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* Langue maternelle * Documents pédagogiques
Activités
de langue française dans l’enseignement secondaire * Périodique trimestriel
Article
paru dans le numéro 100 (mars 2000) de LMDP
© LMDP Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source
Un
cours où on nous écoute...
Exprimer l'identité personnelle
|
Classe de 4e TQ, SM Couvin (Belgique) |
Récit
de Marie-Hélène Squevin |
partir des fonctions de la communication * explorer des oeuvres longues, un roman un film * les mots pour le dire! * tous en scènel
Un
mot peut-il faire des miracles? Une chose est sûre, rien de tel qu'une bonne
conversation, un bon échange d'idées. Alors, s'il existe un maître-mot, c'est
sans doute communiquer.
Non
seulement pour transformer nos pensées en paroles mais surtout pour espérer
trouver un écho de notre être intime chez nos interlocuteurs.
Le
Vif- L'Express,
mai 1999
*
Mon public? Des garçons de 4e TQ. Souvent, ils n'ont pas la parole facile, ne sont guère habitués - et trop peu entraînés, et encore moins autorisés - à se dire. Comment les aider, dans le cadre du cours de français, à ne pas "rentrer en eux" les problèmes qui vont les miner?
Ce
que tu rentres en toi, tu le rentres contre toi!
Les
étapes du cours de français vont privilégier tout ce qui peut favoriser la
découverte (lire ou écouter...) et l'expression (écrire ou dire)
de l'identité
personnelle - sentiments, opinions, projets... -
celle des proches dans l'enceinte de la classe, de l'école ou du milieu
de vie, celle des auteurs (romans, autobiographies), des personnages (cinéma,
théâtre...), des chanteurs, de toute personne rencontrée.
Se
dire, et aussi
accueillir
par la lecture ou par l'écoute, toute personne qui s'exprime: tel sera donc le
fil rouge du cours de français.
Voici,
pour illustrer cette orientation du cours, le sommaire de quelques étapes.
1.
Partir des fonctions de la communication...
Dans
le cadre de l'étude du schéma (jakobsonien) de la communication, nous repérons
dans des textes variés les indices (textuels ou paratextuels: par exemple
geste, mimique... à l'oral) des six fonctions.
Evidemment,
la fonction expressive - le je
dans l'énonciation - fait l'objet d'une particulière attention...
Constatation
importante (et ce sont de précieuses pierres
d'attente pour aborder plus tard "discours et récit"): cette
instance du je varie d'un texte à
l'autre.
Mesurons
cette différence... de la lettre d'affaires à la lettre d'amour...; du
bulletin météo de l'IRM dans un style rigoureux, impersonnel, au même
bulletin empreint d'humour ou de bonhomie d'une présentatrice à la TV; de la
description du motoculteur dans une notice d'entretien à celle du même engin
par un bonimenteur...; du procès-verbal du gendarme à la déposition d'un témoin
encore sous le choc...
Nous
invitons les élèves à relever ces différences dans des documents écrits ou
sonores.
*
Application écrite:
Ayant observé la fonction expressive, il est assez naturel de proposer aux élèves la rédaction d'un CV sur le motif de la recherche d'un job étudiant.
*
Lecture de plusieurs extraits de biographies
tirés de:
|
F.
THÉBAUD, Pelé, une vie, le
football, le monde, Hatier O.
TODD, Jacques Brel, une vie,
coll. LP E.
CARLES, Une soupe aux herbes
sauvages, coll. LP Gérard
DEPARDIEU, Lettres volées,
coll. LP |
Jean
MARAIS, Histoires de ma vie,
coll. LP A.
AZNAVOUR, Petit frère, coll. LP Paul
GUTH, Mémoires d'un naïf,
coll. LP |
Ci-dessous,
par exemple, faire découvrir tous "les signes du texte" qui révèlent
les personnages.
au
Dédé
Mon
Dédé,
Je
t'entends encore gueuler: «Y'a plein de choses que je voudrais comprendre!»
C'est
pourtant simple: La Lilette est morte, Dédé. Je peux te le dire, moi, j'y étais.
Elle est partie. Et tu n'auras plus personne pour multiplier tes colères. Il
faudra te débrouiller tout seul, te disputer en solitaire. Je t'entends encore
gueuler: «Qu'est-ce que c'est que tout ce bordel!»
Ce
bordel, Dédé, c'est la mort. Tu t'es bien gardé d'y aller voir de plus près.
Tu ne voulais rien savoir, rien admettre, rien comprendre. Aveugle et sourd.
Quand on te pressait de venir à l'hôpital, tu braillais encore. «Je suis
appelé à rester ici!» Pardi. La Lilette n'est pas morte, c'est toi qui es
vivant. L'injustice!
Il faudrait pourtant que je te parle du regard de la Lilette, de son regard avant la mort. Elle avait une expression de haine et concentrée, de mépris. J'étais décontenancé. Je me souvenais du visage de Romy Schneider, qui malgré les horreurs de sa vie avait retrouvé sa sérénité, une beauté égarée. Le visage de la Lilette, comme martyrisé, conservait les traces du combat. Elle avait eu honte que son organisme puisse être bouffé par... par toute cette merde. Cela ne lui plaisait pas de se montrer dans cette situation, et elle s'est décidée à lutter, à refuser sa misère physique. Elle avait un regard fixe, obstiné. Elle ne se battait pas contre la mort mais contre le pourrissement, l'engourdissement.
