samedi, 01 novembre, 2008
pinces à seins
On peut s'interroger, au vu l'actualité artistique, sur le raidissement des moeurs françaises. Les scandales artistico-policiers semblent se multiplier de nos jours au grés des plaintes et des poursuites intentées par des communautés (religieuses, ethniques, culturelles) offensées dans leur identité. Le dernier "scandale" pourrait relever de la fable courtelinesque si elle n'était réalité. Cahors, ou plutôt la poste de Cahors, en fut le théâtre et c'est un artiste plasticien, Philippe Pissier, connu dans le monde du "mail art" mais pas seulement dans ce monde, qui en fait les frais.
Philippe Pissier risque, dit-il, "trois ans de prison ferme et 75.000 euros d’amende", pour avoir enfreint l'article 227-24 du Nouveau Code Pénal, lequel stipule que : « Le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, soit de faire commerce d'un tel message, est puni de trois ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende lorsque ce message est susceptible d'être vu ou perçu par un mineur".
Quel est son crime ? En juin 2008, il expédie en Allemagne quatre cartes postales destinées à une exposition d’Art Postal (ou « Mail-Art »), intitulée « Erotic Moments », organisée par Mr Mark Falkant (Sodener Str. 20 / 65779 Kelkheim / Allemagne). Il s’agit de collages effectués à partir de cartes postales du bon village de Castelnau-Montratier, et de vieilles photos d'une amie, prises vers 1991-92, où celle-ci porte des pinces à linge sur les seins... "deux ou trois sur chaque, pas de quoi fouetter un chat, sans jeu de maux", affirme-t-il.
Est-ce la nudité de la poitrine, ou la mise en scène quelque peu sado-masochiste de la photographie, qui provoqua l'ire des censeurs ? On ne sait, toujours est-il que les pièces incriminées furent saisies.
Bien plus, l'artiste ayant accepté une perquisition à domicile (plutôt qu'une gênante garde à vue), fut saisi l'ordinateur, un outil de travail d'autant plus précieux que Pissier préparait les « Rencontres de l’Art Postal » de son village. Malgré cette saisie, et avec l'aide d'amis et de proches, ces rencontres furent organisées tant bien que mal, mais l'attitude de la maréchaussée pose néanmoins un problème de fond :
"Il est clair que toute la procédure de la maréchaussée était totalement abusive, illégale. Tout est parfaitement incroyable dans cette affaire : emploi abusif d’un article du Nouveau Code Pénal (le 227-24, Jacques Toubon dixit, n’a jamais été conçu dans le but de poursuivre des artistes), procédure abusive, viol de la vie privée. En outre, Mme la Substitut du Procureur répond aux journalistes que « l’enquête se poursuit ». Mais enquête sur quoi ? Si plainte a été déposée contre moi en usant du 227-24, les autorités possèdent le « corpus delicti » (les cartes postales), le mobile (l’exposition en Allemagne), et l’affreux coupable (moi). Ou alors, c’est que l’on enquête sur autre chose. Et, en clair, il s’agirait alors du détournement d’une procédure elle-même initialement abusive…"
L'opinion publique se mobilise, des sites web de soutien apparaissent tels ce blog créé par des dessinateurs de presse qui répondent par la caricature et proposent l'envoi massif de cartes postales égrillards - "les cartes postales de la honte" - (ceux que l'on trouve sur les plages touristiques à l'intention des beaufs machos), ou - parce qu'on est entre artistes - reproduisant quelques chefs-d'oeuvre impudiquement exposées dans les musées de France. L'événement trouve écho dans Libération et dans l'excellent blog de Agnès Giard "les quatre cents culs".
Reste à savoir qui est, en fait, cet artiste sulfureux. Ses archives éclairent sur son oeuvre et ses affinités. Nourri de fantasmes érotico-sado-maso-sataniques, l'artiste se veut un adepte de Aleister Crowley , occultiste praticien de la magie noire du début du siècle dernier, dont il traduit de nombreux textes sur un site web païen. Des oeuvres photographiques anciennes témoignent d'un goût certain pour le sado-masochisme (entre personnes consentantes sans doute) et son oeuvre graphique brave ouvertement l'hypocrite "politiquement correct" d'une société affadie à force d'être moralement policée...
Peut-être est-ce la magie qui effraye les autorités françaises. Ainsi l'épisode de la poupée Vaudou, qui suscite l'ire de Nicolas Sarkozy. L'affaire dénote le manque d'humour d'un président à ce point attaché à son image qu'il ne supporte pas la moindre pique. Heureusement, la magistrature sauve l'honneur en déboutant l'ombrageux plaignant, qui persiste et signe cependant en faisant appel. On est piqué au vif ou pas. Mais peut-être plus qu'une question d'image, c'est peut-être la crainte de l'efficacité des rituels de malédiction qui motive l'homme politique. Après tout F. Mitterand consultait son astrologue (devenue docteur en sociologie), faut-il dès lors s'étonner que Sarkozy craigne de se faire marabouter?
