" Mélange "
ou Le cœur mémoriel


Emprunté (avec guillemets) à Paul Valéry, ce titre : " Mélange "
pourrait être aussi celui de ma rubrique Extraits.
" Le désordre qui (y) ' règne ' " est " parfait ",
pour reprendre un adjectif de " L'Idée fixe " du même Poète.
Et " la suite de (ma) vie psychique "
répond à celles que j'imagine de l'univers.
– Imaginer étant aussi penser !

Est-ce le "désordre" du cœur mémoriel
qui oppose le Sentiment à l'ordonnante Raison ?
Et ce désordre apparent crée
des constellations !
Espace !





... Si j'efface ici (...)* ou ailleurs l'une ou l'autre de mes réactions, ça peut être pour deux raisons. Soit parce qu'elles ont touché les concernés, leur ont donné à réfléchir (...). Soit parce que je doute ensuite de mon appréciation: n'aurais-je pas exagéré? mal interprété? Dans ce monde d'expression verbale, l'on ne se méfie pas assez des coïncidences, causes de sentiments paranos., lesquels sont sources d'injustices. – 7 mars 2010
* les (...) en gris et centrés

Ainsi, le support virtuel sur lequel j'écris ici me permet de réaliser une œuvre (dont le genre se rapproche de celui du journal) très mouvante en ce sens qu'elle s'adapte sans cesse, se remet en question. J'y écris sur l'espace, et cet espace m'emporte. – 18 avril 2010



–  –  –



Lys


Le Lys, 1979
Tableau de Monique Thomassettie




(...)
28 février 2010 : Depuis ma réaction du 28 mars 09, j'ai eu l'occasion (dans un cadre médical) de recevoir des témoignages allant dans le sens d'Élisa Brune. Puis-je dès lors inviter ces dames à chanter à leur homme, et sans rougir tel un "gentil coquelicot": "J'ai descendu dans mon jardin..."?
Plus tard : À peine évoquée cette chanson, une forte émotion m'a étreinte... C'est (oui!) la seule chanson en français qui m'a été, dans un cadre familial, chantée dans mon enfance. Ma mère, elle, chantait parfois en allemand et avec entrain. C'est la belle-sœur d'un oncle qui me chanta "J'ai descendu dans mon jardin", non pas entièrement, mais les premières phrases. Je me rappelle combien la mélancolique poésie de cette musique, alliée à ce jardin où l'on descendait, à ce coquelicot, à ce rossignol, avait provoqué en moi un sentiment que je n'aurais pu définir, qui me mettait mal à l'aise tant il était insondable. Tout à l'heure, j'ai pleuré en pensant à l'improvisée chanteuse, qui n'avait pas eu un mariage heureux. Ç'a été comme si je la découvrais longtemps après sa mort. Le rossignol dit beaucoup de bien des demoiselles, car elles rêvent. Si, des dames, il ne dit rien, c'est que leur rêve s'est évanoui. Voici ce que je viens de comprendre, et j'en ai le cœur gros.
N. B.: Certes, mon père chantait aussi en français, mais cette tante en quelque sorte par alliance s'était adressée à moi: elle m'avait chanté cette chanson avec une telle gentillesse. À propos, où commencent et où finissent la gentillesse et la bonté? messieurs les spécialistes – les hommes... Pour qu'une telle gentillesse ait demeuré en mon cœur, il faut qu'elle ait été bonne!

P. S., 1° mars 10 : C'est étrange, j'ai ouvert ma rubrique Extraits sur mon enfance et une chanson que mon père alors chantait allégrement, et voilà qu'hier je complète le début de celle-ci par une autre chanson. Ouverture sur un mode masculin pour celle-là, ouverture sur un mode féminin pour celle-ci. Partout, la masculinité marche au pas, tandis que la féminité danse. Et moi, en plus, je chante, rossignol que l'on ne comprend pas, qu'on imite pourtant. "Les hommes ne valent rien" quand ils sont jaloux des femmes. Ah! Élisa, bien d'autres enquêtes pourraient être menées au cœur des jardins secrets! Mais la femme se tait, qui a peur; alors, il n'est rien dit d'elle.

P. S., 2 mars 10 : Remarquez qu'hier, j'ai parlé de masculinité et de féminité. Comme je l'ai déjà exprimé ailleurs, l'homme et la femme se réalisent l'un et l'autre dans l'androgyne, et l'Art les y aide. Ah! si on lisait mes livres! je ne devrais pas ici me re-re-re-redire!
Pour revenir au sujet strictement sexuel, un dernier mot (que j'ai aussi déjà ailleurs confié)... Si, pour ma part, je vibre, comme dans la chanson de Guy Béart, au "sexe opposé", j'estime qu'il ne faudrait pas parler d'"homosexualité" ni d'"hétérosexualité": il y a LA sexualité.


M. Th., mis en ligne le 28 février, le 1° et le 2 mars 2010



" L'amour et le sens du sacré "
" Le temps des paradoxes "
Extraits de " La femme et son plaisir ", Dr. Gilbert Tordjman *

" On ne peut aborder le problème du plaisir et de la sexualité sans s'interroger sur les liens avec l'amour et la tendresse. "
Et de citer Françoise Dolto (" Sexualité féminine ") : " Les femmes sont beaucoup plus tolérantes que les hommes à la frustration orgasmique, mais beaucoup plus intolérantes qu'eux à la frustration d'amour... À la différence de l'homme (...), la femme génitale n'éprouve pas la nécessité de coïts fréquents et spectaculaires pour être narcissisée. Passé ce moment d'intimité dans lequel son corps et le corps de son partenaire ne font qu'un et où son désir et son amour se ressourcent, la femme se retrouve appauvrie, si son cœur n'est pas, de l'homme qu'elle désire, épris."
Et : " ... l'imaginaire érotique cristallisant autour de l'être aimé, (suffit) à déclencher des réactions voluptueuses. "
" Freud conseillait pour en savoir davantage sur ce continent noir de la sexualité féminine de s'adresser aux poètes. Encore aujourd'hui, malgré les progrès de la science, ils restent les seuls à pouvoir éclairer les contradictions et le mystère de cet étrange personnage qu'est la femme. / L'homme de science, en ce domaine, ne peut que souligner les paradoxes et les contradictions. "
C.Q.F.D.


Monique Thomassettie, femme et poète – mis en ligne le 30 mars 2009 à 11 h. 36


* P. S., 2 et 4 avril 09 :
J'ai vaguement entendu parler de la mauvaise réputation de ce médecin sexologue – peut-être victime des "risques du métier"? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas parce que Verlaine était un débauché (violent en plus !) que ses écrits sont indignes d'être lus. 


*

L'Épine de la Rose
Sans ingratitude
 
La nouvelle orthographe, je l'ai récemment et brièvement évoquée dans une autre rubrique de mon site. Si j'y reviens, c'est suite à la réception, ce matin, d'un mail reproduisant la réponse de Jean-Marie Klinkenberg à Francis Dannemark.

L'occasion m'est donnée d'exprimer la tristesse que j'éprouvai au milieu des années nonante en découvrant un de mes textes – par ailleurs aimablement accepté et publié : j'en ai été reconnaissante – privé de ses accents circonflexes. Je me souviens d'avoir, en aparté, confié mon étonnement en ces termes :
La Lettre française est excisée !

Espérons que l'Esprit ne le soit jamais !
Et qu'il puisse conserver son piquant, ses traits – en l'occurrence, français – sans lesquels un nivellement spirituel ferait peu à peu écho à ce fameux "ennui" qui "naquit un jour de l'uniformité" (mot du bien nommé : La Motte...).

... Il y avait des fleurs, et je n'avais pas peur. Il n'y avait pas de fleurs, et j'avais peur. Il y avait des peurs, mais je fleurissais dans la danse. ...*
... Mais la seule poésie que l'histoire ne dit pas, chante permanente. ...*


* Extraits de ma pièce : Parfondor (dans : Foyer, Éditions Caractères, 2000)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 31 mars 2009 à 13 h. 59



... Et les fleurs ont du nerf !

Sans quoi, elle ne sortirait pas de terre
au printemps ! ...

(Ou ai-je encore écrit : Du nerf ! Du caractère ! ?)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 31 mars 2009 à 15 h. 46

*


Le coude de Sardanapale – à une rencontre d’artistes
Projet d’une nouvelle
Humour d'entre-deux !

1° avril 2009

Assise entre deux hommes au physique plus imposant que le sien, elle réagit à ce que son voisin de droite vient de confier, à savoir que les personnages qu’il met en scène plaisent toujours au public, même les mauvais !

Elle réagit en confirmant :


En effet, par exemple Sardanapale peint par Delacroix est très séduisant !


Avant l’évocation de ce terrible tableau, celui qu’elle vient d’approuver faisait force gestes, battant du bras gauche sous son nez à elle, telle une aile de moulin.


Après, s’étant penché sur elle pour mieux converser avec l’autre voisin, il appuie soudain son coude sur son ventre à elle, comme si elle était un bras de fauteuil ou un coussin !


Elle en a le souffle coupé, ne sachant comment interpréter la chose.


Signe d’une complicité artiste et amicale ? d’une camaraderie asexuée ? – "La femme étant un (Homme) comme les autres".


Ou geste primaire de… séduction ? geste qui reproduirait la position de Sardanapale, celui-ci ayant, dans l'œuvre en question, un coude appuyé sur un oreiller. Dans ce cas, l’homme voudrait-il lui plaire ? puisqu’elle a parlé de séduction – malheureusement, sans avoir jugé nécessaire d’ajouter qu’il faut s’en méfier, de la séduction !


De cette rencontre, elle tire une conclusion :


Si, comme elle le dit depuis longtemps, les artistes sont les hyperétrangers de ce monde, les femmes en ont en particulier le pompon !



Monique Thomassettie, mis en ligne le 1° avril 2009 à 12 h. 43



P. S. : Écrivant ce croquis, j'ai une fois de plus regretté que le français n'ait pas la facilité de l'allemand quant à l'accord des adjectifs possessifs ; son nez à elle, son ventre à elle : en allemand, à elle ne serait pas nécessaire ("Ihr"). Au lieu de simplifier le français, moi je le compliquerais ! Ceci dit, il permet des tournures qui lui sont propres. Si j'avais été moins fatiguée ce matin, je les aurais trouvées. Et ma fatigue n'était pas un poisson d'avril.



Monique Thomassettie, mis en ligne le 1° avril 2009 à 23 h. 23


*



À propos d'un musée à ouvrir bientôt
René Magritte et Jacques Henrard



Dans la rubrique Extraits de mon présent site, j'ai plus d'une fois évoqué Magritte, m'autocitant – voici près d'un quart de siècle qu'il apparaît dans mes écrits. 

Au Salon du Livre de Metz en 1997, j'ai fait un soir la connaissance de Jacques Henrard.
Durant tout le dîner, nous avons lui et moi longuement parlé de René Magritte, à tel point qu'il m'envoya plus tard un mot dont je reproduis ci-dessous le dernier paragraphe, car il concerne notre conversation – ce qui précédait tournait autour des expositions de mes tableaux.


Je n'ai malheureusement pas pu assister à la conférence en question.

Ainsi puis-je ici rendre hommage à la mémoire de Jacques Henrard que je n'ai plus eu l'occasion de rencontrer après ce salon d'il y a presque douze ans.



Henrard



Monique Thomassettie, mis en ligne le 2 avril 2009 à 10 h. 21



L
e retour en ma mémoire du Salon de Metz 1997, me renvoie à la grande tablée de ce soir-là, composée essentiellement d'écrivains.

Concentrée dans mon entretien avec Jacques Henrard, j'avais peu participé aux échanges entre les autres convives.

Si peu que, interpellée au sujet d'une exposition récente organisée par Michel Joiret – lequel, à ce dîner, était assis en face de moi –, l'exposition des œuvres plastiques réalisées par des élèves et des artistes adultes (dont moi-même) autour du " Grand Meaulnes ", j'avais esquivé la question.

Pourtant, j'avais un sentiment... Le voici :

Beaucoup de dessins et peintures de ces adolescents et adolescentes m'avaient surprise par leur "modernité". Je veux dire que leurs représentations des personnages du roman d'Alain-Fournier, m'avaient davantage semblé appartenir à une histoire d'aujourd'hui, tant "aujourd'hui" est un temps qui met un point d'honneur à refouler un certain romantisme poétique, privilégiant une apparence pragmatique : Nous, les jeunes, on ne nous la fait pas !

Certes, le rêve n'a pas déserté les nouvelles générations !
En 1995, j'avais imaginé un dialogue entre une femme et une adolescente (Les Seins de lune, contes, Éd. Luce Wilquin) :

– Ouvre-toi, regarde... Le rouge lumineux et parfait du soleil couchant a le pouvoir d'apaiser les peines de cœur. Même quand il a disparu derrière les toits, et qu'il se reflète encore sur une vitre, sa brève incandescence t'interpelle. Si tu voulais, au moins, essayer de voir, au lieu de te refermer sans cesse...
– Tu parles comme une carte postale romantique de la côte !
– Mais tu es romantique ! Sans cela, tu ne souffrirais pas...


Monique Thomassettie, mis en ligne le 3 avril 2009 à 13 h. 31


*



Deux autocitations, à l'attention de deux connaissances


... Aimer un inconnu au point de lui écrire, de guetter chaque matin l'arrivée du facteur. Aimer sans peur du ridicule, jusqu'à perdre toute mesure. Aimer si follement ne pouvait que la conduire à un exutoire, sous peine de perdre la raison.
Sur l'enveloppe de la première lettre qu'elle s'écrivit*, elle crut d'abord découvrir l'écriture de celui qui la bouleversait. C'étaient ses propres caractères, pourtant, un peu timides, mais clairs et francs. ...
(1995, extrait de mes Seins de lune)

* Pour attirer l'attention sur ce soi, j'avais mis le s' en italique : elle s'écrivit.
Une définition du Petit Robert : Soi = "La conscience ; l'être en tant qu'il est pour lui-même."


... Si je dis nous / mon discours malgré moi / reste non éprouvé / Ma propre réalité / souvent trouve et rejoint / des pluriels ignorés ...
(Extrait d'un poème écrit pour la revue "Marginales" N° 236 – Hiver 1999)

  
Monique Thomassettie, mis en ligne le 4 avril 2009 à 10 h. 50


*



Manchots et muets


Difficilement croyables, certaines informations ...

Ainsi, une de ce soir, selon laquelle un greffé de la main ne supportant plus cette "main étrangère" (sic), se la serait coupée – ou plutôt : l'aurait coupée, cette main ne faisant pas partie de son anatomie originelle.

Si ceux qui s'approprient les paroles d'autrui devaient se couper la langue, car ne supportant plus à la longue ces paroles étrangères, il y aurait beaucoup de muets en ce monde.




Monique Thomassettie, mis en ligne le 7 avril 2009 à 20 h. 57



*


Entre deux nouvelles, entre deux poèmes,
un projet de récit dont voici le début …

9 avril 2009


Il y en a qui font tout pour se faire aimer.

Il y en a qui font tout pour se faire détester.

Au pire, les premiers ont un profil opportuniste, voire hypocrite.

Au mieux, les seconds ne trichent point, parlent vrai, quitte à y perdre.

L’on comprendra, dès lors, que ceux-ci sont plus aimables que ceux-là.

Ne pas craindre les risques étant une vertu.

Elle fait partie des Chrysostome, et des Jérémie qui inlassablement opposent leur transparence. – Mes comparaisons d’ordre religieux s’arrêtent là.

Son or est lumière, puisque traversable.

(à suivre)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 9 avril 2009 à 15 h. 15



*


Suite intemporelle : deux retours en arrière


1

Or et bleu



Après cette partie de conscience, en ai-je traversé une autre, franchissant le fin rideau d'un feu transparent comme on passe à travers la nappe d'eau d'une cascade. Après ce baptême, pourrais-je encore me lamenter ? Mes larmes sont-elles à jamais évaporées, rendues à l'air subtil ?
(...)
Aspirerais-je à la saison éternelle de l'Éden ? L'été où le soleil dore le mieux le ciel, l'emplit tout entier d'un verbe si dense que, pour mieux lui répondre, le jardin intensifie le bleu de ses ombres, approfondit le chant de ses eaux. L'été où les fruits contiennent d'immortelles promesses.

La tête me tourne en ce midi. Un estival poudroiement tremble au-dessus du souvenir d'un naïf et maladroit sonnet que je composai voici plus de dix ans : Or et Bleu... 

Une goutte saphir s'écoule de ma plume
Sans former sur la page un incertain pâté.
Tremblante, suspendue, douce larme de lune,
D'elle naît – miracle sous mes yeux enchantés ! –,

Une espiègle Vénus. Esquissant sur les lignes
Quelques pas gracieux. Gazouillante, sa voix :
Je m'appelle Pittura. Vois lettres et signes
Se muer en feuillages.... " Ave Maria " :

La phrase dorée sort de la bouche de l'ange.
Sagement ordonnée, comme au jardin d'Éden,
La végétation luit, florentine louange,

Dans la lumière d'or. L'exquise magicienne,
Ivre de leur parfum, disparaît dans les buis...
Et mon verbe reflue en lapis-lazuli.

Mon poème renaît. Et l'espiègle Vénus, d'amour consumée, s'envole sur un dos de phénix vers des noces marines.


(1999, extrait de ma portée d'exil – Sonnet : 1989)




2

Rose d'air  
ou  La dernière palette



... Est-ce le ciel qui roseraie ?

Mais le jardin vient de la terre, d'un vert rompu, j'allais l'oublier ! M'en souvenant, soudain je me rappelle vaguement un très ancien rêve où des bribes de jardin sont caressées par une atmosphère intermittente et ensoleillée... Cet air doré me rassure, et je comprends que ce qui m'attristait aussi profondément était un manque : dans mon tableau et sur ma palette, il n'y a pas de doré. Or, sans cette lumière, je dépéris.

Le filigrane était celui de l'absence : un vide à emplir de soleil. Ma rose bleue tendait vers lui.

J'étais en effet coupable, j'avais supprimé le soleil ! Mon nouvelliste malaise s'explique.

Le mystère poétique s'est éclairci. L'appel bleu de la rose a chanté, et le chant s'est épanoui auprès d’une note d’or.

Comment expliquer mes oublis ? À la fois adieu définitif à ma forme picturale et prémonition de formes plus subtiles que je cherche d'ailleurs encore, ma palette m'est apparue, au mur de mon appartement, si présente que tout ce que j'ai vécu depuis l'abandon décisif de mes pinceaux s'est retrouvé évanoui, résorbé dans une amnésique parallèle.

Revenus, des passés brouillent les pistes du Temps.

Des passages s'avèrent accomplissements.

Le retour d'une chaleureuse vision, d'une intermittente et dorée caresse au jardin de mon âme, m'a soudain et heureusement ensoleillée.

Ce rêve remonte à une ancienne nuit, à la nuit des Jours tant diurne y était, y est, la végétation frôlée par le fin pointillement d'une lumière d'or, celle, évidemment divine, qui baigne les plus accomplis recueillements.

Réminiscence de bribes oniriques dont l'air paisiblement lumineux fait un tout essentiel. Le lieu végétal transformé en paradis grâce à cette atmosphère subtile et diffuse de foyer, ouvre un extérieur intérieur, intériorise la nature extérieure tout en révélant un éternel épanouissement.

Vert-doré et visuelle est cette fusion d'accueil et de visite.

Il doit être des notes frémissantes et secrètes pour la chanter. Des accords exhalant de perpétuels étés, les lueurs à l'ombre parfumée de ces buis que j'aime.

J'ai vu bleu si longtemps ! Mais le bleu n'est point passé, cette couleur demeure avec son lot d'ambiguïtés.

Chaque couleur ne prendrait tout son sens, je veux dire : toute son âme, qu'en fonction des autres couleurs. Ce sens, cette âme, est donc multiple.

Les couleurs ne pourraient chanter qu'ensemble. Et les registres de chacune varieraient selon leur entourage.

Comment ? ! Cette évidence, connue de tous les peintres et expérimentée par moi-même, l'aurais-je également oubliée ? Non, je la découvre autrement, dans une dimension plus auditive. ...


(2005, extrait de mon âme dénouée)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 10 avril 2009



*


Fleur de concorde


... l’âme intarissablement lumineuse (...) est venue pour rappeler, pour réveiller.
(La) décrire ? Peu importe, n’est-ce pas, la couleur de ses yeux, de sa peau, de ses cheveux. D’ailleurs, chacun la voit à sa façon. Ce qui émane d’elle est unique, quelle apparence qu’ait son incarnation. ...

(27 décembre 2005 – 10 janvier 2006, extrait de mon âme dénouée)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 16 avril 2009



*



À mes Autoéditions M o n é v e i L
le 21 avril de cette année
paraîtront mes deux nouveaux livres :


Salve Regina
Théâtre

Le fruit d'Éden, c'est une bonté divine
poussée sur un arbre humaniste
au bout d'un souple bras
Roman




Tant j'aime
écrire,
composer, mettre en pages,
choisir et insérer de mes œuvres plastiques adéquates.

En un mot : exprimer et partager mon univers – le monde fût-il pour moi désert.


Monique Thomassettie, mis en ligne le 16 avril 2009


P. S., 17 avril 09 : le monde désert : c'est une parabole, et les paraboles suscitent moult interprétations – encore faut-il savoir de quel monde je parle, comme le disait de Dieu Marguerite Yourcenar.
N. B., 24 mai 09 : Pour m'aider à choisir quelques noms et prénoms de mon roman : Le fruit d'Éden..., j'ai consulté un livre reprenant tous, ou presque tous, les prénoms existants.

*

Pitié pour les écrivains perpétuellement inquiets


Voici une citation de Marguerite Yourcenar, puisque je l'ai évoquée. Elle exprime mon difficile, voire pénible, tiraillement :

"... tout écrivain joue avec le désir à la fois d'être lu et de n'être pas lu.
C'est valable pour beaucoup de poètes. Sans cela, ils ne mettraient pas dans leurs œuvres tant de traquenards pour décourager la lecture. (...) Les écrivains ont toujours aimé jouer avec les énigmes. "

Pour ma part, ces "énigmes" ne sont pas délibérées, elles relèvent de ma sensibilité foncièrement symboliste.
Et c'est à moi-même que je tends des traquenards, afin de toujours ME mériter.


Monique Thomassettie, mis en ligne le 21 avril 2009

*

Chassez le naturel, il revient – tôt au tard – au galop
(comme on dit)



Ç
a tombe assez bien que ma rubrique " Mélange " commence par une histoire de sexe. La chronologie en a ainsi décidé.

Il en est qui terminent leurs écrits là-dessus. Sœur Emmanuelle, par exemple.
Loin de moi l'idée de la désapprouver, ma désapprobation allant aux institutions tyranniques et inquisitrices.

– Ici, dans cette culture, le Quasimodo de Victor Hugo n'aurait pas été difforme.
– Comment cela ?
– Dans un cadre divin, l'obscurantisme médiéval rendait diabolique et monstrueux le désir humain. Quasimodo est l'incarnation diabolisée du désir du prêtre. De la même façon, l'architecture surréaliste et cauchemardesque qu'exprime par endroits Hugo est la matérialisation du climat étouffant d'interdits. Elle devient donc... quasi monstrueuse. À la prolifération délirante de la pierre s'emboîte la difformité du malheureux bossu.
– Le refus de la libido engendre des monstres ! Et c'est la raison qui fait tirer la langue à la stryge pensive !
– La quoi ?
– La stryge, c'est une chimère. Tu as lu le roman, n'as-tu pas visité les tours de la cathédrale ? La stryge semble tirer la langue aux obscurantismes qui encore et toujours profilent leur menace.

(2002, extrait de ma Source d'Incandescence)


Monique Thomassettie, mis en ligne le 29 avril 2009

*

Un rêve de théâtre
chronologiquement précédé d'
Un rêve d'h
orizontalité, de verticalité, de montée, de descente


Cette nuit (du 30 avril au 1° mai 09), j'ai rêvé de théâtre...
Dans ce rêve, j'avais écrit une pièce dont j'allais interpréter un rôle... Je me retrouve dans un milieu théâtral qui accepte de la jouer, en me laissant la responsabilité de tout organiser – jusqu'aux affiches sur lesquelles préciser, en je ne sais plus quels termes, la liberté de l'Art (l'on me montre, sur d'autres affiches, la mention en question)... Ensuite, mon attention est attirée par la végétation proche : un bois aux feuillages chaleureusement émeraudés par un soleil d'été... J'y pénètre, et ce passage me rend perceptible quelque chose
d'important à propos de la vie des décors théâtraux... Je l'explique aux autres acteurs... À partir de ce moment, je me sens complètement et définitivement entrer dans une autre dimension, celle du véritable THÉÂTRE... C'est subtil, de l'ordre d'un JEU qui dépasse l'agitation de ce monde... Alors, je réalise que je comprends tout à fait l'art de la scène, car cette scène s'applique désormais à ma façon de vivre (?)... Soudain, je prends conscience de ma lacune de mémoire par rapport aux autres acteurs : jamais, je ne pourrai mémoriser mes très longues répliques – écrire n'implique pas de mémoriser mot à mot ses textes comme sont capables de le faire des acteurs (moi, je retiens le sens et l'esprit de tout ce que j'ai écrit, et quelques particulièrement bonnes et justes formulations). Je laisse alors l'interprétation de mon rôle à une actrice qui pourra apprendre rapidement mes tirades par cœur ; rapidement, car la pièce se jouera le soir-même. Je suis écrivain, et non pas actrice.

L'avant-dernière nuit, j'avais rêvé de ma mère (qui aura 95 ans en juillet)... À la fin de ce rêve, je la vois grimper tout en haut d'une pente boisée et rocailleuse... À son âge, c'est dangereux, elle risque de glisser... Je monte alors à mon tour, lui dis de prendre ma main pour redescendre doucement... Et nous nous en allons prudemment. Auparavant, avant sa montée, je l'avais soignée – elle avait je ne sais plus quel problème de santé – en la couchant au lit et en posant sur sa cuisse un coussin chaud empli de noyaux de cerises (coussin chauffé, censé soulager certaines douleurs rhumatismales).



Ah ! " Sardanapale " ! voici le coussin malmené qui guérit ! – Transitivement et intransitivement.
" La suite de la vie psychique, si on l'enregistrait, montrerait un désordre, une incohérence... parfaite ", Paul Valéry.
En ce niveau, aurais-je atteint une cohérence parfaite ? Celle à laquelle, à la page 58 de mon Opéra sidéral et déjà bien avant, j'aspirais.
Mon " inconscient " est rédempteur.
Et mon site ressemble à une autopsychanalyse !



Monique Thomassettie, mis en ligne le 1° mai 2009



*

Académie de Musique et Star Academy
Ports de voix


Une seule chose me dérange, viscéralement, dans ce que j'ai eu l'occasion d'entendre de Star Academy : les ports de voix.
Et voici que, ce 2 mai 09, un peu avant treize heures, mon ouïe se hérisse à nouveau à l'écoute d'un élève, d'une Académie de Musique cette fois.
Doué, l'enfant a chanté quelques phrases à la Radio.
Quel dommage et quel gâchis de lui avoir appris ces exécrables ports de voix !
Réalise-t-on, entend-on, combien cette mode va dans le sens d'un certain état d'esprit qui menace la jeunesse, à savoir une apathie, celle-là même qui lui rend l'orthographe impossible !
Il est des signes révélateurs qui ne me trompent pas.


Monique Thomassettie, mis en ligne le 2 mai 2009 à 13 h. 43


P. S. : Des ports de voix, je parlais déjà dans mon conte : Mon beau Cygne perlé.
À propos de cygne, ma rubrique pourrait s'appeler, parodiant un titre journalistique : Le Cygne déchaîné.
Une chose y est sûre : jamais, je n'y règle de comptes mesquinement personnels, contrairement à certains de mes détracteurs. J'y parle vrai, d'une vérité idéaliste. Et ma loi y est le bon goût. – Goût s'étendant aux autres sens, dont celui, en l'occurrence, de l'ouïe.

Monique Thomassettie, mis en ligne le 2 mai 2009 à 15 h. 20


Pour revenir à ce passage vocal, il peut être pratiqué avec maîtrise – ici et ailleurs. Ce que j'ai reproché tout à l'heure, c'est son utilisation précoce et forcée qui le dénature.


M. Th., mis en ligne le 2 mai 2009 à 22 h. 20



*


3 mai 2009 : Ce 3 mai est un jour anniversaire de la mort de mon père, il y a sept ans.
Rêve de cette nuit : … Une mère girafe donne à manger à son bébé girafe… De sa bouche, elle détache quelques feuilles larges, fines, souples et vert pâle de hauts arbres, et les laisse tomber sur le sol vers son petit qui s’en nourrit… Ensuite, me promenant au bord de la mer, je vois le bébé girafe seul qui s’est perdu… Je veux l’aider à retrouver sa maman, mais ne sais de quel côté aller : où y a-t-il des arbres au bord de l’eau ? De plus, des immeubles (construits à l'endroit des cabines de bain) me cachent la vue… Je porte dans mes bras ce petit et léger animal, lui dis de s’endormir… Sur la plage, je croise deux hommes qui ont un G.S.M. ; je leur demande de me le prêter, car j’ai le numéro de téléphone de la mère girafe… Mais ils sont indifférents, et partent… Je rassure le bébé girafe : nous retrouverons ta maman…

Ce rêve me rappelle une photo ancienne :


Zoo


1952, au zoo d'Anvers
Maman apprivoisant une girafe et moi riant aux éclats


Il ne faut pas, je pense, avoir le sens de la gestuelle pour lire dans cette photo une sorte de conte...
Voici, dit ma mère à la girafe, ma fille cadette si fantasque...
La girafe se penche vers moi, me considère d'un œil doux et attentif...
Si l'on regarde bien la photo, à la droite du visage de la girafe, dans le feuillage des arbres du fond, un autre œil s'est ouvert, qui regarde la girafe...
J'aime bien les girafes... Elles me sont sacrées, comme, pour les Indiens d'Inde, le sont les vaches...
Et les arbres, leur frondaison...
ANIMISTE suis-je !
Nature, j'ai confiance en toi, plus qu'en la seule Humanité !
  

M. Th., mis en ligne le 3 mai 2009



*


De la girafe à je ne sais encore quelle métamorphose

En attendant de le savoir, retour à un de mes mini-essais


– Deux extraits de mon Journal –


15 mai 2008 :
Enfin, je lis « Le rivage des Syrtes » de Julien Gracq ! Ça faisait des années que je me le proposais.
... Touffeur de la sensation ordonnée et composée par l'écriture. Même le désert y a une touffeur ...
J'ai d'abord été un peu déçue de ce que ces atmosphères picturales débouchent sur une histoire ; une histoire qui tient en haleine, certes.
Picturales, et musicales : ce livre est une longue phrase musicale où la densité des atmosphères image l’action ; c’est une histoire qui semble un rêve, et c’est un rêve dont l’histoire est à la fois noyée et exaltée dans et par de sourdement sensuelles ambiances ; une même tonalité imprègne les souvenirs du narrateur et cette tonalité se rattache moins à l’art littéraire qu’aux arts pictural et musical. Compacité de Beethoven et de Pasque.
Composer un roman-souvenir à partir de son imagination, de ses pensées, de sa captation des états de la Nature
Certains livres sont si oniriques qu’ils donnent envie de dormir afin d’atteindre l’état le plus propice au rêve, le plus disponible.
Faire un film de ce livre ? seule une longue phrase musicale...
Écriture serrée, fluidité dans la densité, rythme harmonieusement contrebalancé...
Quand on préfère l’atmosphère aux faits, aux événements qui jalonnent une narration, alors on est musicien...
Les musiciens sont sensibles à l’AIR.
Oui, mais les atmosphères émanent de faits. Ainsi, dans la Nature, une sourde ambiance peut avoir une cause événementielle : un orage qui se prépare, voire une catastrophe.

21 mai 2008 :
J’ai terminé de lire « Le rivage des Syrtes »…
« Le vide qui se fait à ses frontières – une espèce d’insensibilité qui naît à sa surface engourdie comme si elle avait perdu le toucher – perdu le contact : Orsenna a fait des déserts autour d’elle. »…
Voilà une mise en garde qui pourrait être d’actualité… Tout cela est d’une complexité folle… Mais il est des cas où, pour bien prévenir, il ne faut pas nuancer : c’est oui ou non ; par exemple : je refuse qu’on me traite de « crapule », donc je signe une pétition qui veut faire respecter l’humain.
Si, pour moi (toutes proportions gardées), les histoires sont « prétextes » à développer des pensées et des intuitions et des sensations et des observations de toutes sortes, pour Julien Gracq elles sont un peu prétextes à composer autour d’une très dense sensorialité née de l’observation de la Nature en tous ses états, de ses atmosphères musicales et picturales… À tel point qu’il aurait pu s’en contenter, comme Maeterlinck de ses « serres chaudes » ; au lieu de cela, il a en romancier symboliste fusionné la nature et les éléments à la psychologie d’un lieu, de ses habitants, de ses héros, d’une situation politique fictive.


