mardi, 11 décembre, 2007
la fin des haricots belges ???
bye bye belgium .... Il y a un an la perspective d'un éclatement de la Belgique relevait de la politique-fiction, c'était en tout cas le thème d'une émission télévisuelle quelque peu provocatrice simulant le reportage en direct d'une indépendance unilatérale de la Flandre. Fiction politique et vraie panique : téléspectateurs et ambassades s'inquiétèrent prenant la fiction pour une réalité plausible. Aujourd'hui, après six mois de crise gouvernementale, la scission belgo-belge a hanté les esprits au point de mobiliser 50.000 personnes sous la bannière noir-jaune-rouge... mais ce mouvement unitariste, plus sentimental que politique, a fait long feu et ne suffit pas à apaiser la volonté séparatiste de quelques hommes politiques flamands. De provocation en petits mots scandaleux les négociations gouvernementales sont bloquée jusqu'au point d'aboutir à une solution de détresse : la formation envisagée d'un gouvernement provisoire "intérimaire" se voulant d'unité nationale. On peut se demander ce qui pourrait freiner la dérive belgo-belge résultant d'un micronationalisme régional nourri de ressentiments et conforté par un succès économique indéniable : la Flandre se fait triomphante tout en se posant en victime de l'obstination francophone. En fait, la question n'est pas que nationale, même si les exacerbations chauvino-linguistiques masquent les enjeux réels : elle est économique et sociale puisqu'il est question de scinder le système de sécurité sociale : la prospérité flamande se passerait bien des pesanteurs wallonnes, dit-on. David Pestieau, du journal Solidaire (Parti du travail de Belgique), estime que cette crise est "l'arbre qui masque la forêt antisociale".
Est-ce étonnant que le patronat flamand soutienne les séparatistes, Vlaams belang y compris, ce parti fascisant étant largement financé par certains entrepreneur ? Sans doute s'agit-il de mettre plus aisément en oeuvre la dérégulation sociale en se passant des "socialistes" wallons. L'organisation patronale flamande VOKA adresse une lettre aux négociateurs CD&V-NV-A et de l’Open VLD : « Avant les élections, tous les partis flamands se sont engagés pour la régionalisation de la politique de l’emploi et pour la communautarisation des soins de santé. Aujourd’hui, il est temps de concrétiser cet engagement. », estimant qu'il est plus aisé de démenteler la sécurité sociale en se passant de la Wallonie et surtout du PS.
Que veut en fait le patronat flamand ? Limitation et dégressivité des indemnités de chômage ; Non prise en considération des revenus du chomage dans le calcul de la pension ; renforcement des sanctions en cas de refus d'emploi décent ; extension des emplois chèques-services ; développement des emplois interimaires ... autrement dit une politique de precarisation des chômeurs, en vue d'inciter au travail, surtout à inciter à l'acception d'emplois précaires et mal-rénumérés. Assouplissement des procédures de licenciement, accroissement de la flexibilité horaire (le temps de travail étant comptabilisé automatiquement sur un an), refus des conventions collectives de travail et mise au niveau des entreprises de la concertation salariale, ce qui impliquera les négociations individuelles des salaires, donc un accroissement des disparités (salaires au mérite) susceptible de détruire les liens de solidarité de classe. A ce programme s'ajoute l'élévation de l'âge de la pension : 45 ans de carrière - quel que soit l'âge du travailleurs - serait requis pour une pension complète.
