Couper les cheveux en quatre

Nous apprenons aujourd’hui que le juge d’instruction Langlois refuse depuis cinq ans d’analyser les cheveux récoltés le 15 août 1996 dans la cave où Dutroux séquestrait des fillettes et dans la camionnette dont il s’est servi pour les enlever. Ces analyses pourraient permettre de déterminer qui a été mêlés aux enlèvements. Le procureur Bourlet réclamait ces analyses depuis cinq ans. Il vient d’obtenir gain de cause.

La revue de presse suivante montre que l’agence Belga et la majorité des quotidiens ne s’interrogent nullement sur le refus du juge Langlois. La presse se contente de relayer les réactions scandaleusement alarmistes - et aberrantes - de la défense de Dutroux, Martin et Lelièvre : Bourlet relancerait la " thèse " des réseaux (alors qu’il procède à une demande concrète), le procès serait repoussé à 2005 ou 2006 (alors que ces analyses doivent prendre six mois), les analyses vont coûter cent à deux cent millions…

Ces sommes gigantesques, évoquées par l’avocat de Dutroux pour rendre la demande de Bourlet impopulaire, ont été obtenues en multipliant le prix d’une analyse approfondie par le nombre total de cheveux récoltés. Or un premier tri devrait permettre de grouper les cheveux appartenant à différents individus, pour se limiter à l’analyse approfondie d’un nombre restreint de cheveux.

Marc Reisinger

Dutroux : la thèse du réseau relancée ?

Michel Petit, Le Soir 20/1/2001

Et si la thèse du réseau était relancée? C'est l'analyse de Me Darge, à la défense de Michèle Martin, en apprenant le souhait du parquet de faire procéder à l'analyse micro et macrobiologique de milliers de cheveux récoltés chez Marc Dutroux.

Fin du millénaire, Michel Bourlet, procureur du Roi à Neufchâteau, requérait du juge d'instruction Jacques Langlois l'analyse des cheveux trouvés en deux endroits bien précis : dans la cache que Dutroux avait aménagée dans ses caves, à Marcinelle, et dans le Ford Transit avec lequel le duo Dutroux-Lelièvre a enlevé Sabine et Lætitia, en juin et août 1996. Le juge Langlois avait repoussé la requête du parquet. Lequel a interjeté appel et obtenu, à Liège, gain de cause. L'arrêt de la chambre des mises en accusation est tombé le 8 janvier. Me Slusny, à la défense de Michel Lelièvre, et Me Pierre, avocat de Marc Dutroux, en ont d'emblée tiré les conclusions en plaidant la levée du mandat d'arrêt. Concernant Lelièvre, la justice a tout appris dans les 48 heures qui ont suivi son arrestation, en août 96. Sa détention préventive ne se justifie en rien. Même son de cloche de Me Pierre qui parle d'une libération virtuelle puisque Marc Dutroux purge une peine d'emprisonnement de 5 ans.

Quant à Me Darge, il demandera la levée du mandat d'arrêt le mois prochain, quelle que puisse être la réaction populaire. Ceci étant, le président du tribunal, Francis Moinet, a rejeté la demande des avocats.

La défense s'est évidemment penchée sur les analyses biologiques réclamées. L'instruction est relancée, analyse Me Darge. Par ces analyses, on va tenter de dénombrer les visites dans la cave où étaient détenus les enfants. Cela suit le fil de la pensée du procureur Bourlet qui veut démontrer que des réseaux existaient. Or, tout a déjà été glané, analysé.

Selon les avocats, relayant en quelque sorte le magistrat instructeur, ces analyses sont inutiles. Il y a aussi des doutes sur la fiabilité des résultats.

Reste maintenant à trouver les laboratoires à même de remplir les missions scientifiques exigées. L'INCC (l'institut national de criminalistique et de criminologie) répond à la demande mais ne peut absorber l'ensemble du travail. Aussi, le juge Langlois devra-t-il faire appel à une trentaine d'autres laboratoires, en Belgique et à l'étranger, en Angleterre et en France sans doute. Les prix oscilleraient entre 7.000 (INCC) et 130.000 F (en Angleterre) l'analyse. On estime, glisse Me Pierre, que les frais de justice seront accrus de 75 à 110 millions. Selon le trio d'avocats, à leur sortie de la chambre du conseil, le procès ne se tiendrait pas avant... 2005

© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2001

La Meuse, 20/01/2001

(…) Me Darge, avocat de Michèle Martin, introduira la même demande lors de la prochaine chambre du conseil à Neufchâteau. "Michèle Martin est présumée innocente et tout pourra être plaidé dans ce sens. Elle n'est pas encore pendue sur la place publique". Philippe Darge estime que le procès n'aura pas lieu avant 2006, soit après dix années de détention préventive. "On n'a jamais vu une telle chose et ces dix ans de préventive, s'ils se font, pourraient encore être perçus à l'étranger comme une nouvelle histoire belge".

Dernière Heure, 19/01/2001

Sur requête du procureur Michel Bourlet, le juge d'instruction Jacques Langlois devra faire procéder à l'analyse des cheveux découverts dans la cache de Marcinelle ainsi que dans un véhicule appartenant à Marc Dutroux, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

Entre 4 et 6.000 cheveux devront ainsi faire l'objet d'une analyse en Belgique mais également dans des laboratoires étrangers, notre pays n'ayant pas la possibilité d'assumer seul un travail de cette ampleur.

Le parquet général espère connaître les résultats de ces analyses dans 6 mois au plus tard. Ces analyses consistent à identifier d'autres personnes qui auraient pu abuser des victimes de Marc Dutroux et de ses complices. Le coût de ces analyses pourrait atteindre 200 millions de francs.

La Libre Belgique, 19/1/2001

(…) En décembre dernier, en effet, le procureur du Roi de Neufchâteau, Michel Bourlet, avait demandé au juge Langlois l'analyse de milliers de cheveux (entre 4.000 et 6.000) récoltés le 15 août 1996 dans la cache que Marc Dutroux avait aménagée dans ses caves, à la rue de Philippeville, à Marcinelle, dans la banlieue carolorégienne. Le juge Langlois n'avait pas cru ces analyses indispensables ou simplement intéressantes pour la bonne marche de son instruction. Le parquet avait alors interjeté appel. Et le 8 janvier, la chambre des mises en accusation a fait droit à cette requête du parquet chestrolais.

Le travail sera de longue haleine. En tout cas, le parquet général octroie un délai de 6 mois au juge d'instruction qui, outre l'INCC (institut criminalistique), devra faire appel à des laboratoires privés et étrangers. Une quarantaine de laboratoires pourraient être consultés pour réaliser les expertises (micro et macrobiologiques) destinées à déterminer qui s'est rendu dans la cache et dans la voiture "transit" avec laquelle Dutroux et Lelièvre ont enlevé Sabine et Laetitia, respectivement en juin et en août 1996.

"L'instruction est relancée ", commente Philippe Darge, à la défense de Michèle Martin. " C'est dans le fil de la pensée de Michel Bourlet. On veut en revenir à l'hypothèse des réseaux ".

Selon le calcul des avocats de la défense, ces devoirs complémentaires vont accroître les frais judiciaires d'une centaine de millions de francs; et aussi retarder le procès d'assises que l'on imaginait vers septembre 2002. (BELGA)

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