Lumières sur le livre qui attaque le Roi

En septembre 2001, les Editions Flammarion publiaient: "Dossier pédophilie - Le scandale de l'affaire Dutroux" de Jean Nicolas et Frédéric Lavachery. Ce livre est censé "prêter au roi Albert II des pratiques pédophiles" (Le Soir, 17/09/01). A voir le reportage télévisé d'Au Nom de la loi (RTBF Charleroi) intitulé "La colère du roi" (24/10/01), il semble que le livre de Nicolas et Lavachery vise surtout à passer pour une émanation de l'association Pour la vérité et des Comités Blancs. "Connerotte aurait pu l'écrire" ajoutait sournoisement Jean Nicolas - un personnage dont le profil évoque bien plus le barbouze que l'écrivain.

Le deuxième auteur, Frédéric Lavachery - exclu des Comités Blancs en raison de ses relations troubles (on le suspecte notamment d'avoir reçu des fax émanant de la Sûreté belge), n'a pas eu l'occasion de s'exprimer dans les médias. Le site Libert'Zone, qui lui a souvent servi d'estrade, répare cette lacune en l'interrogeant longuement sur son livre (Voir ci-dessous). Cet entretien apporte des éléments intéressant et permet de mieux cerner le personnage.

Le grand projet de Lavachery, c'est l'institution d'un pouvoir "non institutionnel". Il ironise sur l'idéal que j'ai un jour exprimé de "réconcilier le Pouvoir avec la vérité", car pour lui: "gouverner c'est mentir". Cette philosophie désespérée est aussi confuse. Lavachery rêve d'un "mouvement social capable de produire et reproduire les conditions de son indépendance par rapport à toute forme de pouvoir". Un pouvoir sans pouvoir en quelque sorte... (sans se rendre compte que l'absence de pouvoir délimité est la voie royale vers l'abus de pouvoir).

Par rapport à ce "mouvement social", Lavachery semble se voir comme un leader cosmopolite, une sorte de Lénine attardé : "Mes projets sont lisibles dans mes réponses, j'y travaille avec d’autres tant en Belgique qu'en France en attendant de renouer avec l’Italie où je n’ai pas eu la possibilité de me rendre depuis trop longtemps."

Par opposition aux "idiots qui se prennent pour des cerveaux.. les Reisinger, Dessart, De Conink", Lavachery apparaît plutôt comme un faux génie déjanté et pompeux ( " Il y a quelque chose à revoir dans la théorie de l'Etat et la philosophie du droit", lâche-t-il négligemment..), déchiré par la contradiction entre ses ambitions délirantes et son manque désespéré de reconnaissance sociale (Lavachery n'est certes pas idiot, mais il n'a jamais fait d'études).

Ce manque de reconnaissance explique d'ailleurs comment il est tombé entre les pattes de Jean Nicolas : "Comme cela faisait près de deux ans que j’étais censuré et boycotté partout, notamment par la coordination des comités blancs pour mes idées sur l'Etat et les institutions, j’ai accepté l’offre de Jean Nicolas, qui m’a immédiatement proposé décrire des articles dans son " Investigateur ".

Ce qui explique aussi comment Lavachery est devenu une marionnette du Pouvoir abhorré, comme il l'admet clairement : "Je ne m’attendais pas du tout à cela... Tout s’est passé comme si dans les coulisses du pouvoir constitutionnel le livre était utilisé comme point d’appui pour accélérer la mutation du régime. Dans l’entourage du Roi et au gouvernement j’imagine qu’il n’y a pas que des crétins. Les stratèges de l’Europe du 21è siècle auraient profité de l’occasion pour savonner la planche d’Albert que je n’en serais pas étonné". C'est exactement l'analyse que j'ai faite de son livre.

Lavachery s'est même aperçu (comment ??) que de Bonvoisin était "ravi de la sortie du bouquin". Ce qu'il ignore ou feint d'ignorer c'est que le baron de Bonvoisin finance Jean Nicolas - journaliste mercenaire - depuis la publication de son premier livre sur l'affaire Dutroux, c'est-à-dire qu' en définitive de Bonvoisin manipule Lavachery. De là à ne pas s'apercevoir que la Sûreté lui envoie des fax, il n'y a qu'un pas à franchir dans l'aveuglement...

