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de langue française dans l’enseignement secondaire * Périodique trimestriel
Version actualisée (janv. 2004) de l’article paru dans lehors-série ‘Spécial 3e degré’ (oct.-nov. 1990)
© LMDP * Copie autorisée pour usage pédagogique non lucratif et avec mention de la source
Des
Nouvelles de... Maupassant
Synthèse des treize
nouvelles suivant Le Horla (LP, n°
840)
Troisième degré * Récit de Chantal Laffineur-Homel, ISM, Arlon
La nouvelle est un genre passionnant et pratique à
la fois. Passionnant parce que c’est une
course au clocher [JANIN,
Le piédestal, cité par F. Ninane de Martinoir]
parce que l’auteur dispose de peu de temps, de peu d’espace pour
conter son récit : il doit à la fois aller à l’essentiel et trouver le
trait juste pour chaque détail. Pratique, pour deux raisons : le professeur
peut permettre la rencontre d’un plus grand nombre d’écrivains, et l’élève,
qui n’est pas toujours friand de lecture, ne risque pas de se lasser.
Maupassant
est passionnant, lui aussi !
Et la lecture du Maupassant, de Henri Troyat (Flammarion,
1989) m’a révélé à quel point il a pu être passionné, excessif et malgré
tout attachant. J’ai donc décidé d’entrer davantage dans son œuvre.
Le recueil La Horla compte
quatorze nouvelles ; la première, éponyme, m’avait toujours semblé très
différente des treize autres. D’abord, elle est assez longue (42 pages) ;
ensuite, elle nous plonge dans un cadre fantastique ; enfin, la part
autobiographique paraissait principale. Les treize autres nous content de brèves
histoires, dans un environnement quasi quotidien et avec une multitude de petits
personnages.
J’ai donc étudié celles-ci sur base de la grille d’analyse que propose F. Ninane de Martinoir dans l’Ecole, n° 11, 1981-1982. Je vous recommande cet article : il permet de mieux saisir la différence entre roman et nouvelle et donne un bref historique de cette dernière.
[Les citations en italique, dans la suite de mon article, sont des
extraits de cette étude parue dans l’Ecole]
A. Le statut du sujet
La nouvelle a pour sujet un élément ponctuel pouvant bien souvent
être résumé en une phrase.
[Cette
première ‘clé’ a le mérite de contraindre l’élève à la brièveté
lui aussi.]
1.
Amour : lors d’une partie de chasse, deux
sarcelles amoureuses sont abattues.
2.
Le trou : une rixe entre
deux pêcheurs tourne mal ; l’un d’eux se noie.
3.
Sauvée : une femme organise l’adultère de son mari
pour sauver sa propre inconduite.
4.
Clochette :
un jeune homme sacrifie une jeune fille à sa place d’instituteur.
5.
Le Marquis de Fumerol : un bon vivant anticlérical refuse les derniers sacrements.
6.
Le Signe : une baronne se prête au jeu de l’amour professionnel.
7.
Le Diable : la garde-malade avaricieuse précipite l’agonie d’une
vieille femme.
8.
Les Rois : un dîner galant tourne mal.
9.
Au Bois : un vieux couple vient retrouver ses premières émotions
et se fait prendre.
10. Une Famille : l’ami retrouvé a bien changé
; en famille, avec les siens, il martyrise le grand-père.
11.
Joseph : Madame a du plaisir sans s’encombrer avec le
serviteur à « tout » faire.
12.
L’Auberge : un homme devient fou à la
disparition de son compagnon.
13.
Le Vagabond : la faim et la méchanceté conduisent un homme en prison.
On
le voit, chacune de ces nouvelles peut être brièvement résumée ; il s’agit
de faits ponctuels, de faits divers, d’anecdotes tantôt drôles, tantôt
dramatiques.
Quels en sont les sujets ? Quatre thème paraissent importants.
[Ici,
le lecteur apprend à formaliser une notion.]
1.
