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à Fontan

Hydroélectricité à Paganin

Ce lieu-dit est situé à mi-chemin entre Fontan et St-Dalmas, au cœur des gorges étroites et sauvages de la Roya. Dans ce lieu solitaire, juste deux bâtiments. La centrale et, à côté, la maison d'habitation du personnel de la centrale. Il y a aussi une conduite forcée qui descend à la centrale, et une prise d'eau qui alimente celle de Fontan par conduite souterraine. Depuis l'automatisation de la centrale, plus personne ne vit ici.

   

 
à l'étape 5 du circuit  
 

La conduite forcée

 

 

La centrale de Paganin et la
prise d'eau pour alimenter la
centrale de Fontan

Comme celle de Fontan, la centrale de Paganin est au fil de l'eau. À 2 km en amont, peu avant d'arriver à la centrale de St-Dalmas, l'eau est captée et acheminée dans une conduite souterraine de très légère pente jusqu'au réservoir situé au-dessus de Paganin. Elle se met alors sous pression dans une conduite forcée qui descend jusqu'à la turbine, 123 mètres plus bas.

Débit : 11,5 m³/s,
hauteur de chute : 123 m (12 bars au niveau de la turbine),
puissance : 13 MW (ce qui correspond à la consommation du canton de Breil),
année d'ouverture : 1917.

Curieusement, alors que la prise d'eau pour Fontan est française, la centrale qui lui est contemporaine, est pourtant d'origine italienne ! Car, entre les deux, il y avait l'ancienne frontière de 1860 à 1947.

La frontière de 1860 - 1947

1860, c'est le rattachement du comté de Nice à la France, et 1947, le rattachement de la haute Roya à la France... Comme le montre la carte IGM de 1932, la frontière passait par le vallon de Groa (à l'est de la Roya) pour remonter en face vers la crête de la Nauque et du Diable. Elle séparait ainsi le village de Berghe Supérieur (commune de Fontan) de celui de Granile (Tende). Et cela pendant 87 ans, et justement à une époque cruciale pour l'économie de la Roya : construction des barrages d'altitude et des centrales hydroélectriques, du chemin de fer avec notamment le tunnel ferroviaire sous le col de Tende, du tunnel routier sous le col de Tende, de la route de la basse Roya (Breil - Vintimille).

Carte IGM 1932,
au 1/50.000e (un carré = 1 km)
avec l'ancienne frontière

Collection Olivier Koot

   

La douane
de Paganin

Col. Armand OLIVIERO

La centrale, du côté italien, a été mise en exploitation en 1917. La centrale était alors équipée de rotors allemands provenant des usines A.E.G. de Berlin...

La conduite forcée. On distingue les supports d'une seconde conduite aujourd'hui retirée. En 1993, EDF a remplacé les deux conduites rivetées construites par l'administration italienne entre 1914 et 16 par une conduite unique, formée d'éléments de 3 tonnes amenés à leur emplacement par un câble aérien puis assemblés par soudure.

 

Paganin en 1945.
La route et l'usine dévastée. On remarquera la présence des deux conduites...

   Photo publiée dans le livre "Col de Tende"

En 1960, l'usine de Paganin est entièrement rénovée. En fait, seuls les murs ont été conservés...

Avant l'automatisation de la centrale, le directeur et le personnel (conducteurs de tableau et surveillants des turbines) habitaient dans le bâtiment à côté de la centrale.

Les lignes à haute tension

Revenons à la ligne St-Dalmas - Fontan (L2). Sur la carte on peut voir le dédoublement de cette ligne entre Paganin et St-Dalmas (suivez les pylônes 3, 4, 5 et 6, et les pylônes 12 et 13). Deux lignes, et toutes les deux à 63.000 volts. Cette curiosité s'explique par le contexte historique d'avant 1947 et également par des contraintes techniques...

Les pylônes 3 et 12

À l'origine, une ligne à haute tension remontait de la centrale italienne de Paganin à la centrale de St-Dalmas. Avec la centrale des Mesches ("Mesce"), la haute Roya italienne comptait donc trois centrales.