–  –  –  –


Mon œil m'aide

– Extrait de ma nouvelle : Un Théâtre tenace * –


... Ceci dit, tous les artistes le sont, parano. Léonard de Vinci ne l’était-il pas un peu lorsqu’il conseillait de découvrir dans les taches d’humidité, par exemple, de fantastiques figures ? Salvador Dali, paranoïaque affirmé, utilisa très consciemment ces jeux visuels à la double ou davantage apparence. Si ça se trouve, la métaphore relèverait à un certain niveau – niveau pas plus profond qu’un autre, en définitive – de ce genre de vision ! Pourquoi pas ? La personne qui voit étant une en sa multiplicité.
Se sentant rejetée, et isolée au point de se croire en prison, elle en vint à suivre les conseils du maître italien, et, dans les flous de ses murs menaçants, à découvrir des visages, connus et inconnus. Puis à les peindre sur la vaste fresque de sa vie, fresque théâtrale dont elle était, évidemment, l’héroïne.
À vrai dire, les artistes ne suivent aucun conseil ; c’est spontanément, vitalement, qu’ils voient autre chose. Voient, ou décryptent s’il faut en croire Rorschach : les artistes s’autodécryptent !
Décryptage profond… « Psychologie des profondeurs »… Archétypes ! ...

* 8 mai 2007, extrait de mon recueil de nouvelles : T l i m i a s l o


Réponse à l'article de Danièle Gillemon, paru dans Le Soir en ligne d'aujourd'hui :

L'œil que j'ai lu hier dans le feuillage de la photo reproduite ci-dessus, relève sans doute de ma subjectivité et d'un autodécryptage – comme je l'évoquai il y a deux ans dans ma présente autocitation.
Mais moi, je n'en fais pas tout un dogme. Mon animisme ne concerne que mon propre univers cheminant. Et c'est dans un esprit de CONTE que j'en parle.
L'artiste, qui est resté enfant, a besoin de signes immanents, ces signes fussent-ils par lui-même émis.
Il me revient ici la réponse du Dalaï Lama à la question :
" Transcendance et Immanence s'excluent-elles ? "
La question m'avait intéressée dans la mesure où j'en avais moi-même précédemment écrit, en ces termes-là, mais affirmatifs:
... immanence et transcendance ne s'excluent pas ...
Le Dalaï Lama répondit :
" Les deux conceptions sont authentiques et valables dans la mesure où elles aident des personnes différentes qui ont besoin de croire en l'une ou en l'autre. Ce qui est apparemment différents, dans la pratique peut se traduire par d'immenses bienfaits."
C'était en
1999, le 5 mai exactement, il y a donc dix ans.

Nature, j'ai confiance en toi, plus qu'en la seule Humanité !
N'ai-je pas envoyé la première au secours de la seconde, dans mon titre :

Le fruit d'Éden, c'est une bonté divine
poussée sur un arbre humaniste
au bout d'un souple bras

La réponse bouddhiste mise sur l'Humain : " ... dans
la mesure où elles aident ... "
Dans mes divines visions, mon œil demeure évidemment humain.



M. Th., mis en ligne le 4 mai 2009


*


Hasard et distraction
à l'attention d'une personne qui ne m'a pas comprise
et qui s'est, à tort, sentie blessée

L
orsqu'il m'arrive d'être d'une incohérence imparfaite, c'est que je suis distraite ! Et quand une coïncidence s'en mêle ...
D'où mes pense-bêtes (sur papier) d'artiste. Peut-être devrais-je en écrire davantage (pas ici), à l'instar de je ne sais plus quel violoncelliste qui notait dans l'étui de son instrument : Ne pas oublier de me laver les dents. (Vu à la T.V.). Ou encore comme ce savant qui, après avoir lavé des raisins dans son verre d'eau tout en expliquant à ses voisins de table l'importance pour la santé d'une telle pratique, a eu la distraction de le boire. Si je prends ces exemples, c'est que ce sont les deux qui me viennent pour l'instant à l'esprit. Et l'eau me rappelle celle que Jésus désigne à l'aveugle pour se laver les yeux de la boue guérissante (= mélange de salive et de terre).  

Regard céleste

Tableau de M. Th.
1982,
Regard céleste


M. Th., mis en ligne le 5 mai 2009 à 1 h. 31



*

Certains me disent ne pas mettre leurs "meilleurs" textes en ligne, car de toute façon ils ne sont pas protégés.
Personnellement, tout ce que je publie sur mon site procède du meilleur de moi-même, c'est-à-dire de ma conscience la plus intime, conscience frottée à mes propres épreuves.
Comme je l'écrivais hier soir à une amie, dans mes expressions, je mets toujours ma vie, donc mon cœur, avec son pire et son meilleur, soit avec ses épreuves et ses bonheurs.


M. Th., mis en ligne le 7 mai 2009 à 10 h. 50




*


Meilleurs et Pires
Conscience et Lucidité

– Suite de mon propos d'hier



En juin 1994, je perçus Dieu comme étant une Vaste Conscience, et cette Conscience avait à voir avec un Espace infini.
– J'ai tenté d'exprimer ceci dans ma Postface à mon recueil : Triptyque –.

Depuis longtemps, je dis que "Dieu" est le meilleur de nous-même.
À ce stade survient une question : Dès lors, "Diable" est-il le pire de nous-même ?

Au risque de lasser, car me répétant, je réponds qu'il y a Dieu et Dieu, Diable et Diable.
Je renvoie ici à mes rubriques Extraits et Événements ; je fais plus qu'y évoquer ce sujet – tabou ?

Hier, je parlais d'une conscience frottée aux épreuves, d'un "meilleur" frotté à un "pire".
Si ce pire est luciférien, il relève d'une pensée de Charles Baudouin (qu'ailleurs j'ai déjà citée) :
" Le diable s'est fait psychanalyste ", c'est-à-dire qu'il ne refoule pas la lucidité.
Lucifer, le lucide !
Le lucide qui ouvre la conscience !
Lucidité et Conscience.
Et voici Diable et Dieu en Janus (comme les a dessinés William Blake) :
l'un et l'autre regardent à l'extérieur, ils ne se regardent pas, ils sont une seule et même tête.
Le Tao s'y retrouverait.
Mais la conscience ouvre aussi la lucidité.
L'on me dira qu'elles sont synonymes.
Certes, la prise de conscience est de l'ordre de la lucidité, une lucidité qui concerne le monde.
La conscience telle que je l'ai perçue en 1994, dépasse le monde, car elle est SPATIALE.
Blake a représenté les deux profils (diablin et divin) verticalement. L'on peut aussi les voir horizontalement :
Diable regardant en bas vers le monde et Dieu regardant en haut vers l'espace.
Le point de vue changeant selon leur situation cardinale, on les verra, en définitive et grâce à la 3° dimension, en astre ou en planète tournant – parfois, mais pas toujours ! – autour de la nôtre...

Diable procède des Limites humaines et Dieu procède de l'Infini.

Hier, je disais : Tout ce que j'exprime procède du meilleur de moi-même, c'est-à-dire de ma conscience la plus intime, conscience frottée à mes propres épreuves.
Je scrute le dedans, le tréfonds de ma conscience, et cela avec acuité et concision.
Moins "lucide" qu'introlucide, je mesure mes visions générales à l'aune de mes épreuves particulières...
Et il en éclôt mes pensées...
Ceux qui peut-être les cueillent, réalisent-ils tout mon travail ?

Quelle bonté quand la fleur devient fruit, quand la pensée fructifie !
Mon jardin et mon verger ouvrent ici leurs grilles.


M. Th., mis en ligne le 8 mai 2009 à 16 h. 29



 *


Veille et Âmes
Repentir et Rhinocéros sympathique




à Véronique,
jeune Maman d'Eva,
Ave Eva,

en ce jour de Fête des Mères,



En janvier ou en février 1991, j'ai peint un paysage vu en moi, "dans mes yeux" comme disent les jeunes enfants.
Je l'appelai : L'île magique (150 x 110 cm).
Au fur et à mesure de ma composition, il me semblait (ou il m'apparaissait...) que cet endroit existait quelque part...
Peut-être sur une autre planète...
Il existait en tous cas (ou en tout cas : tantôt j'écris 'tout cas', tantôt 'tous cas') dans mon sentiment de soulagement et d'apaisement éprouvé après la guerre du Koweït – comme je le confiai alors à Gérard qui en écrivit dans le "Pèlerinage aux Pays Intérieurs" sur 26 de mes tableaux, dont celui de l'île en question. (P.S., 30 août 09: pour la genèse de ce "Pèlerinage...", voir en bas de la rubrique: Le peintre).
À l'avant-plan et au milieu, j'avais peint un petit rhinocéros qui enchantait ma fille. Mais je le trouvai ensuite non pas vraiment "anecdotique", pas non plus encombrant, mais vaguement prématuré sur cette île de seuls éléments de commencement ou de recommencement de je ne savais quel monde. D'ailleurs, j'avais donné à un rocher une forme d'éventail qui m'évoquait une sorte de col plissé de dinosaure !
Je n'effaçai pas, ni ne grattai, le rhinocéros vu de profil ; je peignis dessus, le cachant sous une couche épaisse de peinture.
Ainsi, dis-je à Véronique pour la consoler, il est toujours là, il veille !
Potentiellement "sympathique", apparaîtra-t-il un jour, à l'instar des encres de même nom, dans certaines conditions ?
En l'occurrence, une condition rapide : le carbone 14, et une condition très lente : le Temps.
Car, à longue échéance, ce qui a été originellement peint sous les couches définitives peut ressortir, cela s'appelle un "repentir".
Mais je suis incomplète... Par-dessus le rhinocéros, j'avais, dans un deuxième temps, élaboré un buisson de fleurs roses et, à gauche, un ensemble de pierres jaunes
transparentes. Dans le troisième et dernier temps, je les enlevai aussi.
Ces involutions me menèrent au dépouillement érémitique et magique de l'île de mon tableau.

Voici ce que j'en écrivis en 1993, soit plus de deux ans après, racontant un rêve que ma fille en avait alors fait une nuit (de 1991 donc) :

(...) Le tableau gagna en atmosphère.
Un soir, considérant ma toile presque terminée (la terminer ne consistait pas à y ajouter des éléments, mais au contraire à en supprimer peu à peu afin que l'île respirât), je pensais tout haut : Demain, j'enlèverai ces pierres (les jaunes). Elles (...) dispersent l'attention....
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, Véronique me raconta un rêve qu'elle avait fait la nuit. Je l'engagai à l'écrire, ce qu'elle a fait depuis.
Le voici, résumé :
... La mère de sa meilleure amie et moi-même sommes assises sur un rocher de l'île de mon tableau, un des gros rochers polis par la mer, tandis que les deux filles jouent. Soudain, la mienne s'empare des pierres dont j'avais parlé la veille, les jette dans l'eau, au loin... Elle les enlève du tableau comme j'avais dit que je ferais.
À partir d'un tel rêve, l'on pourrait écrire un conte. Pénétrant dans un tableau, l'explorant, le visitant. Y découvrant ce que le peintre a laissé dans l'ombre ou ce qu'il a estompé dans la brume. Y découvrant la troisième dimension, la profondeur, rendue artificiellement par la perspective. Ainsi, en contournant une montagne dont n'est reproduit qu'un versant. Qu'y a-t-il derrière ? Les coulisses de l'artiste ? Son âme s'y promène, tandis que sa main guide le pinceau sur la scène du visible.
Ainsi donc, l'âme de ma fille avait rendu visite à la mienne. Ce fut un bon moment. Nous en parlons encore. (1993)

                                                         


M. Th., mis en ligne le 10 mai 2009 à 13 h. 35


Eva-bain

à cinq semaines
Eva

Eva

à quatre jours
Eva-3

à cinq semaines
           



*


Un mouvant Mandala


Avec la guerre au Koweït, les "actualités" de ce monde interpellèrent donc ma créativité.
Et cela, d'une façon tout à fait consciente.
Les puits de pétrole en feu montrés par la T.V. m'avaient évoqué une fin du monde.
C'est pourquoi,
fin 1990, avant mon Île magique, je peignis " Les Visiteurs du soir ". 
Titre emprunté à Carné et Prévert.
Dans le film, les Visiteurs viennent pour semer le désordre. Mais, dans mon tableau, il s'agit de bénéfiques Visiteurs venus de la Nuit des Espaces pour sauver notre Terre en péril.
Ce tableau m'est cher, car il est un mouvant mandala.

Durant des heures, je pourrais parler de mes peintures, raconter tout ce que je vivais en les réalisant.
Je ne dirai qu'un mot à propos d'une toile peinte au printemps 1994 : Conte, justement...
Un oiseau – une sterne marine – posé à l'avant-plan, y est cinq fois plus grand qu'une femme marchant
au loin, au long de l'horizon.
Sans doute, cette illusion d'optique n'avait-elle rien de nouveau. Mais, chez moi, ce n'était pas un simple jeu de perspective...
Celle-ci avait un sens, un sens très particulier dans mon cheminement... Et là, c'est, comme le dit mon titre, tout un conte !



M. Th., mis en ligne le 11 mai 2009 à 20 h. 42



*


Le livre dont le maître est un(e) enfant
Au tendre matin d'une éternité



... Sa plume hésite... Elle remet en question le pouvoir de son verbe, cette toute-puissance consistant à incarner celui-ci sans demander à ses personnages leur avis.

Ma petite chérie, si je te parle de voies contingentes, me comprendras-tu ? Mais toi, que veux-tu ?

Un personnage adulte développé et formé d'après mon idéal et mon désir, pourra, au fur et à mesure de mon écriture, s'étoffer et  exister presque indépendamment de ma plume. Mais une enfant, qui rêve mieux que moi, de quel droit lui imposerais-je mes aspirations * ?

Éducation ? Dans les livres tels que je les ressens, c'est l'enfance qui éduque. Et, paradoxalement, mon maître, c'est l'enfance qui attend d'être nourrie par mes écrits.

Rêve de plume.
Serait-ce un rêve dont je ne comprends plus l'esprit ?
Rêve, mon esprit, insaisissable époux de mon âme !
Et mon âme se replie, se tapit.

L'écriture ne serait-elle en définitive qu'une idée, un concept, où, quel que soit le nombre de personnages, quelle que soit l'histoire qui leur échoit, quelle que soit la valeur des pensées déduites de cette histoire, l'auteur est solitaire ? ...


(Extrait de mon conte : Au tendre matin d'une éternité – conte que j'ai écrit avec beaucoup d'amour, du 25 juin au 30 décembre 2004)


* Je pensais particulièrement au rêve de ma fille sur mon île magique. Qui peut cerner ou comprendre les influences ou les échanges psychiques ?
Ailleurs et précédemment et différemment, j'ai parlé de circulation d'esprits... Une pointe, un soupçon de surréalisme m'a fait imaginer un agent de cette circulation ! Cocteau ne serait pas loin.



M. Th., mis en ligne le 12 mai 2009 à 16 h. 58



*


Les 7 et 8 mai, j'ai parlé de pire et de meilleur.
Comme, ces derniers temps, me trotte en tête une phrase désabusée de Nietzche, lue il y a des années (à savoir : " Avoir du talent ne suffit pas ; il y faut encore votre permission – n'est-ce pas, mes amis ? "), ce matin je me suis enfin décidée à reprendre le livre où elle figure : " Par delà le bien et le mal ".
Le feuilletant, j'y ai retrouvé des pensées que j'avais alors cochées. En voici deux. La première parce qu'elle concerne la sexualité sur laquelle s'est ouverte ma présente rubrique ; la seconde, car elle évoque le bien et le mal.

" Le christianisme a fait boire du poison à Éros : il n'en est pas mort, mais il est devenu vicieux ".
" Les grandes époques de notre vie sont celles où nous avons enfin le courage d'appeler le mal qui nous habite la meilleure part de nous-mêmes. "

Car le mal, nous pouvons alchimiquement le transformer en bien ; là réside la véritable sainteté. Faire de nos tares, des vertus – disait Ch. Baudouin. Encore faut-il se connaître soi-même...


Le
5 mai 1999, lors de sa conférence, le Dalaï Lama dit ceci, que je notai alors sur le vif :

" Bien et Mal ne sont pas des principes absolus : mais le bien et le mal que cela fait. Ne pas nuire à autrui par nos actes et nos pensées. "
De la souffrance, il dit qu'il y en a deux sortes :
" La souffrance fabriquée = le résultat de la haine. Et la souffrance inéluctable = la maladie, la vieillesse, la mort. "
Il ajouta :
" Ne pas les refouler, sinon on ne pourra pas leur faire face, et on souffrira davantage. "

Ne pas les refouler : c'est ce que prône la Psy.
La haine dont parlait le Dalaï Lama, relève de la Psychologie. Elle est fondalement "fabriquée" par les frustrations.
L
a psychologie individuelle ou particulière esquisse la psychologie sociale ou générale.
Et, à la fois, elle peut être par celle-ci exacerbée ou apaisée.
Il me revient ici l'heureuse formulation de Blaise Cendrars, que j'ai déjà ailleurs citée, tant elle m'avait, dans ma jeunesse, interpellée :
" L'Homme fait le milieu, et le milieu fait l'Homme à son tour ".


Si les frustrations font partie des épreuves, les épreuves ne sont pas nécessairement frustrations.
En été 1999, j'écrivais dans mon dialogue imaginaire Les paliers aériens, lequel suivait ma portée d'exil :


Elle : (...) Cette pensée m'est une balise pour ne pas errer. Ceci dit, se perdre est aussi précieux, car alors vient l'ange. L'ange arriva, et nous sauva.

Lui : Et le diable...

Elle : Le diable ?

Lui : Le tentateur...

Elle : Celui qui proposa à Jésus de changer en pains les pierres...

Lui : Or, ensuite, Jésus les multiplia...

Elle : Et il identifia le pain à son corps...

Lui : Ne serait-ce pas le diable qui lui apprit ces tours ?

Elle : Ces miracles, tu veux dire. En fait, la tentation à laquelle il n'a pas succombé est celle de la précipitation, de la hâte. Son heure n'était pas encore venue.

Lui : L'heure des miracles ?

Elle : Tentation... La Bible ne parle pas de tentation, mais de mise à l'épreuve...

Lui : Il y aurait diable et diable... Ce tentateur-là serait Dieu qui met à l'épreuve son fils bien aimé ?

Elle : C'est après son baptême, quand l'Esprit est descendu sur lui, que Jésus est tenté, je veux dire mis à l'épreuve... "Une voix vint des cieux : Tu es mon fils, l'aimé dont je suis content. Et aussitôt l'Esprit le pousse au désert, où il fut mis à l'épreuve de Satan..."

Lui : "Jésus, plein de l'Esprit saint, s'en retourna du Jourdain et, mené par l'Esprit à travers le désert, il y fut mis à l'épreuve du diable pendant quarante jours..."

Elle : En quarantaine ? Comme moi...

Lui : Toi ?

Elle : Voilà ma déprime.

Lui : Ta paranoïa !

Elle : Quelle importance, finalement. L'essentiel est d'écrire.

Lui : Quel livre attends-tu d'écrire ? Une Bible ?!

Elle : Si Jésus revenait, il ne mourrait plus sur la croix, car, à présent, ce sont les femmes qui écrivent la Bible.

Lui : N'oubliez pas l'Esprit vertical !

Elle : Reconnaître les métamorphoses de l'Esprit...

Lui : Tu veux répéter cette phrase ?

Elle : Reconnaître les métamorphoses de l'Esprit. Cette phrase contient toute ma vie.

Lui : Tu devrais écrire des traités philosophiques. On te suivrait mieux.

Elle : Au fond, au fond du fond, ce ne sont pas les idées qui sont suivies. Les idées suivent un lent et silencieux mouvement qu'on nomme évolution. La méditation l'entrevoit, le décèle sous tant de remous. La créativité est une méditation. C'est ainsi que je conçois l'écriture. Créer, c'est méditer. Et beaucoup méditer, c'est se consumer. Parfois, je me sens "sèche": c'est que j'ai trop brûlé... Alors, je craque.

Lui : Sèche et craquante, c'est bien ! Tu m'as toujours fait craquer.

Elle : Pourquoi es-tu parti, alors ?

Lui : Pour te mettre à l'épreuve.

Elle : As-tu lu les poèmes que je t'ai envoyés ?

Lui : Quand ?

Elle : Il y a longtemps.

Lui : Auxquels tu penses en me posant cette question ?

Elle : À deux vers...

Lui : Dis-les...

Elle: Je n'y arrive pas. Une pudeur...

Lui : Écris-les, alors...

Elle : Je vais essayer de les dire sans pleurer... Je Te suivrai / en Tes métamorphoses...

Lui : Qui suis-tu ? Pour toi, je ne suis qu'une forme ?

Elle : Tu ne comprends pas ! Jésus n'aurait été qu'une forme ? Moi aussi ne suis qu'un avatar. Ne le sommes-nous pas tous? "L'Esprit saint descendit sur lui sous un aspect corporel comme de colombe..."... Comme de colombe !

Lui : Les formes... J'ai aimé ton corps. Résister à la tentation peut parfois être y succomber.

Elle : Oui, l'on résiste alors à d'autres formes, celles d'une pensée sclérosante et figée. L'Esprit anime.

Lui : Il te met pourtant à l'épreuve sur ce grabat de déprime et d'angoisse.

Elle : Dans quarante jours, je me relèverai.

Lui : Tu es déjà debout. Ne m'enlève pas ce pouvoir.

Elle : Et toi, tu n'as plus l'air malheureux.

Lui : Qui suis-tu ? Tu le sais ?

Elle : Toi aussi, tu suis. Nous suivons tous, nous poursuivons, continuons, sans remplacer.

Lui : Perpétuelle résurrection ? En ce moment, l'on conteste la résurrection de Jésus.

Elle : L'on s'attarde à la forme. Mais nous Le suivons dans Sa métamorphose.

Lui : Qui ?

Elle : Il nous enlèvera, nous ravira, dans une vaste pensée ailée. Et nous aurons des ailes.

Lui : Des images ! Ce sont des images !

Elle : Ce n'est pas par hasard que tel imaginaire nous anime à tel moment : il est métaphore d'une étape dans notre cheminement spirituel.

Lui : L'on en revient à l'éternelle question : Où, vers où, allons-nous ?

Elle : Éternelle... La réponse est dans l'adjectif.



Ma conscience m'a dit et me dit :
Lève-toi, et parle aussi
sur la métamorphose qu'est Internet





M. Th., mis en ligne le 13 mai 2009, début d'après-midi



*


Ponts



Il est aujourd'hui question – mais, en fait, il en est toujours question – de boulimie et d'anorexie.
À propos de la seconde, voici une autocitation :


Aimée : Nous avons voyagé, et vu les foules anonymes du monde affamé. La tête m'en tourne encore, comme tourne la Terre. Comment s'appellent ces mères et ces enfants qu'aucun qualificatif de maigreur ne peut humainement décrire ? De retour, nous avons revu les sans-abri qui ont perdu leurs noms comme il m'est arrivé de le faire, et rencontré des gens malades qui ne voulaient plus se nourrir. Alors, l'idée me vint de jeter un pont entre eux et le monde que l'on dit tiers. Je pensais : peut-être les anorexiques sont-ils en empathie avec les affamés ? Leur chagrin pourrait les ouvrir à une souffrance moins personnelle, plus grande. (...) Depuis, nous relions pays et continents. Les mains reçoivent ce qu'elles donnent.

Sonia : Les mains reçoivent, car elles donnent. Ceux qui ont prodigué leurs larmes ont comblé le lit sec des rivières. Je vous le dis : ces enfants prodigues riront dans les bras du Jour.


(Extrait de ma pièce : Le Mystère de Sonia D'Ombrelaine, parue en mars 2000)



M. Th., mis en ligne le 16 mai 2009 à 15 h. 40



*


À l'épreuve de mes sources
Un rocher d'Horeb


à Tomo,
en remerciement pour ses traductions,


En 1979, je peignais : Le rocher d'Horeb.
Tableau reproduit en mars 2004 sur la couverture de mon recueil : Plein cintre d'arc-en-ciel.

Avant mon séjour à Sarajevo en mai 2004, où, grâce à mon mari Gérard Adam, j'étais invitée dans le cadre de journées poétiques internationales, notre ami poète Tomo, Tomislav Dretar, m'a fait l'honneur de traduire de larges extraits de ce recueil.
Sur sa recommandation, je les offris là-bas, ainsi que mon recueil en français.
J'y visitai aussi le Centre André Malraux afin de faire sa connaissance ; j'y fus bien écoutée et reçue.


J'aimerais dire ici un mot sur mon fameux tableau...

L'eau jaillie du rocher frappé, au désert, par Moïse, y est une généreuse cascade.
Une forme de femme se détache de la pesanteur de cette chute joyeuse.
Ses bras enlacent une lumière solaire, laquelle se fait arc-en-ciel pour auréoler son front, son acceptation, sa conscience.
Aquatique, sa chevelure ne tombe pas en flots raidis par l'attraction terrestre. Elle est le sillage de son humble volonté.
Cette femme d'eau, c'est moi, c'était moi en 1979, quatre ans après ma chute en vélo en 1975.
Chute résultant non pas de mon imprudence, mais d'un facteur extérieur : quelque chose s'était, à mon insu, pris dans la roue arrière.
Comme je descendais rapidement la forte pente d'une avenue, je fus propulsée violemment vers l'avant, par-dessus mon guidon. Tout cela s'était passé très vite. Je n'en eus pas conscience. Inanimée, j'émergeai cependant un bref instant durant lequel je me vis assise sur l'asphalte, du sang dégoulinant de ma figure sur ma robe. Puis, une ambulance m'emporta.

Courte amnésie, légère commotion cérébrale.
Ma perte momentanée de mémoire m'a permis d'écrire sur l'effort de concentration volontaire à faire, au profond de sa tête, pour sortir de l'oubli. De son propre oubli.
Comme dans mon tableau, en tombant j'avais eu le réflexe de mettre mes bras en avant, car mes coudes étaient aussi écorchés.

Quant au coup du bâton de Moïse sur le roc, il a aussi son histoire, évidemment liée à ceci.

La chute mène au sommet, ai-je écrit en juin 1994 (voir mon Triptyque).


Au-dessus du vide,
à un doigt du sommet d'un rocher
devenu montagne,
une cascade suspend son envol
afin de plus lentement dispenser
le fil soyeux
d'une rivière

À moins qu'elle ne le tire
et l'extraie
de l'abîme



M. Th., mis en ligne le 17 mai 2009 à 14 h. 34



*


Le ménage, une source de philosophie



Un jour, on m'a dit qu'un premier échelon manque souvent à mes livres.
Peut-être compensé-je ainsi les livres qui n'ont que ce degré-là ?
Voici donc, plus bas encore, le "plancher des vaches", celui à épousseter dans un esprit très Zen...

J'aime passer un Swiffer sur mon parquet vitrifié ; ça glisse bien, c'est facile.
Dernièrement, tout en swiffant, j'ai pensé ceci – une sorte de "pub." lucide quant à l'existence :

Philosophe,
si je ne brasse pas des affaires
je brasse des poussières !

Ensuite, l'on peut "s'envoyer en l'air", d'autant plus que c'est aujourd'hui l'Ascension !

Qui ose aimer / mes basphèmes bénis ? *


* 2001, extrait de mes Variations pour songe sur un insaisissable Absolu


 
M. Th., mis en ligne le 21 mai 2009 à 12 h. 39



*


Hommage à une Chère Sœur


Durant les trois premières années de mes Humanités au pensionnat, bien que devenue bonne élève jusqu'à me retrouver "1° de classe", je ne reçus jamais la "Carte d'honneur".

Cette carte récompensait, chaque mois, les filles "disciplinées".

Environ 120 fois en tout, soit une quarantaine par année scolaire, le moment de la remise de ce blanc carton m'a vue d'abord confiante et pleine d'espoir, ensuite frustrée et dubitative.

Pourquoi ne la méritais-je pas ?! (Le point d'exclamation est de révolte).

Le moindre bavardage dans les rangs suffisait pour ne pas être ainsi honorée
.

Or, moi, modèle de sérieux dans le domaine des seules études, ailleurs et au dehors je pépiais.

Les autres aussi, mais, les rouées, elles guettaient les manœuvres de la Sœur surveillante...

Regardant apparemment d'un côté, celle-ci pouvait soudain
se retourner pour surprendre les invétérées bavardes.

Celles, donc, qui recevaient fièrement ce papier honorifique, ne se faisaient jamais prendre en flagrant délit de désobéissance à ce silence qui constituait certes une tout à fait défendable transition entre récréation et reprise des cours.

Outre ma franchise et mon honnêteté, plusieurs raisons auraient pourtant pu me rendre digne d'être ainsi récompensée. Je n'en citerai qu'une...

La Chère Sœur Léopold (ainsi appelait-on là-bas les religieuses, à l'exception de la Mère supérieure), dont j'ai parlé à la page 27 de ma portée d'exil à propos du tilleul chaud qu'elle m'avait offert un soir après une de mes crises de somnambulisme, n'était pas seulement surveillante au dortoir : elle était musicienne.

Une année, elle entreprit de nous donner un cours de chant ; je ne sais pourquoi il cessa.

Toujours est-il qu'elle nous fit chanter un extrait de la "Flûte enchantée", le duo entre Pamina et Papageno.

Dans ma classe, une élève chantait atrocement faux. La Chère Sœur la plaça à côté de moi, car, disait-elle, je chantais juste et bien. Ceci afin d'entraîner par mon exemple cette fille que les fées n'avaient malheureusement pas dotée de ce talent – sans doute en avait-elle d'autres.

Quand je repense à ce temps, je plains toujours, sous la religieuse, la femme étouffée.


M. Th., mis en ligne le 22 mai 2009 à 11 h. 15



*


Mon premier idéal amoureux


Toutes les trois semaines, je rentrais du pensionnat à la maison pour le week-end.

Mes parents m'emmenèrent une fois au cinéma, voir "Les Canons de Navarone".

Gregory Peck !

L'acteur m'avait tant émue que je fis son portrait – à la maison bien sûr, car en pension la censure sévissait ; j'en donnerai un de ces jours sur mon site un exemple sidérant.

D'après une photo reproduite dans un journal, je dessinai donc, au crayon noir, le beau et viril visage.

Ce fut mon premier portrait. Ceux qui allaient suivre ne seraient plus d'après photo, mais d'après nature.

Quant à mes autoportraits, comme je l'ai confié ailleurs (notamment dans mes Verbes-Oriflammes), je m'y essayai plus tôt, à la fin de mon école primaire. Mais, un crayon dans la main droite et un miroir trop petit dans la gauche, je manquais de recul.

Ce soir-là, dessinant Gregory tout en écoutant à la radio "Luxembourg anglais" - London W 1, je sentais mon ventre agréablement parcouru d'ondes amoureuses.

Art et Amour !



M. Th., mis en ligne le 22 mai 2009 à 14 h. 56



*


Trêve de mauvais souvenirs ...


Trêve de mauvais souvenirs (même s'ils ne doivent pas être oubliés, donc trêve momentanée) d'une censure aberrante! rappelons-nous le bon temps où nous chantions.

Après le pensionnat, de retour chez mes parents, il m'arrivait de chanter longtemps, seule dans ma chambre. Des chants appris en pension ou à l'un ou l'autre camp de vacances. Et des chansons entendues à la radio, plus "osées".

J'ai longtemps chanté, inventant même airs ou mélopées.



23 mai 2009 : Eva a deux mois !


Eva + Monique

Monique et Eva chantant, 19 mai 2009

Photo prise par Véronique



M. Th., mis en ligne le 23 mai 2009 à 16 h. 45



Rappel : La rubrique "Mélange" est la suite de la rubrique Extraits.
 

*

Muse, mais pas muselée


Il en est qui sont... mus par la volonté de faire mieux et plus fort que d'autres. C'est la compétition.
Ce qui moi m'anime, c'est le désir de faire mieux que moi-même, soit de me perfectionner en profondeur : selon mon cheminement propre.
Je ne fais pas "comme" l'un ou l'autre, mais comme je le ressens, selon mon intérieure nécessité, ma question impérieuse.
Et lorsque je fais comme (Paul Valéry, par exemple), je le dis.

La muse
émeut les mus
Jeu de mots qui l'amuse
Ha  He  Hi  Ho Hu


M. Th., mis en ligne le 25 mai 2009 à 14 h. 51


*


Huitième pléiade,
mon âme filigrane
mes écrits
Oh oui !

M. Th., mis en ligne le 26 mai 2009 à 10 h.

*


Nacre


En 1994, j'écrivais : Le Rêve de Nacre (partie de mon recueil : Triptyque, qui fut sélectionnée au Prix Sapriphage en 1995 ou 96 – poèmes que j'avais envoyés anonymement).

En 2008, j'écris : Le Sceau de Nacre (partie de mon roman : Le fruit d'Éden, ...).

