| " Comment peut-on appeler cela de l’art " se demande le quidam
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Curieusement, certains milieux intellectuels relayent cette question et l’amplifient pour lui donner la dimension d'un débat de presse : vide de sens, l’art contemporain manifesterait le nombrilisme d’artistes enfermés dans la répétition compulsive de gestes insignifiants mais surcotés par une critique complaisante. Nihilisme esthétique, relativisme formel, perte de sens, tel serait le tableau culturel de cette fin de siècle. Peu soucieux de perfection technique, l’art tournerait délibérément le dos à la “ Beauté ”, idéal de l’harmonie formelle, expression sensible de l’intelligible et manifestation de l’Idée. On ne peut le nier, beaucoup d’artistes contemporains récusent toute volonté de représentation objective ou subjective allant même jusqu’à renoncer aux stratégies de rupture avant-gardistes de la modernité. L’art de cette fin de siècle se présente - par-delà la diversité des écoles et des courants - comme une déconstruction radicale des fondements esthétiques des Beaux-Arts. Est-ce à dire que l'Art n'existe plus ? On pourrait le croire, d'autant plus facilement que le mot d'ordre dadaïste "fais n'importe quoi !" circule sans entrave aussi bien dans les académies que sur la scène publique. Ce qui entraine une indécision du geste artistique, qui, délivré des entraves de la norme, doit trouver en lui-même sa justification. Dès lors, la création artistique s'entoure d'une logorrhée censée légitimer l'oeuvre en en présentant l'intention. Mais ce discours marque en fait une distance entre l'artiste et sa pratique. La naïveté n'a plus cours en art, le simple plaisir de faire est occulté par une production discursive préparant les voies d'interprétation du critique et de l'historien : l'artiste se met en scène comme acteur et interprète de sa propre production.
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| Déconstruction/ Reconstruction
note 1 : L'art contemporain : ordres et désordres, colloque organisé par la Délégation aux Arts plastiques du Ministère de la Culture, conjointement avec Le Monde et France-Culture, à l'Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris, le 26 avril 1997. |
La déconstruction de l’art, par la mise à nu des catégories fondamentales de l’esthétique, nous force à réinterroger ce rapport entre le sensible et l’intelligible, entre le signifiant et le signifié qui se manifeste dans l’oeuvre. C’est à travers cette dialectique du formel et de l’informel, du signifiant et de l’insignifiant, du construit et du détruit, que nous pourrions tenter de comprendre le devenir postmoderne de l’art contemporain. Comme en témoignent la vivacité des polémiques de presse - entre Art-press et Krisis, par exemple - et les débats houleux qui émaillèrent le colloque "L'art contemporain : ordres et désordres" (note 1 ), l’art d’aujourd’hui traverse une crise de légitimation exacerbée par le reflux du marché, économiquement sensible pour les artistes d’aujourd’hui, leurs galeristes, et les musées, malgré l’importance économique du marché de l’art et du trafic (légal et illégal) d’objets d’art anciens. Par ailleurs, la dénégation du formel dans une partie de la production plastique constitue un travail de sape qui nous amène à penser l’art sans penser la forme. Ce travail d’information signifiante de la matière première que l’on ne peut comprendre que dans une perspective finaliste, comme une volonté créatrice. L’informel, le chaos, l’insignifiant ne sont pas seulement le résultat d’une pratique de la dérision : l’art informel veut nier l’idée de représentation, d’expression d’un « au-delà de l’oeuvre » et dénoncer ainsi le trucage du formalisme et de la virtuosité qui dissimule l’artifice sous le masque de la spontanéité. |
| Ephémère... |
Autre lieu commun, la pérennité de l’oeuvre, et avec elle, la volonté d’une transmission assumée jusqu’à présent par les arts, est aussi la cible de l’art contemporain. Délibérément, l’artiste d’aujourd’hui assume l’industrialisation de la production culturelle, passant de l’ère de la transmission - celle des valeurs jugées éternelles - à celle d’une consommation soumise aux effets de mode et aux impératifs du marché. L’art devient un produit consommable, un produit éphémère. La consécration de l'objet industriel comme oeuvre d’art emprunte les chemins contradictoire du design - esthétisation de l'objet utilitaire - et du ready-made - pénétration de l'industrie dans le champ artistique. Ce n’est là qu’une des voies de la consomption de l’art dans l’ère industrielle. Le choix, délibéré, conscient, stratégique, de matériaux périssables comme vecteur et signifiant de l’art relève d’une tactique d’opposition aussi radicale qui - faisant pièce tout à la fois à la production académique, support idéologique des valeurs dominantes, et à la marchandisation de l’oeuvre d’art en tant qu'objet décoratif - renoue avec l’authenticité formelle de l’engagement artistique et, paradoxe que nous devrons analyser, avec cette beauté idéale issue de l’arrière-monde que la modernité prétendait oblitérer. |
| vers le Livre sans page, de P. de la Coste, qui présente une réflexion sur l'art. |