L'électrification de la Ligurie

En 1905, l'ingénieur Rinaldo Negri fonda la "Società Elettrica Riviera di Ponente" qui réalisa d'importantes installations aussi bien hydroélectriques (en haute et en basse Roya et dans l'Argentina) que thermoélectriques (à Savona et à La Spezia). En 1927 cette société prit le nom de "Compagnia Imprese Elettriche Liguri" (CIELI). Elle sera nationalisée et incorporée à l'Enel* en 1963.

* L'Enel, c'est l'EDF italien, créé en 1962 lors de la nationalisation de l'ensemble des producteurs d'électricité en Italie.

Au début du XXe s., les besoins en électricité augmentaient non seulement avec les installations d'éclairages et les transports (tramways et trains), mais aussi avec le développement des industries (les complexes sidérurgiques de Gênes, les aciéries de Savona et les chantiers navals de La Spezia).

Deux lignes à haute tension reliaient les centrales de la haute Roya au réseau CIELI. De St-Dalmas, elles traversaient les montagnes à Collardente au sud du mont Saccarel et rejoignaient Cairo Montenotte à 20 km de Savona.

Ainsi, dans les années 1930, l'Italie électrifia les voies ferrées du Piémont et de Ligurie. Pour alimenter celle de la Roya, une ligne électrique à 16 2/3 Hz descendait de St-Dalmas jusqu'à Piène-Basse et Vintimille.

Une ligne HT italienne qui transitait par le territoire français !!... Elle est affichée sur ma vieille carte IGM de 1932... À hauteur de Fontan (en dehors de l'extrait ci-joint), on la voit passer sans s'arrêter... Quant-à la ligne L1 de St-Dalmas - Lingostière - Roquebillière, elle y est bien évidement inexistante !

IGM 1932 - On peut remarquer que le tracé de la ligne de transit était plus sinueux que celui de la ligne L2 reportée sur les cartes IGN récentes...

Entre St-Dalmas et Paganin, il y a donc bien deux lignes... mais incompatibles ! Celle qui relie Paganin au réseau CIELI à St-Dalmas (50 Hz), et celle qui en redescend jusqu'à Vintimille pour les Ferro Stato italiens (16 2/3 Hz).

Pour la petite histoire : le chemin de fer qui longe la Roya posait problème... car la partie française (en moyenne Roya) n'était pas électrifiée. L'état-major français l'avait refusé. C'est ainsi que les trains italiens qui assuraient la liaison Savona - Torino via la Roya étaient tractés par des locomotives électriques triphasées (ce qui demandait un caténaire avec deux fils), mais sur la petite section française comprise entre les gares de Piène-Basse et de St-Dalmas, la traction se faisait toujours à la vapeur !!! En 1935, les militaires français ayant finalement cédé, la section française fut enfin électrifiée. La ligne à haute tension en transit date de cette époque.

Le climat de défiance qui régnait alors entre la France et l'Italie était tel que des gardes italiens effectuaient quotidiennement une ronde par un sentier entre les frontières nord et sud pour vérifier que les Français ne volaient pas du courant ou ne sabotaient pas les installations !!!...

Ambiance... Ceci-dit, c'était une obligation légale en Italie. Les deux lignes de Collardente étaient surveillées de la même manière.

Avec le rattachement de 1947, les centrales de la haute Roya passent à la France. Mais elles continuent d'alimenter l'Italie pendant quelques années via les lignes de Collardente. Le Traité de Paix prévoyait, en effet, la fourniture d'énergie électrique à l'Italie jusqu'en 1962. De nos jours l'ancienne ligne de transit italienne bifurque vers la France au sud de Breil (adaptée à 50 Hz). Et les deux lignes de Collardente ont été démantelées...

 

 

Les gorges sauvages et solitaires de Paganin.
Solitaires ? À bien y regarder, dans l'ombre du torrent, un cochon rose observe passer l'eau... (Non, je n'ai pas écrit cet article le 1er janvier à 4 heure du matin !)

 

 

 

 

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