Le  Lambic: quel mystère!!

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Lambic, typiquement  belge et jamais égalé: indiscutablement le breuvage  le plus  méconnu  et en même temps le plus succulent du monde.

Dixit Stephen Beaumont, spécialiste américain en bière, dans  "Saveur"

Le Lambic: quel mystère!!
 

La Communauté Européenne met en valeur une composition traditionnelle de produits, ou un mode de production traditionnel:" Les Spécialités Traditionelles Garanties" (STG). Comme leurs noms l'indiquent il s'agit de produits du terroir (exemples: la Mozarella itailennne, le jambon espagnol Serrano, le plat finlandais Karlajanpiiraka,..). Ajoutons à ces produits 6 bières: 1 finnoise et 5 (cinq!) belges originaires du Pajottenland.
A savoir:
-
Lambic, Gueuze-Lambic, Gueuze (en néerlandais: Lambik ou Lambiek, Geuze-Lambiek, Geuze)
- Faro
- Vieille Gueuze, Vieille Gueuze-Lambic, Vieux Lambic
(en néerlandais: Oude Geuze, Oude Geuze-Lambiek, Oude Lambiek )
- Kriek ( à base de cerises), Kriek-Lambic , Framboise-Lambic,  Fruit-Lambic ( en néerlandais: Kriek, Kriekenlambiek, Frambozenlambiek, Vruchtenlambiek)
- Vieille Kriek, Vieille Kriek-Lambic, Vieille Framboise-Lambic, Vieux Fruit-Lambic 
( en néerlandais: Oude Kriek, Oude Kriekenlambiek, Oude Frambozenlambiek, Oude Vruchtenlambiek)

Lambic une bière brassée d' une manière plus qu'originale = contraire à toutes les règles existantes!
Voilà plus de 9000 ans  les Babyloniens inventèrent  la bière. Via l'Egypte et l'Espagne ce breuvage conquit l'Europe septentrionale. Produits de base: de l'orge et de l'eau. Plus tard on y ajouta des herbes afin d'améliorer son goût et également prolonger sa conservation. Ces herbes variaient selon la région de brassage. A partir du 14 ème siècle le houblon fait son apparition. L' aspect gustatif et la conservation y gagneront grandement.

- Une bière de froment
Kookketel in de vroegere bouwerij De Neve te Schepdaal, op de voorgrond een zak overjaarse hop overjaarse hop 1559: La ville de Halle (Hal). Un décret déclare que "la bière doit se composer de 16 parties de blé: à savoir 6 parties de froment et 10 d'avoine et d'orge (selon la coutume ancestrale)".
Les proportions froment/orge sont toujours de 37,5%/62,5%.
En Bavière (Allemagne), par contre le Rheinheitsgebot (loi de pureté), datant de 1516, déclare que seul l'orge  peut être utilisé par les brasseurs  afin d'empêcher les paysans de brasser avec des céréales panifiables Cette législation médiévale, sera par après, et cela pour des raisons protectionnistes, étendue sur tout le territoire germanique. Elle sera applicable jusqu'il y a peu .

- Le houblon "suranné"
Le froment distingue donc le lambic d'une bière "normale"  mais aussi une autre originalité consiste en ajout d'un houblon "suranné".
Quid? Lors du brassage on utilise uniquement des fleurs de houblon femelles et vierges . Pour le lambic ces fleurs doivent avoir au moins deux ou trois ans d'âge. A alors disparu ce goût âcre propre au houblon. Ce dernier ne servira qu'à la bonne conservation de la bière ainsi qu'à la formation de sa mousse typique pour ainsi dire inexistante. Pour le brassage du lambic on utilise 5 g par litre de produit fini.

- La fermentation spontanée
Pour brasser des bières communes on utilise des ferments soigneusement cultivés. On a ainsi la certitude d'avoir toujours la même fermentation; celle du lambic, par contre, est laissée aux bons soins de mère nature. Unique dans le monde de la bière!

 Pour obtenir ce breuvage unique on verse le "moût" (le mélange bouillant et houblonné) dans un bac refroidissoir ouvert. Ceci provoque la fécondation naturelle grâce aux ferments spécifiques dans l'air ambiant des locaux de la brasserie.
Quels sont ces ferments?
Les plus connus portent le nom savant de Brettanomyces bruxellensis et -lambicus (étant donné que ce ferment a été découvert en 1904 par le Britannique Claussen il serait plus logique de le nommer Brittanomyces). Les espèces  "bruxellensis" et "lambicus" prolifèrent surtout dans la vallée de la Senne ainsi qu'au Pajottenland ( l'université de Leuven essaya en vain la fermentation avec des ferments soigneusement cultivés). Le résultat ne sera donc jamais identique.

- Saisonnier
Le lambic n'est pas une bière, c'est du LAMBIC!

Dixit Lorenzo Dabove, critique italien et connaisseur de bière

Les brasseries classiques utilisent le refroidissement artificiel ainsi le moût n'est pas en contact avec l'air ambiant. Le brassage peut donc se faire tout au long de l'année. Le lambic, quant à lui, nécessite une fécondation "naturelle"; de ce fait il est impossible de brasser durant l'été:
- l' air est trop chaude pour obtenir un refroidissement convenable
- en hiver l'air est plus pure et les risques de bactéries ou ferments indésirables sont moindres
- dans le temps nombres de brasseries étaient des entreprises mixtes: à savoir ferme et brasserie. Par exemple Timmermans à Itterbeek, De  Keersmaeker à Kobbegem, De Troch à Wambeek... Le paysan disposait des produits de base et avait le temps, lors de la mauvaise saison, de brasser. Le personnel présent ne restait pas inoccupé. Un seul exemple est toujours (2004) en activité: la brasserie Girardin à St.-Ulriks-Kapelle.