Du côté CD&V, la volonté est nette : utiliser la question de la scission de la circonscription électorale de Bruxelles-Hal-Vilvorde comme prétexte d'une crise organisée : à terme, "La scission de BHV n’est qu’une étape. Nous voulons une réforme profonde de l’état, du marché du travail (lisez la scission des allocations de chômage et des prépensions, ndlr), des soins de santé ainsi que l’autonomie fiscale pour les Régions. ", affirme le député Eric Van Rompuy, de ce même parti.(Eric Van Rompuy, Journal TV de RTL, 7 novembre 2007 ). Imposer les négociations sur la réforme de l'Etat, une réforme d'inspiration libérale et patronale visant à destructurer la solidarité nationale, et donc à affaiblir la souveraineté populaire face à la globalisation mondiale et à l'édification de l'europe du capital, tel est le sens de la crise belge. Face aux nationalistes flamands, le "front francophone" peine à résister, oscillant entre le radicalisme communautariste et le désir de maitriser au mieux le processus de négociation. Le FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) se maintient dans une position unitariste s'inquiétant des effets délétères de la crise sur l'économie belge. Les francophones - libéraux et socio-chrétiens - cherchent à reporter la crise communautaire à la prochaine échéance, comptant sur des accords socio-économiques, tandis que les socialistes - mis sur la touche aux dernières élections - tentent de préconiser un gouvernement tripartite où ils participeraient dans le cadre d'une gouvernement d'union nationale, qui donnerait cependant priorité à la réforme de l'Etat. On resterait donc dans la perspective immédiate de détricotage de l'unité nationale.
Quoi qu'il en soit, nous sommes face à une crise majeure : non pas institutionnelle ou communautaire, comme on voudrait nous y enfermer, mais sociale et économique. Une scission complète de la Belgique aurait des effets délétères, y compris sur l'économie flamande. La Flandre devrait supporter seule le coût social du vieillissement de sa population ,qui est plus importante qu'en Wallonie. La concurrence fiscale et salariale entre les régions entrainera des délocalisations et un dumping social inter-régional. Actuellement la Wallonie importe 25 % des « exportations » des PME flamandes et 20 % de celles des grandes entreprises. La perte de ce marché en cas de scission de la Belgique serait désastreuse pour le Nord du pays. La scission des soins de santé vise en fait la privatisation des assurances-santé. On connait, dans le secteur de l'énergie, les effets désastreux de la privatisation : impréparation des sociétés de distribution et de production, compétition aboutissant à une réduction des investissements, transfert sur les prix à la consommation des surcoût en investissement et en relations publiques et publicités contribuent à l'augmentation générale du prix de l'énergie, et donc à l'augmentation générale des prix et à la perte du pouvoir d'achat. La paupérisation de la Belgique, ou du moins de son prolétariat, est un des facteurs de l'aggravation des tensions sociales et intercommunautaires, comme elle est un des facteurs de la xénophobie exacerbée par la propagande de l'extrême-droite flamande.
Edited on: mercredi, 12 décembre, 2007 12:59
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mardi, 18 décembre, 2007
apartheid à la belge
Sur le site web de la Libre Belgique je lis un article expliquant que la commune de Zaventem n'accepte de vendre ses terrains qu'aux néerlandophones. Sans doute est-il logique que les actes de vente et documents administratifs soient rédigés en néerlandais, à charge de l'acquéreur non néerlandophone n'en assurer la traduction, mais ici, il s'agit d'une volonté discriminatoire manifeste puisque cette exigence est comprise comme un "instrument important pour garantir le caractère flamand de communes comme Zaventem et favoriser la cohabitation entre les habitants d'un quartier". La commune de Zaventem ne vendra donc de terrains "qu'aux personnes s'exprimant en néerlandais ou, à défaut, à celles qui suivent des cours de néerlandais dans une institution reconnue". On peut s'étonner de cette mesure prise dans un Etat qui interdit toute discrimination, et tout refus de vente, en raison de l'origine ethnique ou nationale de l'acquéreur. Ce qui est légitimement reconnu aux ressortissants "allochtones" ne devrait-il pas l'être aux nationaux ressortissants d'une autre région ou appartenant à une autre communauté linguistique. Conséquence perverse de la fédéralisation et de la bicommunautarisation, un apartheid s'affirme de plus en plus ouvertement visant une sorte de "pureté linguistique" au sein de certaines commune. Je ne mets pas en cause la nécessité d'une intégration sociale facilité par le bilinguisme, mais bien la subordination d'une liberté élémentaire - celui d'habiter, ou d'acquérir un bien - à l'apprentissage d'une langue. Ce qui est affirmé ici de la décision prise par cette commune néerlandophone, le serait bien sûr de toute décision similaire symétrique prise dans la région wallonne. On ne saurait admettre l'exigence préalable d'une maitrise de la langue française à l'acquisition de biens immobiliers dans une région francophone... a étendre ce principe discriminatoire, on pourrait mesurer le désastre socio-économique, en regard des investissements étrangers (et inter-régionaux) en Belgique, que cela provoquerait.