Nacrée est le nom d'une des collections de mes Autoéditions M o n é v e i L.


Le Rêve de Nacre, 1994 – extraits :


D'un noir mat plus noir que noir
un char massif survient au jour blanc de mon rêve
et dans le réel
Enfantins et incultes des hommes rient
ignorent la menace ...

... Mais l'or est rougi du sang des dieux ...

...

Triomphe de la Nuit
Je bascule dans le rêve de nacre

Chute la plus noble
la plus libre qui soit

Je tombe en connaissance

...


Ce matin du 27 mai 2009, je me réveille en comparant certains hasards à de l'artillerie lourde !
Impossible de se boucher les oreilles.
Trois faits se succèdent, sans être liés.
Mais leur succession prend soudain un sens, devient un signe qui inquiète ma conscience.
Ma connaissance.
Ces trois points pourraient constituer le point de départ d'un écrit :

1. Je passe devant une église en réfection et la froide humidité qui s'en dégage m'étreint.
2. Je traverse une rue perpendiculaire où j'entrevois deux policiers contrôlant un homme.
Cette image suscite en mon esprit un bref et violent scénario. Je me sens mal à l'aise.
3. Quelques mètres plus loin, je trébuche sur des pavés inégaux, tombe durement en avant, m'écorche un coude et les genoux, et me retrouve par terre à 3/4 couchée sur le dos, d'abord inconsciente sous le choc – bien que ma tête n'ait pas cogné le trottoir. Impossible de me relever. Gérard qui m'accompagnait et un passant me portent et m'aident à m'asseoir sur le seuil d'un magasin. Là, j'éclate en sanglots, et repense à ma chute de 1975, que j'ai racontée ici (le 17 mai). Je n'ai rien de cassé. Mes os sont solides.

Ceci m'est arrivé il y a trois jours, le dimanche 24 mai.
Depuis, je suis courbaturée comme si l'on m'avait rouée de coups.
Le temps des élections pourrait peut-être aussi servir à refaire quelques inconfortables (c'est un euphémisme) trottoirs, et cela dans des communes moins riches que d'autres.
Une entraide entre communes bruxelloises : la capitale montrerait l'exemple au pays.
Ma chute aurait servi.


M. Th., mis en ligne le 27 mai 2009 à 12 h. 43


P. S., 4 juin 09 : Un coin traître. Il y a trois jours, je suis retournée sur les lieux de ma chute. En fait, les pavés n'y sont pas inégaux. Plat, le trottoir s'y incline soudain en une pente imprévisible, sur une distance d'environ un mètre avant le bord d'une rue à traverser (c'est un coin). Comment ma vigilance a-t-elle pu perdre les pédales ?

M. Th., mis en ligne le 4 juin 2009
à 10 h. 38


*

Au verso, un chat retombe sur ses pattes
 Au recto, un assassinat
“ Murder in the Cathedral ”, de T.-S. Eliot


A
u début de ma rubrique Extraits, j'ai parlé d'un chat endormi dans ma classe, que j'avais dessiné sur une page de mon cahier "Atoma". C'était
à la fin de mes humanités. Au recto de ce croquis, un exercice de traduction anglaise commençait par ces mots que j'avais tracés à l'encre bleue :


" Historical background : Thomas Beckett (sic) was a friend of King Henri II of England... "

Nous n'avions alors pas dû lire la pièce d'Eliot.


Vers 2004, comment l'idée m'est-elle venue de la lire enfin ? Je ne sais plus.
Toujours est-il que je la relus en un jour, le 3 janvier 2007, et que j'en notai ceci :


3 janvier 2007 
:

J’ai relu “ Meurtre dans la cathédrale ”. Je l’avais lu une 1° fois il y a 2 ou 3 ans, je ne sais plus, mais ne m’étais alors pas sentie interpellée. Lecture très intéressante quant à la séparation (que veut Thomas) de l’Église et de l’État. Mais le propos dépasse la seule religion, catholique en l’occurrence.

Quelques citations m'ont paru essentielles :

– “ Quelle réconciliation de ces deux hommes orgueilleux ? (le Roi et l’Archevêque) Quelle paix peut s’établir entre l’enclume et le marteau ? (…) Le mur d’orgueil abattu qui les séparait ? ” :
Thomas ne veut plus de ce jeu, de cette lutte de pouvoirs.

– “ La paix, mais pas le baiser de paix ”.

– “ Ce n’est donc que dans nos mystères chrétiens que nous pouvons nous réjouir et nous lamenter à la fois et pour la même raison ” :
En fait, il s’agit de l’allégorie chrétienne d’un mystère naturel.
 
– “ L’espèce humaine ne peut pas supporter beaucoup de réalité ” :
C’est juste, elle a besoin du Songe ! et le songe n’est pas un jeu d’autruche ! à bon entendeur, salut ! la réalité du songe étant un autre niveau de LA réalité ! niveau du songe, niveau du réel...

–  “ Je ne veux pas que la maison de la prière (…) devienne une forteresse ! ” :
Un clin d'œil à Victor Hugo ?

– “ Ouvrez la porte ! ”

– “ Et comme avec le temps les résultats de mille actions se mêlent, / Ainsi se confondent enfin le bien et le mal ” :
“ Par-delà le Bien et le Mal ” ?

– “ … dès qu’une idée a été transférée de son état pur afin de devenir compréhensible à l’intelligence moyenne, elle a perdu contact avec l’art ”…


!

M. Th., mis en ligne le 27 mai 2009 à 15 h. 09


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Quel M ?


Eliot

1963 – Recto (fragment) de mon croquis de chat reproduit dans Extraits.


C'est ultérieurement, sans doute à la fin de l'année scolaire, que je gribouillai au bic rouge sur cette page.
Ce gribouillage me rappelle mes hésitations d'alors quant au tracé de mes M majuscules.
Mon M de "Murder" n'est pas mon M de mon prénom en rouge.
Je regrette d'avoir finalement opté pour un M majuscule qui est en fait un m minuscule agrandi.
L'autre M était plus... adulte.

Ci-dessous, un de mes croquis faits en classe – tout en écoutant le professeur.
Une condisciple y pointait un stylo distrait.


Claire

Claire V., 12 mai 1964



M. Th., mis en ligne le 28 mai 2009 à 17 h. 28

*


Ne pas confondre le M de Marâtre
et le M de Mère ...

... Quoi que la psy. ait pu dire à propos
de la "bonne mère" et de la "mauvaise mère",
lesquelles sont des projections nécessaires
à l'enfant
– l'enfant qui vit dans un milieu sain,
l'enfant victime relevant d'un autre débat –



... Je pleurais en marchant. J'ai échoué dans la ville de Vanessa... Une ville ou une autre... L'errance les uniformise !
Tu es bien amère.
Mais mon eau est douce. C'est la marâtre qui est non potable !
Marâtre ? De qui parles-tu ?
De l'Histoire, pardi ! ... (1)


Il y a bien des années, j'ai évoqué (dans des inédits), en plus des inconscients connus (si je puis dire) – l'inconscient individuel, l'inconscient collectif ... –, un inconscient historique.
Je n'ai, cette fois, pas l'intention de copier/coller ici mes réflexions d'alors ; je supposerai seulement, reprenant à nouveau l'idée mouvante de Valéry, qu'une cohérence parfaite m'anime, au point qu'une boucle pourrait s'en trouver bouclée.
Et après ?!
Vivons-nous dans un monde bouclé, je veux dire : plein de boucles ?
En voilà un tableau conceptuel.
Un monde qui ressasse les courbes de ses vagues imbuvables.
Et, pourtant, les recommence !
C'est toujours la mer – je veux dire : une mer – à boire !


C'était la mer à boire !
J'ai conscience du monde (2)

Quand je parle à l'imparfait,
c'est souvent du futur (3)


En attendant ...
Vive le conte !
Ou la légende ?
Quelle différence y a-t-il entre conte et légende ?
Le conte transposerait symboliquement des histoires personnelles, leur donnerait ainsi une dimension universelle.
– Mais, comme je me le suis ailleurs déjà demandé, qui a commencé : le Symbole ou l'Homme ? Allons, tout est dans tout.
La légende transposerait L'Histoire.
Et quand se rencontrent ou se mêlent la petite histoire et la grande ?
Trêve des genres et des cloisonnements ! demeurons ENTRE (4).



(1) Automne 2006, Entre deux Pays, entre deux LisièresMon beau Cygne perlé
(2) 2004, L'infrangible vision
(3) 2004, La source est mère d'océan
(4) Voir aussi : L'Entre
Mon beau Cygne perlé


M. Th., mis en ligne le 29 mai 2009 à 12 h. 50


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Historique épreuve ou Épreuve historique


... Lorsque se rencontrent la légende et le conte, c'est le Petit Poucet ou la Petite Poucette affrontant, comme épreuve du "vaste monde", la bataille ou la guerre !


M. Th., mis en ligne le 29 mai 2009 à 14 h. 11


–  –  –  –  –  –  –  –


Et voici que me revient un de mes poèmes ...

L'Enfant doit naître
en sa majuscule cursive
Aujourd'hui
réconciliée avec mon alphabet
je Te reçois
au point englobant où l'expression est une *

* 1997, Plein cintre d'arc-en-ciel


Ah! bonne mère ! me courir après commence à M'ennuyer !



M. Th., mis en ligne le 29 mai 2009 à 18 h. 29


Éveil
M. Th., 2008

*




L'âme rare



30 mai 2009, 21 h. 14 : Concours Reine Élisabeth :

Il y a longtemps que le Concerto de Tchaïkovski ne m'a émue à ce point. Le violoniste russe, avant-dernier lauréat, que l'on entend et voit en ce moment sur les ondes, joue sur son âme. Voici une tout intérieure et fine sensibilité. Comment sera-t-elle reçue ?



M. Th., mis en ligne le 30 mai 2009 à 21 h. 22

31 mai 09 :

Oui, hier soir, il m'est apparu que Tchaïkovski se serait senti compris par Nikita Borisoglebsky. Par-delà la musique.

M. Th., mis en ligne le 31 mai 2009, soir




*


Monique Thomassettie,
bouffonne malgré elle


à Paul Valéry,
toute ma solidarité


Dans le mensuel "Nos lettres" de juin-juillet 2009, périodique de l'A.E.B. (Association des écrivains belges de langue française), l'ami Émile Kesteman estime que je "pense n'importe quoi". (Remarquez qu'il n'a pas dit : n'importe comment. Là, il m'aurait déçue).
N'est-ce pas ce qui est reproché aux clairvoyants bouffons ?

Cher Émile
, tu me conseilles "une méthode rigoureuse"...
Tu vois, aux jardins tracés rigoureusement (je ne dis pas que Descartes était jardinier), j'ai toujours préféré le désordre apparent des jardins anglais.
Pourtant, Paul Valéry était français.

P. S. : Censure ? Il y a deux ans, je n'avais pas relevé une autre critique de Émile à propos de mon roman Le fruit d'Éden, c'est une bonté divine poussée sur un arbre humaniste au bout d'un souple bras. Il y disait d'abord ne pouvoir participer à ma "jubilation", à ma joie d'écrire, car "il y a (sa) formation classique et philosophique, ainsi que certaines exigences imposées par (sa) solidarité avec le monde intellectuel et littéraire ambiant." En quoi consistait exactement la
solidarité d'Émile avec ce monde-là ?
Dans mon roman, je moque puis comprends d'imaginaires fonctionnements éditoriaux et journalistiques. Je me suis beaucoup amusée à trouver des noms dignes de caricatures de Daumier. Émile aurait-il reconnu dans ceux-là de mes personnages un fonctionnement réel ? Fonctionnement qu'il se refuserait de voir ?
(...)
Une chose chez moi me semble irriter Gérard et d'autres... Si je devais la peindre, elle aurait l'expression du visage de Voltaire sculpté par Houdon. À la fin de mes humanités, ce visage reproduit dans un livre de littérature me plaisait : j'en étais amoureuse... comme un Narcisse face à son (futur) miroir ! Mais l'école que je fréquentais se contenta de le nommer sans s'y attarder. Par contre, je fus gavée de Bossuet
; dès lors, j'en suis quelque part pétrie.



 M. Th., mis en ligne le 3 juin 2009, 13 h. 45
P. S.: 12 septembre 2011, 10 h. 58

 
*


À Obama

le rappel de mon texte écrit pour la revue
"Marginales" N° 272 – Hiver 2008,
sur le thème proposé par Jacques De Decker :
" RECONSTRUIRE LA BARACK "



« Obama est un poète »

(entendu sur Arte le soir du 4 novembre 2008)

Le 21° siècle sera conscient, ou ne sera pas



La pensée qui sous-tend mon énergie et ma volonté s’inspire de celle, fameuse, d’André Malraux :

« Le 21° siècle sera spirituel, ou ne sera pas ».
Le 21° siècle sera conscient, ou ne sera pas…

Au carrefour des différences, une Conscience se lève.
Et entre des extrêmes menaçants – dont la Nature perturbée fait partie –, cette conscience aiguise sa vigilance.

Puissent les esprits qui ne sont plus de ce monde, qui sur celui-ci se disputaient et s’entre-déchiraient, puissent-ils, enfin réconciliés dans le recul d’une juste et essentielle vision, m’inspirer et m’aider à assumer ma tâche nouvelle.

Certes lourde, ma responsabilité, en s’ouvrant et rayonnant, s’ailera, prendra des ailes.

Mon chant tentera de répondre à celui, multiple et varié, de toutes les voix qui m’ont élu et de toutes les voix qui ne m’ont pas élu.

Pour l’heure, tout en me préparant pratiquement à la présidence, il me faut ménager un temps de méditation où rester relié à mes idéaux.

Je sais combien la matérialité peut brouiller les pistes, peut dédaliser ; c’est la complexité de notre condition, mais c’en est aussi la richesse.

Je ne serai pas un Icare, fuyant d’inextricables problèmes ; je les éclairerai dans la mesure de mon possible soleil, soleil nichant à l’intelligence de mon cœur.



Pensée imaginée d’Obama,
après la tant espérée nouvelle de son élection

Monique Thomassettie
Le 5 novembre 2008, 11 et 17 h.


–  –  –  –  –  –  –  –

Et ma réaction à l'article d'Amélie Nothomb
dont je partage l'admiration pour le courageux Président
qui, sur son cœur, prend le monde


"Le Soir" en ligne du 10 avril 2009 :

[
3] graine
dit le 10/04/2009, 14:50
vote : tout négatif (rouge)
Épreuve et dignité. Je pense que chacun fait ce qu'il peut, en un temps et en un lieu qui lui sont donnés, ceux-ci l'ayant élu. Ici – en Belgique et en France –, les élus sont manifestement dépassés. Là, aux États-Unis d'Amérique, une conscience s'est levée en la personne de Barack Obama. Cette conscience a solidement mûri au long de longues oppressions, d'épreuves que les Français et les Belges n'ont pas connues – ou du moins pas de cette façon. L'esclave et le forçat innocent et durement persécuté qu'est le personnage de Victor Hugo : Jean Valjean, au fil du temps est devenu un digne sage. Un sage à la folle espérance. La dignité finit toujours par pousser et fleurir sur un terrain profond d'épreuve répétée et collective. Obama l'incarne. Tandis que Sarkozy n'est que lui-même. Monique Thomassettie

[5] graine

dit le 11/04/2009, 11:34
Je pense, disais-je. Je pense, et mes détracteurs voient rouge ! L'on dirait un code de la route : le rouge, c'est non ; le vert, c'est oui. Dommage, car j'aime le rouge. Aussi, vais-je chercher cette ardente couleur dans la royale Nature, là où ces deux couleurs s'entremêlent, feuilles et fleurs. Ségolène, qui est une femme, m'approuverait. Mais mon propos d'hier n'était pas "politique" au sens étroit* du terme. Il était, mais oui, hugolien. Essayer de comprendre, n'est-ce pas ce à quoi tend tout véritable écrivain. Monique Thomassettie


* P. S., 5 juin 09 – Par : étroit, j'entendais : fermé. 



 M. Th., mis en ligne le 5 juin 2009, 21 h. 54
 


*




Globe

Tableau de M. Th.
1985, Le globe


Plus vieille que le monde
une Mère le porte



M. Th., mis en ligne le 6 juin 2009, 10 h. 43



*


"La Rose blanche"


Les roses blanches déposées hier à la mémoire de la Shoah me rappellent un mouvement de jeunes résistant(e)s allemand(e)s nommé "La Rose blanche", en hommage à un poème de F. G. Lorca.

En 2001, la Maison du Livre de Saint-Gilles, à Bruxelles, organisa une exposition
sur la résistance allemande.
Ainsi, l'occasion me fut-elle donnée d'être davantage informée.

Ayant été, avec d'autres écrivains, invitée à donner un texte, j'avais composé un poème à partir d'une de mes répliques de ma pièce de théâtre : Parfondor, pièce empathique publiée en 2000 (dans : Foyer) :
Il y avait des fleurs, et je n'avais pas peur (...)

À l'ombre de la mémoire de ces jeunes sacrifié(e)s, brille une (autre ?) rose blanche...


M. Th., mis en ligne le 6 juin 2009, 19 h. 04



*


Le retour

Tableau de M. Th.
1995, Le retour




Lent retour au visible
d'une foule appuyée contre la brise
en marche mesurée
Les fronts ceints d'une couronne
de "fines fleurs de charité"
Il leur fallait quitter les brumes
Les pieds posés sur l'eau d'argent

Au creux de grandes feuilles ruissellent
émeraudes et rubis
Un peuple à l'horizon
vibre dans la lumière

Royal en ses foulées *



* 1995, Du matin frangé de roses – Triptyque


–  –  –


... En rebroussant chemin, coupons-nous l'allée ? Qui le sait ? Lui le fait, se retrouve face à l'horizon marin où par intermittence vibre une lueur de foules. Ils sont légion à marcher sur les flots sans néanmoins quitter le lointain.
Quand la vision disparaît, une brise se lève, apportant les bribes d'un chant, les voix d'un chœur fin et léger...*


* 2003, La Musique promise



–  –  –


La ronde des âme

Mai 2008, page 88 de mon recueil : À l'entrelacement de ma Tempérance
L'âme, au risque de l'accidentel


À ce stade de mon recueil, j’invite à voir ou à revoir, comme je viens de le faire après avoir écrit le poème de la page 87 (ceci afin de vérifier la justesse de ma mémoire), l’illustration par Gustave Doré de la « rose blanche » du paradis de « La Divine Comédie » de Dante.

Pour ma part, je l’appelle : La ronde des âmes !

Au milieu et en bas, telle une tige ou tel un tronc reliant à la Terre, contraste une dualité unifiée : le poète réconcilié en soi avec son existence bafouée, révoltée, exilée.

Ronde et communion des âmes par-delà et à travers lieux et temps… Inspirée par celle de Dante, la vision de Doré rejoint mes propres intuitions :


La poésie n’est pas
impitoyable faux
qui garderait l’essence
niant l’existence
sans laquelle la première
ne peut se révéler *



* Voir mon Chant final dans : Mon beau Cygne perlé


M. Th., mis en ligne le 8 juin 2009



*   *   *


Histoires de dragon


Véro clown

1984, Véronique
souplement masquée au Parc de Bruxelles


En 1983 ou 84, lorsque Véronique était en 1° ou en 2° école gardienne ou maternelle, elle avait donc 3 ou 4 ans, l'institutrice fit bricoler par chaque enfant un sympathique petit dragon vert aux yeux rouges, articulé. L'animal fabuleux ainsi réhabilité, égaya longtemps la chambre de ma fillette. Nul doute qu'il fût, moins de 10 ans plus tard, à l'origine de mon inspiration de mon conte : La Rive mystérieuse (dans : Les Seins de lune).



*


Parfondor, le bon dragon


L'errant : Avant d'arriver dans cette forêt, où vivais-tu ?

Parfondor : Dans une ville... (Un silence, puis:) Mais j'étais fatigué d'entendre les Hommes, d'essayer de leur expliquer... (Il s'interrompt, soupire). J'en arrivai à ne plus les critiquer, à garder pour moi mes avis rigoureux, me retranchant dans ma sagesse puis dans cette forêt. Chacun doit faire d'abord ses propres expériences. On verra où elles les amèneront. Il y a des qualités qui s'acquièrent. Ainsi pensais-je. J'avais tort. J'aurais dû les aider à acquérir ces qualités, moi qui savais un peu mieux qu'eux. Je refusai d'être leur guide, aujourd'hui c'est moi qui perds le mien, la mienne, ma Phréa! Je suis responsable...

L'errante : Qui connaît les détours d'un cheminement? Ce vert trésor qu'est la forêt te fut peut-être donné pour une plus vaste tâche?

Parfondor : (Il sourit à l'errante, continue:)
Découragé d'entendre les Hommes, j'aspirais à retrouver la Nature, à n'entendre plus qu'elle. C'est alors que je me transformai pour la première fois. Dragon, je devins le gardien du trésor enfoui de ma pensée. Mais je m'assoupis...

L'enfant : C'était gai de te réveiller ! *


* 1999-2000, extrait de ma pièce : Parfondor (dans : Foyer)


*


Malheureusement, je ne puis reproduire ici un tableau que je réalisai en 1984, pour la simple raison que je l'ai sottement et injustement détruit. N
ue sous des voiles ailés blancs et transparents, une femme y était élégamment accroupie, un pied dépassant légèrement l'autre, afin d'être au même niveau que des noires figures mi-dragons, mi-reptiles, auxquelles elle faisait face. Elle leur tendait une main conciliante. Cette main m'évoquait vaguement celle, apprivoisante, que ma mère, 32 ans plus tôt, avait tendue à une girafe (la photo en a été reproduite dans cette rubrique).

J'ai ainsi détruit au moins une vingtaine de toiles qui n'étaient pourtant pas moins bonnes que celles que j'ai gardées!
Mon regret en est indicible.
D'autant plus que je n'en ai pas de photos. Mais, hier
après-midi, chez ma mère, lorsqu'elle a ouvert un album de photos de famille, j'ai eu l'émotion de découvrir sur l'une d'elles, à l'arrière-plan, un de mes tableaux de 1977, détruit lui aussi:


Vierges sages et vierges folles

M. Th., 1977
"Les Vierges sages et les Vierges folles"


Tel que récupéré sur la photo, le tableau étant accroché sur le mur du fond
De cette récupération, il résulte une toile impressionniste



"Les Vierges sages et les Vierges folles". Cette parabole m'a toujours interpellée. Mais je ne sais si détruire ses œuvres est un sage bien que prématuré détachement ou un suicide fou! – Ici, l'on comprendra pourquoi mon site, quelque part, me sauve la vie.
Alors que j'étais dans cette période un peu "folle" et que, devant ma fille présente à ce moment, je m'apprêtais à découper d'une large composition un fragment que je jugeais plus intéressant que le reste et que j'aurais donc seulement gardé, elle me demanda: "Maman, qu'est-ce que tu fais?". Je lui expliquai mon intention. "Oh non!" dit-elle toute triste. Je lui suis reconnaissante de m'avoir arrêtée à temps. 


M. Th., mis en ligne le 11 juin 2009


*


Souvenir d'un sentiment
Confidence qui se révélera peut-être
" précaution oratoire "
(à suivre)


Dans mon enfance, à l'archange terrassant le dragon, je préférais celui de l'annonciation.
Le premier me semblait "froid" dans sa triomphale armure, tandis que l'impact intimiste du second me parlait.
Contrairement à ces deux archanges, le dragon est dépourvu de nom – pourtant, son symbolisme n'est pas d'un autre ordre que celui de Michel et de Gabriel.
Je ne sais plus comment je visualisais le dragon, mais je le ressentais plus "chaud" :
rougeoyant, non pas de colère, mais tel un foyer... un cœur... intérieur...


M. Th., mis en ligne le 23 juin 2009


*


... et Raphaël (= "Dieu guérit")


Gérard venant enfin de mettre en ligne son site (voir son adresse à Contacts)
passionnément nourri par, entre autres, son enfance et son adolescence, j'ai envie d'en prendre le contre-pied avec ces paroles d'un chanteur dont le nom m'échappe présentement – dès qu'il me reviendra, je l'écrirai :

"Mon enfance, j'suis pas fâché(e) qu'tu sois passée / Mon enfance, je n'voudrais pas recommencer"...

Et pourtant, "… en enlevant à notre âme quelques souvenirs d'enfance et de jeunesse, telle petite joie, tel amour, telle tristesse, tel danger, elle n'aurait plus de quoi se distinguer des autres âmes, et (…) serait obligée de se chercher elle-même pendant l'éternité." – Maeterlinck

Le remède de Raphaël, c'est l'éternité ?


M. Th., mis en ligne les 26 et 27 juin 2009

*


Lettre à Gérard
en réponse à son site digne d'admiration


Pour plus de compréhension,
j'invite à revoir d'abord le début de ma rubrique Extraits :

La Source raphaëlle
et Inédit



Avant de nous rencontrer en 1963 en chair et en os – comme on dit drôlement –, nous nous sommes écrit spirituellement – mais où commencent et finissent le corps et l'esprit quand ils fusionnent ?

Entre divines parenthèses, cette fusion ne serait-elle pas le propre de la condition humaine ?

Après cette rencontre où nous avons découvert le visage de nos esprits respectifs, nous avons continué à dialoguer épistolairement, et ce jusqu'à notre mariage.

Plus de 41 ans plus tard, voici une nouvelle lettre ; certes, il y en eut d'autres entretemps, lorsque tu étais en Afrique et ailleurs.

" L'autobiographie est un exercice périlleux ", préviens-tu dans ton site.

La tienne, tu l'as rendue accessible par un déroulement rigoureusement linéaire.

En ce qui me concerne, un tel déroulement serait impossible, tant il se composerait de niveaux différents.

Niveaux que j'ai parfois simplistement appelés digressions.
D'où mon affinité avec la citation de Valéry, reprise au début de cette rubrique.
D'où le retour constant, dans mon cheminement mental, du dédale.

Certes, tous fonctionnent entre et en divers niveaux, toi aussi.
Mais cela se corse chez une enfant qui, entendant un mot, le comprend dans une autre langue, une autre langue qui est celle maternelle de sa mère laquelle n'a pas pu la parler à ses enfants car elle était moralement interdite : à Bruxelles où ma sœur et moi sommes nées, elle en 1942 et moi en 1946, il valait alors mieux taire l'allemand.

Est-ce pour ça que je n'ai su (ou pu?) parler qu'à l'âge de 3 ans ? – Même si, comme l'ont dit mes parents, je me suis bien rattrapée par la suite!

Pourquoi, en 1° primaire – je m'en souviens comme si c'était hier, mais c'était hier! –, me sentais-je mal à l'aise, réticente face aux lettres de l'alphabet joliment tracées au tableau noir par ma première institutrice?

Viscéralement réticente. Car, où ce verbe (le verbe se construisant de lettres, comme un mur se construit de briques) me dérangeait, ce devait être le ventre de ma mère me berçant en allemand!

N'ai-je pas un jour lu, je ne sais plus où, que les enfants qui n'ont pas appris dès leur naissance la langue maternelle de leur mère, risquent d'en être psychologiquement perturbés.

Tout ceci, ma première institutrice l'ignorait. Aussi, est-ce par instinct qu'elle m'envoya dessiner au tableau noir.

L'image échappe à Babel.

Mal à l'aise, disais-je. Plus que timidité.

Quelle psychologie verra, chez les enfants (comme chez les plus grands), s'ils sont timides ou mal à l'aise ?

Énorme nuance.

L'âme sauve, comme l'a finement exprimé
Saint-John Perse :


" Il n'est d'aisance que de l'âme " 



M. Th., mis en ligne le 28 juin 2009




gerard-01

M. Th., 1978 – Un sourire sceptique de Gérard posant



Gérard-02

M. Th., 1983 Gérard lisant
Gérard-03

M. Th., 1978 Gérard sommeillant


M. Th., mis en ligne le 29 juin 2009
           



Véronique-La-Plagne

M. Th., 1983 Véronique endormie


Véronique dessine

Véronique dessine-2

1984, Véronique dessinant
Photos prises par Gérard


Parmi beaucoup d'autres,
six dessins de Véronique enfant :


Soleil

Château-fort
Montagnes

Cirque Petit cheval

Arbre


*


Véro-poème-1
1995 – Deux dessins et un poème énigmatique
de Véronique
Cette page fait partie du recueil collectif et inédit
offert à
Jean Dumortier pour ses 70 ans



Véro-poème-2

Véro-poème-2


Véro-poème-3


" Il aperçut somnolent "
" l'enfant trompant le soleil "
" de ses hautes tours d'argents "
" qui dominent le monde "
" et d'un clin d'œil étincelant "
" il fit renaître une terre "
" où il eut son mot à dire. "

Véronique Adam (15 ans)



M. Th., mis en ligne le 29 juin 2009





Lettre astrologiquement dilettante


Gérard, dans ton autobiographie, tu confies d'emblée ton thème astral.

Quand notre fille est née, je m'intéressai plus particulièrement à l'astrologie, et, sur base d'un livre d'André Barbault, je fis nos thèmes astraux.

Ce livre, je te l'avais demandé comme cadeau de Noël ; aussi se trouva-t-il sous le sapin au vert éternel.

Véronique : Balance, ascendant Sagittaire
Toi :
Capricorne, ascendant Lion
Moi : Poissons, acendant Verseau

Des années plus tard, je consultai un astrologue qui confirma la justesse de mes calculs.

Bien que très différents, toi et moi nous avons quelques points communs, et ces points sont d'ordre astrologique.

Chez l'un et l'autre, la même conjonction d'astres rapides...

Ainsi voisinent étroitement, dans l'ordre de gauche à droite :

Chez moi : Soleil, Vénus, Mercure, Lune – Lune en Bélier
Chez toi : Mercure, Lune, Vénus, Soleil – Lune en Sagittaire

Et :
Chez moi : Mars, Saturne – Mars en Cancer
Chez toi : Mars, Saturne – Mars en Cancer

Les interprétations lues dans le livre d'André Barbault, puis celles données par l'astrologue consulté, rejoignirent mon sentiment profond d'une ressemblance intérieure, ressemblance source d'une certaine rivalité, ou, pour le dire plus positivement, d'une émulation congénitalement spontanée !


Entre nos littéraires et respectives folies, la sage Balance de notre fille !




Vitrail

Véronique, 1989 – Composition

– Un vitrail ! –




M. Th., mis en ligne le 30 juin 2009





Deux nouvelles ...



Une mauvaise ...
Le
30 juin, après avoir mis ici en ligne ma lettre astrologique, je découvre dans "Le Soir" en ligne de la veille
l'article de Jacques De Decker annonçant le décès de Roland Breucker.
Roland Breucker réalisait les dessins de couvertures de "Marginales".
À mon sens, se retrouver régulièrement publié(e)s dans la même revue, crée des liens.
C'est pourquoi j'ai réagi avec émotion à la triste nouvelle :

"Le Soir" en ligne du 30 juin 2009 :

[2] graine
dit le 30/06/2009, 15:05
Un sablier prémonitoire?
Ce 30 juin, j'apprends le décès de Roland Breucker... Je m'étonne d'être la première – et peut-être serai-je la seule des auteurs fidèles à la revue "Marginales" – à réagir ici pour lui exprimer, par-delà les difficultés de ce monde, ma tristesse... Comme dans son fin et subtil dessin reproduit en couverture du double Numéro 270-271 de la revue précitée, son temps à lui s'est écoulé... Sur ce croquis, le monde, sous forme de notre planète, était passé au fond d'un sablier, telle une Terre composée de seul sable... Dans ce fond, elle avait donc repris sa sphéricité... Retournons le sablier pour de nouveaux temps!
Monique Thomassettie



Une bonne ...
Après le N° 272, le N° 273 de "Marginales" va paraître incessamment, sur le thème proposé par Jacques De Decker :
" Tous dans le rouge ! "
Avant de mettre ici en ligne mon texte : La fine fleur du Dragon ,
j'invite à le découvrir dans la revue et à relire ma
" précaution oratoire " (voir plus haut).


M. Th., mis en ligne le 1° juillet 2009



*


Retour à mes chutes


Mes cinq vers suivants *, écrits au début de 1997, pourraient illustrer mon site visitable verticalement – de haut en bas, de bas en haut...

Je creuse ma terre vers la source émeraude
C'est le ciel qui jaillit !

Au lieu de monter vers le Père
je descendrai les marches de l'âge
vers l'Enfant nouveau-né



* 1997, extraits de mon recueil essentiel : Plein cintre d'arc-en-ciel



M. Th., mis en ligne le 1° juillet 2009



*


Divers stades du " je "


J'ai connu un enfant de 4 ans, psychologiquement perturbé, qui ne disait jamais "je".
" Vais faire ceci " ou " Vais manger "... Le "je" manquait toujours (si je me souviens bien) avant le verbe "aller".
Cet enfant se sentait-il bloqué ? immobilisé ?

