuvre. A Forest (Bruxelles), le patronat de Volkswagen veut aussi imposer le gel des salaires mais les syndicats ont réussi à s'opposer à cette mesure lors de négociations collectives passablement âpres. Pour la direction "la décision des syndicats ... va faire peser un danger important sur l'avenir de l'entreprise à un moment où précisément celle-ci tirait les fruits de ses efforts" (cité par la Libre Belgique, 09/09/2005)...
on ne va pas faire un dessin, tout lecteur de Marx (et même le lecteur de "Marx pour les nuls") sait un peu près ce qu'est une plus value, "la différence entre la quantité de valeur ajoutée par le travail à la marchandise initiale et la valeur du travail nécessaire" et qu'elle est produite par le travail, ou plutôt par le temps de travail détourné, par le patron, à l'autonomie de l'ouvrier. Dès lors, la maximisation des profits ne pourra s'effectuer que par l'accroissement de cette plus-value, soit à travers une baisse du salaire (qui ne paye pas la totalité du travail ouvrier), soit à travers une maximisation du rendement ouvrier, ce que permet l'automation, soit à travers l'allongement du temps de travail. Ce qui se passait au 19e siècle est toujours d'actualité, même si les conditions concrètes sont profondément modifiées : les journées de 10-12 heures sont, en principe, disparus ; les salaires deviennent "confortables" - c'est à dire aptes à transformer l'ouvrier en consommateur plus ou moins "docile" ; l'automatisation allège le travail et accroit le rendement. Les nouvelles techniques de management cherchent à intégrer l'ouvrier dans la logique de la productivité à travers les "cercle de qualité" et un intéressement aux objectifs de l'entreprise. Cette "humanisation" de l'exploitation capitaliste masque cependant la réalité de l'exploitation : même si telle ou telle entreprise est en difficulté, les cadres et la direction voient leur traitement augmenter sans vergogne tandis que l'on impose aux ouvriers le gel des salaires. Par ailleurs, les contraintes de la concurrence sont en fait des mises en concurrence des travailleurs eux-mêmes qui, selon les pays et l'état d'avancement des conquêtes sociales, "représentent" des coûts salariaux plus ou moins lourds (pour le patronat). Plus que jamais, le travail - ou le temps du travailleurs - est une marchandise, une marchandise délibérément bradée par les Etats despotes - y compris ceux qui relèvent d'un "communisme" dégradé et corrompu - indifférents à la condition ouvrière, destructurés par l'effondrement du socialisme. Le chantage à l'emploi, les manoeuvres divisionnistes et la violence structurelle d'un productivisme harcelant ont vite fait de désagréger les solidarités, et ce d'autant plus facilement que la référence théorique et pratique au communisme et au socialisme est largement discrédité, voire criminalisée.
Il ne m'appartient pas de définir une stratégie, ni même d'esquisser des solutions : c'est le rôle des militants syndicaux et politiques issus de la classe ouvrière ou alliés à celle-ci. Je me contente de l'une ou l'autre remarque. La première est un constat, bien obligé : la social-démocratie ne représente plus les intérêts de la classe ouvrière. Deuxième constat, tout aussi amer : les formations communistes sont désagrégées, fortement affaiblies sur le plan organisationnel et théorique. Heureusement, à la faveur de la dissolution des régimes bureaucratiques staliniens, la pensée marxiste a pu se libérer dans certains cercles universitaires de toute l'instrumentalité partidaire et étatique qui empoisonnait les débats.
La radicalisation des luttes syndicales semble être la seule composante d'une évolution positive du rapport de classe, mais elle ne peut porter ses fruits que dans une unité internationaliste sans faille, affrontant délibérément les contradictions résultantes des politiques "utilitaristes" de l'immigration et de la surexploitation de la main d'oeuvre étrangère "illégale", non déclarée. Par ailleurs, les formations politiques se positionnant aux côtés du monde ouvrier doivent résoudre la question de la mondialisation et repenser la question de la nation (on peut voir à ce propos un article de Denis Collin sur "mondialisation et nation"). La nation peut-elle être à nouveau, comme elle l'était jadis, le cadre d'une reconstruction des solidarités sociales, ou ces solidarités doivent elles se restructurer à une échelle supra-nationale ? D'autre part, comment penser la nation lorsque les courants politiques de fond glissent vers le régionalisme ou le communautarisme, sur fond de globalisation européenne buro-technocratique à la mode néo-libérale ?
Edited on: mercredi, 15 février, 2006 23:27
Categories: actuelles
lundi, 13 février, 2006
tollé rance (la suite)
Je reçois, sans jamais l'avoir demandé, des spams émanant d'une association franco-algérienne intitulée "tous ensemble"... cette association se veut démocratique et lutte contre ce qu'elle appelle "l'islamo-fascisme", à savoir toutes les formes d'intégrisme islamiste. J'ignore qui, concrètement, anime cette association et ne peut évaluer sa représentativité dans la "vie réelle" (comme si les interactions n'en étaient pas moins réelles sur internet).
Un de ses mail récents m'informe qu'un journal égyptien avait publié les caricatures danoises en octobre 2005, pendant le Ramadan (on ne se prive de rien !) sans susciter en Egypte le tollé à retardement que nous observons aujourd'hui et de renvoyer un un blog courageux rédigé par une égyptienne en lutte contre la dictature et l'obscurantisme islamiste : freedom for Egyptians
L'auteure du blog montre les photographies du journal reproduisant - en en déplorant la vulgarité - les caricatures les plus controversées. Cette diffusion n'aurait provoqué que peu d'émoi, ce qui semble accréditer la thèse d'une préparation concertée de l'agitation que l'on observe dans le monde musulman. Dès lors les hypothèses s'accumulent : s'agit-il, pour les "modérés" de ne pas se laisser dépasser par les islamistes les plus radicaux ? s'agit-il pour la Syrie, en délicatesse avec les pays voisins, de réorienter l'opinion vers un ennemi extérieur et de fédérer l'opinion musulmane ? Doit-on voir dans les émeutes la main de quelconques services secrets ? S'agit-il de détourner l'attention du contentieux "nucléaire" avec l'Iran ? Quoi qu'il en soit, le contexte est assez tendu et embrouillé pour éviter les surenchères et les accusations hasardeuses.
Les surenchères ne manquent pas pourtant. Nouvelles télévisées du jour : en Israel-Palestine, des graffitis injurieux à l'égard du Prophète ont été apposés par des colons juifs ; au Danemark, des inconnus ont profanés de nombreuses tombes dans un cimetière musulman... Si les provocations ne manquent pas du côté islamiste (qui feraient circuler des caricatures obscènes faussement attribuées aux Danois), les extrémistes anti-musulmans ne manquent pas de jeter l'huile sur les flammes.
Et comme les affaires continuent, j'apprends dans ce blog "freedom for Egyptians", que "the news reported that a US company called Metrospy started printing the insulting cartoons on t-shirts in the US and they are sold on the internet." : ce qui ne manquera pas de faire mousser l'anti-américanisme des musulmans.