Il n'est naturellement pas question de verser de l'huile sur le flamme intercommunautaire qui sévit actuellement dans notre Belgique/Belgie, mais la surenchère que l'on constate inquiète à plus d'un titre. Certes doit-on reconnaitre aux flamands la légitimité d'une lutte, aux siècles passés, pour la reconnaissance culturelle et linguistique au sein d'une nation jadis dominée par la langue française, langue d'un bourgeoisie nationale passablement méprisante à l'égard des flamands... mais ce combat légitime n'a plus lieu d'être : la Flandre a reconquis - pour le meilleur - son identité culturelle et sa prospérité économique, tandis que la Wallonie sort à peine du déclin industriel et des pesanteurs d'une social-démocratie sclérosée. Dès lors entre le radicalisme aussi extrémistes que peu représentatif des flamingants (incapables de tolérer le moindre mot francophone dans un conseil communal de la périphérie bruxelloise) et l'anxiété francophone crispée sur des préjugés obsolètes, le blocage relationnel ne peut déboucher que sur un rapport de force favorable à la communauté la plus puissante, en nombre comme sur le plan économique. Le Flandre gagne, à juste titre si l'on considère son dynamisme culturel et économique, de manière plus discutable en regard de l'intransigeance national-régionaliste de certain de ses politiciens. Dès lors, il faut, pour sortir de l'impasse, repenser radicalement le concept d'identité nationale belge, sortir des pièges du bicommunautarisme ségrégationniste tout en ménageant les susceptibilités linguistiques et les besoins légitimes de reconnaissance culturelle. Or cette dernière ne peut être réellement concrétisée que dans un climat de tolérance et d'acceptation réciproque : du chemin doit être (re)parcouru de part et d'autre pour reconstruire un sentiment d'unité nationale perdu.
Ce rêve d'unité nationale relève-t-il d'une nostalgie réactionnaire ? Peut-être, si on s'abstient de penser la question de la souveraineté sous l'angle de la solidarité sociale et de l'autonomie économique. Or ce qu'il advient est la sujétion des nations européennes à la méta-nation européenne, autrement dit, un déficit de souveraineté démocratique face à une bureaucratie transnationale et aux mécanismes d'échanges économiques internationaux. Espérer reconquérir de la puissance en fragmentant la nation en communautés ou régions rivales me semble vain, même si le patronat flamand n'aspire qu'à la dislocation des liens de solidarité sociale entre les peuples flamands et wallons. Se libérer du poids social wallon risque d'induire pas mal d'effets pervers dont souffriront en premier lieu le monde du travail et les couches populaires, au sud comme au nord du pays. Par ailleurs, devant le radicalisme flamand, la tentation reste forte, du côté wallon ou bruxellois, de s'en tenir quitte et d'afficher, symétriquement, une volonté d'indépendance.... mais le rêve du régionalisme social wallon a depuis longtemps fait long feu : en lieu et place des réformes de structures préconisées par Renard, le libéralisme économique fait son chemin. De socialisme n'existe plus, en Wallonie, qu'une politique de copinage et de mal-gestion semi-mafieuse progessivement résorbée par le "socialisme" new-look des bourgeois bohèmes, plus bougistes que révolutionnaires. L'indépendance institutionnelle de la wallonie déboucherait plus que probablement sur des contraintes socio-économiques accrues, donc sur un appauvrissement de la population wallone, tandis que la "souveraineté" tant revendiquée resterait lettre morte au sein de l'union européenne. Le nationalisme, qu'il soit belgicain ou régional, est - dans les circonstances actuelle - une mascarade : en catimini, hors de toute consultation populaire, les gouvernements s'apprêtent à ratifier un traité européen qui reprends, en pire paraît-il, parce que moins lisible, l'essentiel de l'avortée constitution européenne. Le projet économique - qui impose le libéralisme comme dogme politique - reste identique et l'union européenne se bâtit toujours sur les prémisses idéologiques social-chrétiennes.