J'ai encore eu l'occasion d'observer un scénario contraire...
Un enfant de deux ans disait fermement et directement à un autre :
" Ce n'est pas à tra, c'est à mra ! " (sic). – Ce qui signifiait : Ce n'est pas à toi, c'est à moi !

Aujourd'hui, à l'âge adulte, on détourne le propos, grâce à Flaubert dont la phrase célèbre "..., c'est moi !" fait des émules – c'est le cas de le dire.

Aujourd'hui, des "je" littéraires zigzaguent, finissant par me donner le tournis dans leurs abscons slaloms.

Après un soupir (sous mon bonnet d'âne, j'ai chaud, d'autant plus que ce début d'été est brûlant), je dirai, à l'instar du second enfant:
Mon œuvre, mes œuvres, c'est-à-dire ma vie, c'est à moi !
Et c'est bien moi.
Certes, j'ajouterai : Mais je me partage.


M. Th., mis en ligne le 1° juillet 2009



Nuances


Autre chose était le sujet du "Marginales" N°245 : "Victor Hugo, c'est nous", des problèmes de son temps concernant toujours le nôtre.

Si, alors, dans mon texte : Hugo en Orient,  j'écrivis : Victor Hugo, c'est... moi, c'était pour une précision d'un ordre rejoignant ce qui précède, car j'y avais d'abord parlé de nous dans un autre contexte.

Sans doute fais-je ici preuve, à mon tour, d'un esprit abscons. L'on peut zigzaguer pour se défendre.

En vérité, moi je n'attaque jamais, je me défends ; je me défends contre ce qui voudrait (inconsciemment: c'est pire que consciemment – quoique...) m'étouffer – à commencer peut-être par moi-même !

N'ai-je pas un jour confié dans une lettre – c'était en 1997 : Ma pire ennemie, c'est moi. Phrase, depuis, reprise par autrui. Tant elle éclaire. Ma lampe, je ne la mets pas sous le boisseau.


M. Th., mis en ligne le 5 juillet 2009, 3 h. 40 du matin



Les guerrières

M. Th., 1984Les guerrières *

* Comme, à diverses reprises, j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer, mon tableau, je le peignis suite à un rêve nocturne. Un grand nombre de femmes identiques y étaient ainsi penchées, mais vers l'autre côté, et la bouche cachée par un plus long tissu. Si je n'en montrai que trois (moins uniformes que dans mon rêve), j'ajoutai à ma vision une lumière au fond, d'un astre perçant une sorte d'épais brouillard. Je les appelai : guerrières, parce que le silence peut parfois et d'abord être un combat ; ensuite, l'on parle.


Ma lumière bavarde
jaillit dans le désert
puis creuse et nourrit
un val fleuri (1)


Dans les prés, parfois un poème crie grâce. N'en peut plus de répandre son verbe, ses ruisseaux de blancheur sur le vert obstiné. (2)

Plaquer un accord de révolte ! Vigoureux accord à la lisière des brouillards.
Serais-je eucharistie où beaucoup viennent communier ?
Ce n'est pas mon corps et mon sang que je dispense, mais un lait très bavard ... (2)


(1) 2003, Plein cintre d'arc-en-cielLa Chute contemplative
(2) 1999, La portée d'exil


... accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte
 .
accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte . accord de révolte ...

accord et révolte : deux contraires réconciliés par un air ?

Que n'ai-je appris la musique !


M. Th., mis en ligne le 5 juillet 2009



Suite
En musique, dissonance n'est pas désaccord
*


Ce n'est pas la première fois qu'elle entrouvre d'une main le couvercle du piano. Que, de son autre main, elle effleure des touches, puis en enfonce l'une ou l'autre au hasard. Toujours avec une incrédulité aussitôt transformée en fatigue, comme si, appuyant sur le clavier, elle devait soulever le poids d'une trop difficile écoute.
Mais, ce matin, une foi inattendue l'anime qui lui fait ouvrir à fond le couvercle. Au lieu de rester timidement debout et penchée, elle s'assied à la table de ce mystère. *

La dissonance, c'est l'harmonie qui souffre, qui crie. *

... par-delà consonnance et dissonance, car, en musique, dissonance n'est pas désaccord. *


* 2004, Au tendre matin d'une éternité, conte musical s'il en est.


M. Th., musicienne dans l'âme – mis en ligne le 6 juillet 2009



*


Une lecture d’été : Simenon, « Pedigree »

Osmose n’est pas nécessairement empathie et compassion

À Simenon, le sentiment paraissait-il " effrayant " ?

– En espérant que ce qui suit n’a pas déjà été dit –

Extraits de mon journal


24 juin – 8 juillet 2009 :

J’ai commencé de lire « Pedigree » de Simenon. Ça faisait longtemps que je me le proposais. Je retrouve déjà l’atmosphère dense et sensorielle de ses romans policiers.

À plusieurs reprises (comme un leitmotiv ? mais je ne suis pas arrivée assez loin dans le livre pour l'affirmer), Élise, la jeune mère, dit :
« Un homme (…), cela ne sent pas comme nous. (…), il ne s’inquiète pas. »...

Par contre, chez l’homme Simenon, tous les sens sont en éveil, et le 6°… Maigret !

Sons, odeurs, couleurs… Couleurs d’atmosphère : le bleu domine, et :
« Le soleil a disparu et l’univers tourne lentement au violet, avec des perspectives d’une profondeur effrayante. » !
(Les italiques sont de moi).

Moi aussi, en mai 1996, dans ma « Lettre à Luce », j’ai parlé de bleu et de jaune/orange pour une rue mi-ombreuse, mi-ensoleillée, car cette rue double, je l’avais vue et éprouvée, éprouvée d’autant plus que cette dualité correspondait alors à mon vécu. – Là, je suis en affinité avec Simenon –. De même, mes yeux avaient profondément éprouvé la couleur violette salvatrice d'une pensée (en réalité, d'un pétunia de mon jardin).

Marcel Aymé, dans sa préface au roman « Le chien jaune », parlait d’« osmose ». Mais l’osmose m’apparaît aujourd’hui comme n’étant pas nécessairement de l'empathie, de la compassion…

En effet, si la compréhension humaine de Simenon est extraordinairement pointue, elle me semble ici relever moins d’une empathie et d’une compassion (sauf, peut-être, pour Désiré le père et pour Léopold le frère aîné de la mère) que d’une observation presque de laboratoire.

Mais n’est-ce pas cette distance qu’il faut, par ailleurs, à un commissaire ?

Entre parenthèses, ni l'osmose, ni l'empathie, n'excluent le recul.

Dans « Pedigree », le regard qui analyse me semble demeurer extérieur, presque dépourvu de sentiment.
– À Simenon, le sentiment paraissait-il effrayant ?

Car ce n’est pas tout à fait avec son cœur qu’on réalise que le personnage de la mère, Élise, est admirable et digne de sympathie et de compassion.
« Elle explique, explique, elle a toujours besoin d’expliquer, comme si elle était en faute. »

Simenon est un reporter scientifique de l’humain, et un artiste.

Ce qui me plaît et m’épate, c’est sa capacité de mêler et entrecroiser et relier deux histoires (l’une à Paris, l’autre à Liège).

Je n’ai encore lu qu’un petit tiers du roman. Peut-être changerai-je d’avis par la suite.


M. Th., mis en ligne le 8 juillet 2009



Élise et ses sœurs 


Simenon comprenait les femmes – les aimait-il ?

Sans doute, ma question demanderait-elle de subtiles explications mettant en scène divers niveaux. Ainsi, un homme peut adorer les femmes tout en étant, au fond de lui et à son propre insu, misogyne. Je ne dis pas que Simenon l'était : je ne l'ai pas connu. Une question ne se prétend pas une analyse.

Dans « Pedigree », Élise et ses sœurs pleurent souvent, elles sont à bout de nerfs et fatiguées. Élise a mal au dos.

Certes, Désiré est un bon père et un bon mari, il aide sa femme Élise et s'occupe du petit Roger, cela dès sa naissance, chauffant les biberons la nuit. Et Léopold est, pour sa sœur cadette Élise, amical et paternel.

Ces femmes qui pleurent ont des chagrins d'un autre ordre
...
« Un homme (…), cela ne sent pas comme nous. (…), il ne s’inquiète pas. »
!

Les propriétaires décrites par Simenon sont de véritables chipies (là, il y aurait des raisons d'être misogyne si les propriétaires n'étaient pas aussi ailleurs masculins) ; elles rouspètent quand les jeunes mamans transportent leur landau dans les escaliers (peur d’érafler les murs).


Les livres nous ramenant à notre propre histoire, je me souviens d’une obsessionnelle propriétaire habitant au premier étage de sa maison, louant à mes parents le rez-de-chaussée et donc le petit jardin à l'arrière. Elle aurait voulu empêcher ma mère de pendre le linge dans le jardinet ; des draps de lit qui séchaient sur la corde, elle disait avec mépris : « Ces drapeaux qui flottent ! ». Mais ma mère, avec son caractère bien trempé (si je puis dire dans ce contexte), n’en eut cure et continua à pendre son linge dehors. Et la propriétaire dut se… plier.
En définitive, il en résulta une bonne entente.

«
Toi, à six heures, tu as fini. Peu importe qu'à dix heures du soir je sois encore à nettoyer (...) ou à éplucher (...) », se plaint Élise à Désiré. Lui travaille dans un bureau et ne se fatigue pas trop physiquement, tandis qu'elle s'occupe des travaux du ménage. À l'époque, nulles facilités comme celles d'aujourd'hui : pas de chauffage central, il fallait monter les seaux de charbon – sans doute le mari les portait-il aussi ; pas de machines à laver le linge et la vaisselle ; pas de plats préparés ou surgelés, etc, etc. Que la plainte d'Élise ait été ruse ou diplomatie pour convaincre Désiré de mettre leur gamin à l'école gardienne, est bien compréhensible.


M. Th., mis en ligne le 9 juillet 2009



Envol et profondeur


Une atmosphère allégée ouvre l
a deuxième partie du livre ...

La plume de Simenon me semble ici prendre un envol ...

Aux combats intérieurs succèdent un équilibre et une tendresse ...

C'est l'épanouissement de la mère et du fils devenu écolier ...

Élise est montrée dans toute sa force, son courage, sa volonté, son savoir-faire, dans son perfectionnisme aussi qui l'amène encore à des déceptions, dans toute sa bonté naturelle ...

Mise à l'épreuve du vaste monde qui s'installe chez elle (car elle loue maintenant des chambres à des étudiants étrangers), elle la surmonte grâce à sa générosité et fait des miracles ...

Dans quelle mesure le parcours de la mère évoluant d'un petit intérieur étriqué à une maison ouverte, a-t-il marqué le fils?
Et cela à un âge où lui-même découvre les autres – à l'école gardienne.

Avant de la lire, j'imaginais que la 2° partie commencerait sur l'histoire à la fois parallèle et mêlée à celle-ci, qui se déroule à Paris tout en ayant un lien avec Liège : avec Léopold. Ce n'est que 25 pages plus loin qu'elle revient, mais cette fois si particulièrement dense et prenante que les 7 pages consacrées à son retour tranchent, à mon sens, sur les 50 premières pages de cette 2° partie... (Ces jours-ci, des occupations d'un ordre autre que littéraire ralentissent ma lecture).

Ces 7 pages sont en soi un roman qui rappelle les Maigret... Un roman, ou un film tant elles donnent à voir...

En fait, c'est à Liège qu'il commence... Deux frères : le pauvre et juste Léopold, et le riche et méprisant Louis...

Ces pages ont une 
« profondeur effrayante »... Celle de l'Homme.

Et voici la tragédie humaine qui se cherche un dieu en la personne d'un Maigret.

« Roger a plus peur du crépuscule que du noir. Ce froid éclairage, qui lui apparaît comme le reflet du soleil mort, l'impressionne...»

Ces métaphores annoncent-elles un drame, dans les pages à venir ?


M. Th., mis en ligne le 10 juillet 2009



Texte paru dans "Le Non-Dit" N° 58 d'avril 2003

sur le thème : " Pour moi, Simenon ... "


Le dieu bon de Simenon

Maigret est une figure intérieure de Simenon, son idéal de force, le mythe qui porte son écriture, "une statue de la placidité" (1) face aux affres de ceux dont la vie a chaviré. Tel un dieu infaillible, tout puissant, Maigret ne pourrait lui-même sombrer dans un psychique déséquilibre.
Un dieu né peut-être du fort désir de Simenon de se rassurer avant de rassurer ses lecteurs. Une "force tranquille" (2), empathique, qui lui permet de "se mettre dans la peau" (3) de tous : "C'est par une sorte d'osmose que les acteurs du drame lui ont livré leur secret" (3). Les lecteurs éprouvent un réconfort devant ce Maigret qui ne juge pas, n'écoute pas les racontars. "Je ne crois jamais rien" (1), dit-il.
Le génie de Simenon c'est d'avoir pu transmuer une profonde aspiration en mythe, d'avoir fait d'un manque un plein. N'est-ce pas l'alchimie plus ou moins réussie de toute écriture ? 

(1) " Le chien jaune "
(2) Séguéla, à propos de Mitterrand
(3) Marcel Aymé, préface à " Le chien jaune "

Monique Thomassettie



Simenon et les couleurs


Un mot encore avant de poursuivre ma lecture ...

À mon sens, ce n'est pas incidemment que Simenon, après avoir opposé le bleu de la robe du petit Roger "voué à la Vierge" au rouge du "costume de garçonnet" offert par un oncle venu de Bruxelles, parle d'un bricolage que font les petits écoliers et qui consiste à tresser des "bandes de papier glacé, écarlates, jaunes, vertes, bleues, qui dégagent une odeur si subtile."

Bricolage appris par la "si douce" sœur Adonie que Désiré, chaque matin, quand il lui amène son fils, "salue d'un si beau coup de chapeau."

Subtil et ouvert Simenon !


M. Th., mis en ligne le 11 juillet 2009
 


" Tu es content ? "


La seconde histoire, qui se passe d'abord à Paris, revient et me semble plus autonome...

Elle m'apparaît en roman s'amplifiant au cœur de la biographie, celle-ci fût-elle romancée.

Cette histoire, d'un jeune Liégeois anarchiste malgré lui enfui à Paris, revient au moyen d'une transition de plein air...

L'on passe d'un cerf-volant en Belgique à des aéroplanes en France.

Une nouvelle transition ramène à la première histoire, par le biais de la reprise d'une même question posée, deux pages "françaises" plus tôt, par Élise à Roger,
puis posée au fugitif par son amie : " Tu es content ? "

Faut-il y voir un parallèle entre le jeune paumé devenu journaliste et Simenon-Roger ?

Si oui, cette évasion à Paris serait aussi d'ordre autobiographique, la bombe anarchiste étant évidemment alors symbolique.

Les deux histoires se rejoindront-elles ? Roger et le fugitif – qui a changé de nom, se rencontreront-ils ?

Comment ?

Roger apprend à jouer du violon, et l'amie parisienne joue du piano.


Quant à moi, Georges, moi qui n'ai pas d'autres "pseudonymes" que les noms dont je baptise mes personnages, les masculins comme les féminins, ma bombe est une larme...

Ma bombe est une larme / ouverte en plein ciel / délivrant un tremblement fragile / un soleil pastel titubant / en sa lumière éclose (extrait de mes Variations pour songe sur un insaisissable Absolu)


M. Th., mis en ligne le 12 juillet 2009



Éveil d'une intuition
... et confirmation de la mienne


Maigret est peut-être né du fort désir de Simenon de se rassurer avant de rassurer ses lecteurs, avais-je écrit pour "Le Non-Dit" d'avril 2003.

" L'univers grandit, gens et choses changent d'aspect, des certitudes naissent en même temps que des inquiétudes, le monde se peuple de questions et un cerne de clair-obscur rend les contours moins rassurants, prolonge les perspectives jusqu'à l'infini."

" Le monde se complique. Il n'y a pas si longtemps encore, les choses n'existaient que pendant le temps qu'on les voyait dans la lumière, puis elles retournaient au néant ou dans les limbes. (...) À présent, (...) Roger peut suivre les gens en pensée, il le fait malgré lui..."

"Malgré lui" signifie que son instinct ou son intuition s'éveillent ...

... et, dès lors, sa vision : " il le fait malgré lui, il voit par exemple (...) et il l'imagine... "...

Il l'imagine ? ou il visualise déjà, à son insu, une réalité ?

" Au temps où le monde était plus simple, Roger questionnait sa mère sans répit. À présent, il se tait. Quand on le surprend à penser trop loin, il feint de jouer. Il tend l'oreille..." : c'est l'éclosion de Maigret !
  
Maigret ne pourrait lui-même sombrer dans un psychique déséquilibre, avais-je encore écrit pour "Le Non-Dit" d'avril 2003.

Parce que Georges Simenon en a fait un symbole d'équilibre.

Quand le doute ou la peur l'envahissent, il se concentre davantage, et se tait pour entendre, capter ...

Certes, portés à un paroxysme, le doute et la peur déstabilisent au plus profond de sa conscience : Stefan Zweig ...

Mais ceci est une autre histoire, c'est l'Histoire.


À peine mis en ligne mon texte, il me revient soudain que Simenon a écrit "Pedigree" car il croyait qu'il n'avait plus que deux ans à vivre – suite à un diagnostic erroné. C'est donc en écrivant qu'il a gardé son équilibre.

Zweig écrivit " Le Joueur d'échecs ", puis il se suicida car le monde sombrait dans la démence. Cette histoire-là broie les consciences les plus tenaces. 


M. Th., mis en ligne le 13 juillet 2009



Faits ou manières de les ressentir
La vérité de l'enfant


Le récit continue dans un foisonnement moins de faits que de manières enfantines de les ressentir.

Pour l'enfant, aucun fait n'est moindre, tout prend des proportions fantastiques.

La vie dans les cimetières de Liège à la Toussaint quand s'y retrouvent les familles, les jeux des écoliers jusqu'à la tombée du soir dans les rues enneigées et sur les glissoires, la visite magique des magasins avant le 6 décembre, puis les cadeaux de Saint Nicolas dans une féérique et parentale mise en scène, tout cela constitue un large tableau, une fresque où les atmosphères le disputent en vérité aux narrations.

Pour sa saint-Nicolas, Roger a demandé à sa mère "une boîte de couleurs, des vraies, dans des tubes, avec une palette".

Des couleurs vraies... Au début de "Pedigree", Simenon explique : "...dans mon roman, tout est vrai sans que rien ne soit exact", "...plus près de la vérité poétique que de la vérité tout court."

"La vérité tout court", ce sont les histoires interchangeables de ce monde; ce qui importe en Littérature (je ne dis pas: en Histoire), c'est ce qui se dégage de ces histoires ou de ces faits, c'en est l'atmosphère – la poésie, une poésie...

Ce qui n'exclut pas un déroulement, une progression vers un dénouement.

L'ambiance en devient de conte, à lire ou écouter au coin du feu. Conte traversé parfois par des tragédies, deux femmes tuées et deux hommes emprisonnés. Et par une question récurrente à propos de la façon de faire les bébés, question d'autant plus taraudante que nulle réponse n'est donnée.



Roger-Maigret à l'école d'Élise


" Élise flaire le malheur de loin. C'est plus fort qu'elle. Pas seulement les vrais malheurs qu'on peut raconter et qui apitoient, mais tous ces petits riens qui font tant souffrir un être sensible."

Elle admire le courage de certains étudiants et de leurs parents qui se sacrifient pour pouvoir leur payer des études universitaires. "Ils (les Polonais) portent aux pieds des chaussettes trouées, ils ne mangent pas à leur faim, mais ils étudient pour pouvoir reconstruire un jour leur pays...", dit-elle.

Si elle materne ses locataires – de façon certes un peu étouffante, Désiré en a pris une comme souffre-douleur, ce qui choque Élise malgré l'égoïsme de cette étudiante.

La moquée, "on peut s'y attendre", "se vengera (...) des plaisanteries de Désiré, elle se vengera sur Élise...".

Et des tensions surviennent ...


M. Th., mis en ligne le 14 juillet 2009



... Des tensions surviennent, qui se fixent sur l'argent – nerf, comme toujours, des guerres.

Pour corser la situation, une enquête policière ...


M. Th., mis en ligne le 15 juillet 2009



... Enquête à propos d'une menace de révolution en Russsie, où serait impliquée une locataire d'Élise.

Rien de précis ne sera développé à ce sujet, d'autant plus qu'un tourbillon d'événements va emballer le récit, sans toutefois échapper à la plume de Simenon.

La sexualité qui s'éveille chez Roger... Ses révoltes d'étudiant découvrant un monde injuste; en l'occurrence celui de certains Jésuites, mais, comme il le comprend, ce monde intéressé fonctionne ailleurs de la même façon... Les problèmes de santé de sa mère qui encaisse nerveusement et travaille comme une forcenée malgré ses maux de dos et sa descente douleureuse d'utérus... Les conflits entre elle et le fils grandissant... Et puis...

... la guerre...!

La guerre qui fait fuir à Genève l'étudiante russe.

Dès 1911, le livre se fait tourbillon – la 3° et dernière partie du roman aurait pu commencer à ce moment.

Une guerre est envisagée, pas encore certaine ...

Un incendie survient dans le quartier, et est ressenti, par Élise du moins, comme un signe néfaste de cette guerre crainte...

Un étudiant étranger travaille spontanément avec les sauveteurs ...

Et toujours et partout, les lieux avec le temps qu'il y fait, qu'ils soient de la Nature ou de la Ville ou de la Campagne, qu'ils soient extérieurs ou intérieurs, les lieux sont présents avec leurs états d'âme relevant de l'Humain, c'est-à-dire de la sensibilité de l'écrivain.

Si, parler d'un livre, c'est en présenter la "substantifique moelle", je dirai, comme pour toute œuvre de génie, qu'elle est partout et en tout, et que, par conséquent, les seuls mots que j'aurai envie de prononcer (bien que j'aie pris moult notes et relevé des passages pour moi significatifs tout au long de ma lecture terminée hier soir ou plus exactement au tout début du matin de ce jour), ces seuls mots, denses de mon émotion et de mon admiration, sont :

Lisez "Pedigree".


M. Th., mis en ligne le 17 juillet 2009



4 générations

10 juin 2009
4 générations :
Eva, Véronique, Monique, Maria
4 générations-2

10 juin 2009
Eva portée par sa grand-tante Maïté,
ma sœur et la marraine de Véronique

Deux photos mises en ligne le 12 juillet 2009
pour fêter l'anniversaire de ma mère
qui a eu 95 ans le
11 juillet 2009
 


C'est dans la bibliothèque de mes parents que, le 24 juin, j'ai pris "Pedigree". Dans la photo de droite ci-dessus, le livre est repérable derrière la porte vitrée, l'on en voit le dos blanc dans le coin inférieur droit.

Longtemps mon regard a été attiré par ce volume, mais j'en reportais chaque fois à plus tard la lecture, jusqu'à ce 24 juin où je me suis décidée.

Le meuble visible sur la photo, n'est pas celui en sapin ou en pin vernis que j'ai connu dans mon enfance ...

À la maison, la bibliothèque était le bien de Papa. J'éprouvais un respect pour ce meuble et pour son contenu. Ses portes vitrées tendues de rideaux qui cachaient des livres de tous âges, des neufs et des anciens aux pages écornées, me semblaient protéger un jardin secret. Quand elle en avait le temps, Maman, parfaite et courageuse ménagère, bien forcée, il faut le dire, de l'être, Maman lisait aussi. (
2002, extrait de ma Source raphaëlle)

Ayant, dans sa jeunesse, quitté son pays pour la ville, ma mère écrivait régulièrement à ses parents. En automne, ses lettres devenaient nostalgiques. Le regard lumineux qui souligne sa confidence me fait comprendre son savoir. Sans paroles, elle coula dans mes veines une sève de connaissance. Au-delà des langages. Pourtant, ces lettres allemandes gardent leur auréole de mystère. Même si je sens que ces feuilles envolées d'arbres amis prolongent leurs couleurs dans les miennes.
Mon père aime les beaux livres. Lui-même écrit facilement. De sa bibliothèque du temps de mon enfance, je ne me rappelle qu'un parfum; non celui des pages, mais l'odeur intermittente d'un coffret en bois de santal posé sur un rayon. Le meuble s'ouvrait sur un pays exotique et mystérieux qui me troublait, enivrait mes narines. (1989-1995, extrait de mes Verbes-Oriflammes.

 
Boîte-2
Boîte-1

Deux faces de la boîte en santal en question


M. Th., mis en ligne le 13 juillet 2009


*


17 juillet 09, début de soirée :

Quand j'ai ouvert "Pedigree", j'ai bien sûr d'abord lu la Préface de Jacques Godbout et celle de Georges Simenon.
Il me reste à découvrir, en fin de volume, une Lecture de Danièle Latin – ce que je ferai dès demain.


M. Th., mis en ligne le 17 juillet 2009


18 juillet 09, après-midi :

Qu'il me soit permis de citer
Danièle Latin dont je viens de lire la magistrale Lecture :

" ... Après l'époque des grèves insurrectionnelles des années 1880-90, la politique s'ouvre ouvertement au réformisme afin de faire pièce aux menaces de l'anarchisme et du marxisme. (...) Le roman n'aborde pas de façon directe ce contexte historique mais celui-ci n'en est pas moins présent "...

Ceci explique l'enquête policière apparemment floue à propos d'une jeune locataire russe d'Élise, soupçonnée de complicité révolutionnaire.

(Ce n'est pas pour rien que Roger est sensible à "la puissance passionnée" de Victor Hugo).


M. Th., chrysostome-bouche d'or, mis en ligne le 18 juillet 2009



L'amour difficile

M. Th., 25 mars 1993
L'amour difficile

Parole d'or

M. Th., 21 janvier 1993
Parole d'or
– Deux tableaux reproduits dans mes Verbes-Oriflammes



*


À propos de mes Verbes-Oriflammes


... au ciel défilent / des verbes-oriflammes / tour à tour ondoyant et claquant / au vent clair...

écrivais-je en mai ou en juin 1995 dans ce qui allait devenir le 2° volet de mon Triptyque (recueil à l'ordre chronologique, de 237 pages), soit dans:

Du matin frangé de roses

Mes Verbes-Oriflammes étant parus en août 1995, avant de présenter ma suite de poèmes
Du matin frangé de roses à un prix anonyme de poésie, afin de ne pas être identifiée j'avais enlevé de mon manuscrit les vers précités où je parlais de verbes-oriflammes.

Si j'ignorais alors que j'aurais un jour l'idée de réunir en un triptyque cette suite et une autre écrite précédemment – à savoir: L'Ange Diagonale, je devais en avoir eu l'intuition ou la vision (sans m'y être attardée) puisqu'en juin ou en juillet 1994 j'écrivais:

Triptyque à l'ange central / Envergure des volets / Je lis le gauche / Le droit reste secret

Jusqu'à l'éclosion
en décembre 1995 de mon 3° volet devenu finalement panneau central, j'avais pensé publier deux recueils séparés: L'Ange Diagonale (futur 1° volet) et Du matin frangé de roses (futur 2° volet). Si je plaçai le 3° volet au milieu, c'est qu'il "manifestait", d'une certaine manière, des visions ou des intuitions filigranant les deux premiers.


M. Th., mis en ligne le 19 juillet 2009



*


Envol libre
comme on dit :
Chute libre


Envol

M. Th., 1982
Envol  (150 cm. x 120 cm.)



En 1982, je peignis mon tableau : Envol...

En 2001, je le choisis pour mon affiche annonçant mon exposition à Braine-l'Alleud – affiche que j'avais réalisée en A4 sur mon ordinateur, la faisant ensuite photocopier (en 200 exemplaires) en plus grand et en couleurs après y avoir collé la photo du tableau en question.

Mon envol exprimait une fuite, ou plutôt une fugue spiralée ...

La légèreté de ma composition laisse-t-elle deviner mon chagrin d'alors ?

Ma liberté est tout intérieure. Et cette intériorité est méditative.


M. Th., mis en ligne les 25 et 26 juillet 2009



*



Raphaël


M. Th., 1985
Raphaël



M. Th., mis en ligne le 26 juillet 2009



*


Trois archanges en un ...
(Et voir plus haut)


Le Raphaël (="Dieu guérit") de mon tableau, pourrait être aussi un Gabriel qui annonce à l'endormie un songe ou une vision...
Ainsi qu'un Michel au regard métamorphosé, c'est-à-dire découvrant avec tendresse non pas une créature à terrasser, mais une femme à manifester.

Le N° 273 de la revue "Marginales", pour lequel j'ai écrit :
La fine fleur du Dragon, paraîtra trois mois plus tard que prévu.
Puisque les textes de certains confrères et consœurs ont été mis oralement en ligne avant leur publication
en octobre 2009, je me sens autorisée à déjà mettre scripturalement le mien sur mon site, même si l'on m'a, à moi aussi, proposé de m'enregistrer un de ces jours.
Les deux liens vers "Marginales" en ligne se trouvent dans ma rubrique : Contacts.



La fine fleur du Dragon
– d’ici comme d’ailleurs


L’assomption d’une conscience
rencontre un Regard incliné
Au point fusionnel de la vision
l’œil et le vu sont un
Compassion *


À la cime d’une Grand-Place
un éclair écarlate a fusé :
le Dragon entrouvre un œil

C’est le troisième de Michel
celui qu’il ferma
ébloui par les reflets de son armure

Il ne cessa
de terrasser sa vision
jusqu’à ce jour d’ouverture

Sa vue panoramique embrumée
soudain s’est éclaircie
Réveillant sa vision

Non pas d’en haut
Mais d’en bas
Là où les ombres pauvres

espèrent et mendient
les fleurs d’une juste et vraie
sainteté


19 mars, 9 h. – 9 h. 30, 2009


* 2003, La Chute contemplative, extrait de mon recueil : Plein cintre d’arc-en ciel



M. Th., mis en ligne le 28 juillet 2009



*


Mes mytho-théologies
sans frontières

Un retour indien


Il m'a toujours plu de laisser spontanément ma pensée voguer au fil de mes images, et ce au point de me faire des émules.
Hier soir et ce matin, j'ai mentalement rapproché trois archanges, trois divines personnes et trois dieux...

– Gabriel - Esprit saint - Brahma qui insuffle la vie

– Raphaël - Dieu le fils qui veut sauver l'humanité - Vishnou qui protège et conserve
– Michel - Dieu le père tonnant - Shiva dansant un pied posé sur un petit personnage symbolisant un concentré d'instincts qui sont davantage à maîtriser qu'à terrasser et sur lesquels par conséquent l'on peut s'appuyer pour un bon équilibre

Sans doute, d'autres mythes ou religions pourraient-ils compléter ces rapprochements.
Je me rappelle, en Inde du Sud, des logos entremêlant aux deux religions précitées un croissant et une étoile.
Et il en est bien d'autres.


De grâce  ne cloisonnez pas
le rêve et l'esprit :
ils sont lumière ! *


* 2002, La Chute contemplativePlein cintre d’arc-en ciel



Éveil
M. Th., 2008

Un point qui, tour à tour, rayonne et reçoit – ou conçoit




M. Th.,
rêveuse invétérée – mis en ligne le 29 juillet 2009



*



Lys

M. Th., 1979
Le Lys


Des ténèbres jaillira une fleur : un lys blanc ... *

* Premier vers d'un poème que j'écrivis le 4 juillet 1967 exactement (mon cahier de poèmes d'alors en témoigne) et que j'intitulai: Quand ?
Ce poème, je l'ai en 1985 inséré dans mon conte : L'Ombre de Dieu, ainsi que trois autres de cette époque...
Mais la robe est au grenier... (mai 1968), Ton absence... (18 décembre 1966), Comme un arc... (21 septembre 1966).

Ton absence fait patte de velours
Le brouillard se dissipe, l'autre rive apparaît
Comme une promesse, ton visage
en un mirage des mille et une nuits
à l'horizon luit
puis, en longues traînées d'or, dans le ciel
s'étire, fils d'Ariane,
jusqu'à ma rive

Cahier


M. Th., mis en ligne le 31 juillet 2009



*        *        *


Mes mytho-théologies – Suite

La Source d'Incandescence,
conte
2002, Inde du Sud et Bruxelles

Extrait
:



... Elle arriva à l'entrée d'un temple, ôta ses sandales puis se laissa orner les cheveux d'une de ces guirlandes de fleurs patiemment cousues par les femmes. En cette fin d'après-midi, la pierre était tiède, la sensible plante des pieds de la voyageuse pouvait s'y appuyer. Elle allait, émue parmi diverses ferveurs, admirant bas-reliefs et sculptures aux rondeurs élégantes modelées et remodelées par les nuances lumineuses du soleil, gamme d'ors et de roses. Là-bas, le temple est intérieur et extérieur, il est site, lieu ouvert au ciel, à l'air, il est vrai que le climat s'y prête.