Marc Reisinger, ASBL "Pour la vérité"

Voir: EDITORIAUX:
"La clé de la liste" (14/8/2000)
Un coup royal" (20/9/2001)
"Un parfum de déstabilisation de l'Etat" (29/9/01)
"La naissance du grand complot" (28/10/01)


POUR INFO:

INTERVIEW-RENCONTRE Frédéric Lavachery, co-auteur du livre " Dossier pédophilie, le scandale de 'affaire Dutroux
Questions concoctées par Libert'zone & Auberge - Entretien Charly Nyst Ch. N. : Volet médiatisation du livre. On voit beaucoup Jean Nicolas sur nos écrans, dans la presse écrite aussi. La distribution des rôles entre coauteurs a-t-elle été ainsi définie ?
F. L. : La seule " distribution des rôles " qui ait été définie la été avec l’éditeur en août : Jean Nicolas irait sur les plateaux d’émissions de télé genre Thierry Ardisson ou autres et moi je participerais à des débats de fond. Les tours de Manhattan ont conduit les chaînes de télé à décommander ce qui avait, paraît-il, été prévu. Jusqu’à ce jour (15 novembre) seuls deux journalistes sont venus me voir : Bert Murrath, qui diffuse un journal par fax et e-mail en flamand (TScheld ou quelque chose comme ça, je n’ai plus l’intitulé exact en tête et je ne suis pas en mesure de vérifier sur mon courrier électronique pour le moment) et un journaliste de l'Eveil de la Haute-Loire. Il y a aussi Douglas De Conink qui m'a posé par téléphone des questions à la Breewaeys sur ma collaboration avec Jean Nicolas et sur mon appartenance à la Sûreté de l'Etat.
Le tollé général autour de la parution du livre, la réaction et le communiqué du Palais royal suivi de celui du gouvernement belge t'ont-ils étonné ? Qu'en penses-tu ?
Je ne m’attendais pas du tout à cela. Je croyais que les journalistes liraient le livre avant d’en parler ou au moins interrogeraient les auteurs. Tout s’est passé comme si dans les coulisses du pouvoir constitutionnel le livre était utilisé comme point d’appui pour accélérer la mutation du régime. Dans l’entourage du Roi et au gouvernement j’imagine qu’il n’y a pas que des crétins.
Les stratèges de l’Europe du 21è siècle auraient profité de l’occasion pour savonner la planche d’Albert que je n’en serais pas étonné. Ce qui est sûr c'est que la droite flamande et l’extrême-droite flamande prennent ce livre comme point d’appui pour y appliquer leurs propres leviers. J’ai vu, lors d’une séance de la commission justice de la chambre, Gerolf Annemans en vendre des exemplaires à plusieurs députés. Mais manifestement Verwilghen n'a - au minimum - pas cherché à nuire au bouquin. Voilà pour ce que je sais des Vlaams Blok et des libéraux flamands. Pour ce qui est du PS, Moriau ne doit pas être isolé, sinon il aurait disparu de la scène depuis belle lurette. Cela dit, j’ai dit et écrit dès février 97, que la mobilisation citoyenne issue de la Marche blanche risquait de déboucher sur une mutation institutionnelle qui affinerait le mensonge de la gestion étatique. C'est pourquoi je me suis attaché à relever