L’ audition falsifiée de Regina Louf

Marc Reisinger, 25/11/2000

Dans son livre « L’Enquête manipulée » (Editions Luc Pire, 1998), le journaliste René-Philippe Dawant s’efforce de démontrer la thèse de ceux qui s’auto-proclament « incroyants » (sous-entendu: en l'existence d'un Grand Complot ou d'un Grand Réseau pédophile).

Cette thèse repose sur quatre points

1         Dutroux est un prédateur solitaire.
2         Nihoul est innocent. Ce n'est qu'un bouc émissaire
3         Il n’existe pas de réseaux pédophiles importants en Belgique
4         Regina Louf est une affabulatrice

Incapable d’établir les trois premiers points de manière probante, Dawant tente une démonstration à l’envers. En s'appuyant sur une pseudo-démonstration du dernier point, il laissera supposer que les précédents sont vrais. Pour cela, il dévoile un élémént prouvant que le témoignage de Regina Louf ne tient pas debout.

Cette "preuve" est une audition de Regina Louf où, selon Dawant, « les enquêteurs tentent de suggérer à leur témoin que le cadavre de Christine [Van Hees] a été détruit par le feu » ( Dawant, « L’enquête manipulée », p. 209). Or le texte de cette audition citée par Dawant est complètement falsifié.

Voici, côte à côte, les deux versions de l'audition : la vraie (Audition du 13 novembre 1997, PV 116.990) et la fausse (extrait du livre de RP Dawant, page 209) :

PV officiel

Q : Y a-t-il une odeur à cet endroit ?
R : Oui
Q : Pouvez-vous décrire cette odeur ?
R : Non
Q : Y a-t-il une autre personne qui puisse décrire cette odeur ?
R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?
Q : Si ?
R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?
Q : Non, non, je ne sais pas ce qui s’est passé mais alors vous devriez m’aider à… Ne voulez-vous pas aider ?
R : Si. C’était si, si, euh, ils la brûlent.
Q : Ils quoi ?
R : Ils la brûlent.
Q : Qui la brûle ?
R : Je ne le vois pas.
Q : Ne le voyez-vous pas ? N’avez-vous pas une image ?

PV falsifié

Q : Est-ce que vous sentez une odeur ?

R : Non.

Q : Pouvez-vous décrire cette odeur ?

R : Si vous savez ce qui se passe, pourquoi voulez-vous que je le dise encore ?

Q : Ils la brûlent. Ne le voyez-vous pas ? N’avez-vous pas une image de ce qui se passe ?

R : pas de réponse

Le PV falsifié donne l'impression que Regina Louf n'a pas parlé d'une odeur de brûlé ni du fait que l'on brûlait le corps de Christine Van Hees [à la Champignonnière d'Auderghem en 1984]. La transformation du PV mène à cet échange illogique: "Q: Est-ce que vous sentez une odeur ? R: Non; Q: Pouvez-vous décrire cette odeur ?...". Le PV authentique montre que c'est bien Regina Louf qui a parlé du corps brûlé.

Pressé de s'expliquer sur cette audition falsifiée lors d’un débat public (à Tubize le 9 mars 1999), René-Philippe Dawant répondit à mes questions de la manière suivante :

Marc Reisinger : « Vous savez maintenant que ce PV est faux. Est-ce que vous le saviez ? Je suis certain que vous ne l’avez pas fabriqué vous-même. Cela veut dire que quelqu'un vous l’a fourni. De quels genre de personnes s'agit-il ? N'avez vous pas de doutes sur leur crédibilité ? Et pourquoi croyez-vous qu’on a fabriqué un faux ? Cela signifie que la relecture des témoignages de X1, dont on a beaucoup parlé, ne suffisait pas à démonter son témoignage, au point que l’on a été obligé de procéder à une réécriture. Ca c’est quelque chose de tout à fait anormal. »

René-Philippe Dawant : « C'est vraiment à mourir de rire, parce que les délires de X1 concernent des milliers de pages d'auditions. A titre exemplatif, j'ai recopié une partie de ces auditions dans mon livre, une partie infime. »

Marc Reisinger  : « Et fausse...! »

René-Philippe Dawant  : « Une partie infime de ces délires, je les ai recopiés, parce que j'ai vu ce dossier, j'ai eu ce dossier en main. Simplement, j'ai pris des notes et en prenant des notes, j'ai inversé deux phrases et c'est sur ces deux phrases qu'on se base pour venir dire qu'il y a un faux. »

Qu'en est-il de cette explication nonchalante de Dawant ?

La comparaison avec le procès-verbal authentique montre que le texte de l’audition publié par Dawant a été fabriqué à partir de 15 répliques du procès-verbal authentique. Seules 4 phrases authentiques sont conservées ; 9 répliques sont supprimées ; une réplique est transformée en son contraire ; une réplique du témoin est attribuée aux enquêteurs (il s’agit de la phrase clé de l'audition).

Il serait très difficile de passer de la version authentique à la version falsifiée par simple distraction, comme le prétend Dawant. Il s’agit d’un véritable travail de précision visant à démontrer que Regina Louf ne savait pas ce qui s’était passé lors du meurtre de Christine Van Hees à la champignonnière - en dépit de la réalité du dossier.

Ce faux pas de Dawant, que j’ai dénoncé lors d’une émission télévisée (Controverse, RTL, 14 juin 1998), montre à quel point certains journalistes ont été manipulés lors de l’enquête sur Dutroux. Le silence global de la presse sur cette manipulation montre malheureusement qu'elle a réussi.

Quant à la Justice, sa seule réaction a été de perquisitionner mon domicile, deux jours après l'émission télévisée, pour rechercher ma copie du procès-verbal authentique et m'inculper de recel de documents judiciaires...

www.pourlaverite.org

 

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