Imperceptiblement, le soir arrivait, attirant peu à peu une foule tendue, animée de religieuses et festives attentes. Une cérémonie, en grande pompe, se préparait. Des moines et des prêtres affairés hissaient leurs divinités sur un char de procession, celui-ci actionné par un assourdissant moteur. La voyageuse ne comprenait pas cette intrusion "moderne" dans un rituel qui en perdait son recueillement.

Mais le bruit, amplifié par l'écho contre les murs, n'empêchait pas une femme au visage tragique de prier. Avec une dévotion proche du désespoir et un respect timide, elle touchait l'une de ces divinités. Un voile s'ouvrait devant les yeux de la voyageuse, qui retrouvait ici l'universelle condition. La femme priait avec le même élan que celui qui, ailleurs, projette vers Marie. Peu importe l'objet prié, découvrait l'exploratrice, dans ces dévotions l'on sort de soi une qualité, une bienfaisance, une vertu. Vertu intérieure mais aussi extérieure, donc captable par l'intensité d'une prière.


Si la voyageuse avait ici rencontré l'oratrice (...), elle lui aurait confié l'idée qui venait de la traverser et qui l'horrifiait. Elle était partie de la nécessité de trouver la vertu en soi comme à l'extérieur, dans les mondes, afin d'éviter les fanatismes. Puis, lui était venue une glaciale lucidité. Dès que l'on croit en quelque chose ou en quelqu'un, religieux ou non le fanatisme profile ses potentielles menaces.


Elle quitta son immobilité et la cérémonie, poursuivit sa déambulation dans le temple. Dehors, baignées d'ombre claire, des sculptures ondulaient, exaltaient la bonté des corps, reliaient l'inquiète à la terre nocturne.


Ravie dans de multiples bras, entraînée dans la danse, sa pensée s'assouplissait, courbait sa taille, arrondissait ses angles. Ainsi, Pascal avait-il eu raison de parler de "rosea
u pensant", car le roseau est souple. ...



M. Th., mis en ligne le 2 août 2009



Réponse

L'arbre humaniste de mon récent titre (voir mes romans) n'est pas un chêne vantard.
Il est de cette sorte qui sous la tempête devient forte.



M. Th., mis en ligne le 4 août 2009, 8 h.



Il est beaucoup d'arbres ...

Le lien

M. Th., 1989
Le lien


Arbre puisant sa force
dans une mer ensoleillée



Printemps

M. Th., 1991
Printemps


Tableau reproduit en 1993
dans mon conte :
Un Voyage ou Journal d'un peintre
et en 2007 en couverture de mon conte :
Mon beau Cygne perlé




... Jongler avec les symboles, les adapter, les retourner pour les empêcher de se scléroser! On ne peut rigidifier les paraboles dans des codes. Ce seraient les codes d'une route dépourvue de Mystère. Les divers entendements sont richesse.*

* Extrait de ma pièce : Foyer, parue en 2000




M. Th., mis en ligne le 5 août 2009, 9 h. 48



*


De la Nature à l'Imaginaire

Et quand mon oreille éprouve le tonnerre d'une haute cascade !


En 1978, en Norvège, j'ai peint d'après nature, entre autres sujets, une très haute cascade.
Installée à son pied, je me fis un point d'honneur artistique de supporter le tonitruant et incessant déferlement.
Cette épreuve auditive, je la vécus dans un esprit que n'aurait pas désavoué Van Gogh.
Ma plus qu'esquisse me permit, un an plus tard, de réaliser mon "Rocher d'Horeb".


 
Cascade en Norvège

M. Th., 1978
Cascade en Norvège




Rocher d'Horeb

M. Th., 1979
Le "Rocher d'Horeb"


Tableau reproduit en 2004
en couverture de mon recueil :
Plein cintre d'arc-en-ciel




Rappel :
Les forts contrastes mènent aux nuances (1)


J'ai toujours été sensibles aux sons...

... Chuchotements. Ruche aux sons hiéroglyphiques. Des tablas indiens clappent puis gargouillent. Des eaux rampent. Soudain giclent des gouttes au son clair ...
(2)


(1) 2008, À l'entrelacement de ma Tempérance
(2) 1989,
Un Voyage ou Journal d’un peintre



M. Th., mis en ligne le 10 août 2009



*


Toujours dans mon esprit d'auto-exégèse


Refus (sans commentaires ou explications) d'éditeurs, de jurys – entre autres de prix –, ont parfois, pas toujours, été pour moi l'occasion de me remettre en question.
Si mon manuscrit est refusé, c'est qu'il n'est pas au point, me disais-je.
(Ne me répéterais-je pas? N'aurais-je pas déjà confié ceci dans ma rubrique: Extraits?)

Il y a environ quatorze ans, je remis en question un manuscrit qui n'avait pas retenu l'intérêt.
C'était un long poème. Je l'élaguai et en fis une suite de plus courts.
Quelques années plus tard, alors que ma seconde version était déjà publiée, je relus ma première.
Il m'apparut clairement que je l'avais trop élaguée.
Mon Ange Diagonale (
début du premier volet de mon Triptyque), il s'agissait de lui, y avait perdu quelques plumes; j'aurais dû garder quelques courts poèmes, cela lui aurait fait des pages ou des envols en plus.
"Placer" ceux-ci ailleurs n'aurait plus eu aucun sens.
Bref! si je puis dire en l'occurrence, s'il faut peser ses mots, il en faut aussi peser les retranchements.

D'un autre manuscrit refusé, je changeai le titre, faisant d'un sous-titre intérieur le titre principal.
Fleurs de vision / par-delà mes doutes devint : La portée d'exil.
Je changeai aussi les premières phrases de mon roman épistolaire, et ajoutai à la fin trois sous-titres.
Écrites donc après le refus éditorial,
ces dernières pages étaient essentielles.
Dès lors, je réalisai d'une part que j'avais envoyé mon manuscrit trop tôt et d'autre part que l'important est et demeure mon travail, mon ou mes évolution(s).

Par contre, mes recueils : Variations pour songe sur un insaisissable Absolu et Plein cintre d'arc-en-ciel, ont été l'un et l'autre deux fois acceptés: par l'éditeur et par le Fonds national de la Littérature.
S'ils ne l'avaient pas été, je n'en aurais rien changé.

Mais Plein cintre d'arc-en-ciel a aussi son histoire, un peu différente.
J'avais d'abord, au Fonds précité, envoyé mon manuscrit :
La Chute contemplative.
Il fut refusé.
Ne le sachant pas encore, je réfléchissais à ce que je ferais en cas de refus.
J'étais alors en vacances au Maroc.
En un éclair, je vis et composai dans ma tête un nouveau recueil dont la seconde partie inclurait des pages de La Chute contemplative ainsi que des poèmes écrits sur place, donc au Maroc. La première partie en serait un court recueil écrit en 1997 (excepté le dernier poème, en 1998), que j'avais intitulé: La Source dansante.
Ces deux parties seraient de la même eau !
Cette évidence me transportait !
De retour à Bruxelles, je réalisai mon projet.
Ensuite, je présentai au Fonds ma nouvelle composition,
Plein cintre d'arc-en-ciel.


Mon récit La Source raphaëlle et mon conte La Source d'Incandescence formaient au départ un diptyque, parce que je les avais écrits en même temps; soit après mon voyage en Inde, et avant et pendant et après la mort de mon père (en 2002).
Dans mon récit, l'Inde est bien présente; et, à la fin de mon conte, la mort d'un patriarche évoque celle de Papa.
L'idée de grouper mes deux livres en un seul volume se trouvait être dans l'esprit de ce que Maurice Béjart avait répondu, longtemps auparavant dans une interview télévisée, à la question: Comment définiriez-vous l'Inde? Il avait alors décrit une scène vue là-bas, où un garçon portait simplement sur son vélo sa grand-mère décédée pour la mener au bûcher funéraire. Le
danseur-chorégraphe avait dit combien, en Inde, la mort est acceptée comme faisant partie de la vie – ce n'étaient pas tout à fait ses mots, j'exprime son idée à ma façon. 
Mon diptyque refusé par des éditeurs, je décidai finalement de séparer mes deux livres.
Et c'était mieux, dans la mesure où furent peut-être évités des malentendus à propos de l'incandescence.
Il est des perceptions d'ordres symbolique et mystique auxquelles il faut laisser un mystère, même si ce mystère devient clair dans sa pensée. 

M. Th., mis en ligne le 16 août 2009

P. S., 30 août 09 : Un mot encore – ce sera le dernier sur ce sujet, tous mes autres livres ayant coulé sans détours – à propos de mon conte: Un Voyage ou Journal d'un peintre.  En 1989-90, j'écrivis un recueil de courts textes situés entre conte et pensée. Je l'avais titré: Le moinillon et autres contes. Mon manuscrit fut refusé, mais une maison d'éditions, celles de l'Aube, en septembre 1990 me répondit aimablement: "Votre recueil a pour lui l'unité d'inspiration et d'écriture. À ce titre, il constitue bien un ouvrage achevé, dont l'originalité et le ton retiennent l'attention. En fait, c'est le genre même de ces petits textes qui fait question." - "Ils n'auraient pas leur place (et en souffriraient) à côté des ouvrages en un sens délibérément plus 'romanesques' que nous éditons ou dont le caractère de fiction est en tout cas plus affirmé." Ce "caractère", Novalis allait me le donner. Après ces refus, je découvris en effet son roman: "Henri d'Ofterdingen". Affinités. En un éclair, je vis ce que mes contes allaient devenir, je les insérerais dans un seul conte, à l'instar aussi des "Mille et Une Nuits" dont j'avais, quelques années plus tôt, lu une petite moitié. Mes textes plus courts devinrent dès lors des histoires racontées par divers personnages de mon nouveau conte, de mon autobiographique mais sublimé ou transposé Voyage ou Journal d'un peintre. J'envoyai celui-ci aux Éditions de l'Aube, encore, mais ne reçus cette fois pas de réponse. Il fut accepté alors par les Éditions du Snark dont la faillite me fit me tourner vers Luce Wilquin qui le publia en septembre 1993, tout juste pour mon exposition de peinture d'alors.

Dans les refus sans commentaires ou explications, comme je le dis ci-dessus, il y eut trois honnêtes exceptions, la première de l'Aube, la seconde de L. W. et la troisième de l'édition Le Cri.

Pour ma portée d'exil (sous un autre titre) dont j'ai déjà parlé, voici un extrait de la réponse de Luce: "Concerne: 'Fleurs de vision par-delà mes doutes'. Si j'ai tant tardé à te donner des nouvelles de ton manuscrit, c'est qu'en fait il me pose à la fois un problème et un cas de conscience./ Ce texte (...) n'a reçu l'adhésion d'aucun des lecteurs (...). Non pas tant en raison de son style – celui-ci t'est bien particulier, mais l'on peut sans crainte affirmer que tu 'sais' écrire – que de ses préoccupations, très éloignées de celles de notre public actuel. (...) En outre, les représentants eux-mêmes jugent impossibles" (sic) "de placer un tel ouvrage en librairie (...) la plupart des libraires (...) font face à d'énormes difficultés de trésorerie (tout comme les éditeurs littéraires, d'ailleurs)... ". Luce, si tu me lis ici, ton lapsus (après lequel j'ai écrit: sic) est encourageant; permets-moi de jouer à la psy. en en déduisant que ton inconscient trouve les "représentants" (de commerce, évidemment) et les juges littéraires absolument "impossibles". Il y a donc de l'espoir.

À propos de ma Source raphaëlle, envoyée seule, Le Cri me répondit: "Pour des raisons indépendantes de la qualité de votre texte, nous avons décidé de renoncer à sa publication. Les contraintes commerciales et les objectifs éditoriaux que nous poursuivons ne nous permettent pas de nous engager.". Si ce refus me déçut et me fit mal dans la mesure où mon manuscrit parlait de la mort de mon père, il me donna l'idée de préciser en bas de mon exergue le sens de la minuscule r de mon titre... En effet, en tête de la réponse du Cri, ceci: "Concerne: La Source Raphaëlle?". Si l'on a mis un R majuscule et un point d'interrogation, me dis-je alors, c'est qu'on n'a pas compris qu'il ne s'agit pas d'un prénom mais bien d'un adjectif qualificatif que j'ai inventé. Le point d'interrogation est donc délicat. Ce qui m'est évident pourrait être pris pour une faute d'orthographe!

Ces réponses éditoriales me semblent intéressantes à citer, car elles constituent pour moi des critiques positives et élogieuses.
Conclusion : Vivent les autoéditions ! "Moins de gloire, plus de liberté", Victor Hugo – "Les Misérables". Ce qui n'empêche pas qu'écrire demeure un combat.

P. S., 2 septembre 09 : Liberté... Mais, avant de lancer en mai 2008 mes autoéditions M o n é v e i L, j'ai toujours été libre, en ce sens (je me répète, j'ai déjà expliqué ceci auparavant) que mes manuscrits ont toujours été publiés tels quels. Pourquoi mon besoin récurrent de le signaler? Parce qu'il est de notoriété si pas largement publique, du moins littérairement restreinte, que des éditeurs font retravailler de leurs auteurs, voire les corrigent. Écoutez, je ne désapprouve pas ce fonctionnement, lequel doit être vieux comme une partie du monde éditorial. Ce qui se passe de particulier (c'est le cas de le dire) chez moi, c'est que je suis taraudée par un désir d'être reconnue pour ce que je suis, pour mon travail introspectif d'autant mieux ouvert sur le monde, bref pour mon cheminement, celui-ci fût-il différent, et non tiré au cordeau glorieux et trop "formaté" de mimétiques modes – il est des modes à tous niveaux. Je suis sévère, mais ne l'est-on pas avec moi. À propos des refus d'éditeurs, je n'ai pas voulu nommer les méprisants. (Si l'aigreur s'est ajoutée à ma douceur, ce n'est pas sans raisons. Mais piquante autrement, je l'ai toujours été).


M. Th., mis en ligne les 30 août et 2 septembre 09


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Dernières pages de ma portée d'exil ...


L'incandescente Réponse descellée

L'autre soir, au moment du couchant, j'ai vu un arbre plus ardent que le buisson biblique. Magritte l'aurait aimé.
Sous l'impact flamboyant du soleil, son fût était porte incandescente. D'une forge?
Jusqu'ici, la forge avait été absente de mon esprit. Son image ne me parlant pas, elle m'était inimaginable. Et son lieu, inconnu.
L'arbre, pourtant imposant, avant ce soir-là ne m'avait non plus jamais manifesté sa présence.
Certes, il m'a longtemps été caché par le marronnier coupé naguère. Mais depuis l'abattage, je ne voyais plus que le vide entre les deux arbres inclinés vers l'extérieur.
Il faut dire qu'au-delà du fameux buisson et derrière quelques maigres arbustes, le tronc de cet arbre est presque tout le jour ombragé. Mais sa frondaison haute dépasse toutes les autres, elle est aussi d'une couleur carmin qui tranche sur les différents verts. Elle faisait tant partie du fond du tableau encadré par ma fenêtre qu'elle était devenue un arrière-plan hors de ma vue. C'est pourquoi l'idée ne m'effleurait pas d'en chercher le tronc. Celui-ci dissimulé par les ombres voisines, l'arbre paraissait lointain. Ainsi, même coupé, le marronnier me cachait encore, si pas une forêt, une perspective, un autre plan.    
Et voici que dans ce vide, au-delà de lui, l'impérieux soleil descendant enflammait de ses rayons horizontaux et directs la rude écorce, la métamorphosait en unique alliage de tous les métaux. Ceux-ci nobles et précieux en leur point de fusion ou d'incandescence.
L'impact me laissait sans expression. Je ne pouvais plus que me trouver là, face à cette plus que couleur. La porte ardente pouvait s'ouvrir sur tous les contes, sur toutes les histoires... Ces histoires dont je me méfie pourtant, car elles sont en leur fin trop mortelles. Mais un conte n'est pas une histoire.
Pourquoi, comment, suis-je aujourd'hui arrivée à cette réticence, à ce refus de raconter? Serait-ce que, visionnaire, je craindrais d'entrer à mon insu dans des intimités farouches ou blessées? Je saurais qu'on n'invente jamais, que toute fiction est réelle, l'était ou le sera. Des histoires, devrais-je mieux encore comprendre le point commun, terriblement humain.
Dans la forge, pour être formé en conte, l'esprit de l'histoire doit passer par la flamme. La racine du feu de l'arbre incandescent est un foyer où ciseler le conte.
Mais ceci, l'autre soir, restait à découvrir. Desceller.
Mon regard butait sur le sceau du soleil. (...)
Une violente et muette émotion me saisit.
Couleur intensifiée car approfondie, par le poids de l'arbre, la matière de l'écorce, les racines enfouies.
Face et grâce au couchant, l'arbre m'a révélé une porte dont l'appel me laissa un moment interdite. Interdite au seuil d'une expression qui m'apparaissait soudain si vaine, si passagère, comparativement à la lumineuse, la concentrée, l'essentielle couleur de l'astre vital. Couleur plus que reflétée: imprégnante, pénétrante.
Le feu du ciel et le feu de la terre s'unissaient. Et cette union me bouleversait, marquait douloureusement mon coeur à tous les métaux de la forge. Et me donnait des forces. Dont celle d'être heureuse malgré et dans ce monde fou, plus délirant que moi.
La descente solaire rend plus proche LE feu.
(...)
Sous les racines, le soleil allume-t-il cette forge où ciseler et mûrir ses flamboyants envols? Ou bien rejoint-il une autre forge, le foyer de la terre dont le cœur ardent bondit vers cet époux descendu du ciel, qui lui ressemble? Comme deux gouttes d'eau!
Déjà, la réponse m'échappe... Il me semble que la forge s'est repliée, que le feu couve et attend pour briller ma vierge écoute et ma totale mémoire.
Mémoire de braise sur laquelle souffler.
  
  



... Premières pages de ma Source raphaëlle


Je demeurais un peu morne, presque hébétée, l'esprit vide, le regard parcourant distraitement les murs de ma chambre, quand, par la fenêtre ouverte, m'apparut l'arbre incandescent. Depuis longtemps, je n'avais vu le signe lumineux du couchant sur l'écorce, le tronc animé par le rouge soleil comme si l'astre s'incarnait en l'arbre. S'enracinant au cœur ardent de la Terre.

Cette illumination précise doit dépendre du temps, des nuages évidemment, de cycles planétaires ou saisonniers déterminant les angles d'éclairage et les couleurs solaires, bref de moult facteurs étudiés par les spécialistes.
Je bondis de mon lit, comme au retour d'un bien-aimé! si présent en son poids de lumière. Cosmiquement émue, j'aurais écrit des lettres amoureuses à cet arbre capable d'irradier, en son tronc reliant ciel et terre, un tel potentiel d'Amour.
Naguère, au-delà de l'absence d'un arbre, du vide suivant son abattage, par la même fenêtre, était apparu un autre arbre précédemment caché par le premier, cet arbre incandescent au tronc rougi par les feux du couchant.
Aujourd'hui, au-delà de l'absence du père, revenait la même ardeur.
Au-delà des disparitions demeure, veille et brille l'étincelle sacrée de Vie.
Si un voyage en Inde m'avait donné la force spirituelle d'assumer la séparation inattendue bien que progressive d'avec mon père, un désarroi vidait momentanément mon esprit, le rendant presque incrédule. À cet instant, l'arbre affirma la solaire incandescence et me rendit la foi!
Tout au long du déclin paternel, des souvenirs m'étaient revenus, qui avaient doucement et tendrement comblé la proche absence.
Entre mon retour de voyage et l'hospitalisation de mon père, six semaines s'étaient écoulées durant lesquelles j'avais, avec nostalgie et passion, dansé sur des musiques carnatiques, improvisant jusqu'à éprouver dans mon corps une plénitude gracieuse. Dansé, et commencé un conte d'inspiration indienne dont l'écriture allait bientôt devenir parallèle à celle de ces pages. Si bien que, dans mon cœur, les deux émotions s'entremêlèrent, le chagrin de perdre Papa et la tristesse impuissante d'avoir quitté un pays terriblement pauvre et souffrant.
Quand il entra d'urgence à l'hôpital, je me sentis glisser dans un état d'errance. D'une errance qui m'avait toujours été sous-jacente, comme elle l'est peut-être à l'humanité entière, jusqu'aux plus sédentaires.
Le retour ou le réveil d'immenses et anciennes attentes se traduirait-il en errance?
Et l'errance se situerait-elle dans un rapport entre temps et espace? Marcher dans l'espace, à travers lieux indéfinis, vers des temps passés, quelque part toujours présents en soi? Marcher en soi?
Une espèce d'aliénation. Aliénée du temps actuel avec la complicité de l'espace, lequel véhicule vers un temps ancien suspendu.

Je retrouvais une errance oubliée, à un niveau très personnel de la réalité, lequel n'est pas nécessairement sa réalité, celle-ci dépassant la personne de la même manière qu'une origine se révèle amplifiée par l'univers.

L'origine du père... Ne l'ai-je pas toujours et partout recherchée? Le père chaleureux, rayonnant les ondes d'une affectueuse pensée. L'archétype paternel.
Certains le cherchent en d'archéologiques tensions; d'autres, comme moi, en explorant une créativité originelle, originale.
Le père, l'Ancien, détenant un savoir multiplié par les questions de ses rejetons.
Dieu, en... somme, créateur, susciteur, ressusciteur d'une "science infuse" qui en nous sommeille, entrouvrant l'œil brillant d'un rêve incandescent où fusionnent réponse et questionnement.

Mon voyage m'avait apporté un mystérieux savoir, et ce savoir me fortifiait dans l'épreuve. Pour ne pas me perdre dans l'errance découlant de l'abandon paternel, je dus impérativement m'y retrouver, me retrouver, moi et le lien à mon père, ce lien qui allait être le fil me guidant dans mon passé, dans mes souvenirs. Retrouvailles que je notai au jour le jour, et parfois à la nuit la nuit. À mon père, j'envoyais en pensées invisibles les déclarations d'une tendre affection ravivée par le retour de mon enfance. Enfance courant après un père qui la quittait.



M. Th., mis en ligne le 17 août 2009



Précision


Avant-hier, j'ai ci-dessus écrit :

Si mon manuscrit est refusé, c'est qu'il n'est pas au point, me disais-je.
(Ne me répéterais-je pas? N'aurais-je pas déjà confié ceci dans ma rubrique: Extraits?)

Ma question concernait seulement la phrase qui la précède, à savoir que les refus littéraires seraient infaillibles.

Ma question ne signifiait donc pas de ma part un oubli de ce que j'ai confié dans: Extraits, à propos
de mes Verbes-Oriflammes et de mon roman épistolaire Le Maître d'or, l'un et l'autre nourris par mon roman inédit et deux fois refusé (par une maison d'éditions et dans le cadre d'un concours): Au-delà des Jardins.


M. Th., mis en ligne le 18 août 2009



–  –  –  –  –




Il est des perceptions d'ordres symbolique et mystique auxquelles il faut laisser un mystère, même si ce mystère devient clair dans sa pensée.
ai-je plus haut écrit.
En 1999, dans ma pièce : D'Oracles, je l'avais déjà dit:

... Certains sont si contents de trouver des arguments raisonnablement irréfutables pour gommer les mystères! Je leur ai dit: ce qui importe, c'est le niveau profond qui en nous est touché. Qu'on adhère ou qu'on soit révolté, on réagit en profondeur. Là est l'essentiel.


N. B., plus de dix ans après : Au lieu de raisonnablement, j'aurais dû mettre: rationnellement


–  –  –  –  –


J'ai dernièrement retrouvé dans mon tiroir* un projet griffonné de réponse pour le cas où il me serait demandé: "Qui êtes-vous?"
C'était avant une interview (en direct) par Jean Jauniaux.
Ne sachant comment elle se déroulerait, j'avais voulu prendre les devants en me préparant à une éventuelle question que j'avais parfois entendu posée, à d'autres et par d'autres, ce fameux "Qui êtes-vous?" qui prend de court tant la réponse serait longue et complexe; à tel point qu'on aurait envie de retourner l'interrogation, afin d'en faire éprouver la difficulté: Et vous, qui êtes-vous?
L'on peut réagir de façon multiple et à divers niveaux – par sa biographie, par ses talents, etc.
N'est-ce pas ce que je fais tout au long de mon site mouvant.
Interminable de par son mouvement et son devenir, une telle réponse, dans le cadre d'une brève interview en l'occurrence, doit, à mon sens, se concentrer...
Aussi, aurais-je brièvement et philosophiquement répondu ceci:

Qui je suis ? Si je vous réponds, j'ai bien peur de n'être qu'une idée: l'idée que je me fais de moi-même. Mais, comme je tente toujours de me dépasser, cette idée est en mouvement.

Peut-être aurais-je ajouté :
Je suis quelqu'un qui cherche à se connaître, donc à connaître le monde et les dieux, en vertu du fameux: "Connais-toi toi-même, et tu connaîtras le monde et les dieux".


* L'on me croira ou non, mais me relisant avant de mettre en ligne, au lieu de: tiroir, j'ai lu... miroir!

 

Griffonnage
Mon papier en question
Avant l'interview du 29 septembre 2008



M. Th., mis en ligne le 19 août 2009



*


En 1° page de couverture de Mon beau Cygne perlé,
mon tableau
Printemps (1991) reproduit plus haut.
Dès lors, voici mon tableau Montagne (1992)
reproduit en 4° de couverture
et, par la même occasion, des extraits de mon conte...


Montagne

M. Th., 1992
Montagne



Le cygne n’est plus qu’un point lumineux au sommet d’une montagne lointaine…
C’est le mont Eladèd.
L’on remarquera qu’il porte un nom inversé. Lisez-le à l’envers ou voyez son reflet dans une glace. Et vous comprendrez combien un côté répond à un autre côté. Et, de là, combien le haut et le bas se répondent aussi, la chute menant au sommet.
Mais Philipp Active n’est pas près de gravir la montagne. Peut-être, d’ailleurs, ne le devra-t-il pas.
(...)
Au sommet du mont Eladèd brille un astre, ce n’est pas encore le soleil, celui-ci ayant à peine quitté l’horizon. C’est le mandala de Miranda, qui auréole le cygne.
Hommage à tes grâces ! dit-il en son cœur à Miranda. Tes grâces que tu dispenses et partages.
(...)
À l’idée de sa montée, Philipp se sent aussi tout joyeux.
Le voici arrivé au pied de la montagne.
Il n’est pas alpiniste. De plus, il n’est guère équipé.
De terre et de végétation, le début de l’ascension est aisément praticable. La suite, escarpée et de seule pierre, s’annonce plus difficile.
Mais voilà Dame Action.
Elle ne lui tient pas rigueur de ses pensées ingrates :
Tu as connu le septième ciel. Là-haut t’attend un huitième, un neuvième, et davantage.
Comment irai-je au sommet ?
Tu ne devras pas gravir péniblement le mont, tu as déjà beaucoup travaillé, tu mérites une récompense. Tu n’auras qu’à poser les pieds sur les degrés, et les monter comme ceux d’une échelle.
Quels degrés ?
Mes couteaux. Je les lancerai sur Eladèd, en les disposant en échelons. Ils se ficheront régulièrement dans le roc, jusqu’au sommet.
Mais, Dame Action, je…
Elle l’interrompt : Ne m’appelle plus ainsi, c’était un nom provisoire, destiné à réveiller le tien.
Comment t’appelles-tu, alors ? Ce doit être un nom pointu…
Veille…
Dame Veille ? C’est vrai que ta veille est aiguë.
Je l’affûte à mes craintes.
Et ton prénom ?
Il ne t’étonnera pas : Ariana.
Tes traits incisifs assemblés forment en effet un fil…
Allons, il est temps de poursuivre ce sentier de terre et de broussailles. Quand la montagne sera de seule pierre, je lancerai mes couteaux, et tu t’élèveras. Un trait pour chaque pas. Tu as l’air inquiet… Ah… je comprends… Tu iras sur le plat des échelons, et non sur leur fil ! Je vise bien !

Voici Philipp arrivé sans difficulté au sommet d’Eladèd, porté par le côté plat des lames et par une semi-apesanteur angélique.
Lui revient la question passée :
Une vue panoramique du dédale le résout-elle mieux qu’une exploration détaillée ?
Non, avait-il alors pensé, n’y étant pas encore descendu.
À présent, il comprend que cette vue doit être complémentaire.
Il tourne son regard vers le bas, un peu étourdi par la vastitude du monde autour de la montagne, et par le fourmillement aérien qui s’en dégage et monte jusqu’à lui.
Une carte stratégique de la planète semble vouloir se dessiner…
(...)
Le cygne a replié ses ailes, et lové son bec et son souple cou dans son duvet. Il peut dormir, Philipp Active est arrivé.
Dans le ciel, à cette minute, le soleil se trouve au niveau du sommet ; aussi fusionne-t-il un moment avec le mandala. 
Au même instant, Philipp sent le regard de Miranda fusionner avec le sien. Fusion qu’il ne fuit pas, cette fois.
Le temps de ces deux fusions, la vue panoramique du monde devient d’une précision telle que Philipp décèle, sans effort de concentration, tous les Ogrodoi de la planète !
Il les a repérés !
Ils sont nombreux, de plus en plus nombreux…
Philipp Active voit aussi des foules osciller lentement dans une cécité proportionnelle à la menace…
Ariana Veille, tu m’as conduit jusqu’ici, mais comment parler aux foules pour bien leur ouvrir les yeux ?
Mais la Dame aux lames est repartie, d’autres veilles l’attendent.
Et Philipp qui voit se demande à quoi sert la vision…
Un pouvoir visionnaire ?
Pour quelle pensée ?
Pour quelle action ?
Il songe à Dieu, à l’impuissance panoramique de Dieu.
Pourtant, n’est-ce pas au sommet des montagnes que Dieu se manifeste ? Certes, Il brille dans quelques buissons animistes et ardents.
Cette ardeur active, Philipp la trouvera en bas.
Après avoir atteint en haut ce dixième ciel chaleureusement clair et voyant.
Tout en redescendant, il se dit que les foules ont spontanément trouvé la bonne définition de l’existence :
« Des hauts et des bas » !
Qui nous protègent des nivellements !
(...)
Il se retrouve donc dans cette région où l’on dit désormais Eladès. Sur son chemin élargi, une femme vient à sa rencontre. C’est Ariana Veille.
Elle ressemble à un Cupidon qui aurait perdu son arc et ses flèches.
Où sont passés tes attributs ? lui demande Philipp. Où sont tes lames ?
Je les ai lancées dans la mer, elles y sont devenues fins poissons.
Je les ai lancées dans le ciel, elles y sont devenues traits d’esprit.
Pourquoi as-tu perdu ton art ?
Mon art n’est pas celui de tangibles couteaux, Philipp. Il est plus abstrait.
Illusionniste ?
Il ne s’agit pas non plus d’illusion. Rappelle-toi l’épée de feu plantée dans l’herbe. Tu ne l’as pas prise matériellement, mais tu en as emporté l’image, et cette image t’a fortifié. Ta force n’est donc pas illusion. Où vas-tu, comme ça ?
Je retrouve autrement des lieux passés. Redescendrai-je dans le labyrinthe ?
Tu ne l’as pas quitté. On ne le quitte jamais. Montants, descendants ou horizontaux, les chemins font partie du dédale.
La sérénité n’est jamais acquise, quoi !
Au cœur des plus complexes et inquiètes questions, elle veille. Sais-tu qu’à la longue, les questions ont élaboré une sorte d’édifice…
Tu trouves que le labyrinthe est un édifice ?
L’édifice est la tentative d’ordonner le labyrinthe, de lui donner un sens.
Cet édifice… dirais-je : abstrait ?
Spirituel.
Cet édifice spirituel serait-il à l’image de ceux qui furent matériellement bâtis ?
C’est l’inverse, plutôt. Bien qu’en ce monde, le matériel et l’immatériel soient liés au point de ne pouvoir aller l’un sans l’autre. L’immatérialité ne met pas l’édifice à l’abri des écroulements. Mais, même au cœur de l’écroulement, la sérénité demeure.
Toi, tu m’es d’abord apparue comme une menace pour ma sérénité. Je venais d’un lieu si tranquille…
Tu revenais du seuil de la mort. J’ai dû t’aiguillonner. En ce monde, la sérénité doit être aiguë. Les obtus ne sont pas sereins, ils sont veules.
Ogrodoi est-il veule ? Je ne le pense pas, il déploie une énergie considérable…
Elle l’interrompt : C’est son esprit qui est veule. Continue ton nouveau et récurrent chemin, tu ne tarderas pas à y retrouver Ogrodoi. Souviens-toi de mes lames… Vois-les en toi, précises.
Si je te comprends bien, ton art à toi est martial et mental.
(...)
Dans la brume blanche de ce commencement, dans cet espace mystérieusement forestier, Philipp a oublié le premier miroir, celui de Miranda. Il lui revient enfin en mémoire.
Il se rappelle la fusion de leurs regards au sommet d’Eladèd, et réalise que cette fusion était mariage.
Épousailles de leurs visions…
Et le cygne…
Et Ariana, à la veille active…
La revoici, justement, au sortir de la forêt.