ce qui, au sein de cette mobilisation, signifiait la nécessité et l’actualité concrète d'un réexamen radical du rapport entre l’institutionnel et ce qui ne l’est pas. Au cœur de cette réalité : la résistance de certaines victimes de l’articulation de la criminalité organisée sur le système institutionnel et le dépassement par là-même de cette condition de victime, seule à même de féconder un véritable mouvement social qui dissocie le concept de démocratie de celui d'Etat. Dans notre livre, fortement censuré par l’éditeur pour d’une part prévenir les procès en diffamation, d’autre part parce que le projet de Flammarion était de publier une enquête " grand public ", j’ai néanmoins pu maintenir certains jalons qui posent ces questions fondamentales. Mais jusqu’ici, personne n'y a accordé la moindre attention. c'est ce qui me surprend le plus dans le remue-ménage auquel a donné lieu la parution du livre.
Le livre. Comment est-il né ? Qui a décidé de ce titre alors que le contenu du livre va bien au-delà. .. On s'attend à un livre exclusivement basé sur l'affaire Dutroux. Or, ce n'est pas tout à fait cela. Je me trompe ?
Fin 99, Flammarion demande à l’un de ses auteurs, un journaliste français Julien Comer qui sort à peu près un bouquin d’investigation par an, s’il ne connaîtrait pas quelqu’un qui pourrait leur écrire un livre sur l’affaire Dutroux. Le gars les envoie chez Jean Nicolas. Lequel me téléphone pour me demander si je serais d’accord de le faire avec lui. Comme cela faisait près de deux ans que j’étais censuré et boycotté partout, notamment par la coordination des comités blancs pour mes idées sur l'Etat et les institutions, j’ai accepté l’offre de Jean Nicolas, qui m’a immédiatement proposé décrire des articles dans son " Investigateur ". J’ai dû en écrire une cinquantaine ou une soixantaine, pratiquement tous conçus en fonction du livre à sortir et pour soutenir le combat de plusieurs personnes engagées dans cette mobilisation " blanche ". Flammarion nous a demandé un canevas de bouquin, un synopsis. Je l’ai réalisé et il a été accepté tant par Jean Nicolas que par Flammarion. Tu verras que le produit fini est quand même fort différent de ce projet. Le livre est en fin de compte la résultante de trois approches, celle de Jean Nicolas, celle de Flammarion et la mienne. Quant au titre, c'est l’éditeur qui l'a imposé. J’ai voulu l’amender par un sous-titre du genre " coup de semonce pour les démocraties " ou plus simplement " coup de semonce " mais ce n’est pas passé. Même les mots " une affaire d'Etat " n’ont pas été acceptés, je crois essentiellement pour une question de marketing. Ceci dit, l’éditeur est bien d’accord que le livre qui manque sur le marché est celui de l’analyse politique, sociologique et philosophique de cette affaire, du mouvement social quelle a déclenché et de la portée universelle des questions posées. Je ne suis certainement pas le seul à y travailler.