L’amour – 1, 3, 4, 5, 6, 8, 9, 10, 11, 13
Il s’agit, à chaque fois, de facettes particulières de l’amour : celui des bêtes (1), celui qui s’exprime dans des relations extra-conjugales (3, 5, 6, 8, 11), dans un amour naissant et déjà sacrifié (4), ou encore un retour de flamme à l’âge mûr (9), et enfin l’absence d’amour, qu’il soit familial (10) ou social (13).
Dix de ces nouvelles évoquent donc la relation humaine la plus importante, la plus universelle. D’ailleurs, Maupassant a le souci de nous montrer la relation dans deux cadres définis et également répartis :
-
la campagne (1, 2, 4, 7, 8, 9, 12),
-
la ville (3, 5, 6, 10, 11).
2.
La mort –
1, 2, 4, 5, 7, 8, 10, 12
Ce thème est évoqué dans un contexte souvent lié à la cruauté,
que ce soit celle du chasseur (1), celle de la famille qui s’amuse aux dépens
du grand-père (10), la cruauté verbale dans la dispute entre deux femmes qui
engendre la bagarre entre leur mari (2) ; elle est liée aussi à l’intérêt,
le jeune instituteur qui préfère sacrifier sa jeune amoureuse à sa place (4),
celui du paysan (7) qui monnaye au plus juste l’agonie de sa mère, celle
aussi d’une famille bien pensante qui, contre son avis, enterre l’oncle dans
les convenances religieuses pour conserver sa bonne réputation (5).
Ou encore, la mort liée à la solitiude et à la
folie (12), à la guerre (8).
3.
Le bon
droit,
la prérogative – 2, 4, 5, 6, 7, 8, 11, 13
Chacun,
qu’il soit de petite ou de grande origine, tient à ses privilèges, à sa
place, à son rang, même s’ils sont parfaitement indus : le pêcheur tient à
son coin de bord de rivière, l’instituteur à sa place ; la famille,
politiquement engagée, ne veut pas d’un mécréant, surtout mort, la baronne
craint pour sa réputation.
Ce bon droit est évidemment souvent indissociable de l’argent
: entre le paysan et la garde-malade, par exemple.
4.
La
femme
Elle est omniprésente dans les nouvelles, tantôt
instigatrice, provocante, machiavélique ou opportuniste (2, 3, 5, 6, 11) ; tantôt
soumise, avilie, méprisée (2, 3, 10, 13)
La plupart du temps, elle est un personnage
incontournable, soit qu’elle domine son partenaire (2, 3, 6, 7, 9, 11), soit
parce que son sort est loin d’être enviable, et nous choque.
Quels en sont les acteurs ?
Les
personnages qui traversent les treize nouvelles sont très divers et proviennent
soit de l’aristocratie (1, 3, 5, 6, 8, 11), soit du peuple.
Les aristocrates
sont
souvent présentés sous des allures libertines, les femmes sont oisives et
s’amusent à des aventures galantes ; les hommes chassent ou font la guerre
ou, lorsqu’ils sont âgés – ainsi Fumerol – s’adonnent également aux
plaisirs.
Les gens du
peuple sont
des gens simples, ouvriers, paysans, montagnards, serviteurs et servantes
auxquels s’ajoutent des commerçants et des petits bourgeois, médecins, curés,
bonnes sœurs, etc.
B. Le traitement de la narration
Le début d’une nouvelle nous amène vite vers les
personnages et l’intrigue et est relié à celle-ci.
[Cette deuxième ‘clé’ oblige le lecteur à concentrer son
attention sur les techniques de l’incipit.]
La mise
en place chez Maupassant est très rapide, il n’y a pratiquement pas de
descriptions, à l’exception des nouvelles 1 et 12, en raison de leur sujet.
Il utilise souvent le biais d’un souvenir ou d’une histoire
contée, d’où des récits au passé avec une seule voix narrative, dont cinq
« je ».
1.
Un crime dans un journal évoque
un souvenir de
chasse.
2.
Un chef d’accusation
en cour d’assises permet de connaître les faits.
3.
« Elle entra comme une
balle. »
4.
« Sont-ils étranges,
ces anciens souvenirs ?
»
5.
Une réunion d’amis,
l’un d’eux raconte un souvenir.
6.
Irruption de la baronne
qui raconte ce qui s’est passé la veille.
7.
Le paysan face au médecin.