Salut, Ariana !
Appelle-moi maintenant Anima.
Âme piquante que la tienne ! rit-il.
Sans doute.
À toi, l’épine ? À Miranda, le pétale ?
Ne l’effeuille pas trop, ta rose. Tu te piquerais à moi.
Oh là là ! Qu’est-ce qui te fait te hérisser à ce point ?
Je viens de traverser un Jadis où l’homme avait volé à la femme son âme. Or, c’est ce Temps-là qui se mit à parler de l’anima masculin.
Masculine, tu veux dire…
L’on se mit donc à parler de l’anima de l’homme. Celui-ci ne vit plus en la femme qu’une seule chair privée d’âme. Il alla même parfois jusqu’à mépriser le corps féminin. Et son mépris était proportionnel à la honte qu’il pouvait avoir de son propre désir.
Et l’amour courtois ? Tu l’oublies. Tu caricatures.
La caricature est une prévention, mon cher.

Albine, tu exagères ! dit Phil. Me feras-tu jouer le rôle de bouc émissaire de ces dames ? !

Comme par enchantement, le voici entouré de Miranda, Vanessa, Emma et Flavia. Elles le câlinent et le rassurent.
Anima Veille, qui était restée en retrait, s’approche :
Philipp Active, toi qui veux défendre les foules, sais-tu qu’elles se composent à moitié d’hommes, à moitié de femmes ?
S’il te faut connaître les problèmes sociaux de tous et de toutes, tu ne dois pas ignorer leur psychologie latente, je veux dire : leurs atavismes moteurs.
Bientôt va ressurgir Ogrodoi, plus multiple que jamais. Si ce tyran ne refuse pas à la femme une âme, il lui conteste un esprit.
Quelle différence entre âme et esprit ? demande Philipp.
L’âme serait l’intelligence du cœur. Et l’esprit, l’intelligence du cerveau. Or, pour ce genre d’obtus dangereux, le cœur est négligeable…
Pourtant, l’interrompt Philipp, c’est du cœur des foules qu’il se sert. Il joue avec !
Elle sourit : Les discours philosophiquement convaincants, je te les laisse. Pour ma part, quand je quitte le pratique, je perds de ma précision !
Oh mais ! tes définitions sont précises !
Vouloir trop définir ouvre une autre sorte de dédale.
À propos d’esprit, ton intelligence à toi ne relèverait-elle pas du cerveau ?
Elle sourit à nouveau, mais tristement cette fois. Et ferme les yeux pour cacher une déception.
Albine débrouillera toutes ces notions ! tranche-t-elle. Nous sommes en pleine anatomie subtile !
Qu’importe les définitions, pourvu qu’on ait la conscience ! tranche-t-il à son tour.
Bravo, Philipp ! Tu es un roi !
Et toi, une très spirituelle Anima ! répond-il finement, car il a compris sa maladresse.

N.B.: Philipp, c'est un des prénoms de Carl Philipp Emanuel Bach – lire mon conte: Un cœur symphonique (conte mis en ligne sur BELA et sur papier dans mon âme dénouée). Albine est ma fictive narratrice.



–  –  –  –  –


Un maître sous les ponts

– en l'occurrence, maîtresse –

Faut-il toucher le fond de la folie
pour s'élever vers la sagesse !


... Chagrin ...
Quelle qu'en soit la cause
tous les chagrins sont lourds à porter
L'énergie à la dire
la mettrai-je à nouveau à un autre niveau ?

________________________________________________

Je ne sais si la ligne que je viens de tracer est celle d'une fin ou celle d'un palier.
Aurais-je déjà changé de niveau?
Ce que je sais, c'est que j'ai toujours autant de peine, malgré mon expérience de l'expression consolatrice dans la transposition.
Car changer de niveau, c'est transposer.
Pourquoi ma réticence à transmuer une fois de plus mon lourd chagrin en apesante lumière ? L'ennui me guetterait-il, filigrané à un fonctionnement menacé d'uniformité ? !
La sublimation ! À force de sublimer, finirait-on pas perdre le monde ?
(...)
Moi, je ne me sens guère fêtée ! Car ma rose ne peut ni ne veut s’élaguer de ses épines.
Mon conte sera-t-il celui d'une artiste finissant sous les ponts, mendiant (...) un peu de compassion ?
Oui, je serais sous les ponts afin de mieux porter le passage ; le passage de mon œuvre sur les ponts. Je porterais le pont du Temps, et mon œuvre traverserait le Temps !
Je veillerais avec le pont au mouvement de ce que j'ai créé.
Et les seules vaguelettes coulant sous le pont et perpendiculairement à lui, au bord de ma rive composent un chœur qui me tient en éveil.
Les courants d'air aussi nous tiennent éveillés, nous apportant fraîchement les nouvelles du monde.
Mais aujourd'hui est un leurre, déjà emporté par le courant de ma fluide voisine.
Mon œuvre est hors courants. Elle traverse, par-delà toute géométrie.
Maître-Malgré-Toi, puisqu'ainsi on m'appelle, où en est ton chagrin ?
Apaisé, mais non résolu. Comme tous les chagrins.
Et l'espoir ?
Sans le chagrin, l'espoir n'aurait plus lieu. L'espoir en est la conséquence. Le chagrin est le bas, l'espérance est le haut. Le maître au fond, l'œuvre à la cime.
Toucher le fond pour élever l'esprit …
Une barque viendra-t-elle un jour ? une nuit ?
Oui ... 

22- 24 avril 2005, L'âme dénouée – Pensées




Le mérite

Hier, après avoir confié mon chagrin au fil de l'eau passagère, tout en portant telle une cariatide le pont et sa solide enjambée, hier je me suis promenée dans les rues, confiant au pavé d'autres enjambées, moins certaines.
J'avais déjà, sans l'écrire encore, développé dans ma tête ma dernière idée, à savoir que l'espoir a besoin du chagrin pour exister.
En effet, au jardin d'Éden, le bonheur total excluait les trois vertus «théologales». Foi, espérance, charité.
Le délicieux et divin bien-être n'échappa point à l'ennui qu'engendre à la longue toute uniformité. Peu à peu s'abolit le désir, la tension vers ce Dieu trop offert.
En cela, le premier couple était déjà très humain !
C'est donc pour Le trouver ailleurs qu'il quitta ce paradis dépourvu d'épines, qu'il s'en alla aiguillonner sa vie aux ronces d'une plus assumée condition.
Cette épineuse tentation, nos deux Humains l'appelèrent Démon.
Ils avaient abandonné ce Dieu immanent, cette Nature animiste qu'ils n'entendaient plus, l'oreille trop bercée voire blasée, pour un Autre. Un Autre non pas transcendant, mais descendant puisqu'ils nommèrent Chute leur voyage dans ce qui allait devenir le vaste monde.
L'Humain a besoin d'horizons, besoin de partir, de répondre à un appel qui est, au fond et au lointain, le sien !
Appel corsé par les ronces à franchir avant la réalisation de la promesse qu'il s'est faite à soi-même.
Ronces qu'il a dites diaboliques.
Mais, à la fin, à tant de fins, il ne sait plus ce qu'il est allé chercher. Le premier Dieu abandonné afin d'être ailleurs trouvé, est devenu L'Autre. Or, ce n'est pas Dieu qui est autre, c'est le lieu !
L'Humain erre et cafouille, confond philosophiquement Diable et Dieu, épreuve et récompense.
Il sait cependant que ce vers quoi il tend est un bonheur non perdu mais quitté, quitté de son plein gré, animé par la confuse conscience de devoir travailler à le mériter.
Alors, son ancien bonheur devient joie. Et les autres lieux qu'il découvre et visite transforment le vaste monde en vaste « Dieu » ! En vaste Espace ! En vaste Conscience* !
Ai-je du mérite, moi qui ai tant reçu ? Bien que je travaille mes dons.
 
24- 25 avril 2005,
L'âme dénouée – Pensées

* Voir la Postface de mon Triptyque




M. Th., mis en ligne le 20 août 2009



*



:-(  " La femme est l'avenir de l'homme "  :-)

Voici des années, la télévision interviewa un couple d'écrivains plus âgés que Gérard et moi. Je ne sais plus leurs noms, qu'ils me pardonnent.
La femme avait écrit autant de livres que son mari, mais, confiait-elle avec un détachement teinté d'humour, elle était loin de jouir de la même reconnaissance que lui.
Je me souviens aussi du joli titre d'une émission radiophonique: "Ainsi soient-elles".
Reconnaître les femmes du passé semble un combat qui ne s'applique pas à toutes celles du présent.
(...)
Ces désagréments n'ont certes pas perturbé mon expression. Et je continue, c'est ma vie.
(...)
... l'important est et demeure mon travail, mon ou mes évolution(s), ai-je ici écrit le 16 août passé.
Je vais, sans tout à fait comprendre ce qui se passe en dehors de mon allée.
Malgré ma bonne volonté – et mon intuition !

Les yeux bandés
M. Th., 1998
Sous le bras, une figure d'oiseau protégé


M. Th., mis en ligne le 20 août 2009, soir






Rouages déchirants

M. Th., 1968

Rouages déchirant
De la lucarne un oiseau
est tombé (1968)


Autoportrait malheureux


M. Th., 1988 ou 89

Autoportrait



M. Th., mis en ligne le 22 août 2009


Accident


M. Th., 1989

Mon accident de vélo
du 27 août 1975




Aïe !
Aïe ! Aïe !
"J'ai la mémoire qui flanche"


Le 20 août, j'ai pleuré sur l'épaule de scarlet.
À l'instar de son homonyme dans un film plus célèbre que ne l'est mon œuvre, je me dis bien souvent:
" J'y réfléchirai demain "...
Un peu plus tard en l'occurrence, car ce n'est que trois jours après la mise en ligne de ma révolte que je réalise mon injustice...
Si, j'ai reçu des réponses, et je les garde précieusement, chers amis et amies – les articles ou recensions en journaux ou en revues en faisant évidemment partie!
Je n'oublie pas non plus les appels téléphoniques de quelques lecteurs et lectrices. Ainsi, une Adeline, peintre et poète aussi, me téléphona un jour pour me lire d'une voix cristalline un de mes poèmes qui l'avait touchée; et je fus tout étonnée de m'écouter exister au travers de cette voix sensible.




M. Th., mis en ligne le 23 août 2009




*

Mon beau royaume ailé,
accepte-moi comme prophétesse
en dépit de l'adage



Le 9 juillet passé, à propos d'un livre de Simenon ("Pedigree"), je confiai l'aigreur d'une vieille propriétaire qui avait jadis loué à mes parents le rez-de-chaussée de sa maison tandis qu'elle occupait le 1° étage.
Pourtant, cette "sorcière" me sauva la vie ...
La mémoire m'en est revenue hier, alors que je lisais quelque chose sur la fièvre chez les nourrissons.
Je ne me souviens pas de celle que j'eus, bébé, qui tourna en convulsions, mais je me rappelle que ma mère m'en a plusieurs fois parlé.
Le temps manquant pour faire venir un médecin, mes parents avaient appelé la propriétaire du N° 38 de la rue du Roitelet à Watermael-Boitsfort – Bruxelles.
Elle accourut et me plongea dans un bain tiède.
Mes convulsions cessèrent.
Étais-je devenue bleue ?
Je poserai la question à Maman, je dois justement lui rendre visite cet après-midi.

En fait, vient-elle de me préciser (je l'avais su, puis oublié), mon père partit chercher le médecin – nous n'avions alors pas le téléphone – et ma mère appela la propriétaire sa voisine.
Lorsqu'arriva le docteur, j'étais déjà guérie. "Il nous a pourtant pris notre dernier billet de 100 francs!", s'offusque encore Maman.
Elle ne sait plus si j'étais bleue on non, mais elle se rappelle combien je tremblais.



Rose bleue

M. Th., 2000
Rose bleue

Bleue ou de fièvre ou de peur ou d'amour,

j'affronte l'Impossible 



M. Th., mis en ligne le 26 août 2009




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Fièvre - Peur - Amour

Une des trinités de ma vie
Le tremblement intemporel *


Condamnée à l'errance
Mais j'ai capté la fuite
le tremblement intemporel où me fixer
où je te trouve


Je te retrouve
Dans un glissement de naissance
où l'aube se dentelle
où coule un outremer de bleuets *



* Vacances de Pâques 1996, Triptyque – Le Tremblement intemporel



M. Th., mis en ligne le 27 août 2009
– Anniversaire de ma chute en vélo : 34 ans



*



Véronique au violon


M. Th., 1987
Véronique au violon


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I                                               I
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I                                                                            I
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
I                                                                                                        I


La Musique guérit


M. Th., mis en ligne le 27 août 2009, soir





Une sorte d'auto – " exégèse "



Ce que je confie dans cette rubrique " Mélange ", comme dans les autres de mon site, constitue pour moi un livre, une sorte d'auto-exégèse (certes partielle) dont le support est non pas le papier, mais l'écran.

M. Th., mis en ligne le 19 mai 2009 à 12 h. 50




En point d'orgue s'est hier soir achevée ma rubrique. Mes confidences y ont été partielles, comme dans les autres. De plus, il est tant de choses perturbantes que je dois taire – depuis mon enfance. En faire une fiction autobiographique me placerait dans un registre pénible et si triste. Pardonner est ma seule issue – difficile.

M. Th., mis en ligne le 28 août 2009 à 7 h. 55




Conclusion : un dépassement

En 1999, dans ma portée d'exil, je parlais de miroirs à détaindre.
Ma plume, certes, a transposé et transpose de mes différents vécus. Leur ai-je tout à fait donné une dimension "universelle"? Je ne sais. De toute façon, mon alchimie à moi est symboliste; elle me permet de traverser mes miroirs autobiographiques, de les voir en fenêtres ouvertes, en un mot: de me dépasser. Mon cheminement ne désapprouve bien sûr pas le besoin d'autres que moi à publier au premier degré leur biographie.



Traversée d'un miroir

M. Th., 1994
Traversée d'un miroir
ou : Résurrection



M. Th., mis en ligne le 29 août 2009





Papillon




Mon site spiralé

Nouvelle rubrique : Papillon

Suite de "Mélange" et d'Extraits,
ma rubrique Papillon commencera tout simplement ici.



M. Th., mis en ligne le 29 août 2009, soir



*


Un désir d'aller au-delà de soi-même

peut s'exprimer par un pèlerinage

Dès 1977, mes tableaux mettant en scène des pèlerins en marche
exprimaient ma tension vers un dépassement


Et voir en bas de la rubrique : Le peintre



Des exceptions confirment les points d'orgue de mes rubriques
Ce sont les P. S. ajoutés après la date de ces points
Ce 30 courant, un P.S. à la date du 16 lui aussi courant
(Î)




M. Th., mis en ligne le 30 août 2009




*



Pourquoi : Papillon ?


Petit couloir

M. Th., Printemps 1986
"Le petit couloir" de Véronique
Tableau reproduit en 1993 en couverture de mon conte :
Un Voyage ou Journal d'un peintre



Le soir du 29 août, alors que je venais d'ouvrir cette nouvelle rubrique et d'y écrire ce titre: Mon site spiralé, mon attention fut attirée par un mouvement dans mon champ visuel gauche.
Un papillon de nuit entré par ma fenêtre ouverte alla d'emblée se poser, comme s'il avait choisi cet endroit précis, sur la trouée vanille-doré du ciel en haut du "petit couloir" de Véronique – tableau décorant, avec d'autres, les murs de mon bureau.
Aussitôt, je commençai de confier ici la conscience de ce papillon; puis, j'effaçai ma confidence, doutant soudain de la disponibilité animiste de mes lecteurs et lectrices.
Pourtant, je n'avais pas douté d'eux dans Mon beau Cygne perlé où je raconte, certes moins publiquement qu'en ligne, un autre papillon. C'était le premier de ma vie, en tous cas le premier que j'aie remarqué.
Le deuxième m'a donc visitée il y a trois jours. Il n'est resté qu'un instant sur ma toile, le temps pour moi de me rappeler que le haut (en l'occurrence de cette nouvelle rubrique) est hors lieu.
En 1985 ou 86, n'avais-je pas déjà écrit (L'Ombre de Dieu): Elle tomba de haut ou monta de bas.
Voici donc l'origine de l'appellation de cette suite.
Ceci m'amène tout naturellement à parler du tableau ci-dessus reproduit...
Au fond du jardin de la maison où Véronique est née en 1980 et a habité jusqu'à la mi-novembre 1997 (le jour de notre déménagement correspondait à celui d'une soirée au Botanique autour de Liliane Wouters, où j'avais été invitée à exposer quelques tableaux), donc au fond de notre jardin, un "petit couloir" – ainsi l'avait nommé Véronique, d'où mes guillemets – reliait le nôtre à d'autres et débouchait sur une cour plus vaste qui, pour les enfants, pouvait être une sorte d'avant-goût du "vaste monde".
Ce couloir partait de chez nous, puis tournait à gauche, de sorte que notre regard butait au fond sur un mur.
Concrètement, ce lieu était assez terne. Mais il m'apparaissait transfiguré par les jeux et les envols des enfants: ceux de ma fille et des voisins de son âge.
C'était si gai !
Sous mon pinceau, les briques maussades devinrent rose-doré.
Un ange (avec des pieds) symbolisait la légèreté enfantine.
Bienheureux don d'enfance !
À un autre niveau de ma sensibilité, plus volontaire, en peignant cet ange longeant un mur, j'avais songé qu'il devait y avoir  diverses attitudes possibles face à un mur que l'on ne peut traverser. C'était avant la chute d'un autre en 1989 – mais je ne pensais pas à celui-là en peignant en 1986 celui-ci tout aussi matériel. Lorsque je vis ensuite le film de Wim Wenders, sorti en 1987: "Les Ailes du désir", je me dis que nos anges se rencontrent peut-être à notre insu! 


M. Th., mis en ligne le 1° septembre 2009




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Notes heureuses en ligne


Eva au piano-1Eva au piano-2

Maman
Véronique et Eva au piano
31 août 2009
Photos prises par Papa Nicolas



Monique et Eva
Gérard et Eva

Papy Gérard et Mamie Monique
fêtent ce 2 septembre 2009
leurs 42 ans de mariage




M. Th., mis en ligne le 1° et le 2 septembre 2009



*


Bribes de deux P. S.
P. S. d'abord mis en ligne plus haut, les 2 et 3 septembre,
à la suite des P. S. des 30 août et 2 septembre
(voir au 16 août)

...  ...  …
Me sentir d'attaque, c’est me sentir de défense.
...  ...  …
Quel homme a dit: "Une femme pardonne, mais n'oublie pas"?
Sage réflexion à appliquer à tous.
Ainsi, pardonner à des pays leur génocide (certes, passé), ne doit pas faire oublier celui-ci.

...  ...  …
L'autre jour, l'on m'a demandé si je me teignais les cheveux, car à 63 ans je n'ai que trois ou quatre, disons: cinq cheveux gris; je répondis que non, que ce devait être héréditaire – mon père et ma grand-mère paternelle ont en effet gardé la couleur foncée de leur chevelure jusqu'à leur mort. J'ajoutai: Mais si mes cheveux deviennent quand même blancs ou gris, je ne les teindrai pas; regardez Gérard, c'est joli ses cheveux gris. Celle qui m'avait posé cette question, bien qu'étant femme elle-même, s'exclama: "Chez un homme, c'est beau, mais pas chez une femme!". Nous ne sommes pas sorties de l'auberge machiste des préjugés!
...  ...  ...
Mon remue-ménage n'exclut bien sûr pas l'androgyne créativité, comme je l'expliquai à Salvatore Gucciardo dans l'interview écrite d'octobre 2003, parue dans la revue "Remue-Méninges" N°29:


S. G.: Quel est le rôle de l'artiste dans notre société de consommation?
M. T.: Rester soi-même. Dire "je" face aux modes et aux engouements.
S. G.: La femme est devenue une force créative qui s'exprime à l'égal de l'homme. Comment perçois-tu ces deux sensibilités?
M. T.: Je répondrai par le concept d'androgyne... Je puis parler de moi au masculin comme au féminin, car la créativité n'est ni masculine ni féminine. Elle relève d'une Totalité. La différence se situerait dans la qualité de l'aspiration à cette totalité: "féminine" ou "masculine", ou ceci ou cela. Ici, l'on serait dans les genres, et plus particulièrement dans les styles. Les sujets étant secondaires: ce n'est pas le sujet qui fait l'œuvre d'art, c'est la manière de le présenter. Et la manière reflète moins le sexe de l'artiste que son caractère ou son tempérament, que sa personnalité profonde, que la sublimation sans laquelle l'artiste ne serait pas artiste.
Pour revenir à l'androgyne, voici un poème humoristique récent à propos d'une difficulté féminine atavique assumée:

S'il est un plus pour l'homme,
pour la femme  parfois
l'androgyne est un piège
malgré son autonomie
Mais elle y choit – c'est son choix –
avec un voluptueux frisson
Passant du masculin au féminin
du féminin au masculin,
son verbe ose

"La femme est devenue une force créative qui s'exprime à l'égal de l'homme", me disait Salvatore. Il y aurait beaucoup à dire sur ce "devenue" et sur cette "force", car le silence (imposé ou choisi) des femmes est GESTATION DE VIE. Quant à ces mots: "à l'égal de l'homme", ils en disent long. Certes, mon ami intervieweur voulait simplement dire qu'aujourd'hui les femmes ont socialement la possibilité de s'exprimer et de montrer leur expression (écrite, peinte, etc.). Créer, elles l'ont toujours fait plus que potentiellement, notamment en encourageant et nourrissant le talent ou le génie de leur bien-aimé. Les "potiches", ce sont ceux qui se permettent ce mot, mot faisant, à l'instar des tonneaux vides, beaucoup de bruit.
...  ...  …
Je me souviens d'une blague dessinée vue un jour dans une revue; j'ai oublié le nom de son auteur, qu'il me pardonne. Un romancier y faisait signer un papier par les personnes dont il avait apprécié les paroles: une autorisation à se les approprier; la dernière image montrait sa femme qui lui faisait une scène, lui reprochant de la piller sans lui demander à elle son accord!
...  ...  …
Dès leur début et bien que sans virtuosité, mes œuvres (plastiques et écrites) ont autour de moi et même très loin interpellé et inspiré.
Voici que me revient soudain la réponse datée du 30 août 2001 de Thomas Owen à mon livre La portée d'exil que je lui avais envoyé:

" Merci pour votre roman épistolaire. / Je lui ai consacré sans m'en rendre compte toute une demi-journée d'étonnements et de surprises bienfaisantes! / Vous êtes un ange, un Ange, un ANGE... / Vraiment vous méritez que l'on suive votre voix et votre regard / Très cordialement / Thomas Owen"

Merci, Esprit de Stéphane Rey-Thomas Owen, de me le rappeler...
Je suis souvent si bête !
...  ...  …
Il y a beaucoup de vérités. Elles sont les maillons de la lourde chaîne humaine que chacun ou chacune doit assumer seul(e).
Ainsi, nos solitudes continuent d'aller côte à côte.

M. Th., effacé puis remis partiellement en ligne le 4 septembre 2009


... Son écriture s'applique à taire ses existentiels et pénibles revers. Ces non-dits-là donnent la matière des romans à histoires et problèmes interchangeables. / Elle n'est pas romancière. Lorsqu'elle tente d'exprimer les non-dits de cet ordre, aussitôt l'enlise cette matière. ... *

P. S., 5 septembre 09 : Quand on est un vrai critique, on comprend ça. (Quand on m'attaque, je me défends).

* 2004, extrait de mon conte : Au tendre matin d'une éternité



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© Maligne – ou la mise à l'épreuve de ma parole "en direct",
ai-je noté tout en bas de cette interminable page.
Oui, je me mets à l'épreuve, je tends ma ligne tel un fil ou telle une corde d'où, virtuelle funambule, je dois veiller à ne pas choir, et surtout pas... déchoir.


M. Th., mis en ligne le 4 septembre 2009

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Lorsque j'affirme ne pas être romancière, c'est au sens moderne du mot "roman".
En plus de mes deux romans épistolaires, j'ai sous-titré un de mes recueils de poèmes: Roman d'une genèse, et cette année j'ai publié mon premier Roman serpentuel.


P. S., même jour : Certes, mon 1° roman (écrit de 1978 à mai 1981) est un roman au sens moderne du mot. Pourquoi ai-je oublié de le mentionner? Parce qu'il a reçu tant de mépris?!


M. Th., mis en ligne le 5 septembre 2009


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Thomas Owen - 1

Thomas Owen - 21


M. Th., mis en ligne intemporellement


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" Le sens du monde est le sourire d'un enfant "
Charles Baudouin

Extraits de mon Roman serpentuel :
Le fruit d'Éden, c'est une bonté divine
poussée sur un arbre humaniste
au bout d'un souple bras


L’idée d’une jeune femme enceinte (p. 51) m’est venue
le jour où ma fille l’était depuis peu sans le savoir encore.
Aussi, je dédie le chapitre :
Myriade, Enfant de l’Espace, à
Eva
ma petite–fille née le 23 mars 2009
– une semaine plus tôt que prévu –
et à ses parents,
Véronique et Nicolas



Le Sceau de Nacre (II° Partie)

Myriade, Enfant de l’Espace

Cette nuit-là est de mer et d’espace.
Elle est claire, non seulement grâce à la Lune, mais en soi, en elle-même.
Le descellement a révélé à Edgar et à Nadia la transparence intrinsèque de la Nuit.
Pour leurs vacances, ils se sont embarqués dans une navette étanche, à la fois spatiale et marine.
Le serpent les accompagne, mais en dehors, dans l’eau où il nage gaiement. Le couple le suit des yeux derrière les vitres du véhicule.

Notes entre les lignes d’une portée musicale, des poissons zigzaguent entre les ondulations sous-marines.
Regarde comme ces poissons sont nerveux ! remarque Nadia.
Ils ont dû avaler une goutte de l’élixir de Sisyphia ! sourit Edgar.
Les poissons sautillent et provoquent tant de bulles qu’elles en deviennent des notes.
L’eau est soudain fendue par des plongées ailées. Les oiseaux, bec en avant, traversent tels des éclairs la portée déjà mouvementée.
Un mouvement amplement musical balance la navette.
Le serpent disparaît dans la myriade de bulles.
Quand elles se dissipent, le reptile a changé…

Émerveillé, le couple assiste à la transformation du serpent… C’est une véritable évolution darwinienne, mais en accéléré!
Il pousse au reptile pattes, embryons d’ailes…
L’élément même, où évolue la navette, se transforme, s’allège…
L’eau devient air !
À travers les vitres, Edgar et Nadia contemplent l’envol du nouvel animal…
Si le serpent mesurait la longueur du bras de l’homme, l’envergure de cet oiseau en fait le double.
Naguère, le croissant nacré du serpent parut un instant à la femme, la lune descendue sur l’herbe du jardin. Elle s’en souvient. C’était comme un bras courbé, pense-t-elle, prêt à m’enlacer. Le voilà qui s’envole ! Elle dit à Edgar : Tu voles ! Mais lui ne suit pas le conte qu’elle est en train de se raconter. Il est en pleine réflexion scientifique. Si le Rêve lui sert, il est d’abord savant.
Il faudra changer les initiales, suggère-t-elle. Passer de S.E.R.P.E.N.T. à O.I.S.E.A.U. : Ordre Intemporel et Sinueux des Envols à l’Aune de l’Univers. Qu’en penses-tu ?
Tu es une rêveuse parfaite ! À propos, tu n’as pas encore expliqué les initiales de Lune, ni pourquoi elles sont devenues les tiennes.
Oui, le moment est venu  de les révéler : L.U.N.E. Lumière de la Nuit Eveillée.
Tout à l’heure, bercée par le balancement de notre navette, tu t’es assoupie un instant et tu as parlé dans ton rêve… Tu as dit: Songe de l’Extraordinaire et Immaculé Nectar… C’est très maternel.
Voilà pourquoi les initiales de Lune sont devenues les miennes. Je suis enceinte…

L’idée d’initiales significatives exprime-t-elle un désir de rejoindre ou fonder une communauté ?
Au départ, les personnages de ce conte étaient solitaires.
(...)



M. Th., mis en ligne le 6 septembre 2009, matin



*


En 2006, j'ai écrit un dialogue* inspiré par un rêve que je venais de faire une nuit. En voici l'Avertissement...

C’est à partir d’un rêve… réel, c’est-à-dire réellement fait dans la nuit du 28 au 29 avril 2006, que j’ai imaginé ce dialogue. Un vent fort y voulait pousser et ouvrir ma porte. Je résistais, essayant de la fermer à clef. Ce grand vent soudain devint une musique ! Et la porte s’ouvrit sur l’air musical incarné en un homme rassurant. Je tombai dans ses bras, et nous restâmes enlacés affectueusement jusqu’à ce que je me réveille, émerveillée.


Des années auparavant, j'avais déjà imaginé, dans mon théâtre**, un tel souffle:

Peu à peu, un vent se lève (on l'entend). Un courant d'air ferme la porte, la claque (en silence, pour ne pas faire sursauter le public; seule la voix du vent est audible). Aussitôt, une bourrasque ouvre brusquement la fenêtre à deux battants.


Je me demande pourquoi mon souffle ne m'ouvre pas les portes officielles des théâtres.
Fin avril 2008, j'ai déposé à la "Monnaie" mes trois contes fantasques: L'Opéra sidéral.
Ce pays se plaint d'être pauvre, alors que je lui envoie mon or. Mon âme!


* Rêve – Les doigts de chèvrefeuille de la nuit
** Le Mystère de Sonia D'Ombrelaine, didascalie


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Cet après-midi, promenade au Bois de la Cambre.
Le nouveau chalet sur l'Île Robinson semble terminé et de nouvelles barques attendent amarrées à la rive.
Elles me rappellent celles qu'en 1979 j'aquarellai en ce lieu.
En 1983, cette aquarelle me servira de base pour mon tableau: Méditation exotique au Bois de la Cambre.
Si je n'ai jamais peint
mes paysages d'après photos, mais bien d'après nature ou d'après croquis de celle-ci, pour mes personnages il en est allé autrement – comme je l'ai déjà confié dans la rubrique: Le peintre.
Pour ceux-ci, divers procédés... D
'après nature – directement ou via un croquis; d'après miroir pour les autoportraits ou autres figures; d'après photos lorsque la pose était par trop difficile à garder: j'esquissais d'abord d'imagination les postures que je voulais pour ma composition, puis soit Gérard me photographiait ainsi, soit moi je le photographiais. Comme il s'agissait de nus, je ne sais ce qu'en ont pensé les magasins qui ont développé les clichés! Ils ont aussi développé les photos de tous mes tableaux.
Je n'ai jamais puisé mon inspiration dans la créativité d'autres artistes.
Cependant, pour trois œuvres, je me suis basée sur des photos prises par Gérard qui est un excellent photographe.
J'ai toujours dit qu'il a l'œil photographique, tandis que j'ai l'œil pictural – ce n'est pas pareil.
Pour la première des trois, le modèle de l'homme assis sur un banc se trouvait sur une photo de Gérard, qu'il a prise à Siegen en 1978.
D'après mon aquarelle, j'avais d'abord peint mon paysage du Bois sans banc et sans personnage, quand l'idée m'habita soudain d'y ajouter un élément; cette photo de Gérard me revint en éclair, et l'homme de Siegen se retrouva à Bruxelles, plongé dans une nostalgie: j'imaginais un veuf se souvenant de son épouse ou un immigré ayant laissé dans son pays sa famille et rêvant à elle.
Ainsi, mon Bois s'ouvrait sur d'autres visions.



Bois de la Cambre-1

Bruxelles, Bois de la Cambre
M. Th., 1979
Étranger à Siegen

Siegen, janvier 1978
Photo par Gérard Adam



Méditation exotique au Bois de la Cambre

M. Th., 1983

Méditation exotique au Bois de la Cambre
– où les frondaisons du fond sont devenues mont
150 x 110 cm.


Les deux autres œuvres sont celles que j'ai réalisées spécialement pour la couverture de deux livres de Gérard. Ce furent mes deux seules illustrations, composées après lecture, évidemment.
Pour modèles de cinq visages (auxquels j'ajoutai une certaine expression), j'avais choisi parmi des portraits photographiés par lui au Zaïre. (Trois sont imaginés, dont celui dans le coin inférieur gauche). Ceci dit, en 1974, je peignis là-bas le portrait de Simba, son employé de maison qui avait posé pour moi, ce qui m'avait attiré la sympathie d'un officier noir, lequel prenait à ses heures ses pinceaux. Quant aux visages noirs de mes compositions picturales ultérieures, ils sont, comme les blancs, imaginés et imaginaires.