Certains ont parlé d'un "mauvais copié-collé" d'anciennes affaires mises bout à bout. En quoi réside donc l'intérêt particulier ou nouveau de ce livre-ci ? Donne-t-il réellement des éléments de preuves sur l'étouffement de ces affaires ?
C'est l’avocat du roi, Alain Berenboom, qui a repris cette expression devant la juge des référés à Paris. Peut-être l’avait-il lue chez Breewaeys ou Stévigny, peu importe. La mauvaise foi de ce genre de polémique médiatique est évidente. A les suivre, le bouquin aurait eu de la valeur s'il ne s’était appuyé sur rien. C'est étonnant. Il eût fallu proposer au lecteur la mise en place des pièces du puzzle des affaires belges sans exposer ces pièces. La Belgique, je crois, est le pays où la bêtise fait le plus de ravage dans la petite-bourgeoise intellectuelle. C'est effarant, désespérant et dramatique. Comment un mouvement social judicieux et intelligent pourrait-il renaître et se développer s'il s’est laissé berner d’emblée par une intelligentsia qui, à l’instar de Marc Reisinger, lui fixe comme objectif de "réconcilier le Pouvoir avec la vérité " ? Gouverner c'est mentir. C'est une évidence pour tout le monde. Au demeurant, le dossier Pinon ne forme pas le cœur du livre. C'est juste une pièce du puzzle, que nous ne possédions pas au départ et qui est venue s’ajuster, comme allant de soi, pile à l’endroit où elle confirmait la thèse centrale : la main-mise de la criminalité internationale sur le système belge trouverait son origine dans la gestion des contradictions intrinsèques de la Nation, produit de l’Etat. Le chantage par le crime commis contre l’enfance en fut un des instruments. Qu'aucun journaliste, que ni la coordination des comités blancs ni Reisinger ni Berenboom ne se soit attachés à démonter cette argumentation sur la base des documents cités dans le livre nous laisse devant cette alternative : ou ils sont paresseux ou ils sont incapables. Au plan des pièces matérielles, je crois que la seule nouveauté du bouquin c'est le dossier KB-Luxembourg. Mais c'est une pièce maîtresse, autrement plus lourde de menaces pour le régime que le dossier Pinon. Bien entendu, personne non plus n'a relevé ce que nous avons écrit à propos de la mention du compte Prothéa par le ministère public lors du procès Agusta-Dassault. Pour ce qui est des preuves d’étouffement, il y en a un bon paquet dans le bouquin. Je voudrais attirer l’attention du lecteur sur deux d’entre elles : l’affaire Taminiau, parce quelle semble bien être au cœur du système de la protection judiciaire et l’analyse que nous livrons des raisons de la gestion de l’opération Othello par l'Etat-Major de la gendarmerie.
Au-delà des comptes KBL attribué à des membres de la famille royale, y a-t-il, dans le livre, d'incontestables nouvelles révélations ?
Ah bon, j’ai répondu trop tôt à cette question. Je peux ajouter le lien entre Vanden Boeynants et les membres du conseil d’administration de la société Jean Dessart qui loue ses locaux à la coordination des comités blancs, encore que le texte définitif du livre ait fait sauter ce qui rendait la chose explicite. Curieusement, Flammarion a aussi supprimé du manuscrit une allusion que j'y faisais à l’Opus Déi, mais cela concernait le récit consacré au courage du gendarme Willy Holvoet. Ce n’est pas essentiel pour le contenu du livre qui ne s’attache pas aux pouvoirs occultes de l’Opus Déi ou de certaines zones de la franc-maçonnerie. Mais la présence pesante de l’Opus au sein de la noblesse belge - et Willy Holvoet a affaire aux d’Aspremont Linden - explique peut-être en partie la courbure de trajectoire suivie par la coordination des comités blancs.
Personnellement, je trouve les propos du livre très prudents alors que la presse n'en parle qu'en évoquant "une thèse du Palais royal pédophile" (Soir magazine 24.10.200). Comment expliques-tu que la plupart (tous) les journalistes et autres commentateurs y voient à chaque page un " Albert II pédophile " ?
Ce doit être de la projection de leur part. Il faudrait poser la question à un psy.
Jean Nicolas est journaliste et il fait son job de journaliste. Pour peu qu'on se ballade sur son site Internet, il n'est pas permis de douter qu'il veuille "la peau d'Albert". Nombres de citoyens pensent que le système institutionnel belge est arrivé au bout de ses contradictions, or la royauté reste très populaire. Selon toi, comment sortir de cette dichotomie sans tomber dans ce manichéisme, "Albert pédophile - tous pourris" ou "royauté = ciment de la Belgique". En fait, comment dénoncer sans tomber dans le piège de l'extrême droite ?
