mardi, 07 février, 2006

soyez Brights...

Face aux obscurantismes, aux superstitions et confrontés à l'offensive des cléricaux de tous bords, les rationalistes, les libres-penseurs et les athées étaient sur la défensive, coincés en quelque sorte par l'exigence de tolérance et de pluralisme de nos sociétés démocratiques. Un mouvement surgit qui cherche à renouveler l'image de marque des libre-penseurs, ce sont les "brights" (de l'adjectif anglais qui veut dire "étincellant", "brillant"). Le Bright est à l'athée ce que le Gay est à l'homosexuel, autrement dit c'est une auto-affirmation positive, chaleureuse et optimiste de la non croyance au surnaturel. Quiconque écarte le surnaturel ou les forces mystiques de sa représentation du monde peut s'affirmer "Bright". Cela ne l'empêche naturellement pas de respecter la liberté du croyant, mais sa détermination à résister aux pressions - politiques, judiciaires, morale voire physique dans certaines nations - exercées par les obscurantistes et les cléricaux est clairement annoncée. Le terme anglais "Bright" (utilisé comme nom et non comme adjectif) ne se veut pas péjorative pour ceux qui "n'en sont pas"... le terme renvoie, implicitement, aux "Lumières" du 18e S bien que le mouvement "Bright" n'est pas stricto sensu un mouvement philosophique ou intellectuel. Il s'agit d'une attitude de vie, d'affirmation d'une identité qui permet de se démarquer de manière positive des croyants et des superstitieux. Plus qu'une incroyance, il s'agit d'afficher une confiance dans la capacité de l'homme à comprendre l'univers en faisant l'économie des explications surnaturelles, transcendantes, divines ou providentielles. Le "naturalisme" affirmé de certains "Brights" est un matérialisme scientifique conséquent, mais qui prend parfois le risque d'une réduction biologique ou physiologique des phénomènes sociaux, mais la brightitude ne se limite pas bien sûr à ce naturalisme, les formes dialectiques ou philosophiques du matérialisme y ont leur largement leur place... il est des Brights athées et rationalistes, les plus nombreux, mais d'autres, non moins rationalistes restent attachés à une tradition religieuse tout en ne faisant pas intervenir leur tradition dans l'explication du monde. Les Brights sont présents sur le net et animent de nombreux forums, aux USA, au Canada ou en France... quant aux Belges, les Brights déclarés (dont j'en suis) sont pour le moment au nombre de sept (janvier 2006)... mais ce chiffre ne pourrait que croître vu le nombre de Brights qui s'ignorent.

Site web de Brights : http://www.the-brights.net/

Site web des Brights de France : http://brightsfrance.free.fr/

Posted by Patrice Deramaix at 19:02
Edited on: mardi, 07 février, 2006 19:36
Categories: a-théologiques


mardi, 31 janvier, 2006

divine dénégation

L'athéisme se pose que une négation de l'existence de Dieu. En formalisant le discours athée, on pourrait le résumer comme suit : Posons p = « Dieu existe », ¬p.

p et ¬p sont des propositions factuelles opposées à propos desquelles nous pouvons rester neutre, en agnostique, quitte à les considérer sur le plan de la logique ou philosophique.

Mais nous pouvons aussi considérer l'attitude du locuteur par rapport à ces propositions. L'assertion p se double d'une affirmation implicite, d'un jugement par rapport à p. Il est dit, implicitement, "j'affirme comme vérité que p'. De même la négation peut se distinguer de la dénégation. L'affirmation de la contrefactualité de p (¬p) peut être nuancée d'une attitude de dénégation, de sorte qu'elle ne s'assimile pas à la dénégation de la croyance. Dire ¬p n'est pas tout à fait la même chose que "je ne crois pas que p". Ces réflexions sur cette question qui touche à la fois à la logique propositionnelle et à la pragmatique des discours nous renvoient à Frege, Russell, Searle, Lukasiewicz, qui ont abordé ces problèmes dans leur travaux qui sont, il faut bien l’avouer, assez arides.

Un article de Denis Vernant (Université Pierre Mendès France, Grenoble ) est disponible on line à : http://web.upmf-grenoble.fr/SH/PersoPhilo/DenisVernant/Denegation.pdf

Ce qui suit repose largement sur ce texte.

Mais nous pouvons non engager en disant « j'affirme p » (A p) ou « je dénie p » (D p), D p implique A¬p : la dénégation de l'existence de Dieu implique l'affirmation de sa non-existence.