Dès lors, on peut s'accorder avec l'idée que le contention linguistique masque d'autres enjeux, l'intégration économique européenne, la dislocation des solidarités sociales qui se sont construites dans le cadre protecteur des Etats-nations, l'exacerbation des concurrences économiques au sein d'un monde globalisé.
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
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jeudi, 27 décembre, 2007
une année pateaude ...
une année pateaude, ainsi pourrait-on qualifier 2007 qui ne marquera pas l'Histoire d'une pierre blanche. On pourrait dire que c'est l'année des enlisements. Je constate la décrépitude des démocraties occidentales crispées sur leur prospérité économique, frileusement engoncées dans leur forteresse et prêt à sacrifier leurs valeurs sur le double autel des affaires économiques et de la néo-guerre impérialiste dite "anti-terroriste" : banalisation de la torture, enfermement et expulsion des migrants économiques, télésurveillance orwellienne des espaces publics, criminalisation des résistances sociales... autant de dispositifs sécuritaires qui se conjuguent à merveille avec l'atomisation des réseaux de solidarité, l'émiettement des droits sociaux, la précarisation économique, la succession monotone des fermetures d'usine, la paupérisation culturelle et la frénésie désespérante des boursicoteurs scandaleusement néo-riches. L'ère Sarkozy plombe la politique française, ôte à cette république prétendument modèle toute dignité pour en faire le théâtre décadent de la vulgarité institutionnalisée : celle des médias décervelées calquées sur TF1, celle des casino-paillettes et des palaces de luxe au bord du Nil. De notre côté, 2007 fut aussi un anus horribilis (comprenez comme vous le voulez) de la politique : six mois, ni plus ni moins, de non-gouvernance, six mois de crise communautaro-linguistique pour en arriver à un "gouvernement" interimaire chargé de préparer le dépeçage régionalo-communautaire de la Belgique prévu pour le printemps 2008. Bref, 3 petits mois pour débroussailler le terrain miné d'un gouvernement-terminus. D'ici là, le peuple supporte l'irrésistible montée des prix, l'érosion du pouvoir d'achat aussi ineluctable que la fonte des glaciers. Ceux ci s'apprêteraient d'ailleurs à submerger les Basses-Terres : c'est prévu pour dans 50 ou 100 ans, deux ou trois prochaines générations qui seront chargées du retraitement des déchets accumulés en 150 ans de productivisme industrialo-capitaliste et de la délicate répartition sociales des ressources naturelles raréfiées. Bref, ce qui nous attend, nous ressasse-t-on, c'est la catastrophe planétaire : la grand messe de Bali accouche d'une souris - voir le blog de la conférence - même pas verte. Enlisement aussi en Orient, de la guerre civile palestinienne à l'assassinat, aujourd'hui, de Benazir Butho, tout semblent montrer la vanité des espoirs démocratiques face aux coups de boutoirs du fanatisme islamiste et des militaires corrompus. Dans ce jeu pervers, l'Iran fait office de diablotin à force de déclarations antisémites incendiaires et de centrifugeuses purificatrices d'uranium... la bombe serait prévue pour la prochaine décennie, dit-on, chose démentie par les propres services secrets américains qui constateraient, dans un rapport adressé à la présidence, l'Iran aurait abandonné ses projets atomiques militaires...il n'empêche, les velléités bellicistes occidentaux ne s'évanouissent pas au point que par la parole de French doctor Kouchner, Sarkozy semble emboîter le pas cadencé des va-t-en guerre. En cas, nous sommes face à un Pakistan destabilisé par les attentats, à un Iran convulsionnaire dont la mort semble être programmée, à l'effondrement définitif des espoirs démocratiques palestiniens, et à la persistance sournoise des al-quaidistes plus assassins que jamais. Alors les bonnes nouvelles ??? Je serai tenté de les chercher vers les sciences, la culture, les arts et les lettres, non pas pour faire la nécrologie des disparus - chaque année apporte son lot - mais pour saluer les oeuvres, les recherches, les inventions et les découvertes qui annoncent l'avenir.
Edited on: dimanche, 13 janvier, 2008 12:42
Categories: actuelles