Comme je te l’ai dit, le livre est la résultante de trois approches et de trois personnalités. Les interview que Jean Nicolas a données à la presse étrangère ont porté naturellement sur ce qui l’intéresse. Si des journalistes m’avaient interrogé, j’aurais parlé de ce qui me paraît essentiel : la découverte, via l’élan d'un mouvement social hors normes, de la réalité d'un pédocide. J’ai utilisé cette expression pour la première fois lors dune conférence que Don Fortunato Di Noto (association Telefono Arcobaleno) m’a demandé de tenir en Sicile en mars 2000. Pour moi, on ne peut parler de génocide, en l’occurrence de pédocide, que si le massacre comprend une dimension culturelle et une dimension institutionnelle. C'est ce qui semble avoir échappé à ceux qui reprennent l’expression en l’attribuant à Don Fortunato. Si l’on explorait cette piste, si l’on s’attachait davantage à la figure de l’enfant sujet de droit plutôt que se fixer sur celle de l’enfant martyr, on comprendrait la portée de ce mouvement social de 96-97, que j’ai résumée par la formule " le respect de l’enfant est la clé de la résistance à la loi du plus fort ". Comment l’extrême-droite pourrait-elle tenir la route dans cette direction ?
Pour ceux qui n'auraient pas lu le livre, je te propose, en dix lignes, d'en montrer l'articulation entre la pédo-criminalité et les dysfonctionnements de nos institutions.
Pouvoir, fric et sexe pervers. C'est vieux comme l'Etat et comme le crime. Dans le livre, je propose de façon argumentée et documentée de réexaminer l’histoire de nos institutions à la lumière de l’histoire de la criminalité organisée. Le concept de dysfonctionnement est lui-même pervers. Il s’agit en réalité d'un mode de fonctionnement. C'est Gino Russo qui le disait en 97. Quoi qu'il puisse en dire aujourd’hui, fusse par ses silences, personne ne pourra lui retirer d’avoir fécondé le mouvement social initial en dissociant la notion de démocratie de celle des institutions. Quand un système d'Etat, l'Etat de droit, peut être subverti aussi facilement par l’usage de la corruption financière, sexuelle et morale (l’appétit de pouvoir), il y a quelque chose à revoir dans la théorie de l'Etat et la philosophie du droit.
En quoi le dossier Pinon est-il cette maîtresse pièce autour de laquelle peut se faire la démonstration d'un incontestable système auto-protectionnel des institutions judiciaires et politiques ?
J’ai répondu plus haut. Le livre aurait pu être écrit sans recourir au dossier Pinon. La pièce judiciaire maîtresse du livre c'est quand même le dossier Dutroux. La pièce la plus explosive, mais c'est une bombe à retardement, c'est probablement le dossier KB. Le dossier Dutroux est une bombe à fragmentation. Ca fait des ravages.
Ces soubresauts cycliques autours des mêmes dossiers depuis plus d'une vingtaine d'années te paraissent-ils orchestrés. Si oui, que ou qui vois-tu derrière ? Pourrait-on voir, aux travers de toutes ces affaires non-élucidées, un " CEPIC dormant ? "
Moriau n’appartient certainement pas à un Cépic dormant. Or tant Moriau à gauche que de Bonvoisin ou Annemans à l’extrême-droite sont incontestablement ravis de la sortie du bouquin. Je ne dis pas que Moriau soit enchanté de ce que Jean Nicolas a raconté à propos de ses relations portugaises, je parle du fond du livre. Ce livre c'est un point d’appui jeté de l’autre côté de la barrière, celle qui isole les gens de pouvoir. Malheureusement, jusqu’ici, il semble que ce soit surtout des gens de pouvoir qui l’utilisent pour jouer de leurs propres leviers. Je ne crois pas que les Reisinger et compagnie, qui gesticulent tant et plus autour de ce livre, soient des agents de la droite, je pense que ce sont surtout des idiots qui se prennent pour des cerveaux. Comme tout le monde ils peuvent être instrumentalisés par des gens de pouvoir (pour Dessart je verrais les Ecolos et pour Reisinger la gauche ULBiste). Mais les Reisinger, Dessart, De Conink et autres se nourrissent depuis longtemps de cette atmosphère de dossiers secrets qu'ils avaient le privilège de détenir. Ils pouvaient en parler, y faire allusion, sans jamais les exposer ni les diffuser. Jean Nicolas et moi leur avons peut-être cassé le jouet en mettant le tout sur la place publique.
Et Nihoul, dans tout cela ?