En fait, la poupée piquée d'épingles (ou pincée aux pinces à linge) n'est pas spécifiquement vaudou, mais est d'origine occidentale : la dagyde (du grec ancien dagos-poupée) apparaît dans la sorcellerie européenne du 13e siècle. Le net étant un puissant instrument d'éducation des masses, on y trouvera tout ce qu'il faut pour s'en procurer et ritualiser ses petites rancoeurs : voyez la recette d'une dagyde sur pagan guild.
(1) Comité de Soutien à Philippe Pissier, c/o Libraithèque « Le Droit à la Paresse », 68 rue Saint-James, 46000 Cahors, France. Tél. 05.65.22.01.51. Contact : Michel Guillaumin, 06.79.89.13.18. miguillaumin@wanadoo.fr
Edited on: samedi, 01 novembre, 2008 19:32
Categories: actuelles
lundi, 03 novembre, 2008
chien d'artiste
Oleg Kulik est un artiste "scandaleux"... scandaleux à la manière de Diogène qui, vivant dans son tonneau, se masturbait en public et vivait comme un chien. Kulik n'est certes pas un onaniste exhibitionniste, mais il interroge de manière radicale nos rapport avec l'animal en se comportant, dans des performances extrêmes, comme un chien. Ainsi on l'a vu aboyer et mordre les visiteurs d'une exposition-performance en 1996 à Stockholm, où il s'expose nu et enchaîné comme un chien dangereux. D'autres photographies le mettent en scène avec des chiens dans des situations où se mêlent, non sans humour, sexualité, violence et politique.
Kulik n'est pas un pornographe, mais sa remise en question du "spécisme" - de cet anthropocentrisme prompt à considérer l'homme comme totalement étranger au monde animal - le conduit à mettre en scène une zoophilie simulée... on le voit nu, bâtifoler avec ses amis canins, sans qu'il n'y ait réellement d'acte sexuel. La thématique zoophile est fréquente, quoique plus suggérée que montrée, dans la peinture, mais son caractère transgressif est oblitéré par les références mythologiques : le viol de Leda par un cygne, incarnation de Zeus (qui fut à l'occasion aigle, cheval, taureau, serpent) ; l'accouplement de Pasiphaé, la femme de Minos, avec un taureau blanc, d'où naquit le Minotaure ; l'Ane d'or de Apulée, qui s'accoupla avec une servante... quoi qu'il en soit, l'oeuvre de Kulik a attiré l'attention de la nouvelle police des moeurs qui, en France, semble de nouveau sévir à l'encontre des artistes.
Ainsi le parquet de Paris a saisi le commissariat du VIIIe arrondissement de Paris et des policiers en civil ont été diligentés au Grand Palais, où se tenait la FIAC, pour faire décrocher une trentaine de photographies de Kulik en compagnie d'un chien. Comme dans l'affaire Pissier, le parquet s'est appuyé sur l'article 227-24 du code pénal. Le directeur de la FIAC tient à souligner que "le message de ces images n'est pas de prôner la zoophilie mais de se demander où sont les limites entre ce qui est humain et ce qui est animal".
Ainsi une série d'oeuvre photographique met en scène, en collage et transparences, des couples humain, en position érotique, et des animaux sauvage. Ces derniers sont manifestement empaillés. ils sont en fait les acteurs involontaires de la muséographie naturaliste où tout un écosystème est mis en vitrine. Deep into Russia, présentée à Gand, (Belgique) en 2001 invite le spectateur à regarder les vidéos des performances de Kulik en pénétrant littéralement dans le vagin hypertrophié d'une vache (sculptée, précisons-le)
Rompre la barrière spéciste, tel est l'ambition de Kulik. Il espère une restauration de l'harmonie entre l'homme et la nature à travers la transgression interspécifique d'une érotisation des rapports entre l'homme et l'animal. Il s'agit moins de sexualité que d'une relation amoureuse, quasi paradisiaque : "Être toujours ensemble, avoir une confiance illimitée l’un dans l’autre, l’expérience d’un amour qui est si puissant que personne ne peut le comprendre - voilà le noyau moral de ma nouvelle famille".
un aperçu de l'oeuvre
- http://www.smak.be/tentoonstelling.php?la=fr&id;=48
- http://www.gif.ru/eng/people/kulik/
- http://www.artnet.com/artist/9898/oleg-kulik.html
- http://www.rabouan-moussion.com/fr/rm_fr.html
Edited on: lundi, 03 novembre, 2008 2:24
Categories: actuelles, cultures