L'Arbre blanc dans le Forêt noire


M. Th., 1987
Illustration pour le roman de Gérard Adam:
"L'Arbre blanc dans la Forêt noire"
 
Ngalula


M. Th., 1993
Illustration pour le roman de Gérard Adam:
"Marco et Ngalula"





N. B.: Si, dans une autre vie, pas si lointaine, peintre j'ai été, la restauration de tableaux n'est pas ma spécialité. Je suis en effet confrontée à un curieux problème... Les négatifs ou les diapositives de certains de mes tableaux ayant été perdus lors de notre déménagement en 1997, ces tableaux ont été plus tard re-photographiés. Or, ceux sur lesquels j'avais mis un "vernis final satiné" (de bonne qualité et en très mince couche), sur les nouvelles photos (soit longtemps après ce vernissage) apparaissent recouverts d'une très légère brume bleutée, laquelle ne se voit pas sur les tableaux en chair et en os, si je puis dire. (Sur les premières et anciennes photos – que je n'ai plus –, ce fin "brouillard" n'apparaissait pas; le temps aurait donc perturbé ce vernis).




M. Th., mis en ligne le 7 septembre 2009




*

C'est après avoir peint mon tableau : Repos (ci-dessous), que j'ai eu envie de continuer dans cette veine.
Le suivit ainsi ma M
éditation exotique au Bois de la Cambre (ci-dessus).
Autour de mon Repos, la nature
est imaginée. Je me basai seulement sur des nuages et des montagnes (au fond) que j'avais peints et dessinées d'après nature en Norvège et en France. Et j'esquissai sur papier une femme détendue, puis demandai à Gérard de me photographier ainsi dans mon relax. Ma robe réelle était vert pâle, je la peignis en rose.
Malheureusement, les spots pour photographier ma grande toile ont causé des reflets (un peu à droite et beaucoup à gauche), et les couleurs de mon tableau ne sont pas bien rendues.


Repos

M. Th., 1983
Repos
170 x 150 cm.


M. Th., mis en ligne
le 12 septembre 2009



*



Parents au Bois de la Cambre


Au Bois de la Cambre, encore et déjà
Bruxelles, le 29 mai 1939
En barque, mes parents fiancés
Papa ramant
Au verso de la photo, Maman avait écrit :
" Départ dans l'avenir "



M. Th., mis en ligne le 10 septembre 2009




Verso carte

Verso de la photo



*

C
e matin, je me sens d'humeur polémique. Aussi en profiterai-je pour dire ici mon idée récurrente à propos des anthologies strictement belges.
Je ne suis certainement pas la seule à me poser des questions à propos des sélections anthologistes.
Sélection : triste mot pour la Poésie.
Cette sélection artificielle ressemble en un point à la naturelle qui favorise "les individus les mieux adaptés à leur environnement"; mais je ne sais si la première "contribue à l'évolution de l'espèce" poète. (Entre guillemets: extraits du "Petit Robert").
Les poètes sont des inadaptés, c'est pourquoi ils ont besoin d'écrire de la sorte.
À quel environnement les reconnus et primés s'adaptent-ils? ou obéissent-ils.
Personnellement, je n'obéis ni ne m'adapte.
Je tends vers une juste harmonie, ma conscience pour repère.

Adaptation... Il en est de toutes sortes... Disons que ce que j'ai écrit ce matin relève de la parabole...

La visée des paraboles
serait-elle suscitation de joutes ?
Réveil des mentales inerties
Spirituelle vivacité
À la multiplicité créatrice
de chemins personnels
Manne tombée du ciel,
l'image donne à chacun
ce dont il a besoin
Je marche avec appétit
et je vais au pas délié
de ma soif
La poésie nourrit l'âme
ébranle la pensée
Je dis pensée et non raison
quoique le risque de perdre celle-ci
en vaille la chandelle
la lumière !
Risque et lumière sont Poésie *

S'opposer pour se poser ?
Un ange combat
pour se poser en ce monde
après avoir de ses ailes
remué tout un ciel *


*
La Chute contemplative – Plein cintre d'arc-en-ciel


M. Th., mis en ligne le 8 septembre 2009



*


Nouveauté à la Maison de la Poésie d'Amay :
une alerte au pilon



Merci à David Giannoni de son fraternel refus du pilon !

"Pas de nouveautés.", écrit cet éclairé directeur dans son éditorial de "BIP". "Mais une remise en circulation à prix libre de livres invendus sur de nombreuses années, et cela afin de leur éviter la mort: celle du pilon...".

Que se lève, marche et s'envole la Poésie !



M. Th., mis en ligne le 9 septembre 2009



*


Légendes en ligne
et
L'Émotion Messagère *


Tout site – comme toute biographie auto ou non – ne serait-il pas une légende, non pas dans le sens d'un enjolivement d'une réalité, mais dans celui qu'il tait une partie de celle-ci? partie pourtant aussi importante, si pas plus, que les parties exprimées.
Certes, les non-dits ou les indicibles, je le répète, se transposent.
Me voici remettant en question l'expression, les expressions, jusqu'à en mesurer le côté vain.
Je ne dirai pas : la vanité, parce que se confier demande une certaine simplicité, et, oui, une humilité.


Ce matin, je me posais des questions qui m'aideront, je l'espère, lorsque le moment en sera venu, à bien vieillir et à bien mourir.
En attendant, je suis allée cet après-midi à la Cinematek voir "Le sang d'un poète" de Jean Cocteau.
De lui, je connaissais les mots: "le sang bleu des poètes", qui est leur encre.
Dans ce film, il relativise la gloire et l'immortalité, trouvant celle-ci (et dès lors celle-là?) "mortellement ennuyeuse".
Si son humour et sa justice ne crèvent pas l'écran, l'un et l'autre m'apparaissent évidents et je les comprends. Ils crèvent le miroir, en tout cas, et c'est l'essentiel. Ses symboles me sont tout à fait lisibles.
De retour chez moi, l'idée me revient – que j'avais eue il y a quelques jours – de rouvrir ma farde Correspondance – je l'avais récemment ouverte pour la carte de Thomas Owen – afin d'y chercher parmi bien d'autres la lettre de François Martinez.
François Martinez est un journaliste retraité que Nicole Gdalia, éditrice de "Caractères", me présenta en 2001. Il avait lu mon théâtre paru en 2000, et le comparait à celui de Giraudoux! (j'en ai parlé dans: Extraits). Ayant sympathisé, nous nous envoyâmes nos livres: je reçus sa pièce "Chava" et il reçut mon conte La Source d'Incandescence. Voici des extraits de sa réponse...

"... Je l'ai lu et j'en suis resté charmé, au sens de 'charme'. Le style en est magnifique, le sujet aussi. (...) Que se passe-t-il dans ce pays que je ne connais pas? Dans ma profession de journaliste, j'ai eu à m'entretenir avec des actrices que j'avais connues avant et après plusieurs séjours en Inde: Stéphane Audran et Emmanuelle Riva (...). Bref, elles étaient comme ta 'voyageuse', comme l' 'oratrice' de ton conte. À travers ton histoire, j'ai essayé de percer ce mystère que j'enrageais de ne pas avoir compris à l'époque. (...)"

Vous vous représentez mon conte filmé, avec ces deux merveilleuses actrices dans le rôle de mes deux personnages!
Mon oratrice serait Stéphane Audran, et ma voyageuse Emmanuelle Riva!
À travers mon miroir, je vois ce film, mais la gloire et l'immortalité de mon Émotion Messagère* sont le contraire de l'ennui, ruisselantes de compassion.


* 2002, La Source d'Incandescence


P. S., quelques minutes après ce qui précède :
J'ai oublié de préciser la date de la lettre de François...
L'on me croira ou non, elle est datée du... 10 septembre 2004 !
C'est toujours comme "ça", avec moi !
Mon 3° œil !
 

M. Th., mis en ligne le 10 septembre 2009

P. S., 20 septembre 09, matin : Mes livres pleurent de vraies larmes.
Certains estiment qu'écrire sur l'Inde quand on n'y est pas né ou quand on n'y a pas vécu longtemps, est artificiel. Me serait-il permis de tenter de défendre ma
Source d'Incandescence? Mais il me semble de plus en plus que si l'on me donnait à fond la parole (orale et publique), je ne pourrais plus que crier. Parce que tout cela, à force de s'accumuler depuis de si nombreuses années, finit par frôler l'indicible. Au fond, comment s'appelle le cri de l'artiste? L'autre jour, nous promenant au Bois avec dans son landau Eva, au passage d'un avion j'ébauchai un début de chanson pour ma petite-fille:

L'avion vrombit
Le lion rugit
...

J'ajoute aujourd'hui:


 Les médias vrillent
les cerveaux
L'artiste trille
ses bobos
Et le clown rigolo
trie ses larmes



*

Ce dimanche, jour de repos...


"... la mer avant midi est un Dimanche où le sommeil a pris le corps d'un Dieu,
pliant ses jambes."  – Saint-John Perse



Remontons, si vous le voulez bien, la page jusqu'à mon tableau : Le repos.
Et voyez-y, à contre-jour et à droite, les cinq sapins doucement inclinés par la brise.
Ils évoquent les doigts d'une grande main plus protectrice que menaçante.
Je ne me souviens plus si cette suggestion était délibérée ou non, mais je me rappelle clairement avoir voulu cinq arbres, parce que c'est le nombre de doigts ; j'avais donc songé à des doigts sans penser à la main, à l'ensemble.

L'idée d'ensemble m'amène à répéter ce qu'ailleurs j'ai déjà exprimé, à savoir qu'une image peut être double selon qu'elle est vue de près ou de loin.
De loin, il m'est arrivé de lire dans certaines affiches publiques une image qui contredisait celle voulue par le publicitaire. Une tête de mort grimaçante, aperçue à quelques mètres, m'a un jour fait me rapprocher, et découvrir un chromo anodin. L'on me dira que c'est subjectif, que ma vue relevait alors du test de Rorschach. Mais chaque fois qu'en rue cette affiche se présentait à mon regard, c'était la même chose qui revenait.
Vous savez, le "surréalisme" est plus réaliste qu'on ne le pense ; le ton sentencieux
d'un Jean Cocteau est à prendre au sérieux. Le "rêve" a bon dos.

La réalité de l'inconscient – au sens psy. du terme.




M. Th., mis en ligne
le dimanche 13 septembre 2009, avant midi



*

Tardives affinités

N
otre bibliothèque, à Gérard et à moi, ressemble un peu aux "familles recomposées" :
il y a "les siens, les miens et les nôtres".
Je ne parle donc pas d'enfants, mais de livres de divers auteurs.
Les "miens" sont ceux qui ont marqué ma plus ou moins prime jeunesse; les "siens", ceux qui ont marqué la sienne; les "nôtres", ceux qui nous ont l'un et l'autre marqués.
D'autres "miens" sont ceux que j'ai reçus ou achetés plus tard – parmi ceux-ci, certains me restent à lire.
Idem pour les "siens".
Depuis quelque temps, chaque fois que je passe devant la bibliothèque murale, le même titre attire mon attention, celui d'un ouvrage encore à découvrir.
Hier, je me suis enfin décidée à l'ouvrir : "Tout est réel ici".
Aujourd'hui, je l'ai refermé, avec moult pensées.
Paul Willems aurait pu appeler son conte: Le sacre de l'Hiver, en référence à celui musical du Printemps, puisque comme chez Strawinsky une jeune fille s'y trouve sacrifiée (ici, sous la neige).
Mais ce sacrifice, au fil des pages, ne me semble pas avoir été suffisamment "amené" pour être choisi comme titre de l'ensemble.
"Tout est réel ici" est donc juste.
Doublement juste : en tant que choix pour le titre et en tant qu'idée, tous les niveaux de la Réalité étant réels.
C'est pourquoi il doit y avoir ici différents niveaux de lecture.
Mais, plus que les niveaux (entre autres) fantastique et psychologique, c'est le niveau animiste qui me pousse à reprendre la plume virtuelle de mon site: pour confirmer combien peut nous parler le Vent, de quel point cardinal qu'il vienne. En témoigne, entre autres, ma Nuit de Grand Vent (publiée en 1994). Paul Willems l'aurait sûrement appréciée, en vertu de nos affinités naturellement perceptives que je viens de découvrir non sans étonnement – même si le Souffle me visite autrement que la "Maman Suzanne" de son histoire.
Il faut dire que la Femme et le Vent, c'est un mythe pleinement réel... Voyez ou revoyez Botticelli, Correggio...



–  –  –  –  –



Lu aussi
«  La Pitié dangereuse » de Stefan Zweig. Extraits de mon journal :
3 août 09 : (...)
Quelques citations:
– « On devrait être superstitieux et prêter une plus grande attention aux petits signes que nous fait le destin. »
– « …le coup m’a touché à un endroit du cœur proche de la conscience. »
– « …un abîme du sentiment qui m’attirait étrangement, dont j’étais tenté de mesurer la profondeur. »
– « Les contraires, quand ils se complètent bien, produisent toujours la plus parfaite harmonie. Souvent c’est ce qui surprend le plus en apparence qui est le plus naturel.
»*
– (à propos de « malades », ces « bâtards de Dieu »): « …je commençai à comprendre (ce que taisent la plupart du temps les écrivains) que les malades, les estropiés, les êtres physiquement inférieurs aiment au contraire avec plus de passion (…), ne trouvent que dans l’amour leur raison de vivre. »
– « Quelle absurdité de vouloir soudain exiger d’elle de la raison après l’avoir rendue folle. »
(...)
En vérité, le Docteur Condor est plus qu’un psychanalyste qui ne ferait que faire prendre conscience individuellement et déculpabiliserait: il fait prendre conscience humanistement.
Avec une telle humanité en lui, Zweig ne pouvait plus vivre quand cette humanité a été traitée comme elle l’a été pendant la guerre.
Et quand on pense que le nazisme supprimait les handicapés, l’on se dit que ce roman était prémonitoire.
6 août : Ce matin, j’ai terminé de lire « La Pitié dangereuse »… La fin s’accélère, comme la guerre… Zweig n’a pas voulu épargner Édith, lui laisser le temps de recevoir le télégramme de son « fiancé » et lui éviter de la sorte un suicide… C’est dur, comme la vie, comme ce monde !


* P. S., 19 septembre 09 :
Ceci ne contredit pas la notion d'affinités dont je viens de parler à propos de Paul Willems. Car il est toutes sortes d'affinités, comme je l'ai écrit dans ma pièce: Foyer (Arielle et Calibiana y sont le féminin de Caliban et Ariel dans ma pièce préférée de Shakespeare – ce qui nous ramène au Souffle!)...

L'adolescent
Vous êtes très différentes, en effet. Vous êtes-vous finalement découvert des affinités?

Arielle
L'affinité n'est pas seule ressemblance.

Calibiana
L'affinité est aussi complémentarité. De plus, il y a de l'Arielle en moi, et en elle il y a de la Calibiana.




M. Th., mis en ligne le 19 septembre 2009



*

Aujourd'hui, en ce premier jour ensoleillé d'automne, une grande joie : la mise en ligne sur You Tube par les Éditions M.E.O. du meilleur de moi-même, meilleur que j'ai choisi avec mon meilleur regard et ma meilleure écoute. Mais mon pire n'est pas si "mauvais".
Une exception confirme mon choix : mon autoportrait de 1977, choisi ensuite par M.E.O.
À M.E.O. reviennent aussi la réalisation informatique et l'idée de dérouler en fond de ma voix quelques tableaux, que j'ai donc sélectionnés, parfois fragmentés, et ordonnés, comme je l'ai fait pour mes poèmes.
Lorsque M.E.O. me demanda quelle musique introduire, Chopin se présenta d'emblée à mon esprit: ses "Nocturnes", en l'occurrence le début du premier.


M. Th., mis en ligne le 21 septembre 2009


*

Pire ? Meilleur ?
Ce que j'ai écrit hier relève à nouveau de la parabole, laquelle, je le redis, est suscitation de joutes.
À chacun donc d'y projeter ses conceptions, d'interpréter selon le stade où il se trouve actuellement et qui le préoccupe, voire l'obsède.
Mais n'oubliez pas que, chez moi, l'Art est de mise.


Et pour vous, pourrait-on me demander, que signifient ce "meilleur" et ce "pire"?
À mon sens, le meilleur se trouve dans les œuvres
(plastiques et écrites) où je me suis dépassée, c'est-à-dire où j'ai vu plus loin que moi-même.
À mon sens, le pire, c'est là où j'ai exprimé mes affres égocentriques, là où je désespère :
J'existe ! Ne m'oubliez pas !
Voici révélé mon stade actuel : le stade d'une oscillation essentielle.

M. Th., mis en ligne le 22 septembre 2009, 11 h. 56, puis 23 h. 56



Le nerf de l'Âme

sans lequel
ne serait la Musique

ni tout autre Art



M. Th., mis en ligne le 23 septembre 2009, matin


*

Vas-y !

Propulsion, confiance, exigence :

ma foi en l'homme

Nouvelle lettre à Gérard


En 1978, lors de notre voyage en Inde du Nord, viens-tu de confier dans le cadre d'une émission radiophonique, tu forças l'entrée d'un bus que nous barrait et refusait un percepteur.
Cet épisode, tu l'avais déjà raconté dans ton livre paru en 1991: "Le mess des officiers"...
"... je me suis senti porté par une vague d'indignation, qui m'a projeté, tête la première, en plein plexus du butor, non sans avoir crié à Monique de s'engouffrer à ma suite. Par quel miracle a-t-elle obéi..."...
Ce n'est qu'avant-hier que je t'ai confié en aparté ce que, jusqu'ici, j'avais gardé pour moi, et que je vais ce matin rendre ici public, ton passage à la radio l'ayant été, public.
C'est une toute petite chose, qui sera peut-être familière à bien des femmes; si j'ai envie de la dire, c'est pour ne pas passer pour une poltronne, le courage féminin ne relevant pas plus d'un "miracle" que le masculin. – Certes, la notion de miracle reste à définir, et il en est de toutes sortes.
En vérité, lorsqu'il nous fut interdit de monter dans ce bus, je pensai fortement derrière toi: Vas-y!
J'ai toujours eu envers toi cette attitude intérieure propulsive, cette confiance, et cette... exigence.
Oui, je suis aussi un... dragon !

P. S., le 20 avril 10 : Je reviens à ton interview radiophonique, Gérard, par un journaliste à qui j'avais, fin 2004, envoyé ma Source d'Incandescence, le conte que j'écrivis en 2002 pendant et après notre voyage en Inde du Sud. Mon conte indien débutait sur des ruines. Tu allais le lire édité deux ans plus tard. Sur les ondes, tu as confié avoir pour ton récent roman été inspiré par ce que te dit un Indien; c'était donc en 2002 lors de ce même voyage. Tu ajoutas que, ce jour-là, je me reposais à l'hôtel. Puisque je fus évoquée, pourquoi mon conte ne l'a-t-il pas été? Je=mon œuvre. J'y avais mis en scène deux femmes qui sont deux facettes de moi. J'ai mal à mon conte et je redis ce que j'ai mis en ligne le 18 mars 2009 – dans la rubrique Contes et nouvelles:
Inde, mon amour, ma patrie d'imaginaire, qui demeure en moi, ainsi que tous mes voyages. Dont je revins éblouie et comblée, enrichie de poésie, mais si triste de dieux blessés. (...) ma belle histoire, ma si belle et profonde histoire, mon impérieuse et originelle idée. ...
Si nous avons fait beaucoup de beaux voyages ensemble, Gérard et moi en gardons des souvenirs différents, car nous ne les avons pas vécus de la même façon. Puissent nos différences, à l'heure où la différence est reconnue, l'être aussi médiatiquement.


M. Th., mis en ligne le 24 septembre 2009
P. S., le 20 avril 2010, 12 h. 29



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À propos de dragon, voici paru le N° 273 de la revue "Marginales" avec 23 textes "rougeoyants" dont le mien:
La fine fleur du Dragon (poème écrit le 19 mars 09 et mis en ligne ici le 28 juillet 09).



Marginales-273

Un chœur de Vas-y !
l'encourage


M. Th., mis en ligne
le 24 septembre 2009



*


Z - Ut !
ou mon musical et imprenable soupir

Extrait de ma pièce : Parfondor
ou quand la moutarde me monte au nez
(voyez-en déjà la piquante et présente couleur)


L'errant :

Les artistes étaient divisés. Le pouvoir les divisait.

L'errante :
" Diviser pour régner " ? Dans quel but ?

L'errant :
Les sous-pouvoirs se combattaient à coups d'artistes.


(Dans une autre pièce, je pourrais peut-être m'interroger sur un autre point de vue: la fraternité entre artistes. Y aurait-il une fraternité intéressée ?)


Poussée dans les orties

Bobonne devient hérisson


M. Th., mis en ligne le 25 septembre 2009



*

Monde absurde et impossible(s) adaptation(s)



Le 6 courant, je mettais en ligne une citation :
" Le sens du monde est le sourire d'un enfant "
Que m'aurait répondu Charles Baudouin si j'avais poussé l'expression de son vécu, qui est aussi le mien, jusqu'au bout de sa logique en ajoutant:
L'absence de sens du monde est la faim d'un enfant.
La faim d'un enfant enlève tout sens au monde.


Le 8 courant, je disais :
Les poètes sont des inadaptés (...) Personnellement, je n'obéis ni ne m'adapte...
Je rappelai la parabole, qui exagère pour faire réfléchir.
Aujourd'hui me vient à l'esprit un exemple :
Une adaptation aux décibels qui agressent l'ouïe serait une surdité. Mais
dès lors quel dommage de ne plus pouvoir entendre la musique.
Les poètes ne s'adaptent pas, afin d'entendre celle-ci au-travers des bruits – ces bruits les rendissent-ils fous.


M. Th., mis en ligne le 26 septembre 2009, matin


*

Hier après-midi, la Cinémathèque ou Cinematek a passé un film déchirant qui fait mesurer notre chance de vivre en un lieu et un temps où la liberté de paroles existe: "Sophie Scholl", cette jeune et lumineuse résistante allemande de "La Rose blanche" que j'avais ici évoquée le 6 juin. Film excellent et merveilleusement interprété, qui montre aussi, sous le fanatisme nazi, les doutes de quelques-uns, doutes refoulés tant la peur sévissait mais que Sophie, par sa fervente lucidité, fait affleurer. L'huis clos entre elle et l'inspecteur est d'une anthologie. Film bouleversant et vivifiant.


M. Th., mis en ligne le 27 septembre 2009, 01 h. 23


–   –   –   –   –   –   –   –


À propos des dictatures, j'écrivis au début des années nonante un poème que la revue "Les Élytres du Hanneton" allait publier en novembre 1994.
Je l'avais donc dédié :

Aux artistes bafoués dans leur liberté d'expression

Ils ont étouffé l'oiseau
aux ailes géantes
enfoncé la tête
dans la terre  dans l'eau
encore et encore

L'ont abandonné
inanimé au bord de l'onde
raide comme glaise
au bec fermé

Ce matin  il voit
un regard rond de ciel dans sa glace
Un gazouillis s'amplifie
en chant écarlate

Des fleurs bordent la mer



Je l'insérai ensuite dans ma pièce Le Mystère de Sonia D'Ombrelaine :

La mère :
J'ai erré, autant que j'ai voyagé... J'ai même été emprisonnée, ayant pris la défense d'une pauvre innocente... Elle écrivait, comme toi. Je la revois devant ses juges. On l'accusait de blasphème. Expliquez vos poèmes, la sommait-on. Elle répondait: Je ne veux ni ne peux les expliquer clairement en dehors de l'état contemplatif qui est condition poétique. Sans celle-ci, ma pensée devient labyrinthe, ou se dessèche, ou se contredit avec une logique inhérente au Cœur. Ainsi, si je vous dis qu'immanence et transcendance ne s'excluent pas... Sonia, tu aurais dû entendre ici les réactions du public! Chacun y allait de son raisonnement, n'écoutait pas ses voisins. Alors, l'accusée leva la main, et tous se turent. Elle dit: Ce tribunal a transformé ma contemplation en action. Je m'en réjouis. Je remercie le Monde et ses messages. Aujourd'hui isolée, je les perçois encore, plus vivement peut-être, j'entends ses cris au-travers des murs, et au-travers de mes paupières closes je vois ses appels. Le Monde... Me remerciera-t-il pour les messages du Ciel? (La mère se tait, puis avec un soupir:) Ce sont ces derniers mots qui la condamnèrent. Quelqu'un s'écria dans le prétoire: Une fleur avait pris racine dans la boue, et vous l'arrachez! Mais d'autres pousseront! Hélas, Sonia, ils l'arrêtèrent aussi. Quant à moi, je fus chassée de ce pays où l'Art, quand il n'est pas galvaudé ou parodié, est étouffé. Elle, je ne sais ce qu'elle est devenue. Amnesty International la cherche toujours. Avant son arrestation, elle avait écrit pour moi un poème, sans doute prémonitoire. Je le sais par cœur:
Ils ont étouffé l'oiseau
aux ailes géantes
enfoncé la tête
dans la terre  dans l'eau
encore et encore
L'ont abandonné
inanimé au bord de l'onde
raide comme glaise
au bec fermé
Demain
tu verras dans ta glace
un regard rond de ciel
Un gazouillis s'amplifiera
en chant écarlate
qui bordera la mer
Plus tard, ce poème me rappela sa révolte désespérée peu de temps avant son emprisonnement. Elle s'était écriée: C'est l'âme qu'on joue aux dés, et non plus la tunique! (Un silence, puis:) Elle vivait un enfer.

Je ne connaissais alors pas la "Rose blanche". En 2001, une exposition à la Maison du Livre m'en informerait (remonter au 6 juin).




M. Th., mis en ligne le 27 septembre 2009, 11 h. 46



Le jugement

M. Th., 1985
Le jugement



*

Être aimé(e)s, ou ne pas être aimé(e)s
Aimer, ou ne pas aimer




Au cœur des pages du "Marginales" 273, une citation d'Aimé Césaire à propos d'une "espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté".
Cette conquête et cette naïveté me semblent rester à définir.
Des mots précis qui cerneraient ce qui est, de par la complexité humaine, imprécis, relèvent d'une métaphorique poésie.
Quant à la lucidité, elle ne va pas sans réveil, l'éveil ne découlant pas nécessairement de celui-ci.
La poésie rêve et voit clair sans nécessairement comprendre ce qu'elle voit :

Mes digressions sont-elles hors de propos ?
Mais, au fond, quel est le véritable
propos ? demande le poète
qui parle en rêvant *

Le rêve apparaît et encourage
dans la mesure où nous mobilisons
notre psyché (âme)
où nous nous levons
voulons faire l'effort de ressusciter
sans attendre que ce réveil
vienne de l'extérieur *

L'effort impérieux des poètes
à fleurir
en vers et contre tout *


En été 1994, les premiers mots de ma pièce : Le Mystère de S. D'O., me vinrent d'emblée à l'esprit...

Réveille-toi !

Cette exhortation, je la dis trois fois – tout ce que j'écris, je le mesure.
Celle qui réveille est la bouffonne ; au fil de ma pièce, elle deviendra la sauvageonne, puis enfin Aimée.
Une spire est bouclée, mon Aimée pouvant dialoguer avec Aimé – Césaire.

Réveille-toi ! me dis-je en été 1994 à moi-même.
À moins que ce ne fût mon Ange Diagonale qui me le dit.
Et mon réveil devint peu à peu mon éveil.


 
* Extrait de mon âme dénouée
N. B. : ... en vers et contre tout : voir aussi page 26 de mon Voyage ou Journal d'un peintre :
L'on apprend à écrire / en vers et contre tout / ce qui est inerte !


M. Th., mis en ligne le 28 septembre 2009



*

À la fois graine et semeuse



à Vincent,

V
an Gogh semait.
Fallut-il sa mort pour que germe son œuvre dans les esprits inertes de son temps.
"Si le grain ne meurt".
Depuis des lustres
me parle son "Semeur".
Lustres lumineux au cœur de mon ombre... Valéry n'a-t-il pas écrit :
"Le Temps scintille", dans... "Le Cimetière marin" – Mort, passage obligé!
Dans un de mes contes à paraître bientôt, j'ai mis à l'honneur ce "Semeur".
Inutiles ou utiles, mes parutions sur papier et mes mises en ligne ?
Comme pour Vincent, mes réalisations artistiques me sont d'abord utiles à moi-même: à mon équilibre.
Je sème, me sème, me meurs, germe, fleuris, deviens humus, et recommence dans mon lopin de terre, dans mon espace d'ermite visitée et butinée – ô combien!
Quant à l'équilibre des mondes culturels, il se maintient en s'appuyant, pour ne pas trop boiter, sur des plumes et des pinceaux méconnus ou célèbres.
Car ils sont d'utilité publique : utiles à l'âme, aux âmes de ce Monde.
"Le Semeur" est salvateur, rédempteur.
En juillet dernier, j'ai complété ce que j'ai mis en ligne il y a huit mois à propos de Van Gogh
*: une conclusion à paraître dans un de mes deux prochains livres sur papier. Dès l'impression de ceux-ci, je la mettrai ici en ligne.

* (Re)voir ma rubrique: Extraits, janvier 2009



M. Th., mis en ligne
le 30 septembre 2009



Mon autoconnaissance au risque de Lacan

Avant-hier soir, 30 septembre, j’ai fait une petite correction au début de mon texte mis en ligne ce jour-là. J’ai remplacé : A-t-il fallu sa mort pour que germe, par : Fallut-il sa mort... La raison en a été auditive. Quand on est écrivain, il me semble en effet de mise d’écouter ses assemblages de sons, afin d’éviter mal-entendus et confusions. Dans ce cas précis, a-t-il fallu sa mort pouvait s’entendre : a-t-il phallus à mort. En l’occurrence (et c'est pourquoi je le signale), ce niveau d’écoute n’aurait pas été faux, puisqu’il s’agit de graines : il est toutes sortes de graines, dont celles qui fécondent la femme après la « petite mort » de l’homme. Nous revoici au titre : « Tout est réel ici », tous les niveaux de la réalité sont réels, un de ces niveaux étant la sexualité – par ailleurs bien présente dans le livre de Paul Willems (ici évoqué le 19 septembre).


M. Th., mis en ligne le 2 octobre 2009


–   –   –   –   –   –   –   –


Artiste et mère


Le N° d'octobre de "Nos Lettres" m'apprend la réédition de trois livres de Pierre Mertens sous le titre d'un tableau fameux de Pierre Bruegel.
Air du temps, affinités, je suis en train de terminer l'écriture d'un recueil autour d'Icare (il ne sera publié qu'en janvier 2011, vu que janvier 2010 verra la publication de deux autres livres).
L'Icare de Bruegel m'interpelle avec précision depuis mon retour à Bruxelles en 1979.
Certes, auparavant, je l'avais déjà vu en reproduction.
Mais quand je le vis alors au Musée de la rue de la Régence, j'en demeurai durablement extasiée.
Mon extase intensifiée ou étayée par la compréhension immédiate du chef-d'œuvre me permit d'en écrire ensuite. J'en peignis, aussi.

Pierre Bruegel me ramène à un autre souvenir, celui d'une exposition à lui consacrée à la fin de 1980 ou en 1981 qui eut lieu au Palais des Beaux-Arts.
Je n'avais pas prévu une file interminable à l'entrée.
Or, je ne pouvais attendre si longtemps... Dans deux heures, en effet, il me faudrait allaiter Véronique bébé – que Gérard gardait pour la circonstance.
Voulant entrer tout de suite et à tout prix, j'eus l'idée soudaine de faire l'exposition à l'envers, soit de rentrer par la sortie.
J'entrai donc, sans payer de prix, en me mêlant adroitement aux visiteurs sortants et en faisant, en me retournant, à d'imaginaires visiteurs restés en arrière, des gestes d'amitié, comme pour leur dire: je suis déjà sortie.
Souriant aux gardiens, je fis mine d'aller vers ces amis encore à l'intérieur, puis j'y allai, et j'entrai!
À chaque gardien, je mimais le même scénario, et remontais le sens de l'exposition, cela jusqu'à son début.
Ainsi la visitai-je toute.
Oui, j'étais gonflée – de lait !
Un an auparavant, j'avais longuement regardé la "Chute d'Icare" dans le silence d'une salle déserte. Au milieu de ces foules, je me demandai, une fois de plus, si, sans les tapages médiatiques, elles auraient l'envie, si pas le besoin, d'entrer dans un musée.


M. Th., mis en ligne le 2 octobre 2009, soir



Tout en confiant ma course contre la montre au Palais des Beaux-Arts, je me suis demandé s'il n'y aurait pas eu, au printemps de 1986, un rapport inconscient entre ma bruegelienne expédition à rebours et mon tableau (reproduit plus haut): "Le petit couloir" de Véronique. En effet, je l'avais aussi appelé: Sortie ou La Sortie... L'ange sortant entrait donc. Peut-être était-il Icare? J'ai toujours aimé jouer sur les notions relatives d'entrée et de sortie: entrer dans un lieu, c'est sortir d'un autre; sortir d'un endroit, c'est entrer dans un autre. Le mur réel (revoir mon tableau ci-dessus) serait-il aussi celui que je ressentis devant l'impossibilité à voir l'exposition dans les temps? Ces limites, je les aurais contournées en inversant sortie et entrée. Le surréalisme de mes vécus.
À propos de mon émotion, en 1979, face à la Chute d'Icare de Bruegel... Si elle me toucha à ce point, à mon âme, n'est-ce pas parce qu'elle m'évoquait ma chute de vélo de 1975?