Mais inversément : dire « je ne nie pas que Dieu existe » n'implique pas que l'on soit engagé dans un acte de foi qui dirait « j'affirme l'existence en Dieu », ou « je crois en Dieu », cela pourrait ne vouloir dire qu'un refus de s'engager, une attitude agnostique.

Cependant le problème se complique, car les mots Dieu et existe sont passablement imprécis, il faut les définir. Ainsi de Dieu on dit qu'il est un être personnel, tout-puissant, infini, éternel et créateur providenciel du monde (c'est à dire qu'il nous a fait et prend soin de nous)... autant d'attributs qui rendre le mot Dieu complexe. Si nous remplaçons « Dieu » par la proposition qui le définit (proposition d = « Dieu est un être personnel etc... »), p devient « il existe un être tel que d ».

Dès lors que devient la dénégation de Dieu, Dp ? la dénégation peut porter sur l'existence de Dieu tel que défini dans d : la négation ne porte plus sur l'existence de Dieu mais sur le discours que l'on tient sur lui, sur l'ensemble des propositions relatives à Dieu. Si l'on change ces propositions en disant « Dieu est le concept – humain – d'un être éternel, personnel, créateur, tout puissant etc » nous pourrions parler de Dieu sans lui attribuer autre chose que ce qu'il est, une pensée humaine, un concept.

Il y a dans la discussion a-théologique des ruses à éviter. L'une de ces ruses est la « preuve ontologique » : autrement dit, on considère que Dieu étant parfait, l'existence en est un attribut nécessaire, donc la dénégation de Dieu devient impossible puisqu'un Dieu inexistant ne répond plus à la définition de Dieu. Le piège réside dans la circularité du raisonnement : dans la définition de Dieu on présuppose son existence (considérée comme un attribut nécessaire de Dieu), et on s'appuie sur ce présupposé pour « prouver » l'assertion de l'existence de Dieu.

Une autre piège logique est l'affirmation tautologique de Dieu, Dieu n'est pas défini sinon comme Dieu, Dieu est Dieu point final, ou bien Dieu est celui qui est. Dieu et être ne font qu'un. Bon, mais ici on réduit Dieu à une indétermination totale, Dieu c'est tout et rien à la fois, c'est l'Etre en tant que ce qui est. Ce qui veut dire que cela pourrait être toute chose considérée indépendemment des conditions concrètes de l'existence de cette chose. Ce n'est plus de la religion, (qui personnalise les rapports avec dieu) mais de la métaphysique abstraite.

C'est « dénier » le fait que les religions se construisent comme une relation d'altérité par rapport à Dieu et que en conséquence, notre existence n'implique pas, pour le religieux, que nous soyons Dieu, qui est vénéré, prié, adoré comme quelque chose de radicalement autre que l'homme, même s'il est supposé, dans diverses religions, s'incarner de temps à autre.

Cependant il est philosophiquement possible de retourner l'Assertion de Dieu (Dieu est) en un athéisme pratique : ce tour de force fut accompli par Spinoza qui, dans son Ethique, consacre son premier livre (l'Ethique comporte cinq livres) à déduire, d'une définition axiomatique de Dieu (et de quelques autres axiomes), l'identité de Dieu et de l'univers... puis dans les livres suivants, à formuler une théorie rationnelle de l'univers, de l'homme et de ses passions et à proposer une éthique (un art de vivre) qui fait l'économie du religieux. Puisque Dieu est univers ne font qu'un, il n'y a pas de création (qui est un acte contingent) et l'univers existe nécessairement, mais l'univers c'est le monde concret dont l'homme est une composante, un univers que nous ne connaissons qu'imparfaitement (d'où l'illusion de l'altérité) mais dont il est possible d'en parfaire la connaissance en recourant à la raison. (on notera que Spinoza, que les religieux ont vitupéré pour son « athéisme » ou son « panthéisme », fut un des théoriciens de la séparation des autorités politiques et religieuses)

C'est pourquoi, je ne pense pas utile de chercher à « prouver l'inexistence de Dieu », mais simplement à concevoir une explication du monde qui fasse l'économie de tout concept soit superflu, soit tautologique par rapport à ce monde : si Dieu et monde ne font qu'un, autant ne parler que du monde.

Posted by Patrice Deramaix at 12:38
Edited on: mardi, 31 janvier, 2006 13:15
Categories: a-théologiques