Eh
bien voilà, la Lilette est morte, et je n'arrive pas complètement à être
triste. Toi, le Dédé, tu n'arrives sans doute pas à y croire. Tu n'as jamais
eu le sens du définitif, du point final. C'est presque toi qui me fais de la
peine, toi tout seul, tout bête, tout ruminant dans le vide. Tu as toujours
ruminé. Je ne sais si c'est le mot exact. Je te revois lancer en l'air des
phrases inachevées, des proverbes avortés. C'est une musique bien particulière,
une philosophie intraduisible autrement que par des onomatopées résignées,
presque désenchantées: «Moaif! C'est que Ouff, Oh là là, bien sûr, bah
alors...» A ces moments-là de rumination solitaire, succédait une euphorie
nocturne, une euphorie disciplinée, intérieure (...).
*
Un travail écrit à domicile - sur un extrait plus long de ces Lettres
volées - permettra d'évaluer chez les élèves la capacité de relever par
eux-mêmes les indices des différentes fonctions. Ceux de la fonction
expressive ont été généralement bien identifiés: bonne participation à la
mise en commun pour bien fixer les acquis.
*
CV, biographie...: quelles différences? Dans la forme, dans le ton?
Quelles raisons de préférer l'un ou de préférer l'autre? Ce qui nous amène
à une nouvelle activité écrite:
*
Rédige ta biographie à la manière de... (voir la liste ci-dessus).
2.
Explorer des œuvres longues:
un roman et un film...
Ici,
le parcours expression de l'identité croise
celui du polar, celui de l'initiation au cinéma... En voici deux étapes, parmi d'autres.
Consigne
d'écriture: «Choisis un des cinq personnages en vie; tu deviens
ce personnage en t'inspirant des détails glanés au cours du récit; tu
relates l'histoire à la première personne.»
*
Vision du film de Roberto BENIGNI,
La vie est belle
Consigne
d'écriture: «Choisis un des trois personnages suivants - le petit garçon - le
papa - un compagnon du camp de concentration. Imprègne-toi de ce personnage et
raconte l'histoire à la première personne.»
Ces
écrits d'élèves évalués en commun constituent de nouveau matière à
lecture, renforcent l'attention au statut de l'énonciateur dans le langage.
3.
Les "mots pour le dire"...
Explorer les champs
lexicaux dans des textes sur l'expression de soi...
Champ
lexical
de
l'accord ou du désaccord (contester, assentiment, réprobateur, consensus...)
de
la valorisation ou de la dévalorisation (féliciter, hommage, sous-estimer,
soutien...)
de
la confiance ou de méfiance (soupçonneux, se fier à, garantir, appréhension,
vérifier...)
Cette
étape - qui chevauche les deux précédentes - ne se limite pas à des
inventaires et groupements de mots. Le réemploi en rapport avec un contexte,
avec telle ou telle intention de communication, est indispensable. Faire
"vivre" le lexique!
Cela
vient à point pour s'approprier un capital de "mots en contexte"
et... en réserve pour maîtriser notamment ce qui va suivre, l'expression théâtrale.
Plus
précisément, l'élève lui-même découvre que "faute de mots pour le
dire", pour s'affirmer, se confier, il peut en venir à suppléer la
carence des mots par la violence et/ou par la marginalisation. Alors, finie la
communication!
4.
Tous en scène!
Nous
y voilà bientôt arrivés... Du travail pour le second trimestre. Nous
choisirons un texte narratif pour le mettre en scène.
De
l'écrit:
Mettre
en dialogue (effet de proximité) ce qui essentiellement narratif (mise à
distance), préciser les didascalies, rechercher les "effets" scéniques
des reparties qui font mouche, exploiter les ressources du suspense et du
quiproquo...
Et
aussi annoncer le spectacle, par affiche, par circulaire.
De
l'oral,
surtout,
pour négocier à tout moment le déroulement de l'écrit, pour répartir les rôles,
pour donner vie au personnage choisi par chacun, pour travailler la voix, le
geste, la mimique. Découvrir la spécificité de l'oral théâtral
ajusté constamment aux réactions du public.
«Le théâtre: un lieu excellent pour l'expression de soi! Les élèves l'auront bien vite compris.»
Faire du théâtre à l’école... Voir les articles suivants parus dans LMDP :
* Denis Riguelle, Pratique théatrâle à l'école: enjeux, objectifs, méthodes - De la 1re à la 6e * Ce qui change quand il y a "du théâtre" dans une école * http://home.scarlet.be/lmdp/deri.html
* Maria Arcuri, Maupassant revisité pour écrire et faire du théâtre – Deuxième degré (classe de 2e) - «Tout a
changé quand on s'est mis à écrire» (Une élève) * http://home.scarlet.be/lmdp/maar.html
*
Christian
Schandeler, Le
Cocon: Lire, écrire, jouer, éditer une pièce de théâtre
* 3e degré * Faire
entrer la vie dans la classe * http://home.scarlet.be/lmdp/chsc.html
*
Jean
Van der Hoeden, A
la rencontre de Samuel Beckett
* 3e
degré * "Représenter" au théâtre une lecture du monde... * http://home.scarlet.be/lmdp/jeva.html
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