Probablement un mercanti qui a trouvé LE créneau : offrir à des personnages qui ont déjà tout eu et tout vécu, sauf la vertu qui leur est irrémédiablement inaccessible, de nouvelles frontières à franchir. Un organisateur d’ " événements " où ils peuvent savourer le pouvoir de leur condition d’êtres d’exception, au-dessus des lois de l'Etat, des lois de la morale et des lois de l’humanité. Ceux-là sont au cœur de la culture qui fait le lit de l’extrême-droite, ils se prennent pour des gens exceptionnels, des êtres d’ une race supérieure.
A propos de Nihoul et consorts: j'ai lu et relu (c'est une mode, ça) les témoignages des grands témoins de Neuchâteau, les fameux X. Autant je suis convaincu de l'existence de réseaux pédo-criminels . . .[ Aparté: j'en vois et démonte les mécanismes sur l'Internet et la population ne verrait que la plus soft de ces images d'exploitation sexuelle d'enfants que les intello-négateurs de tous poils en auraient le ventre retourné ] Autant je suis convaincu, disais-je autant j'ai du mal à concevoir ces Nihoul, Bouty, Vanderelst, Vanden Boeynants et autres se repaître sans cesse de ces mêmes enfants et adolescents (et d'autres) sans qu'il puisse y avoir un autre "usage" ... C'est une question !
Je me pose la même question et je n’ai pas de réponse. Il faudrait pouvoir se conditionner par autosuggestion pour entrer dans la peau de ces gens-là et imaginer ce qu'ils désirent. Ceci dit pour être ministre, par exemple, il faut un certain goût du pouvoir, ce qui n’exclut pas en soi le goût pour l’abus de ce pouvoir. Il s’agit toujours de pouvoir sur des gens. Il y a des professions et des fonctions qui sont définies par l’exercice d'un pouvoir sur les autres : professeur, médecin, avocat, parent, ministre, prêtre, chef, élu, président, coordinateur etc, etc. Ceux qui recherchent l’abus de pouvoir utiliseront ces profession ou fonctions pour exercer leurs talents. D’autres utiliseront ces faiblesses de la puissance conférée par le pouvoir pour se faire du fric. Ce serait le cas de Nihoul. Cela dit, pour comprendre la réalité, toujours complexe, il faudrait pouvoir en explorer toutes les facettes. Nous en sommes loin.
Dans la presse, on parle abondamment pour l’instant d'un réunion du 23 décembre 1997 qui aurait réuni tout ce que la Belgique peut compter de comploteurs. A propos, y étais-tu à cette rencontre d'"intellectuels-gourou " ( dixit l'ex-gendarme Marc Toussaint) ?
Je n'y étais pas. J’en ignorais tout.
Si je te dis que je pense qu'étaient réunies là des personnes davantage mues par leurs vieux démons et fantasmes que soucieux de la vérité et du sort des victimes, tu réponds quoi ?
Je crois qu’une Marie-Jeanne Van Heeswijk, par exemple, était sincère, pour les autres je n’en sais rien.
Chacun a besoin d'informations, c'est évident : magistrats, sûreté de l'Etat, journalistes, politiques, . . . mais n'est-on pas arrivé à un point tel de collusion que plus aucune lisibilité et contrôle ne seraient possibles dans les grandes enquêtes criminelles ?
Pour ce que j’en sais, l’opacité règne depuis des siècles. Ce qu’une partie de la population belge a redécouvert depuis 96-97, c'est la possibilité de chercher à faire la lumière précisément là où le système politique, judiciaire, culturel et journalistique sécrète le trompe-l’œil. Pour faire ce bouquin, nous n’avons pas utilisé d’autres ressources que celles qui sont à la portée de n’importe qui. Nous nous sommes basés sur des textes publics, des témoignages au sein du mouvement social, une culture d’opposition largement répandue dans la société et une indépendance d’esprit nettement moins partagée il est vrai. Il ne faut pas se faire d’illusion, sans mouvement social capable de produire et reproduire les conditions de son indépendance par rapport à toute forme de pouvoir, il n’y aura pas de contrôle possible de l’articulation criminalité-institutions.
Revenons au dossier Dutroux. Que penses-tu de la décision rapportée par le procureur général de Liège Anne Thilly d'un procès Dutroux (l'isolé) et consorts pour 2003 (?) . . .et parallèlement la poursuite d'une instruction "réseaux" ? N'est-ce pas unnouveau "saucissonnage" qui permettrait de juguler une nouvelle révolte citoyenne qui naîtrait du procès Dutroux & C°