M. Th., mis en ligne le 3 octobre 2009, matin



*


Mon autoconnaissance au risque de Lacan me semble avoir choqué quelques lecteurs.
J'en suis triste, car c'est dans un esprit de partage qu'hier j'ai confié la finesse de mon écriture.
Le sérieux et l'humour à la fois de mon métier d'écrivain.
Si je ne suis pas une bien–pensante, je pense penser bien.
(Il est des traits d'union qui divisent !)


M. Th., mis en ligne
le 3 octobre 2009, soir



Le bouclier

M. Th., 1993
Le bouclier




M. Th., mis en ligne le 4 octobre 2009, soir




*           *

Un " nombre d'or "
me protège
et m'auréole

Je le vois et le dis depuis longtemps : selon leurs assemblages, mes tableaux racontent différentes histoires.
Ainsi, après Le jugement de 1985 (reproduit plus haut), l'accusée revêt en 1993 un bouclier!
C'est pour moi toujours passionnément ludique, et "thérapeutique" de par le recul nécessaire à ce jeu, de me rappeler les divers vécus de mon œuvre plastique passée en les agençant dans mes contextes actuels.
En 1985, je découvris, au hasard de je ne sais plus quelle lecture, comment calculer le point précis du chiffre ou du nombre d'or. Interpellée, j'eus envie de mettre en pratique ma découverte* dans mon prochain tableau: une composition dont j'avais déjà, sur papier et au crayon, fait le projet et donné le titre: Le jugement.
Si je me souviens bien, le nombre ou le chiffre d'or, je le plaçai d'emblée sur le front de l'accusée, en bas de deux plis précis (lesquels sont malheureusement flous sur la photographie ci-dessus mise en ligne).
Cet or, ce jaune d'or, allait, huit ans plus tard, auréoler la tête de celle se reposant un moment à la pénombre vigilante d'un bouclier.
 


M. Th., mis en ligne
le 5 octobre 2009, matin

* C'est l'unique fois que j'ai appliqué consciemment ce nombre d'or. Mes compositions (ordonnées et désordonnées) résultant toujours de ma vision instinctivement équilibrée et équilibrante. Je ne me souviens pas du calcul en question, mais je n'ai pas oublié ma gourmandise intellectuelle à l'approche d'un savoir. Si je n'ai pas approfondi ce savoir, ce savoir a dû, "quelque part", m'approfondir. Car la clef que j'avais découverte, je la mis aussitôt et sans me tromper au milieu d'un front: j'ouvris donc... le troisième œil!

Mon titre de ce matin, Un "nombre d'or", je l'avais écrit en bleu. Cet après-midi, j'ai soudain eu l'idée d'y ajouter d'autres couleurs. Le résultat m'évoque des jouets pour enfants... Le Jeu! Apprendre en jouant. Si la présente Mamie n'a pas inventé la poudre*, ni la foudre*, elle (re)découvre.


M. Th., mis en ligne
le 5 octobre 2009, après-midi


* Rappel : La poudre à canon (voir définition au dictionnaire); la foudre... le foudre (je ne suis pas un grand capitaine).
Mon arme à moi, après un certain silence, c'est l'expression.

M. Th., mis en ligne le 6 octobre 2009, 8 h. 49



*


Lettre à Pierre Mertens

"Le Soir" en ligne vient de m'apprendre votre anniversaire.
Mes bons vœux accompagnent dès lors mon présent message.
Il y a deux jours, un autre anniversaire: celui de votre mot daté du 6 octobre 2001, que vous m'aviez adressé pour me remercier de mon roman épistolaire: La portée d'exil.
Je vous l'avais offert à Eghezée, à l'occasion de la manifestation littéraire "L'écrin de l'écrit", où j'avais été invitée à exposer de mes tableaux. Vous les aviez appréciés, parlant de leur "force". Étonnée, je vous répondis: C'est la première fois qu'on me dit trouver de la force dans ce que je fais. J'ajoutai, un peu amère: C'est drôle, les écrivains aiment davantage ma peinture que mon écriture, et les plasticiens me trouvent plus littéraire que peintre! Si, aujourd'hui, l'on célèbre l'association de la plume et du pinceau, ce n'était guère le cas il y a vingt ans, ni ensuite; le mépris, voire l'agressivité (les termes ne sont pas exagérés, et oserais-je ajouter: la jalousie?) que j'ai encaissés ici et là auraient découragé de moins forts que moi. Bref, votre compliment: "force", me réconforta, parce que moi, avec ma tête de gentille petite bonne femme, je n'en ai pas l'air – comme on dit. Oui, vous fûtes proustien, Marcel ayant dit (je connais la phrase par cœur depuis mes 23 ans, âge où je l'ai découvert): "Les forts ont seuls cette douceur que le vulgaire prend pour de la faiblesse". (Citation qui me revient en mémoire de façon récurrente, notamment dans un de mes contes à paraître bientôt).
Je reviens à votre mot daté du 6-10-01...
"Merci pour ce livre singulier et sincère.
"C'est étrange: j'ai, moi aussi, commenté 'La Chute d'Icare' ('Paysage avec...') dans un de mes romans (La fête des anciens, 1971).
"C'était bien agréable, de 'refaire le monde', à nous trois, à Eghezée!
"Pouvez-vous dire à Gérard que je vais, dès que possible, m'enfoncer dans les dédales de sa ville?
"Bien chaleureusement, Pierre M."
En fait de dédales, moi j'en ai
tant rêvé! Entre jadis et naguère (formulation dont je me félicite, que j'ai trouvée en 1999 – voir mon théâtre), mes nuits ont été régulièrement visitées par des rêves où je me retrouvais à chaque fois perdue dans un labyrinthe de ruelles autour d'une cathédrale. (J'en ai écrit ici et là).
"La fête des anciens", je ne l'avais pas lu. C'est un des livres dont j'ai parlé le 19 septembre (Notre bibliothèque), en attente de lecture. Oserai-je vous avouer que je n'en lus alors qu'un tiers... La même année, en 2001, j'avais aussi abandonné, après un tiers, la lecture des lettres de Vincent Van Gogh à son frère. Je la repris plus tard, comme je reprendrai votre roman un de ces jours. Vous savez, en octobre-novembre 2001, mon moral n'était pas brillant... Sans "succès", je venais d'une part de publier ma portée d'exil et d'autre part d'exposer deux fois en même temps, à Eghezée et à Braine-l'Alleud, soit en tout une bonne quarantaine de tableaux (de grands et moyens formats) à transporter (location d'une camionnette) et accrocher puis décrocher dans un état presque dépressif. Heureusement que Gérard m'a aidée, m'évitant un lumbago!
C'est tardivement que j'ai découvert votre écriture. Fin 1998 et 1999: "Les éblouissements"; été et automne 2005: "Une paix royale". Vous êtes aussi tombé de vélo! mais, contrairement à moi, sans commotion cérébrale ni courte amnésie. Des vélos icariens!


M. Th., mis en ligne le 8 octobre 2009, midi 40



*

Van Gogh et Maigret(te)


Le 30 septembre, j'ai ici confié avoir, en juillet passé, écrit une conclusion à mes intuitions mises en ligne en janvier dans ma rubrique: Extraits. Conclusion à paraître bientôt dans mon nouveau recueil de contes.
"La Libre" en ligne annonce à nouveau la parution des lettres complètes et parfaitement traduites de Vincent.
Mes quelques intuitions se sont basées sur des "lettres françaises originales" (choisies, et publiées en 1998, par Les Cahiers Rouges). Bien que ne connaissant pas l'ensemble de la correspondance du génie hollandais et universel, j'ai le sentiment que ce choix serait à comparer au regard aigu qui permet de trouver une aiguille dans une botte de foin – l'image est tout à fait de mise... Lorsque Maigret est sûr de son flair, il n'a pas besoin de nouveaux éléments qui risqueraient de l'en distraire.
Je suis heureuse de l'édition de l'entièreté des lettres fameuses, je me ferai offrir le livre à Noël ou au Nouvel An.
Quant au mien, de livre, je l'offrirai aussi, et d'abord à Vincent, par-delà nos Temps.



M. Th., mis en ligne
le 12 octobre 2009,  11 h.


Le terrain de mon "enquête", de ma tentative de compréhension, c'est le cœur de Vincent...
Qu'est-ce qui l'a blessé à ce point mortel ?
Me blessent, moi aussi, les procédés déloyaux.

C'est une longue et vieille histoire.
Si les Journées des Femmes s'ouvraient à celles qui doivent se taire, un silence lourd de sens pèserait sur bien des consciences. Les femmes auront toujours peur des hommes. À méditer en face.

Plus tard : Exagérée, mon affirmation ? Eh bien, si ce thème (l
es femmes auront toujours peur des hommes) était proposé dans le cadre de libres confidences, ce qui en sortirait (ou ce qui n'en sortirait pas?!) serait ahurissant.

"Mon père haussait les épaules et il examinait le baromètre, car il aimait la météorologie, pendant que ma mère, évitant de faire du bruit pour ne pas le troubler, le regardait avec un respect attendri, mais pas trop fixement pour ne pas chercher à percer le mystère de ses supériorités." – Marcel Proust


M. Th., mis en ligne
les 12 et 13 octobre 2009



Avant-hier, évoquant devant des amis un titre de Malraux, je fais un lapsus insondable...
Au lieu de "La condition humaine", je dis : La commotion humaine...
Mon titre est un concentré d'existentialisme mythique !
Décidément, la "chute" première a commotionné l'humanité.

Lapsus visionnaire...
Voici trouvé le titre de mon actuelle pièce de théâtre (encore en gestation): La commotion humaine
J'espère qu'elle sera... à sa hauteur.
Vous en avez la primeur.
Après le titre (que je révélerai bientôt ici en annonçant son impression) de mon recueil de contes, ce titre théâtral témoigne d'une cohérence parfaite; et je ne parle pas des deux tableaux de couvertures, qui confirment ma "logique interne". Tant ma peinture et mon écriture relèvent de mon seul univers.


M. Th., mis en ligne
le 14 octobre 2009, matin


Théâtre... Ma vie, chez moi, en est parfois... Et Gérard en est le public: un public qui ne m'applaudit pas, étourdi par mon flot de paroles... Ainsi peut-il assister à des monologues qui seraient à enregistrer (à moins que je ne me fasse des illusions quant à mes talents d'improvisatrice). Un rien les déclenche. Le dernier date d'il y a une heure... Au moment (certes mal choisi) de boire notre café, je demande à mon mari de m'aider à remettre un petit meuble droit, que j'avais dû auparavant un peu déplacer... En ce moment de détente, mon souci lui semble (à raison, sans doute) une agaçante maniaquerie. Alors, je me défends, lui explique combien l'ordonnancement des objets et des meubles relève, pour moi, moins d'une obsession que d'un rituel, à l'instar de celui des temples ou autres lieux où l'extérieur exprime un équilibre intérieur – ou, tout au moins, une aspiration à cet équilibre. Cela, je le dis avec des variantes. Ah! non seulement j'ai raté ma vie de peintre et ma vie d'écrivain (du point de vue de la Reconnaissance), mais j'ai manqué une vie d'actrice-impro.


M. Th., mis en ligne le 14 octobre 2009, 15 h. et quelques minutes


Ceci me ramène à un poème* de mes 20 ans :

Mes paroles
blanches ou noires
tu les sais par cœur

Si mes paroles roses
humides de bonheur
t'émeuvent,
seules mes lèvres
savent le goût
des paroles grises

Allergique au gris
ton oreille
se recroqueville
coquillage isolé
Contre ses parois la brume
dégouline, mais croit
naïve
, le pénétrer

Il ne s'ouvre tendrement
que pour les vagues sombres
aux froides entrailles
et pour leurs perles fines :
une vague éclatée
en mille espiègles dents

Éponge que le soleil desséchera,
le sable
absorbe la brume
Du coquillage entrouvert
sort un grand corps las
Il s'effondre sur les dunes
chaudes qui tressaillent

15 décembre 1966

* Publié en 1994, soit 28 ans plus tard, avec une partie de mon recueil d'alors. Recueil publié sous mon nouveau titre: Feuilles mortes glissant dans l'eau claire, les deux premiers vers de mon premier poème (écrit à 16 ans) étant: Une feuille morte / Tomba dans l'eau claire... À 48 ans, je préférai le verbe glisser au verbe tomber.



Le 22 mars 1966,  j'écrivais ce court texte – inédit :

Les gens ont la langue mauvaise
leur bêtise il est vrai dépasse leur méchanceté
Mais je ne puis médire :
ajoutons – et c'est la vérité – que les mots ont un double sens
à savoir : je me défends – contre les autres ou contre moi-même
par ignorance...

À 20 ans, j'avais déjà compris bien des choses.


Cahier



M. Th., mis en ligne
le 15 octobre 2009, matin


De toute mon âme
j'espère que jamais ne sévira
une inquisition de l'expression
où seraient condamnés
les mots passés, présents et à venir


Cahier-3
Mon cahier de poèmes
octobre 1962 - 20 décembre 1968




Est-ce de ma mère que je tiens mon goût pour les motifs écossais ?
En automne 1962, j'avais flashé sur ce cahier, futur support de mes jeunes écrits.



M. Th., mis en ligne
le 15 octobre 2009, soir


Confidences écossaises ...
Avant son mariage en 1940 et après avoir quitté son village de Schoppen, Maman travailla à Bruxelles chez une dame écossaise, veuve d'un officier belge. Encore aujourd'hui, elle ne tarit pas d'éloges sur l'amabilité de sa patronne qui la traitait comme une fille de la maison. Entre autres objets et meubles, le petit coffret en bois de santal reproduit plus haut (le 13 juillet) vient d'elle. Je ne l'ai pas connue, mais je la ressens comme une mère au-delà de ma mère.
Au pensionnat, au cours de l'année scolaire 1960-61 (ou 61-62), la directrice me confia de veiller sur une charmante petite Écossaise, car elle ne connaissait pas encore le français. Nos récréations se passaient en échanges de nos vocabulaires respectifs: je lui apprenais des mots français, elle m'apprenait des mots anglais.

Laurie

Virton, 1960-61 ou 62, Laurie
dans la "danse des sabres"
– deux épées en croix
sur les planches du théâtre de l'école





M. Th., mis en ligne
le 16 octobre 2009, matin


Le jour de la fête du pensionnat, le 8 décembre, je dessinais spontanément avec des craies de couleur sur le tableau noir de ma classe. En souvenir de l’encouragement que je reçus de mon institutrice en 1° ou en 2° primaire, que j’ai raconté au début de ma rubrique : Extraits ?
Je me souviens d’une composition où j’avais imaginé un ensemble de musiciens et de musiciennes. Guitariste, flûtiste, etc. Mixité qui devait vraisemblablement exprimer mon éveil d’adolescente à l’autre sexe – cette école était de seules filles.
Quand, après ces festivités, reprenaient les cours, le professeur hésitait à effacer mon dessin, puis s’en excusait en me regardant d’un air un peu triste – il lui fallait utiliser le tableau. Mais l’artiste en herbe que j’étais n’en prenait pas ombrage, car je me disais que ma capacité de le redessiner demeurait.
Je me rappelle nettement, chez certaines de mes condisciples, une sorte de méfiance à mon endroit : j’étais différente, peut-être un peu folle comme se l’était demandé la religieuse gardienne du dortoir où j’errais, somnambule*. La Chère Sœur (dont j'ai déjà parlé plus haut, le 22 mai) était manisfestement dépassée.



Somnambule... Je le fus, presque chaque nuit, durant toute la première année
* des trois que j'allais passer en pension. L'appel spirituellement impérieux dont je te parle dans ma dernière lettre, je l'éprouvai un soir d'insomnie. C'est justement cet éveil qui me tenait éveillée.
Les autres soirs, à peine endormie ou plus tard, je me relevais, les bras en avant, les yeux écarquillés au dire de la surveillante du dortoir appelée par mon errance. (...). Tâtonnant dans la nuit, cherchant avec angoisse la porte, mes mains finissaient par s'enfoncer dans les tentures des grandes fenêtres, juste à l'opposé de l'issue libératrice. Entre le tissu et la froide vitre, durant l'espace du profond appui, le vide était sans résistance. Mes doigts, mes paumes, percevaient alors réellement, sèchement, ma claustration. Que cherchais-je, sans fil aucun ?
Mais, traversant la vitre de la salle d'étude, le jour éclairait ma fiévreuse écriture. Les rédactions, mon évasion ! **



* 1959-60

** 1999, La portée d'exil


M. Th., mis en ligne
le 17 octobre 2009, 13 h. 48



Dessin d'enfance -01


1957, dessin à l'école
– sujet libre –
J'avais imaginé cette phrase écrite
par une institutrice au tableau :
Combien de fois la terre est plus petite...
(Si, techniquement parlant,
je n'étais pas une virtuose,
j'avais le souci du détail)
M. Th., mis en ligne le 17 octobre 2009


À la 1° page (en bas, à droite) de la rubrique: Accueil, mon tableau Icare n'est-il pas à rapprocher de mon dessin ci-dessus montré? M. Th., mis en ligne le 18 octobre 2009, midi 20



Avec une avidité auditive, j'écoutais la radio, apprenais l'oralité de ma voix dans celle, surtout féminine, des voix radiophoniques. Elles me furent professeurs de diction. Je me retirais avec une revue, en lisais tout haut de longs paragraphes dont les sujets importaient peu à mon exercice. Modulant ma voix, la posant, la rythmant, respirant, je ne me rendais pas compte que je travaillais, étudiais, moi alors mauvaise élève à l'école primaire, qui n'y aimais que trois cours: le français et les rédactions, le dessin, la religion et sa dimension autre.*

Mais, naturellement, je dessinais, écrivais, dansais, chantais. Cette voie spontanée s'inscrivait dans mon devenir. Dans les verts déserts au-delà des jardins, il m'arrivait de chanter, avec d'autant plus de force que je n'étais pas entendue donc pas intimidée. Bécaud, Piaf, Cordy... “Le jour où la pluie viendra, nous serons, toi et moi, les plus riches du monde”, les fiancés du monde... “Il portait des culottes, des bottes de moto, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos”... “Tu m'as voulu-ue, tu m'as eue! Tu m'as choisi-ie...”... Cette dernière chanson, chantée à la maison avec une inconsciente effronterie, offusquait une amie de ma mère laquelle souriait avec indulgence. La radio m'apprenait par cœur bien des chansons, mais lorsque, peu avant l'heure du coucher, elle allait passer celles plus osées de Brassens, aux premières mesures des “amoureux qui s'bécotent sur les bancs publics”, mon père m'envoyait dans ma chambre. Je redescendais doucement, collais mon oreille contre la porte, mais les paroles étaient étouffées par cet écran frustrant. Aussi, c'est avec un enthousiasme libérateur que je découvris plus tard ce génie de la chanson poétique ou de la poésie chantée. À l'école des bonnes chansons, aux paroles bien articulées, à l'école des voix croyantes se fortifiait ma foi en l'Expression.*


* 2002,
La Source raphaëlle

M. Th., mis en ligne le 18 octobre 2009, 10 h. 23




Maman ! *

Le titre de cette page s’est écrié dans mes entrailles :
Maman !
Parce que, à l’âge de soixante ans encore, il m’arrive de me réveiller la nuit en murmurant, plus souvent en criant, plus rarement en hurlant : Maman ! Il n’y a pas si longtemps, je l’ai hurlé si fort que j’en ai, ensuite, eu mal à la gorge.
Saurai-je jamais quelle peur, peut-être ancestrale, m’anime alors ? Maïté, ma sœur aînée, m’a dit t’appeler aussi parfois dans son sommeil, mais elle c'est sans s’en rendre compte: son compagnon le lui révèle le lendemain matin. De même, elle a, quelquefois, endormie, murmuré mon prénom.
Quelle inquiétude profonde nous unirait, ma mère, ma sœur et moi, au plus inconscient de nos vies ?
La guerre ?
*

Lorsque j’étais enfant, vers la fin de mon école primaire, un gamin me lança, répétant vraisemblablement des dires d’adultes: “ Ta mère, c’est une boche! ”. Il ajouta: “ Boche, ça veut dire buveur de sang ”. J'en demeurai muette.
*


* Extraits de mes Souvenirs


Mes sauvages lisières transgressées
Ma bonne nature

Depuis dimanche après-midi, 18 octobre, je suis malade. Un virus, certes, mais peut-être aussi une sorte d'épuisement...
Confier ici des bribes de mon passé en une "suite de (ma) vie psychique", pour reprendre à nouveau les mots de Valéry, finit par me piéger en ce sens que des non-exprimés me semblent maintenant devoir se dire.
Allons-y donc, en deux souvenirs – parmi d'autres...
À l'âge de 8 ans, après mes deux premières primaires et avant notre déménagement pour Arlon, soit durant les vacances d'été, je fus une fois l'objet de la convoitise sexuelle d'un jeune homme (j'en ai ailleurs déjà écrit).
J'ai toujours mesuré et je mesure encore combien j'en ai été marquée, et cela d'autant plus que je faisais partie d'une génération où l'on apprenait aux fillettes à dormir les mains croisées sur la poitrine. Comme dans le film de Fellini: "Juliette des esprits", personnage dans lequel je me suis reconnue à certains égards. Si les "tartuffes" semblent disparus de la circulation extérieure, je vous jure que dans l'intérieure ils continuent de sévir.
Quand je quittai Bruxelles pour la province de Luxembourg, je gardai précieusement en mémoire l'adresse de ma première institutrice qui m'avait envoyée dessiner au tableau pendant un cours de couture. Je ne sais comment je l'avais, sans doute par mes parents. Elle leur avait en effet rendu visite pour leur parler de mon agitation en classe et leur conseiller de me présenter à un psychologue, ce que Maman refusa. À l'instar de la mère d'Einstein, qui ne consulta pas de psy. pour son fils retardé – fort heureusement, en a conclu Françoise Dolto: d'après elle, il fallait au cerveau d'Albert le temps d'élaborer sa suite...
Longtemps, je me suis raccrochée à cette adresse pour moi magique: 15, rue de la Levure à Ixelles. Je me la répétais, d'une façon presque exorcisante, persuadée que si je devais un jour me trouver en difficultés, je pourrais sonner à cette porte de secours.
Cela malgré une punition (certes bien méritée) dont j'avais refoulé l'humiliation en m'obligeant à un recul mental...
Une nouvelle élève était arrivée dans ma classe, que cette institutrice plaça à côté de moi, à ma droite. Elle était tout à fait l'enfant contraire de celle que j'étais alors... Appliquée avec ostentation, jolie et bouclée comme une poupée, une "préférée" pour reprendre un titre de Michel Lambert. Ce jour qui allait être celui de ma punition, elle traçait sur sa feuille, et cela sans pâtés, des lettres d'une régularité pour moi exaspérante. J'ai, sur mon site, confié le vague mais sauvage rejet qu'avait en moi provoqué un alphabet, majuscule qui plus est, écrit au tableau noir par notre institutrice, et limité entre deux lignes: deux lisières? Il ne faut pas être grand clerc, grand psy. en l'occurrence, pour relier ma réaction à la dernière guerre qui,
dans mon expression, revient avec une régularité de métronome. (L'expression est une autopsychanalyse).
Revenons à mon innocente condisciple. La voyant qui buvait comme du petit-lait son encre d'écolière, je fus saisie par une irrésistible jalousie! En colère, je grattai brusquement la plume de mon porte-plume sur sa feuille trop sage. Son crissement sur le papier, je ne l'ai pas oublié.
Harassée, notre institutrice me fit me lever, épingla dans mon dos la feuille malmenée (de l'art moderne!), et m'envoya me montrer dans la classe de ma grande sœur. (Plus tard, celle-ci me confiera avoir réprimé un fou-rire devant mon air pataud – pataud: je suppose que je devais avoir cet air-là, il n'est donc pas certain).
Je me revois, entre les deux classes, dans le couloir désert éclairé par les grandes fenêtres. Bref, mais durable car en mon âme ancré, havre de paix. Air libre et solitude.
Non pas ravalant ma honte, mais prenant vis-à-vis d'elle un recul, comme si je savais que les commotions "existentielles" ne sont pas "essentielles"...

Un certain recul permet un certain équilibre.
Longtemps, mon enfance a baigné dans un climat de sourd rejet, de vague sentiment de culpabilité, de malaise; climat ponctué de récurrents cauchemars nocturnes*. Jamais, il ne me vint à l'idée de me confier. Mes parents en auraient été les premiers surpris et chagrinés, car j'étais une gamine espiègle et apparemment insoucieuse. De plus, ma mère ne se formalisait de rien, confiante en la bonne nature.

* De ceci, j'ai fait une fiction: dans mes contes à paraître bientôt



M. Th., mis en ligne
le 20 octobre 2009, 15 h. 59




Au pensionnat, il y avait celles qui "les" avaient déjà et celles qui ne "les" avaient pas encore.
Je "les" ai eues en 2° année d'humanités (en 5°, disait-on alors).
Si certaines se vantaient d'avoir leurs règles, moi j'étais plus discrète sur ce bonheur qui fait passer de la condition d'enfant à celle de jeune fille.
Instantanément, il se passa en moi une transformation qui me guérit des mal-êtres qu'hier j'ai ici confiés.
Je me sentis soudain protégée, plus forte grâce à ma féminité.
Mes angoisses enfantines anéanties.
Cependant, j'allais garder un sentiment moins d'échec que d'indignité – actuellement exacerbé par mon âge grandissant.
Voilà pourquoi je ne suis pas une "battante" et ne le serai jamais.
Prix et "cartes d'honneur" ne sont, par conséquent, pas pour moi.

Ce qui ne m'empêche pas d'envoyer chaque année mes ouvrages à l'un ou l'autre concours, afin de les partager, d'autant plus que les responsables ont la justice réconfortante de placer dans des bibliothèques les livres non primés.



M. Th., mis en ligne
le 21 octobre 2009, 11 h. 20




 *


Mon grain de poivre

Des livres ayant mis, c
es temps-ci, l'érotisme en scène, l'idée me vient de mettre mon grain non pas de sel mais de poivre en reproduisant un de mes tableaux de 1988: Le coffret – 2. Tableau resté en partie esquissé.



Coffret-2

M. Th.,
1988
Le coffret – 2



Coffret-1

M. Th.,
1987
Le coffret – 1



M. Th., mis en ligne
le 21 octobre 2009
après-midi




*

Morale de ma petite histoire :

Continuer



M. Th., mis en ligne
le 22 octobre 2009




*



Pégase, cheval hors écurie
et autres bêtes nos amies


J'aurais aimé enseigner. Aussi, lorsque, le 23 mars 2004, GAIA* m'écrivit pour m'inviter à participer à "un carnet de poésies destiné à être distribué dans les écoles", je répondis avec enthousiasme. Il fallait envoyer un poème "sur le thème de l'animal et de l'enfance", poème qui serait analysé en classe à partir d'une "
fiche didactique". Comme je venais de terminer un recueil** mettant en scène quelques animaux, j'en choisis un ailé: Pégase, et j'accompagnai mes lignes d'une fiche didactique à ma façon.
Sans doute GAIA n'eut-il pas suffisamment de réponses des poètes contactés, car le projet n'aboutit pas. Mais je reçus des compliments pour mon texte: "magnifique poème (...) d'une beauté simple et profonde" – Nicolas Vander Straeten.
En fait, ma poésie se composait d'un extrait de mon recueil
**, suivi d'une nouvelle strophe (j'y avais ajouté de la ponctuation, puisque pour des écoliers):


La crinière perlée de rosée,
Pégase s'élève en sa robe bouclée.
Fluide soie lumineuse.
En son envol baptisant la forêt,
le cheval blanc aux boucles ruisselantes,
à l'œil noir et humide,
éploie l'aile du ciel.

Son œil de jais contient la mer nocturne
si douce et lisse
aux errants.

En chevauchant Pégase,
l'errante enfance des poètes
trouve son lieu.
Ainsi la situent
leur plume active,
leur fougue méditative,
et, à l'univers,
la relient.


Fiche didactique
Enfance éternelle,
portée par une volontaire énergie !

Pégase, le cheval ailé, est l'animal mythologique(1) qui symbolise la Poésie. Il a donc une place particulière dans ce thème réunissant poésie-animal-enfance.
La plume active des poètes, c'est leur écriture, leur art poétique, fougueux comme un cheval!
– Pourquoi errance ? Les poètes aspirent à une communion avec l'univers. Cette communion se mérite sans cesse grâce à une sensibilité en éveil qui s'exprime en images (métaphores). Un monde trop matérialiste les rend errants, car il ne peut combler leur âme.
– Pourquoi enfance ? Parce que les enfants, les petits enfants surtout, ont une vision, une sensibilité neuve, nouvellement née, qui leur permet de sentir l'essentiel. À plus de 90 ans, le peintre Picasso disait qu'il faut toute une vie pour retrouver le don d'enfance. Les poètes (comme tous les artistes: il y a différents arts) sont à l'écoute de l'enfance éternelle! L'aspiration à l'éternité est errance dans la mesure où l'âme s'y perd. Ceci aussi est poésie...
(1) Les mythologies ne sont pas des histoires figées. Leurs images peuvent être recréées, métamorphosées sans fin. Ainsi, celle de Pégase n'est pas dépendante d'un contexte fixe, elle s'adapte à la sensibilité de chacun. Poésie: "création" (voir Le Petit Robert).
M. Th., le 26 mars 2004


Aujourd'hui, il m'apparaît que ma fiche didactique s'adressait davantage à des enseignants qu'à des élèves.


* "Groupe d'Action dans l'Intérêt des Animaux"
** L'infrangible vision


Le jardin d'Éden d'Eva
7 mois aujourd'hui !


Véronique-Eva-Calypso


La chatte Calypso et
Maman Véronique allaitant sa petite Eva



M. Th., mis en ligne le 23 octobre 2009


*


Presque tout ce que je confie sur mon site, je l'ai ou l'avais déjà écrit dans mon journal, ou dans des textes publiés.
Ainsi, dans mon premier roman épistolaire, je confiai au Maître d'or, destinataire choisi de mes lettres, quelques souvenirs...

J'avais six ans. Je revenais d'une course dans une épicerie proche. L'animal aboyait, comme toujours, agressif. C'est vrai que je le narguais, me sentant protégée par la grille qui fermait le jardinet. Mais ce jour-là, elle était entrouverte. La bête se précipita sur moi. Je me mis à courir, trébuchai. À plat ventre sur le sol, mordue une fois à la fesse, je fus sauvée d'autres morsures par un passant. Ma peur avait été atroce: être là, sans défense, à la merci d'un chien féroce.
Atroce aussi était celle provoquée par le berger allemand gardien de la ferme maternelle. Attaché à une longue chaîne qui lui permettait de circuler sans trop de contrainte, il surgissait, terrible, en aboyant furieusement. Toute petite, j'étais glacée de terreur en l'entendant hurler, et il me fallait bien calculer la longueur de son lien pour ne pas être à sa portée. C'est vrai que c'est à mon passage qu'il se déchaînait. Sans doute m'avait-on mise en garde contre sa méchanceté. Aussi voyais-je comme un miracle sa soumission envers mes cousins.
J'avais cinq ans. J'avais ouvert la porte de la porcherie pour libérer les cochons, qui dévalèrent bientôt le chemin menant au village. Mes oncles couraient derrière les bêtes en jurant. Personne ne se fâcha.

Quand ma fille était petite, j'ai bien veillé à ne pas lui transmettre ma peur des chiens, surtout des grands. À cette fin, je déployais des ruses. Lorsque, en rue ou au parc, je voyais arriver un grand chien non tenu en laisse, j'attirais Véronique contre moi sous le prétexte de lui remettre une pince dans les cheveux, recommençant sa coiffure le temps que le chien nous ait dépassées.

Les parents d'Eva ont trois chattes et sont vigilants. La chambre d'enfant leur est fermée. Le jour de la photo reproduite ci-dessus, Calypso s'était glissée sur les genoux de Véronique au moment de l'allaitement, c'était la première fois; désirait-elle avoir une place dans ce cercle de la maternité? ou... sur la photo, qui sait?!



M. Th., mis en ligne le 24 octobre 2009



*


Ma Rime intrinsèque

Ceux et celles qui sont entrés dans mon univers créatif, dans mon cheminement bien particulier, et ceci depuis longtemps, pour ainsi dire depuis mon départ, doivent réaliser combien ils se sont rendus dépendants de ma profonde cohérence, de ma "logique interne", de ma Rime intrinsèque comme j'ai baptisé une collection de mes autoéditions MonéveiL. "Tu m'as voulu-ue, tu m'as eue": en l'occurrence, c'est eux et elles qui sont eus.

M. Th., mis en ligne le