samedi, 30 septembre, 2006
intolérance religieuse et liberté d'expression
La violence des réactions musulmanes aux récentes déclarations de Benoit XVI – réflexions qui n'avaient pourtant rien d'incendiaire – met en évidence la distance qui reste à franchir entre l'intolérance religieuse et la raison. Preuve nous en est donnée tout récemment par les déboires d'un professeur de philosophie, à ses heures chroniqueur de presse, qui se voit menacé de mort en raison d'un éditorial dénonçant l'intolérance de l'islam.
Il importe peut ici que l'on partage ou non l'analyse à l'emporte-pièce que Redeker fait de l'Islam dans l'éditorial incriminé. Ce philosophe se fait en effet connaître par sa dénonciation sans nuance de l'islamisme et de l'anti-sionisme et par sa solidarité avec les puissances occidentales en guerre contre le terrorisme et je ne pense pas qu'il soit le meilleur penseur de la géopolitique moyen-orientale. Il importe peu que l'on soit d'accord ou non avec ses analyses politiques, le fait est qu'il est menacé de mort, dans les blogs ou sites web édités par des islamistes extrémistes, et contraint à une semi-clandestinité en raison de ces menaces. Un philosophe menacé en raison de ses éditoriaux, un professeur empêché d'enseigner, un citoyen obligé de se terrer au sein même d'une république laïque, démocratique et libre. Voilà ce qui est intolérable. Pour cette raison et cette seule raison – et sans aucune haine ou phobie à l'égard des musulmans – nous devons, comme citoyen démocrate, affirmer notre solidarité, avec Robert Redeker dans le cas présent, mais aussi avec tous ceux qui sont victimes de l'intolérance.
Il est intolérable qu'une faction religieuse, quelle qu'elle soit, puisse, en menaçant de mort ou en troublant l'ordre public, intimider l'opinion au point que l'on doive se sentir menacé si l'on ose critiquer ouvertement son fondateur ou sa doctrine. L'intolérance religieuse qui ressurgit de plus belle en ce début de ce siècle que Malraux espérait « spirituel » n'est pas le monopole de l'Islam, même si les fidèles de cette dernière religion ont une trop fâcheuse tendance à confirmer par leur comportement les accusations d'intolérance et de violence dont ils font l'objet. Force est de constater que des intimidations, voire des menaces et des violences physiques, sont commises aussi à l'égard de ceux qui scandalisent les chrétiens fondamentalistes, les juifs ultra-orthodoxes ou ultra-sionistes, les catholiques intégristes : artistes, écrivains, femmes ou médecins recourant à l'avortement, animateurs de radio ou de tv, humoristes, cinéastes sont de plus en plus souvent victimes de pressions et d'intimidations de groupes confessionnels divers...
A cet égard les pouvoirs publics doivent faire preuve de la plus grande fermeté à l'égard de ceux qui violent ainsi la liberté de pensée au nom d'un prétendu droit au respect des minorités ou des confessions. Le principe de laïcité, séparation stricte de l'Etat et des religions, s'articule étroitement avec la liberté confessionnelle, mais cette liberté est inconcevable sans la liberté de critique, de dénégation et d'apostasie, elle est inconcevable sans la liberté de délibérément « choquer » les croyants et les adeptes. La loi est assez outillée – pensons aux législations réprimant les actes de racisme et les discrimination envers les minorités - pour que la liberté de conscience et les droits des individus soient garanties. Mais ces droits restent un vain mot si l'Etat se montre incapable, sous le prétexte de ménager des « communautés » minoritaires mais bruyantes, d'assurer la liberté et la sécurité de ceux qui pensent autrement que les prédicateurs intolérants et obscurantistes.