Oui, mais ce pourrait aussi, à l’inverse, laisser ouverte la possibilité d’instruire le procès de certains réseaux voire de certaines autorités de protection des réseaux. C'est une décision opportuniste qui permettrait aussi à ses promoteurs de se blanchir par retournement de veste si un revirement de conjoncture amène une refonte du régime. Mais ce que j’en dit, fort peu hélas, c'est du raisonnement simple, je ne dispose pas de la moindre information sur ce qui se trame. Nous n’en serions pas là si le mouvement social (toujours lui !) n’avait été stérilisé par la coordination et les Russo dès le printemps 97, je crois, à l’instigation des représentants de chaque parti présent au sein du comité de soutien aux parents de Julie et Mélissa. En effet, j’ai été frappé, à l’époque, par le fait que des fonctionnaires prenaient contact avec le mouvement, à l’insu de leur hiérarchie bien entendu, pour faire progresser la cause de la démocratie en s’appuyant sur le potentiel de contrôle citoyen que recelait le mouvement au départ. Je n’explique pas autrement la fuite (véritable pipe-line) judiciaire de Neufchâteau (les fameuses disquettes).
Pour avoir saboté toute initiative visant à conforter le mouvement dans son autonomie vis-à-vis de la culture institutionnelle, les Dessart, Bouffioux, Van Heeswijk, De Conink, Reisinger et les Russo ont limité la casse à leur profit par des relations privilégiées avec certains enquêteurs, comme De Baets et Bille. Dans le même temps ils permettaient aux partis de gérer la crise blanche pour aller aux élections de juin 99 sans risques. Fin 97, j’avais proposé à Bouffioux et Van Heeswijk une coopération directe avec le réseau des comités blancs. En vain. Par la suite Bouffioux a fait tout ce qu’il a pu pour saboter mon action. Le livre de Flammarion est peut-être né à ce moment-là. Il est le symbole, par ses limites, de l’échec du mouvement social, de l’échec (temporaire ?) de la lisibilité de l’articulation appareil judiciaire - appareil criminel.
Tu as été exclu des comités blancs. J'ai quitté le réseau des comités blancs. Nous avons tous deux été coordinateurs de ce réseau. J'ai été exclu de la liste de diffusion de l'asbl " Pour la vérité " de Reisinger, dont nous parlions ...[Aparté. Anecdote: lors du colloque (20-21.10.2001) organisé par les asbl réseau des comités blancs - Pour la vérité, le député Patrick Moriau disait avoir fait don de ses droits d'auteur sur son livre "Cahiers d'un commissaire" afin que "Pour la vérité" puisse servir d'interface entre le citoyen et les institutions. . . . Amusant, non! ] Sans doute suis-je naïf mais comment expliquer tant d'exclusions ?
Il me semble avoir répondu ci-dessus. J’attends les réactions, voire d’éventuelles informations pour pousser l’analyse plus avant.
Le mouvement blanc a-t-il encore un avenir ? Si oui sous quelle forme ?
Nous ne pourrons pas faire l’économie de la critique de notre propre histoire et en dégager des principes de travail qui rendent lisibles les principes fondateurs du mouvement qui s’articulent sur le respect de l’enfant comme sujet de droit. Ce n’est certainement pas une condition suffisante pour que renaisse un mouvement social sur les décombres du mouvement blanc, mais c'est indispensable.
Je ne peux pas résister à te poser la question sur ton appartenance à la sûreté de l’état ? Qu'en est-il ? Ce bruit ne court pas seulement d'aujourd'hui. . . D'où cela vient-il ?
Si la Sûreté de l’Etat en est à écrire tout ce que je viens de pondre, c'est que la Sociale chère aux révolutionnaires français de la Commune de Paris est en marche à Bruxelles ! Ca se saurait. Quant à l’origine du bruit, il faut demander aux Dessart et Reisinger sil y a une autre source qu’eux. Il y a aussi l’avocat Tieleman qui a réussi a faire croire aux idiots que la Sûreté m’envoyait des fax à son bureau. La Belgique est malade de la bêtise de ses penseurs.
En conclusion, satisfait de l’impact du livre et quel sont tes projets ?
Etonné de la nature de l’impact sur la scène publique, totalement étranger au projet que j'y mettais. L’impact auprès des victimes et des noyaux de solidarité avec lesquels je suis en rapport est très intéressant mais il est encore un peu tôt que pour le transformer ensemble en un acquis, une avancée dans l’analyse et la prise de conscience des choses à faire. Mes projets sont lisibles dans mes réponses, j'y travaille avec d’autres tant en Belgique qu'en France en attendant de renouer avec l’Italie où je n’ai pas eu la possibilité de me rendre depuis trop longtemps.
Libert' zone 16 novembre 2001 - Mise sur site le 17.11.2001