8.
Je me le rappelle.
9.
Arrivée du garde champêtre
chez le maire et sa déposition.
10.
« J’allais revoir mon ami... »
11.
«Elles étaient grises, tout à
fait grises... »
12.
Longue mise en place : la montage,
l’auberge, les circonstances, etc.
13.
« Depuis quarante jours, il
marchait. »
Les
dialogues sont directs et nombreux ; c’est là que Maupassant excelle pour
nous livrer ses impressions, ses jugements à l’emporte-pièce (107, 185, 166,
etc.). Il sait également parfaitement camper un personnage, un seul trait lui
suffit (126-7, 67, 171-2, 174, etc.).
C. Le traitement du temps et de
l’espace
La nouvelle est liée au temps de la narration orale (on supprime tout ce qui est inutile, de crainte d’ennuyer l’auditeur ou le lecteur) ; on lui fait vivre des événements en les intégrant dans un récit que l’on mène en fonction de la fin.
Si la nouvelle est liée à l’instant, on
peut dire aussi qu’en ce qui concerne l’espace et le monde elle est attachée
à la notion d’instantané.
Ces
treize nouvelles nous racontent des temps forts, des moments privilégiés qui
ne durent que peu de temps, de quelques instants à quelques jours. S’il
s’agit de quelques mois ou d’une vie entière, l’auteur a su choisir le
moment, l’événement, l’instant capital, extraordinaire, mémorable. Il ne
nous donne pas de conception du monde, il n’est pas un chroniqueur, mais un
observateur. Il nous montre des gens rencontrés ici et là, souvent d’une
grande banalité, mais qui ont un secret, une manie. C’est l’humain, c’est
l’humanité, celle de la fin du XIXe siècle, la nôtre aussi, tant les types
sont universels.
Conclusion
Maupassant nous donne donc... des nouvelles de son
temps, de lui-même aussi, car aucun récit n’est innocent ! Quand je lis Clochette ou Les Rois ou Le Marquis de Fumerol, je ne peux oublier les phrases
de Maupassant que rapporte Henri Troyat et où éclate son opinion sur les
femmes : « Il se sent confirmé dans l’idée que la femme est une créature
fausse, légère, méprisable, dont la seule raison d’être sur terre est de
satisfaire l’appétit des mâles. » (p. 22)
« Ces êtres sans importance (...). » (p. 50)
Dans Amour ou
L’Auberge,
il laisse passer sa passion pour la chasse et la nature : « Je suis né avec
tous les instincts et les sens de l’homme primitif tempérés par des raisons
et des émotions de civilisé. J’aime la chasse avec passion ; et la bête
saignante, le sang sur les plumes, le sang sur mes mains me crispent le
cœur à le faire défaillir. » (p. 148)
Dans Sauvée et
Le Signe, apparaissent les
aristocrates dont il aimait la galante compagnie. « Je vous
envoie, Madame, tout ce qui peut vous être agréable en moi. »
Troyat
éclaire encore bien des facettes de L’ami
Maupassant.
A
lire absolument.
Application...
Un exercice intéressant serait de demander la rédaction
d’une nouvelle en prenant comme déclencheur d’écriture un fait divers choisi dans la rubrique dite
‘des chiens crevés’ d’un quotidien tous publics.
Une fois terminée, cette nouvelle serait à résumer en une seule phrase (comme ce fut fait
ci-dessus dans la démarche de lecture).
Autres
articles parus dans LMDP : http://home.scarlet.be/lmdp/archives.html
...dont un autre article autour de Maupassant : Maupassant pour faire du théâtre (1er degré):
http://home.scarlet.be/lmdp/maar.html
Maupassant en ligne : http://abu.cnam.fr/BIB/auteurs/maupassantg.html
Sur la nouvelle (spécificité
du genre, activités, bibliographie): Francine Cicurel, Le français dans le monde, n° 176 (avril 1983) ; Le français aujourd’hui, n° 87 (septembre
1989 : numéro spécial sur la nouvelle) ; Olivier De Zutter et Thierry
Hulhoven, La nouvelle, coll. ‘Séquences’, Erasme-Didier-Hatier, 1989.