- Des tonneaux en bois
Les brasseurs actuels utilisent, uniquement, des tonneaux en métal inoxydable faciles à entretenir et plus économiques. Afin que le lambic mûrisse bien il faut absolument des tonneaux en bois dans lesquels le lambic " se fait" durant trois ans. Les sucres se changent pendant cette période en alcool. Les tonneaux sont originaires de régions vinicoles. Dans le passé on employait des tonneaux à vin, à sherry ou à porto ayant servi à transporter ces boissons jusqu'ici. Depuis que l'embouteillage se fait au château les tonneaux sont achetés directement chez les viticulteurs français ou espagnols voire même chez des brasseurs tchèques. Des tonneliers, attachés  à des brasseries importantes fabriquaient des tonneaux, plus petits, afin de fournir le lambic aux clients. Etant donné  que le mûrissement dure plusieurs années il faut posséder des entrepôts importants  et également des réserves de tonneaux non négligeables. Et ceci contrairement aux brasseries conventionnelles qui peuvent vendre leur bière après quelques mois, voire quelques semaines.
Au 19ème  siècle et même jusqu'après la 2ème  guerre mondiale le lambic était une boisson très populaire. Dans la plupart des maisons du Pajottenland on trouvait au moins un petit tonneau de lambic. Beaucoup de paysans de la région avaient l'habitude de porter une partie de leur récolte de froment chez un brasseur. Après l'hiver ce dernier livrait une certaine quantité de lambic.
Le lambic n'était jamais embouteillé mais toujours servi au  fût. Comme le lambic n'est pas filtré le "nouveau venu" (également appelé "joenk" ou "plat" ) peut avoir une présentation trouble. Mûri on obtiendra un breuvage clair, âcre, amer et sans mousse. Le gaz carbonique s'est en effet évaporé à travers le bois des tonneaux.

Est-il normal qu'à notre époque de rentabilité on produise  une bière qui coûte une fortune en mûrissement (trois ans) et ce dans des fûts en bois, difficiles à entretenir et ayant comme résultat un goût trop âcre pour la génération actuelle de buveurs de cola?

Michael Jackson, spécialiste britannique de biére et publiciste.  The Beerhunter

D'oủ vient ce nom "lambic"?
L'origine du mot est aussi mystérieuse que celle du Pajottenland, il en résulte donc plusieurs versions.
Le nom de lambic pourrait venir:

- du mot "alambic" (instrument à distillation). C'est l'explication qu'en donnent l'étymologiste  Dr. Jan Grauls et Dr. Jan Lindemans (1888-1963), ce dernier spécialiste en histoire locale et fondateur du magazine 'Eigen Schoon" (Beauté régionale). Selon ces  messieurs la forme du chaudron à brasser ressemblerait à celle d' un alambic.
- de l' espagnol  "lambicado", diminutif de "alambicar" (= une bière très soignée). D'après Maurits Sacré un reliquat de la domination espagnole. Malheureusement aucun document ne confirme cette théorie.
- du latin  "lambere" (goûter). Michael Jackson ( The Beerhunter) considère cette version personnelle comme peu plausible.
- du nom de la commune de "Lembeek" (faisant partie actuellement de la ville de Halle). Dès le douzième siècle et cela jusqu'à la Domination Française la commune de Lembeek possédait le statut  de commune franche. On y connaissait ni droit de péage ni droits d'accises. Situation fort intéressante, financièrement parlant, pour tout brasseur ou distilleur. Les Français mettent un terme à ces privilèges. Ils vont même à interdire le brassage et la fabrication d'alcool. Les Français auraient confondu la bière de Lembeek ( d'une qualité supérieure) avec le genièvre. De là que la "bière de Lembeek" serait devenue la "bière d'alambic". La prononciation "à la française" étant presqu' identique. Un PLUS: un chaudron à brasser et un alambic ont des formes pour ainsi dire similaires. Version défendue par Albert Valkeniers, médecin qui préféra succéder, comme brasseur, à son beau-père Emile Eylenbosch et par après également par Frank Boon, brasseur lembeekois.

Si non è vero, è bene trovato !

Il est clair que la théorie parlant d'une similitude entre le nom de "lambic" et l'outil à distiller un "alambic" est la plus plausible. En effet distiller du genièvre de grain, du gin, de la vodka, du whisky... toutes ces boissons ont un point de départ  en commun avec la bière: le moût
Quant à la commune de Lembeek... prenons cette théorie avec un grain de sel ou mieux...une bonne lampée de lambic. Il existait d'autres distilleries telle que celle de la brasserie De Cam à Gooik.

 

Selon la Commission européenne le nom de lambic vient d'un micro-organisme appelé B. Lambicus!
En réalité c'est le contraire: ce micro organisme ne se retrouve que dans la vallée de la Senne et au Pajottenland et uniquement dans une bière: le véritable lambic. Et oui, la Commission européenne est loin d'ëtre infaillible.

Pour obtenir le label STG " lambic ", la composante la plus âgée doit avoir  subi une maturation de plus de 3 ans en tonneaux de bois. Pour obtenir l'appellation "vieux-lambic" l'âge moyen pondéré des lambics utilisés doit être supérieur ou égal à 1 an.